Jésus, invité à des noces, s’y rendit, ainsi que sa Mère, et ses Apôtres. Vers la fin du repas, le vin manqua. Marie, ayant pitié des jeunes époux que cela devait humilier, dit à Jésus ces simples mots : « Ils n’ont plus de vin ! » Jésus, après avoir répondu : « Mon heure…
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Il y a de cela bien, bien longtemps, les cloches sonnaient à toute volée dans un village perdu des montagnes d’Auvergne.
Elles envoyaient au loin leurs notes allègres, joyeuses et claires, et annonçaient aux pauvres pasteurs la venue du Messie, les conviant à aller adorer le Dieu de l’étable dans la modeste chapelle à Lui consacrée.
La neige couvrait la terre d’une couche épaisse.
Le vent soufflait avec violence, et au loin avec un fracas horrible, on entendait rouler, se précipiter dans la vallée, emportant tout sur son passage, la terrible avalanche.
Aux buissons, aux arbres rares, étaient suspendus ces minces fils argentés d’un aspect tout à la fois si charmant et si triste.
Les femmes jetaient sur leurs épaules leurs pelisses épaisses et chaudes.
Les hommes s’enveloppaient de leurs longs manteaux.

On se disposait à s’acheminer vers la maison du Seigneur pour y entendre célébrer la Messe de minuit et y entonner de joyeux Noëls en l’honneur de l’Enfant-Dieu.
De gaies jeunes filles d’un hameau voisin venaient de sortir de l’étable où elles s’étaient réunies en attendant l’heure solennelle.
Elles aussi avaient pris le sentier qui menait à la vieille église.
Sous leur pas alerte résonnait la terre.
Leurs joyeux caquets troublaient seuls le silence de la nuit.
Soudain, au milieu des rires, arriva jusqu’à elles un bruit, un bruit si étrange que toutes, au même moment, s’arrêtèrent pour écouter.
Près d’elles, à leurs pieds pour ainsi dire, se faisaient entendre des vagissements plaintifs semblables à ceux d’un nouveau-né.
C’était sans doute une illusion, car on était loin de toute habitation.
Aussi, après un instant pendant lequel on n’entendit plus que souffler la bise, mugir la tempête et s’éteindre les derniers accents des cloches, les jeunes filles, bien persuadées de s’être trompées, reprirent-elles leur route.
Mais à peine eurent-elles fait quelques pas qu’éclatèrent plus plaintifs, plus pressants, de nouveaux cris de détresse .
Nul doute, prés de là gémissait un être, en proie à la souffrance.
Elles se baissèrent, cherchèrent et finirent par découvrir une petite masse noirâtre qui se détachait sur l’immaculée blancheur de la neige.
Elles s’approchèrent, et que virent-elles ?
Dans un de ces lourds et longs sabots, que chaussent les habitants de nos campagnes, gisait une faible créature si mignonne, si jolie, qu’on pouvait aisément la prendre pour un ange du bon Dieu.
Le pauvre enfant était à demi-nu. Ses membres étaient engourdis par le froid. Sa voix s’affaiblissait et menaçait de se paralyser tout à fait.
Qui donc avait eu le courage d’abandonner ainsi son fils, son-nouveau-né ?
Qui avait eu la barbarie d’exposer un si petit être à une température si rigoureuse, et de le livrer en pâture certaine aux loups qui rôdaient affamés sur la montagne ?
Les joyeuses jeunes filles devinrent sérieuses tout-à-coup, prirent l’enfant et se mirent en devoir de le réchauffer de leur mieux.
Puis elles se demandèrent ce qu’elles feraient du chérubin qu’elles venaient de découvrir si inopinément.
Qui se chargerait de sa personne ?
Justus ut palma florebit, sicut cedrus Libani multiplicabitur.
Le juste fleurira comme le palmier : comme le cèdre du Liban, il se multipliera.
(Psaume 92 : 13)
Saint Charbel Makhlouf doit sa renommée aux prodiges et miracles qui entourent sa dépouille mortelle. Nul, sans doute, n’aurait pensé à faire un saint de ce pieux ermite libanais qui, par humilité, s’était soigneusement effacé du monde, si, après sa mort, la Providence n’avait obstinément attiré la ferveur populaire sur sa tombe.
À cent quarante kilomètres au nord de Beyrouth, se trouve Bekaa Kafra, le plus haut village du Liban habité toute l’année, à 1650 mètres d’altitude. Il offre une vue panoramique sur la vallée de la Qadisha, surnommée la Vallée sainte, de nombreux ermites y ayant vécu depuis le IVe siècle. C’est dans ce village que naît, le 8 mai 1828, le cinquième enfant d’Antoun Makhlouf et de Brigitta Choudiac qui ont déjà deux fils, Jean et Bechara, et deux filles, Kaoun et Warda. Huit jours après sa naissance, il reçoit au baptême le nom de Youssef Antoun (Joseph Antoine).
La piété de la famille est simple, grande et forte. Brigitta Makhlouf assiste à la Messe et récite son chapelet quotidiennement. Deux de ses frères sont moines dans l’Ordre maronite libanais et vivent à l’ermitage de Saint-Antoine de Qozhaya, à cinq kilomètres de Bekaa Kafra. Antoun est un pauvre paysan qui ne possède qu’un modeste coin de terre, un âne et un petit élevage de chèvres et de moutons.

Un soir, Youssef Antoun est alors âgé de trois ans, un groupe de soldats vient réquisitionner Antoun Makhlouf avec son âne pour transporter du matériel de l’armée ; impossible de refuser. Sa mission accomplie, il tombe gravement malade et meurt. Ce n’est qu’après des mois d’inconsolable attente que Brigitta comprend qu’elle est veuve. Deux ans plus tard, en octobre 1833, craignant de ne pouvoir subvenir aux besoins des siens, elle se remarie avec un homme très pieux du village. Peu après, celui-ci, avec l’accord de Brigitta et conformément à la discipline particulière des Églises orientales, est ordonné prêtre. Youssef lui sert la Messe et l’assiste dans toutes les cérémonies ; à la sortie de l’église, l’enfant se rend à l’école où il apprend à lire, à écrire et à prier en syriaque, langue que parlait Jésus. Il s’initie également aux travaux champêtres et mène paître sa vache et ses brebis au flanc des collines. Un ami témoigne : Lorsque la vache avait bien brouté l’herbe, il la laissait à son repos en lui disant : « Repose-toi maintenant, « Zahra », c’est mon tour et non plus le tien. Je veux prier ». Ainsi priait-il, et si sa vache se relevait pour pâturer, il lui disait : « Ne recommence pas maintenant, attends que je finisse ma prière parce que je ne peux pas parler avec toi et avec Dieu ; Dieu est de priorité ». Il passait des longues périodes, absorbé par la prière.
Youssef va vers ses quatorze ans et ses camarades le taquinent sur sa piété en l’appelant « le saint ». Tous les jours il emmène paître son petit troupeau et se rend dans une grotte où, à genoux devant une image de la Sainte Vierge, il prie. La grotte devient ainsi son lieu de prière et son premier ermitage et, par la suite, un sanctuaire et un lieu de pèlerinage.
XIX
Colette, appuyée sur l’épaule de son père, fait ses premiers pas.
Tous deux causent, en allant tout doucement sous les arbres, d’un fauteuil à l’autre. On parle des enfants, de Yamil.
— Si vous saviez comme il se transforme, papa. C’est délicieux de lui apprendre son catéchisme et son Histoire Sainte. Seulement, ces jours-ci, je vais avoir besoin de vous.
— Pour faire le catéchisme à Yamil ! Ah ! non, par exemple ! Je serais incapable de garder ma patience.
— Ça, je n’en suis pas sûre ! Mais ce n’est pas de Yamil, cette fois, qu’il s’agit. Je voudrais pour nos trois petits une explication claire sur le rôle des prophètes dans l’Histoire Sainte. Pierre nous a donné l’autre jour une définition un peu fantaisiste. Seulement, voilà ! je ne sais pas comment m’y prendre.
— Et moi non plus.
— Oh ! papa, ne soyez pas taquin. Pensez‑y un peu. Ce sera pour après le déjeuner.
— À l’heure de la sieste ? Tu as juré que je les endorme tous !
— Nous verrons bien, conclut Colette avec son charme irrésistible.
Allez donc refuser quelque chose à Colette ! Son père en est tout à fait incapable. L’heure venue, il s’exécute, non sans avoir dit avec un gros soupir :
— Colette s’est mis en tête que je vous fasse un cours d’histoire. En plein midi, mes pauvres enfants, nous dormirons tous dans cinq minutes. Moi le premier.
— Non, non, crient les deux petits en sautant ensemble sur les genoux de leur oncle, on vous réveillera, nous deux ! Quelle leçon vous allez dire ?
— D’abord répondez à mes questions. C’est moi l’élève, vous les professeurs.
— Quelle chance ! crie Nicole enchantée.
Mais Bruno lève son petit doigt et arrondit deux yeux sévères :
— Gare, si vous êtes pas sage !
Papa prend un petit air contrit pour dire :
— Je vais essayer. Alors s’il vous plaît, monsieur Bruno, je voudrais savoir ce que c’est qu’un ambassadeur ?
Bruno devient tout à coup malheureux et met son pouce dans sa bouche.
Alors papa se tourne vers Nicole.
— Mademoiselle, qu’est-ce que c’est qu’un ambassadeur ?
Nicole ferme à moitié les yeux… mais ne répond pas.
— Mes professeurs ne sont pas calés. Pierre, en sais-tu davantage ?
— Un ambassadeur, c’est… c’est quelqu’un qui est envoyé par un grand personnage pour le représenter.
— Ah ! tout de même ! Ajoute : il est parfois chargé de missions spéciales et décide au nom de son souverain. La parole d’un ambassadeur vaut celle du roi, de l’empereur, du président, etc…
Sortant de l’usine où elle a travaillé tout le jour, une femme aux traits amaigris s’engage dans l’étroit chemin qui mène hors de la ville jusqu’à une « grotte de Lourdes ». Voilà huit jours qu’elle fait ce trajet. L’inquiétude et la peine courbent ses épaules lasses. Au logis, son mari est couché depuis six mois, souffrant cruellement. De son travail à elle dépend l’existence de tous. Mais la malheureuse, épuisée de surmenage et de privations, voit venir l’heure où la misère fera suite à la gêne au foyer désolé.
À peu de distance se dresse le rocher où rayonne la blanche statue de la Sainte Vierge. Celle qui monte vers ce but s’arrête dans le sentier, indécise, l’âme angoissée.
— Qu’est-ce que je fais !… Moi, protestante, venir la prier ! Qu’est-ce que j’espère ! De quel droit réclamer sa pitié ?…
Mais une voix s’élève au fond de l’âme troublée, une voix qui rassure et invite à l’espoir « Ton mari et tes enfants sont catholiques et c’est pour eux que tu viens. » « Et puis, murmure la pauvre femme, j’ai fait ce que je devais : j’ai respecté les croyances du père, j’ai veillé à ce que les petits connaissent et pratiquent leurs devoirs… »




