Catégorie : Filloux, H.

Auteur : Filloux, H. | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 6 minutes

Le chant des Alyscamps

Devant nous s’ouvre la longue allée, bor­dée de hauts peu­pliers d’Italie au feuillage touf­fu. De chaque côté s’alignent des tom­beaux, des dalles funé­raires, des monu­ments en ruines. Ici, une date qu’on déchiffre avec peine ; là, un nom à demi effa­cé. Cette allée de tom­beaux rap­pelle les voies romaines que les riches habi­tants de Rome bor­daient de leurs sépulcres. Ain­si, avant d’entrer dans la ville des vivants, on tra­ver­sait la cité des morts.

L’évêque Tro­phime, le pre­mier, eut là son tom­beau et ce fut, dans la suite, un grand hon­neur d’être enter­ré auprès du saint. Évêques et sei­gneurs, com­mer­çants et bour­geois aimaient à venir dor­mir là leur der­nier som­meil. Dans les villes au bord du Rhône, on confiait les cer­cueils au fleuve, avec une offrande pour les marins qui les repê­chaient. Ain­si, ceux qui s’étaient endor­mis du grand som­meil n’étaient point oubliés ; ils se mêlaient à la vie de tous les jours et la vue de ces tom­beaux était une leçon pour les vivants. Car ceux qui repo­saient à l’entrée de la cité, c’étaient ceux-là qui l’avaient faite de leurs tra­vaux, de leurs peines, de leurs sueurs.

Les riches tom­beaux ont dis­pa­ru : il ne reste plus que ces pauvres dalles effri­tées et nues, sous l’allée magni­fique des peu­pliers. Au fond, la vieille église en ruines de Saint-Hono­rat. Ce saint Hono­rat, c’est le saint de Pro­vence, un des pre­miers évêques d’Arles, qui vint des brumes du Nord au pays du soleil et lui don­na tout son cœur. Son his­toire est si belle que je ne puis résis­ter à l’envie de vous la conter. Asseyons-nous sur ces dalles, à l’ombre des feuillages, dans le cou­chant recueilli.

Saint Hono­rat est né, là-bas, dans une grande cité grise au bord du Rhin, vers l’an 360. Ses parents étaient de nobles sei­gneurs esti­més de tous et grands étaient leurs biens. Sa mère, avant sa nais­sance, avait vu, dans un songe, une gerbe de feu jaillir de son cœur. Elle pen­sait : « Que sera mon enfant ? »

Cet enfant, qu’on appe­la Andro­nich, fit la joie de ses parents : tou­jours sou­riant, très doux, avec un gra­cieux visage où brillaient des yeux vifs, sous une auréole de blonds che­veux. Il devint un éco­lier stu­dieux, mer­veilleu­se­ment doué, si bien qu’il dépas­sa même son frère aîné.

Jeune homme, il fai­sait l’envie des mères, tant il était aimable et cour­tois. Comme ses parents, il était païen et sacri­fiait aux dieux des Romains, maîtres du Rhin, comme du Rhône, maîtres du monde d’alors. Une aven­ture mer­veilleuse vint trans­for­mer sa vie. Comme il était à la chasse avec des amis, il aper­çut un cerf magni­fique qui, à sa vue, s’enfuit dans les four­rés. Piqué au jeu, Andro­nich des­cend de che­val, oubliant ses com­pa­gnons pour pour­suivre la bête. Course dif­fi­cile à tra­vers la forêt. Tout à coup, le jeune homme voit devant lui s’ouvrir une caverne. Curieux il s’approche et découvre trois hommes vêtus de laine blanche, por­tant de longues barbes. Pris de peur, il songe à s’enfuir, mais il lit tant de bon­té sur les visages qu’il avance jusqu’à la caverne. Le cerf s’accroupit aux pieds des soli­taires. Andro­nich s’étonne et s’émerveille.

— Ce cerf appar­tient au Sei­gneur, explique le plus âgé des hommes, au Sei­gneur Dieu que nous ado­rons et il vit fami­liè­re­ment avec nous qui l’appelons au nom de Jésus.

Alors, l’un des ermites, Caprais, conte au jeune homme atten­tif la mer­veilleuse his­toire du Christ. Ce Jésus de Naza­reth, mis en croix par amour pour les hommes, ne lui était pas incon­nu. On en avait sou­vent par­lé devant lui, il avait enten­du dis­cu­ter son ensei­gne­ment dans les écoles, mais il le consi­dé­rait jusque là tel que le lui avaient mon­tré ses parents : comme un mal­fai­teur, un fau­teur de troubles jus­te­ment condam­né. Aujourd’hui, dans la caverne ouverte sur la forêt, il com­prend, son erreur et déjà son cœur loyal s’attache à Jésus. Enfin, le cerf le guide vers ses com­pa­gnons inquiets de sa longue absence.

Saint Honorat rencontre St Caprais en Provence

Auteur : Filloux, H. , Divers .

Temps de lec­ture : 4 minutes

Saint Hugues, évêque de Grenoble, et le sept étoiles vus en songeLes étoiles merveilleuses

— Caché der­rière le Saint-Eynard et le Néron, je sais un haut-lieu où je veux vous conduire, petits amis. Et ce « haut-lieu » a une his­toire, une his­toire vraie, une magni­fique his­toire.

Il y a de cela bien, bien long­temps, vers le temps de la pre­mière Croi­sade. Gre­noble était déjà une ville impor­tante, avec sa cathé­drale et son Évêque qui fut saint Hugues.

Or, ce saint évêque eut un songe. « Il voyait sept étoiles tom­ber à ses pieds, se rele­ver ensuite, tra­ver­ser des mon­tagnes désertes, pour s’arrêter enfin dans un lieu sau­vage appe­lé Char­treuse. Là, les anges bâtis­saient une demeure et sur le toit, tout à coup, les sept étoiles mys­té­rieuses se mirent à briller. Que vou­lait dire ce songe mer­veilleux ?…

Le len­de­main, sept voya­geurs, venus de très loin, frappent à la porte de l’Évêque, se jettent à ses pieds, le priant de leur don­ner, dans la mon­tagne, un endroit tran­quille, loin des hommes, où ils pour­raient prier Dieu. C’était la réponse du Sei­gneur.

Saint Hugues reçoit saint Bruno et ses compagnons

Les sept étoiles du songe mer­veilleux, c’étaient saint Bru­no et ses com­pa­gnons.

Qui donc était Bru­no ? Un homme riche et savant, très pieux et très bon. Le Saint-Père le Pape venait de le nom­mer Arche­vêque de Reims. Mais Bru­no refu­sa ce grand hon­neur, dis­tri­bua sa for­tune aux pauvres, quit­ta la ville. Il vint se cacher dans la mon­tagne, pour être seul avec Dieu.

BRIGITTE. — Il faut donc s’en aller loin, tout seul, pour bien ser­vir le bon Dieu ? Pour­tant, sur les images, on voit tou­jours le Sei­gneur Jésus entou­ré d’une foule de gens, des malades, des petits enfants.

— C’est vrai. Il en était presque écra­sé par­fois. Il était si bon. Mais que fai­sait-Il, chaque soir, après la longue jour­née où Il avait prê­ché, gué­ri les malades ?… Il se reti­rait dans la mon­tagne pour se retrou­ver, seul avec Dieu, son Père.

Quand ils veulent accom­plir quelque chose de grand, de beau, que font le savant, le poète ? L’un s’enferme dans son labo­ra­toire, l’autre s’égare en pleine cam­pagne. Ils veulent être seuls, pour se don­ner tout entiers à leur œuvre.

Saint Bru­no cher­chait donc aus­si un coin dans la mon­tagne, pour pen­ser aux choses du Ciel.

Auteur : Filloux, H. | Ouvrage : Autres textes .

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Dans les pages d’un vieux livre

Hen­ri. — Comme c’est amu­sant, toutes ces petites mai­sons, per­chées sur la pente de la mon­tagne !

— Cette mon­tagne, c’est la mon­tagne amie de Gre­noble, celle qu’on voit au bout de chaque rue : le Saint-Eynard. Je sais à son sujet une bien jolie légende, cueillie dans un vieux livre qui garde encore le par­fum des œillets roses conser­vés entre ses pages jau­nies.

Légende de Savoie racontée aux petits : Saint Pierre, La Sainte Vierge et Jésus

« Sachez 1 d’abord que jadis, Dieu, la Vierge et les saints fai­saient sur la voûte céleste de longues pro­me­nades. Quand ils arri­vaient au-des­sus de cette val­lée, c’était pour leurs yeux un émer­veille­ment.

« Ils aper­ce­vaient les Sept-Laux, les crêtes du Bel­le­donne toutes blanches de neige… Au soleil levant, le mas­sif de la Char­treuse et le gla­cier lilial du Mont-Blanc.

« A leurs pieds, l’Isère cou­lait avec ses flots argen­tés à tra­vers des clai­rières bor­dées de chênes, de châ­tai­gniers et de peu­pliers… Saint Pierre s’asseyait pour mieux voir ; la Vierge Marie joi­gnait les mains d’admiration… Dieu sou­riait…

« Mon Dieu ! dit un jour la Vierge Marie, pour­quoi les bords de cette rivière, ces forêts et ces pâtu­rages sont-ils inha­bi­tés ! Les hommes y seraient si heu­reux !

— Il n’y a pas de mai­sons, dit saint Pierre, un peu bour­ru. Et com­ment diable ! vou­lez-vous que les pauvres humains trans­portent des maté­riaux dans ces mon­tagnes ?…

— Eh bien ! saint Pierre, dit le Père Éter­nel, tu vas tout de suite en appor­ter.

— Oh ! dit saint Pierre, des chan­tiers du Para­dis à cette val­lée, le tra­jet est long. Des mai­sons, c’est lourd. Je ne suis plus jeune… Que saint Eynard s’en charge !…

Notes :

  1. Cette légende est tirée de Sous le signe des Dau­phins (de Paul Ber­ret), édi­tions Didier et Richard, à Gre­noble.
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Un étrange équipage

Dans le golfe pai­sible de Saint-Tro­pez vint abor­der un jour le plus étrange équi­page qu’on ait jamais vu. Les vagues durent être bien éton­nées de por­ter si curieuse barque : ni vergues, ni mâts. A la proue, un pauvre coq tout apeu­ré, crête pâle, plumes héris­sées. A la poupe, un chien de ber­ger qui jette de tous côtés des regards inquiets. De gou­ver­nail, de pilote, point. Mais une main invi­sible semble conduire la barque car elle ne se détourne point de sa route et va droit au port. Des ailes d’anges la poussent dou­ce­ment sur l’eau tran­quille où se mirent les étoiles. Der­rière elle, miroite un long sillage d’argent. Silen­cieu­se­ment glisse la barque mys­té­rieuse… Les trois ou quatre pêcheurs qui sur­veillent, là-bas, leurs filets, les yeux fixés sur le car­reau de liège, n’ont point détour­né la tête.

Tout dort au vil­lage. Sou­dain, une femme pousse sa porte, frappe chez sa voi­sine.

— Eh ! voi­sine, réveillez-vous !

Bien­tôt la rue est en alerte et le quar­tier et le port. On entoure la com­mère qui, d’un air encore effa­ré, avec de grands geste, conte son songe.

— J’ai vu une barque, bonne Mère, sans voile ni gou­ver­nail, avec un coq et un chien comme équi­page. Elle se diri­geait vers le port. Elle porte le corps d’un saint mar­tyr !

Quelques jeunes pêcheurs ont sou­ri et haus­sé les épaules.

Récit et Légende de Saint Tropez - Arrivé du corps de St Tropez en bateau

 

— Un coup de soleil, la vieille, t’a tour­né la cer­velle !

Cepen­dant, tout ce peuple, curieux et avide d’aventures a gagné le port. Là-haut, les étoiles pâlissent ; une grande clar­té blanche se lève sur la mer. Les vagues viennent battre la grève à petits coups régu­liers. De barque, point… Là-bas, deux bateaux de pêche qui rentrent à force de rames.

Coco­ri­co !

Auteur : Filloux, H. | Ouvrage : Autres textes .

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Qui sont ces saintes Maries de la Mer que l’on trouve en Pro­vence ?… C’est une his­toire très belle, si belle que les vagues cares­santespour l’écouter, cou­raient le long du rivage, — à trou­peaux.

À la conquête des âmes

Ces saintes Maries, ce sont les amies du Christ, ces saintes femmes qui le sui­vaient, au long des che­mins de Pales­tine, alors qu’il allait, annon­çant « la bonne nou­velle ».

Histoire des Saintes Maries de la Mer pour les jeunesLes Trois Maries : Marie-Jaco­bé, sœur de la Vierge ; Marie-Salo­mé, mère de Jacques et Jean, les apôtres au cœur ardent et Marie de Mag­da­la, la Made­leine, sœur de Marthe et Lazare, celle que Jésus avait gué­rie de ses péchés et qui, fidèle, jusqu’au bout l’accompagna de son amour. Avec elles, Marthe, la bonne maî­tresse de mai­son, et Sara, la ser­vante au brun visage.

Les Juifs, qui avaient fait mou­rir le Sau­veur, fer­mant au mes­sage divin leurs oreilles et leur cœur, mal­trai­taient ses amis. Ils chas­sèrent de leur pays les saintes femmes, les jetant dans une barque sans gou­ver­nail, sans voiles ni rames. Ils embar­quèrent en même temps Lazare, le res­sus­ci­té, Maxi­min l’évêque et le saint vieillard Tro­phime, témoins gênants du Christ.

Sur la mer bleue, qui bai­gna les pieds de Jésus, au rivage de Pales­tine, vogue la barque au caprice des flots. Une vague la lance à l’autre vague, comme un jouet. Jours gris sous un ciel tour­men­té de nuages, nuits inter­mi­nables où ne sou­rit aucune étoile. La tem­pête fait rage : tan­tôt au fond d’un gouffre plonge la barque ruis­se­lante d’embruns ; tan­tôt, comme un fétu de paille, une trombe d’eau la sou­lève et, tran­sis et trem­blants, les pauvres voya­geurs lèvent leurs regards sup­pliants vers le Ciel.

Les saintes prient, confiantes… tout dre e li man jun­cho « toutes droites et les mains jointes ». Invi­sibles, les Anges guident la barque… Vers les côtes de Pro­vence, pour en faire don au beau pays qui sera la France, tout dou­ce­ment, ils la poussent… Sur le rivage désert, les exi­lés abordent à la plage de sable fin.

À genoux, les amis du Christ remer­cient le Sei­gneur. Ils baisent cette terre qui les accueille et, pleins de zèle, les voi­là qui partent à la conquête des âmes.

Lazare, dans Mar­seille, la riche et orgueilleuse cité, porte le mes­sage du Christ, ami des pauvres et des humbles et Mar­seille pleure ses péchés.

La Sainte Baume

Où va celle-ci, les yeux bais­sés sous son voile qui dérobe aux regards l’éclat de sa che­ve­lure d’or, si belle que, pour la voir pas­ser, les vieux pins se font signe.

Par les landes pier­reuses, les vignobles et les oli­vettes, par delà les mon­ta­gnettes peu­plées de pins odo­rants, elle va… Long­temps, long­temps elle marche sur les pas d’un guide invi­sible à nos yeux. C’est Marie-Made­leine, Marie la contem­pla­tive, que Dieu appelle dans la soli­tude…

La noire mon­tagne des Maures court le long de la mer ; une autre chaîne, plus éle­vée, par le même che­min, s’en va vers Mar­seille. Sur la plus haute mon­tagne, Made­leine suit l’appel divin. Et voi­ci que s’ouvre devant elle une vaste forêt qui laisse dans l’étonnement, tant elle est dif­fé­rente des pay­sages du Midi. Plus de pins ni d’eucalyptus, plus d’orangers ni de chênes-liège, mais de hautes fûtaies de hêtres et de chênes que jamais ne pro­fane la hache du bûche­ron. Quel silence, quelle soli­tude dans ses- pro­fon­deurs ! Tout en haut, par­mi les rochers sau­vages, une grotte béante, comme sus­pen­due au-des­sus de l’abîme. Sans hési­ter, Marie-Made­leine pénètre dans l’ouverture de rochers. C’est là la demeure que le Sei­gneur lui a choi­sie : la sainte Baume 1.

Notes :

  1. Baume signi­fie : grotte.