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3 mai 2026L’Invention (ou Découverte) de la Sainte Croix

À la suite d’une appa­ri­tion de la Croix, Constan­tin venait de rem­por­ter, en 312, une insigne vic­toire. Par recon­nais­sance, Hélène, sa mère, par­tit pour Jéru­sa­lem dans le des­sein d’y recher­cher la vraie Croix du Christ. Après avoir fait abattre une sta­tue de Vénus que les païens avaient éta­blie sur le Cal­vaire, elle com­man­da de fouiller le sol. En creu­sant, on décou­vrit non pas une, mais trois croix. Pour recon­naître celle de Jésus, Macaire, l’é­vêque de Jéru­sa­lem, mit tout le monde en prières, puis appli­qua l’une après l’autre les trois croix à une femme gra­ve­ment malade : les deux pre­mières ne lui firent rien, la troi­sième la gué­rit ins­tan­ta­né­ment. Ayant ain­si retrou­vé la vraie Croix, Hélène éle­va sur l’emplacement même une magni­fique église, où elle lais­sa une par­tie de la pré­cieuse relique, enfer­mée dans une châsse d’argent ; elle en appor­ta une autre par­tie à son fils Constan­tin, qui la fit dépo­ser dans ce qu’on appelle main­te­nant l’é­glise Sainte-Croix-de-Jéru­sa­lem. C’est alors que l’empereur, par res­pect pour l’ins­tru­ment de la mort de Jésus, por­ta un décret abo­lis­sant défi­ni­ti­ve­ment le sup­plice de la croix pour les condamnés.


Ouvrage : Et maintenant une histoire I | Auteur : Dominique

Toc, toc…

Gaë­tan, Yves et Louis se regardent ; qui donc peut venir à cette heure ? Ce n’est pas leur mère encore : elle ne doit ren­trer que demain matin ; ce n’est pas leur père non plus, ame­nant à la ferme quelques Chouans pour un bout de nuit ou une tasse de cidre : il se gar­de­rait de faire tant de bruit.

Mais ils n’ont guère le temps de se consul­ter : de vio­lents coups de crosse ébranlent la porte, et une bor­dée d’im­pré­ca­tions fait fré­mir leur cœur chrétien.

« Oui ou non, ouvri­rez-vous, chiens ? »

Plus de doute, ce sont les Bleus ! Les trois gamins sentent leur cœur se ser­rer d’une indi­cible angoisse, car la visite des Bleus est trop sou­vent néfaste à des fils de Chouans.

Cepen­dant, brave et déci­dé, Gaë­tan s’est levé :

Courage des enfants vendéens - Les bleus : soldats de la révolution« Voi­là, voi­là, citoyens. »

Puis — gavroche un peu — il esquisse une gri­mace à l’a­dresse des sol­dats avant de tirer le ver­rou… et cela rend du cœur aux deux autres !

« Il s’a­git de nous four­nir une place pour la nuit !… Et en vitesse, hein ! », clame celui qui semble être le chef.

« Volon­tiers, citoyens… Ce n’est pas tous les jours que la ferme a l’hon­neur d’a­bri­ter des sol­dats de la Répu­blique ! Sui­vez-moi, je vais vous conduire à la grange. »

Dix minutes après, Gaë­tan rejoint ses frères à la cuisine :

« S’ils ne veulent que ça, ça va encore… Ils ont l’air four­bus : il y en a déjà qui ronflent sur la paille.

— Hum… Qu’est-ce qu’ils viennent encore rôder par ici ?

— D’a­près ce que j’ai com­pris, ils sont à la recherche de quelque fugi­tif de marque… et il y aurait des patrouilles comme ça dans toute la région. »

Yves fait la grimace.

« Tant pis pour le mal­heu­reux qu’ils traquent !

— Pour­vu que père ne tombe pas entre leurs mains…

— Et M. le Rec­teur, donc !

— Il fau­dra les aver­tir dès demain matin… »

Dix coups viennent de son­ner à la vieille hor­loge, dans la boi­se­rie de chêne fine­ment sculp­tée. Sou­dain, Louis tressaille.

« N’a­vez-vous rien entendu ? »

Ouvrage : Et maintenant une histoire I

T’as envie de pommes, Nanette ?

— Pour ça oui, Colas ; mais à pré­sent, des pommes, il n’y en a plus.

— Moi, je sais bien où il y en a… et de fameuses ! C’est dans le gre­nier du père Heur­teau, le voi­sin ; l’autre jour, Ernest, le com­mis, m’en a jeté une de la fenêtre, celle qui donne der­rière la mai­son. Et figure-toi que ce matin une échelle est dres­sée contre le mur, juste au-des­sous de la fenêtre du gre­nier ! Nanette, tu vas venir avec moi. Tu feras le guet pen­dant que j’i­rai cher­cher des pommes pour nous deux. Et si l’on vient, tu crie­ras : Miaou. »

Tu ne voleras pas - 7e commandement - Grenier aux pommesUn peu inquiète, mais fière d’ai­der son frère, Nanette suit Colas.

Les voi­ci tous les deux au pied de l’é­chelle. Le gar­çon a vite fait l’es­ca­lade et il dis­pa­raît dans le trou noir de la fenêtre. Nanette trouve le temps long : sûre­ment, Colas doit goû­ter les pommes. Mais sou­dain un bruit de voix se fait entendre ; des pas se rap­prochent… On vient. « Miaou » crie Nanette, et vite elle court se cacher dans la cabane aux outils.

Le père Heur­teau appa­raît accom­pa­gné de Rivouet, le cou­vreur. Ils parlent du toit de l’é­table qui est à répa­rer. Lors­qu’ils se sont éloi­gnés, Nanette, sor­tant de sa cachette, s’a­per­çoit avec hor­reur qu’ils ont empor­té l’é­chelle. Pour com­bien de temps ? Dieu seul le sait. Debout dans l’embrasure de la fenêtre, Colas mesure la dis­tance qui le sépare du sol… Il a beau être fort en gym­nas­tique, c’est vrai­ment trop haut pour se lan­cer. « Attends, dit-il à Nanette, qui se lamente en bas, je vais voir si je ne peux pas sor­tir par un autre endroit. »

Colas fait le tour du gre­nier. Il est vaste et contient bien des choses : des cha­pe­lets d’oi­gnons et d’é­cha­lotes sus­pen­dus aux poutres, des prunes séchées, des sacs de grains et, dans un coin obs­cur, la pro­vi­sion de hari­cots secs. Tiens, mais on dirait qu’ils sont trem­pés les sacs de hari­cots ; une grande tache d’hu­mi­di­té s’ar­ron­dit alen­tour. Colas lève la tête et aper­çoit du jour qui filtre par les tuiles dis­jointes. Bien sûr, la pluie passe par là. Il ne s’a­git pas de cela, mais de s’en aller. Il y a bien une porte qui donne vers la ferme, mais elle est fer­mée à l’ex­té­rieur. Le seul moyen d’é­va­sion, c’est la fenêtre. Colas y revient.

Ouvrage : Et maintenant une histoire I | Auteur : Targis, Edmond

La der­nière char­rette de foin venait d’être mise en lieu sûr.

Et puis ce fut l’o­rage, violent, bru­tal. Les éclairs suc­cé­daient aux éclairs. Déjà, l’é­norme sapin de la cour du châ­teau avait été déra­ci­né. Plus loin, la petite ferme du père Jani­cout flam­bait comme fétu de paille. Sou­dain, on enten­dit un fra­cas épou­van­table, réper­cu­té d’é­cho en écho : la foudre venait d’at­teindre le clo­cher, le clo­cher de tuiles ver­nis­sées autour duquel se ser­raient les mai­sons. Une épaisse fumée, toute noire, mon­tait dans le ciel encore plus noir, le tout tra­ver­sé de lueurs rouges : les flammes. Le feu avait pris de par­tout à la fois.

Église du village en feu - première communion et eucharistieIls étaient deux qui avaient vu la foudre s’a­battre sur l’é­glise : Mon­sieur le Curé dans son pres­by­tère, et Jean le jaciste dans sa mai­son­nette de la rue Haute. Deux qui avaient bon­di ensemble dans la rue, l’un tout cour­bé sous le poids des ans et d’une exis­tence mise au ser­vice des autres, l’autre, jeune, le visage tour­né vers l’a­ve­nir. Deux, avec une seule pen­sée au fond du cœur : là-bas, dans « leur » église, le taber­nacle… et le ciboire aux hos­ties consacrées.

Ils se sont retrou­vés sur la place, avec la même angoisse dans le cœur, la même farouche volon­té dans le regard. Autour d’eux, avec bruit, les secours s’organisent.

« Mon­sieur le Curé, je sais… mais je vous en prie, n’al­lez pas plus loin. Je suis jeune et n’ai pas peur. Je Le rapporterai. »

Et, sans attendre la réponse, Jean s’é­lance. Un cri par­mi la foule : le grand por­tail d’en­trée s’é­croule, dans un jaillis­se­ment d’é­tin­celles. Par où donc Jean va-t-il péné­trer dans l’é­glise ? Il reste la petite porte basse. Elle est fer­mée, mais d’un grand coup d’é­paule, et han ! il l’en­fonce. La four­naise ! Une hor­rible fumée âcre qui étouffe, piquant atro­ce­ment et les yeux et la gorge. Un ron­fle­ment entre­cou­pé de cré­pi­te­ments. De grands éclairs rouges. L’in­cen­die dans toute son hor­reur. Déjà Jean regarde plus loin. Dans cet enfer qui l’en­toure, ses deux yeux très clairs se portent là-bas, vers le Christ de pierre qui domine la four­naise, le Christ aux deux bras éten­dus. Il semble pro­té­ger, dans la par­tie du chœur encore intacte, l’au­tel et le taber­nacle. Le petit jaciste rampe sur le sol : c’est le seul moyen de ne pas être trop brûlé.

Ouvrage : Et maintenant une histoire I

Il y a de la joie dans l’air ce matin. Le soleil, levé bien avant le plus mati­nal des Cœurs Vaillants, étin­celle dans le ciel bleu, et les oiseaux, cachés dans les grands mar­ron­niers, s’é­go­sillent à qui mieux mieux.

Aus­si, bien avant l’heure fixée pour la réunion des chefs et des seconds, le vieux pavé résonne sous les talons impa­tients des gars.

« Tout le monde est là ? »

Sur le seuil de son pres­by­tère, Mon­sieur le Curé vient d’ap­pa­raître. Mais que se passe-t-il ? Pour­quoi donc a‑t-il cet air joyeux ! Tiens, il a une lettre à la main.

« On n’a presque pas atten­du ce matin, fait remar­quer Jacques. Extraordinaire ! »

D’ha­bi­tude, Mon­sieur le Curé, tou­jours très occu­pé, ne vient pas si vite.

« T’as vu, Jean, mur­mure Claude, il a un drôle d’air, Mon­sieur le Curé ; sûr qu’il arrive quelque chose… »

C’est vrai, Mon­sieur le Curé n’a pas son air habi­tuel ; le pli qui sou­vent barre son front a dis­pa­ru, et dans ses yeux il y a comme de la joie ; et puis on dirait qu’il veut vite faire par­ta­ger à tous le bon­heur qui semble conte­nu dans le petit rec­tangle qu’il tient à la main…

Flai­rant un mys­tère, les gars en un clin d’œil se sont ras­sem­blés et posent sur le prêtre des yeux interrogateurs.

« Mes petits enfants, com­mence Mon­sieur le Curé, mes petits enfants, une grande joie nous arrive, une grande joie pour le patro… »

Alors, quinze voix vibrantes ont lan­cé le même cri :

« Mon­sieur l’Ab­bé revient ?

— Oui, mes petits, Mon­sieur l’Ab­bé rentre du sana… »

Ain­si, ça y était ; ce jour tant dési­ré depuis celui où, la tris­tesse au cœur, les gars avaient appris que leur abbé malade avait dû par­tir, ce jour allait arri­ver… il était arrivé.

« Mon­sieur l’Ab­bé sera là dans trois jours. »

Les ques­tions main­te­nant s’en­tre­croisent, pêle-mêle, joyeuses ; tout le monde veut savoir.

« En tout cas, clame Jacques, il faut lui faire une récep­tion monstre ; on n’a que trois jours, mais on va mettre les bou­chées doubles. »

Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants

En 1166 nais­sait un petit Anglais : Simon Stock.

Chez ses parents, de très noble famille, on menait grand train, sur­tout à l’é­poque de la chasse, mais aux récep­tions, Simon pré­fé­rait la soli­tude des bois.

Enfants d’au­jourd’­hui, nour­ris de ciné­mas et d’illus­trés, vous rêvez d’ex­tra­or­di­naires aven­tures ; mais les petits d’a­lors, enten­daient plu­tôt par­ler des grands moines aux­quels l’An­gle­terre, l’Ir­lande, la France et la Ger­ma­nie devaient non seule­ment leur Foi, mais l’ins­truc­tion et la Science ; cela les ouvrait au recueille­ment et les atti­rait au désert. Autre­fois, Mar­tin-éco­lier, vou­lait être ermite ; à douze ans, Simon Stock s’é­vade et se cache dans les bois. Près d’une petite fon­taine il trouve un chêne creux dont il fait sa cabane. Il vit là trente-trois ans, et ce n’est pas banal, vu son nom ou sur­nom : « Stock » : tronc, tas de bois. Nous disons nous aus­si un stock de bois.

Saint Simon Stock dans un chêne creux
Il trouve un chêne creux dont il fit sa cabane.

Dans son désert, notre ermite a pour­tant des « visites »… des visites du ciel… Un jour, la Sainte Vierge, pour laquelle il a une extrême dévo­tion, lui annonce que les Carmes membres d’un ordre reli­gieuse consa­cré à Marie viennent de débar­quer en Angle­terre, et ajoute qu’elle serait heu­reuse de le voir entrer dans son ordre : L’ordre de Notre-Dame du Mont-Car­mel.

Aus­si­tôt, Simon quitte son tronc d’arbre, sa claire fon­taine, et s’en va rejoindre les reli­gieux incon­nus, arri­vés d’Orient.

Le Mont-Carmel

À peine est-il Carme que Simon demande à par­tir en Terre-Sainte… Il visite Beth­léem, Jéru­sa­lem, Naza­reth et gagne le Mont-Car­mel qui n’en est pas très éloi­gné. Une mer­veille que cette mon­tagne cou­verte de fleurs, sur­vo­lée par des mil­liers d’oi­seaux, du roi­te­let au grand aigle. Ici, ce n’est pas Blanche-Neige qui est reine, mais celle qui est plus blanche que la Neige : la Reine imma­cu­lée du ciel et de la terre ; et les habi­tants des bois ne sont pas d’af­freux petits nains (si bon soient-ils), mais des moines innom­brables à man­teaux blancs.

L’his­toire de Blanche-Neige n’est qu’un conte, inven­té pour le plai­sir des petits et des grands. Ici, c’est du vrai, et que l’his­toire est belle ! Simon ne se lasse pas de l’en­tendre, de se la redire à lui-même. Autre­fois… neuf cents ans avant le pre­mier Noël, le pro­phète Élie habi­tait la mon­tagne du Car­mel, et les jeunes accou­raient vers lui pour qu’il leur apprenne à aimer Dieu. Du côté de la Médi­ter­ra­née, plus de mille grottes, qui ser­vaient d’a­bri aux ermites, sont creu­sées dans le rocher. Était-ce plus confor­table que le tronc d’arbre ?