Votre site « Et maintenant une histoire » proposera parfois des travaux manuels pour occuper le mercredi des enfants. Ces bricolages auront un rapport plus ou moins lointain avec l’histoire publiée le samedi précédent.
Et maintenant une histoire ! Posts
D’une grande famille de Rome, Françoise naquit vers 1884. Attirée vers le cloître, elle dut cependant, par soumission filiale, épouser Lorenzo Ponzani, jeune homme à la fois riche et noble. Dans l’état du mariage, elle conserva toujours, autant qu’elle le put, le genre de vie austère qu’elle s’était proposé, fuyant les spectacles et les festins, portant des vêtements très simples, donnant à la prière ou au service du prochain le temps qui lui restait après l’accomplissement de ses devoirs domestiques. Elle s’appliquait à retirer les dames romaines des vanités du monde : avec l’autorisation de son mari, elle fonda dans ce but l’Ordre des Oblates régulières de saint Benoît. Elle supporta avec constance l’exil de son mari, la perte de ses biens, les malheurs de sa maison. Son mari étant mort, elle obtint d’être reçue comme la dernière de toutes parmi ces Oblates dont elle était la fondatrice. Son humilité était extrême : souvent on la vit, elle, l’ancienne grande dame, traverser Rome, portant sur la tête un fagot de sarments ou conduisant un âne chargé de bois. Ses austérités corporelles étaient constantes : elle les diminua cependant sur l’ordre de son confesseur. Elle fut favorisée de la présence sensible de son ange gardien, avec lequel elle conversait familièrement. Sa mort survint le 9 mars 1440.
Les lourds brodequins des légionnaires sonnent sur les dalles des rues. A la porte de la maison, des coups violents. Le jour se lève à peine sur Rome. « Ouvrez ! » Les soldats entrent, menaçants, glaive en main, prêts à frapper qui leur résisterait. Mais ceux qu’on vient arrêter ne résistent nullement. D’avance, ils ont accepté le sort qui les attend ; d’avance ils ont donné leur vie au Christ.
Ils ne le renieront pas. Emmenés devant un magistrat de l’Empire, ils lui tiendront tête sans trembler. On entendra à peu près ce dialogue :

— Es-tu chrétien ?
— Oui, je le suis.
— Acceptes-tu d’offrir un sacrifice aux dieux de Rome ?
— Je ne puis pas.
— Si tu refuses, tu mourras.
— Je refuse.
Ce dialogue, c’est par dizaines, par centaines qu’il s’est répété. Innombrables ont été les hommes, les femmes, les enfants, qui, en face des autorités impériales, ont proclamé fièrement leur foi dans le Christ Jésus et préféré mourir plutôt que de le trahir. C’est sans doute le chapitre le plus admirable de toute l’histoire de l’Église que celui que composent ces « Passions », ces récits sublimes du sacrifice accepté, désiré, par des générations de chrétiens, et nos ancêtres au Moyen Age, dans les pages de la Légende dorée, ont particulièrement aimé à entendre celles où cet héroïsme était glorifié. Les martyrs ne sont-ce pas les témoins du Christ ? —en grec, martyr veut dire témoin. Ne sont-ce pas les preuves vivantes que, pour des chrétiens, la fidélité aux promesses du baptême est plus importante que l’existence même ? De siècle en siècle on citera leurs noms, on répétera leur histoire, on les invoquera comme des intercesseurs auprès de Dieu.
Un bébé était arrivé pendant la nuit chez les voisins Dupré. Le matin, il était là, tout simplement couché dans le berceau. Il avait un mignon petit nez et des doigts si minuscules qu’il pouvait en porter plusieurs à la fois à la bouche.
Le bébé dormait et ne s’occupait nullement des gens qui l’entouraient. Ce n’était au fond pas bien poli ; et, les six enfants Dupré avaient l’air bien déçus. Ils auraient tant voulu saluer leur petit frère.
Papa leur expliqua qu’il ne fallait pas prendre cela comme une offense, que le petit enfant, ayant eu un long chemin à parcourir pour leur arriver, était fatigué, et que maintenant il voulait dormir.
Chacun fut satisfait de cette explication ; même, les enfants se mirent à parler tout bas pour ne pas empêcher le nouveau frère de dormir. Quand la nurse arriva et commanda à toute la petite compagnie de sortir, elle obéit sagement et se retira aussitôt, dans la chambre de famille, où, naturellement, la conversation continua à voix basse. Il s’agissait avant tout de savoir quel nom on donnerait au petit frère. Les uns voulaient l’appeler Francis, car ils avaient déjà eu un Francis, mais le Bon Dieu était venu le chercher. Les autres voulaient lui donner le nom de Robert ; le grand-père s’appelait ainsi. Finalement, papa mit fin à ces discussions en disant : « Claude sera son nom : son oncle et parrain s’appelle ainsi ».
* * *
Quelqu’un frappa à la porte. C’était Mariette, la petite voisine, qui passait la tête par l’entrebâillement de la porte et demandait si elle osait aussi entrer. Elle avait entendu parler d’un nouveau petit frère et elle aimerait tellement le voir.
Naturellement, elle put entrer ; comme elle n’avait pas de frères et sœurs pour jouer avec elle, les enfants Dupré la considéraient comme
Épiphanie
Sa maigre figure de petite fille misérable collée aux barreaux de la grille en bois doré, Azia suit de ses yeux tristes, un peu bridés, le remue-ménage insolite du palais royal. Par toutes les portes, des serviteurs vont, viennent, courent, s’appellent ; dans la cour, d’autres apportent des coffres bardés de fer et des ballots d’étoffes précieuses ; aux écuries, on harnache le dromadaire blanc du roi Melchior et les chameaux de sa suite.
Ça ne l’intéresse pas tellement, Azia… mais ça lui passe le temps. Ses journées sont si longues, si longues, depuis qu’elle est toute seule en la grand-ville, pauvrette abandonnée ! Elle était heureuse, voila quelques mois, dans la jolie maison rose aux tentures de soie, pleine de fleurs odorantes et toute chaude de la tendresse d’un papa et d’une maman. Mais une horde venue de l’Occident a détruit la maison rose et emmené captifs le papa et la maman qui faisaient tout son bonheur de petite fille. Où sont-ils à présent ? Quelque marchand d’esclaves les aura achetés au chef barbare, et revendus Dieu sait où… La pauvre petite Azia ne les reverra jamais. Des larmes perlent à ses yeux, et son petit visage ravagé se contracte à cette affreuse pensée.
Mais soudain, les cymbales et les harpes d’or la tirent de sa douloureuse rêverie. Tandis qu’elle revivait les heures terribles, un cortège s’est formé dans la cour du palais : les chameaux sont chargés, et la tente de pourpre sur le dromadaire blanc attend le roi qui s’avance en grand apparat.
« Adieu, mes amis, dit gravement celui-ci lorsque, sur un signe de lui, les instruments de musique se sont tus ; n’ayez nulle inquiétude pour moi, j’ai vu dans le ciel de décembre l’Étoile de Celui qui vient pour rassembler ce qui est dispersé ; je vais à Lui ».
Le cœur d’Azia a bondi ; une joie mystérieuse la porte toute. Elle n’écoute plus la suite, elle n’a retenu qu’un mot qui chante dans son cœur et qu’elle se répète inlassablement avec une grande espérance :
« Celui qui vient pour rassembler ce qui est dispersé… »
Celui-là, peut-être, saurait rassembler la famille heureuse, brutalement dispersée par les barbares ? Il vient pour cela ; le roi Melchior l’a dit.
« Celui qui vient pour rassembler ce qui est dispersé… »
Une grande résolution est entrée dans le petit cœur d’Azia ; elle ne rêve plus ; elle regarde bien tout le cortège du roi, les coffres, les serviteurs, les chameaux, et tout ; on dirait qu’elle cherche quelque chose.
« Tiens, se dit une minute plus tard le jardinier qui l’avait remarquée, la petite Azia n’est plus là. »
Et puis c’est tout : est-ce qu’on s’occupe d’une petite inconnue quand on est le jardinier d’un roi d’Arabie ?
Ah ! bien oui !
Le jardinier sûrement n’y pense plus.
En 2012, nous fêtons le 600e anniversaire de la naissance de sainte Jeanne d’Arc. Pour inaugurer cette année consacrée à la bergère de Domrémy, voici ce joli texte :
Que c’est donc grande pitié au royaume de France ! Depuis bientôt cent ans que dure cette guerre, que de misères et de dévastations ! Reconnaît-on encore la France, la douce France, jadis le plus riche pays qui fût au monde, dans cette terre ravagée, aux récoltes avares, au commerce incertain, aux routes abandonnées ? France, très chère France, ne finiront-ils donc point par te quitter pour regagner leurs îles, les maudits Anglais, les « Godons » comme on dit, d’où est venu tout cet accablement ? Que faudra-t-il encore pour que tes fils s’unissent contre l’ennemi commun au lieu de se déchirer en clans fratricides, Armagnacs contre Bourguignons ? Hélas, tout est si triste et l’horizon si noir que c’en est vraiment à perdre l’espérance… De quoi parler sinon du malheur des temps ?
Et l’on en parle, on en parle partout, dans le moindre des villages, où chacun se demande si, demain, une troupe d’Anglais ou de partisans de Bourgogne ne viendra pas mettre le feu aux maisons, massacrer les familles, voler le bétail et piller l’église. Une petite fille née vers le début de ce XVe siècle, — en 1412 par exemple, — depuis qu’elle a été en âge d’écouter, n’aura guère entendu que des récits de massacres et de désastres. A trois ans a‑t-elle pu comprendre, quand son père a raconté la terrible défaite subie par la fleur des chevaliers français et l’odieux massacre, ordonné par le roi d’Angleterre, de trois mille des plus nobles prisonniers ? Mais elle se souviendra toujours d’avoir vu, à sept ans, de ses yeux vu, la bataille que se livrèrent, à une lieue de son village, les Français ennemis, à grands coups de haine sauvage, et où tant revinrent blessés, ensanglantés, et d’où maints aussi ne sont pas revenus… Encore toute petite, elle aura su par cœur la complainte qu’on chante




