Catégorie : Et maintenant une histoire I

Auteur : Bourron, Edmée | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les commandements à observer, les vertus à pratiquer .

Suzon, Suzon, cria Claude, je viens d’entendre du bruit à l’étable !

— En es-​tu sûr, deman­da la sœur aînée qui tri­co­tait au coin de l’âtre ? C’est la bise peut-​être qui fait grin­cer la porte ou la fenêtre. La mai­son bouge toute. Quelle tem­pête dehors ! »

Suzon était une robuste fillette de douze ans au visage calme et éner­gique. Elle se leva de sa chaise pour voir l’heure que mar­quait l’horloge et ajouta :

« Comme Papa et Maman rentrent tard ce soir !

— Je parie que le train est en panne au tun­nel du Val-​Noir comme lun­di der­nier », sou­pi­ra Riquou, l’un des cadets.

Histoire chrétienne pour les enfants« Ça se peut bien, fit-​elle, la bise a souf­flé toute la jour­née. Il a dû s’amasser de for­mi­dables couches de neige sur la voie et dans les che­mins… Allons, mes petits, il est tard, il faut aller se mettre au lit. »

Ses quatre frères et sœurs l’entourèrent avec des cris de pro­tes­ta­tion et Jean­nette, la petite der­nière, se mit à pleurnicher :

« Atten­dons un peu. J’aurai peur toute seule dans ma chambre.

— Pol­tronne va, peur de quoi ? Des rats ? De la bise qui chante dans la che­mi­née ? Je t’ai sou­vent répé­té que…

— Suzon, inter­rom­pit Claude, en la tirant par la manche de son tablier, je viens encore d’entendre du bruit dans l’étable.

— Allons voir, lança-​t-​elle. C’est peut-​être la génisse qui s’est déta­chée. Si elle s’amuse à cor­ner le mulet, elle rece­vra une bonne ruade. Elle pour­rait avoir une patte cas­sée. Riquou, toi le plus cou­ra­geux, viens avec moi. Les autres res­tez ici. »

Sui­vie de son frère, elle s’en fut pous­ser la porte de bois qui fai­sait com­mu­ni­quer la cui­sine avec l’étable, comme dans beau­coup de fermes de la montagne.

Auteur : Ardent, Luc | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les commandements à observer, les vertus à pratiquer .

On ne sait pas très bien com­ment ça a com­men­cé, mais actuel­le­ment ça y est.

Pour­tant, elle mar­chait bien, l’équipe Saint-​Jacques. Ses membres avaient du cran ; je ne sais pas si tu fais six kilo­mètres à pied pour aller à ta réunion d’équipe ; en tout cas, eux les fai­saient. D’ailleurs, quand on connaît Paul, le chef, ça se com­prend : un petit gars de 12 ans, avec un sou­rire qui lui fait le tour de la figure, des mol­lets bien plan­tés qui ne savent que cou­rir, des yeux qui voient tout ; et quand il com­mande, eh bien ! il ne bégaie pas. Comme ce n’est jamais à lui qu’il pense, ses équi­piers l’aiment bien. Et puis, ce qu’on peut avoir du plai­sir avec lui ! À chaque réunion, c’est un nou­veau jeu ; et tou­jours de bonnes idées pour le coin, pour la route, pour faire lire le jour­nal, pour… on n’en fini­rait pas de le dire ; c’est à se deman­der où il les cherche.

jeux de patronnage - sacrifice pour l'équipeDonc, l’équipe Saint-​Jacques mar­chait à bloc, à toute allure. La meilleure preuve, c’est qu’à cause d’elle deux gar­çons de la paroisse avaient été bap­ti­sés et qu’un vieux de 85 ans qui n’était plus entré dans une église depuis sa Com­mu­nion solen­nelle avait vou­lu faire ses Pâques.

Un jour, à la réunion, André qui habite aux Trois Tilleuls arrive avec un vilain regard. Brus­que­ment, en pleine par­tie de « cercle empoi­son­né », il s’étale et se retourne furieux vers Louis : « Tu l’as fait exprès ! », et pan ! sur l’oreille droite de l’autre qui vrai­ment ne sait pas ce qui se passe. Après avoir cra­ché par terre et lan­cé un juron, André s’en va. La réunion conti­nue, mais l’entrain est tombé.

La fois sui­vante, André est absent, mais aus­si Mar­cel qui habite tout près de chez lui. Déci­dé­ment, ça ne va pas.

Dans la semaine qui suit, voi­là que Paul, en ren­trant de l’école, tombe sur une grosse pierre et se heurte très fort le genou. Ça enfle. « Trois mois de lit », dit le doc­teur. Pauvre équipe Saint-​Jacques ! Vrai­ment, c’était de la mal­chance. Que pouvait-​il donc bien y avoir ?

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les commandements à observer, les vertus à pratiquer .

Le soleil brûle dans le ciel d’Afrique et Jeanne-​Marie chante dans la per­go­la. Elle sait pour­tant que le dan­ger rôde, mais une fille de sol­dat n’a pas peur. Elle monte jus­te­ment au bel­vé­dère pour scru­ter la forêt où il se terre. Pas un bruit… Pas une fumée… Pas même un mou­ve­ment de feuilles alan­guies par le soleil… Rien qu’un silence redou­table et une immo­bi­li­té qui oppresse… La mer infi­nie des fron­dai­sons tro­pi­cales ne livre pas son secret.

Courage d'une jeune filleEst-​il pos­sible — pense la fillette — qu’il y ait des êtres vivants dans cette forêt morte ?

Cepen­dant on n’en sau­rait dou­ter. Hier encore, la patrouille a remar­qué des traces de pas, des arbres abat­tus, des restes de feu. Les Blo­los sont là ! Ils guettent ; d’un ins­tant à l’autre, ils sur­gi­ront, cri­blant le poste de leurs flèches empoi­son­nées. Dans les block­haus, les tirailleurs le savent et attendent. Au bel­vé­dère, le lieu­te­nant Saint-​Foix le sait et veille. Venant à lui, sa fille le sait aus­si et sourit.

« Une fois de plus vous serez maître d’eux, Père ! La force fran­çaise fini­ra bien par les domp­ter puisque, hélas, l’amitié que nous leur appor­tions n’a pas tou­ché leur cœur. »

Le front de l’officier demeure sou­cieux. Il s’inquiète de ce que trame la ruse de ces anthro­po­phages qu’il a mis­sion de sou­mettre et à l’hostilité des­quels il se heurte depuis trois mois.

« Sois pru­dente, ma Jean­nette, avec eux on ne sait jamais. »

Deux jours ont pas­sé sans que rien ne sur­gisse de la forêt mys­té­rieuse. On com­men­ce­rait à dou­ter de la pré­sence des Blo­los si des traces fraîches n’étaient rele­vées chaque matin. Le silence oppresse… L’attente use les nerfs… La cha­leur accable… et Jeanne-​Marie som­meille dans son hamac quand une piqûre sou­dain la redresse en sur­saut. Mais elle a juste le temps d’apercevoir près d’elle une face noire hideuse qui rit, et elle retombe sans un mot, sans un cri, dans une autre pen­sée, ter­ras­sée par une étrange tor­peur qui la fait lourde et livrée sans défense à ce noir qui l’emporte à grands pas souples…

Auteur : Ducrant, François | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les commandements à observer, les vertus à pratiquer .

Jusque-​là, Jacques a été un petit gars très heureux.

Et puis, brus­que­ment, la mala­die, cette sinistre visi­teuse, est venue mettre sa vilaine main sur lui. En vain le doc­teur a ordon­né les trai­te­ments les plus énergiques.

En vain aus­si, la maman de Jacques, si cou­ra­geuse pour cacher son angoisse et sa peine, lui a pro­di­gué les soins si déli­cats que seule une maman peut inven­ter. Rien n’y a fait : le petit gars n’a pu retrou­ver com­plè­te­ment la santé.

Catéchisme : apprendre à faire des SacrificesAlors, il fal­lu prendre une déci­sion, com­bien dou­lou­reuse pour tous : envoyer Jacques dans un éta­blis­se­ment au bord de la mer où l’air du large, en même temps qu’un trai­te­ment appro­prié, lui redon­ne­rait sa vigueur passée.

Après une nuit bien pénible, tant il avait de cha­grin de quit­ter les siens, et où cent fois au moins, il a deman­dé à l’infirmière qui l’accompagnait : « Dites, Madame, on n’est pas bien­tôt arri­vés ? » Jacques a enfin rejoint cette grande mai­son située à l’extrémité de la côte et que de hauts tama­ris pro­tègent de la bru­ta­li­té des vents d’ouest.

* * *

Les pre­miers jours ont été par­ti­cu­liè­re­ment durs pour Jacques, habi­tué à voir ses moindres dési­rs d’enfant malade satis­faits ; et tout spé­cia­le­ment le soir, dans son petit lit, en pen­sant à la mai­son et sur­tout à la chère maman qui n’allait pas venir embras­ser son petit, il lui est arri­vé déver­ser de grosses larmes.

Mais les infir­mières sont si gen­tilles et l’emploi du temps si bien orga­ni­sé que, peu à peu, il s’est accli­ma­té. Main­te­nant, il connaît les habi­tudes de la mai­son, il en connaît le méde­cin, les sur­veillantes, et bien que d’un natu­rel assez timide, il a déjà fait connais­sance avec quelques petits camarades.

Ce qui l’ennuie bien encore un peu, ce sont ces inter­mi­nables heures de cure, pen­dant les­quelles il faut res­ter sage­ment allon­gé. Si encore les gale­ries don­naient sur le large, on pour­rait au moins s’amuser à contem­pler les barques par­tant à la pêche aux sar­dines, ou bien encore le jeu des vagues qui se bous­culent entre elles et que Jacques ne se lasse pas d’admirer quand il des­cend sur la plage.

Mais pour que les malades ne soient pas incom­mo­dés par les pluies, les gale­ries sont jus­te­ment orien­tées vers le port. Alors, pour pas­ser le temps, Jacques se plonge dans le livre qu’il a appor­té de chez lui : « Tem­pête sur le Pôle ».

Pour la dixième fois au moins, il relit ce pas­sage qu’il aime par­ti­cu­liè­re­ment : l’explorateur, per­du sur la ban­quise, voit enfin arri­ver l’avion sau­veur qui lui apporte des vivres.

Une voix qui n’est pas celle du pilote mais bien celle de l’infirmière, Mme Rose, qui sur­veille habi­tuel­le­ment la gale­rie, le tire brus­que­ment de sa lec­ture palpitante :

« On m’appelle au télé­phone, mes petits. Je m’en vais, mais je compte sur vous pour conti­nuer votre cure comme si je ne vous avais pas quit­tés. Pour cela, voyez, je ne veux pas dési­gner de sur­veillant par­mi vous. »

Auteur : Dominique | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les commandements à observer, les vertus à pratiquer .

Toc, toc…

Gaë­tan, Yves et Louis se regardent ; qui donc peut venir à cette heure ? Ce n’est pas leur mère encore : elle ne doit ren­trer que demain matin ; ce n’est pas leur père non plus, ame­nant à la ferme quelques Chouans pour un bout de nuit ou une tasse de cidre : il se gar­de­rait de faire tant de bruit.

Mais ils n’ont guère le temps de se consul­ter : de vio­lents coups de crosse ébranlent la porte, et une bor­dée d’imprécations fait fré­mir leur cœur chrétien.

« Oui ou non, ouvrirez-​vous, chiens ? »

Plus de doute, ce sont les Bleus ! Les trois gamins sentent leur cœur se ser­rer d’une indi­cible angoisse, car la visite des Bleus est trop sou­vent néfaste à des fils de Chouans.

Cepen­dant, brave et déci­dé, Gaë­tan s’est levé :

Courage des enfants vendéens - Les bleus : soldats de la révolution« Voi­là, voi­là, citoyens. »

Puis — gavroche un peu — il esquisse une gri­mace à l’adresse des sol­dats avant de tirer le ver­rou… et cela rend du cœur aux deux autres !

« Il s’agit de nous four­nir une place pour la nuit !… Et en vitesse, hein ! », clame celui qui semble être le chef.

« Volon­tiers, citoyens… Ce n’est pas tous les jours que la ferme a l’honneur d’abriter des sol­dats de la Répu­blique ! Suivez-​moi, je vais vous conduire à la grange. »

Dix minutes après, Gaë­tan rejoint ses frères à la cuisine :

« S’ils ne veulent que ça, ça va encore… Ils ont l’air four­bus : il y en a déjà qui ronflent sur la paille.

— Hum… Qu’est-ce qu’ils viennent encore rôder par ici ?

— D’après ce que j’ai com­pris, ils sont à la recherche de quelque fugi­tif de marque… et il “y aurait des patrouilles comme ça dans toute la région. »

Yves fait la grimace.

« Tant pis pour le mal­heu­reux qu’ils traquent !

— Pour­vu que père ne tombe pas entre leurs mains…

— Et M. le Rec­teur, donc !

— Il fau­dra les aver­tir dès demain matin… »

Dix coups viennent de son­ner à la vieille hor­loge, dans la boi­se­rie de chêne fine­ment sculp­tée. Sou­dain, Louis tressaille.

« N’avez-vous rien entendu ? »