Au temps du Christ

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

I

La première mission chrétienne

Les mis­sion­naires, ouvrant l’Évangile, y lisent leur consigne ; ils y lisent aus­si l’annonce de ce qui sera peut-être leur des­ti­née.

Jésus-Christ ordon­na lui-même la pre­mière « mis­sion ». Il envoya les douze apôtres, — c’est l’Évangéliste saint Luc qui nous le dit, — « prê­cher le royaume de Dieu et gué­rir les malades. » Il vou­lut qu’ils par­tissent avec leur besace, sans pro­vi­sion : au pays d’Israël on était accueillant, c’est un trait des mœurs orien­tales. Mais devant leurs yeux il entr’ouvrit, pour un ave­nir plus loin­tain, des hori­zons plus vastes ; il les pré­vint qu’ils seraient comme des bre­bis au milieu des loups. D’après une tra­di­tion que rap­porte saint Clé­ment, saint Pierre, anxieux, aurait alors inter­rom­pu son maître : « Et si les loups mangent les bre­bis ? » aurait-il-deman­dé. Le Christ de répondre : « Si la bre­bis est morte, elle n’a plus à craindre le loup. »

Des mis­sion­naires du Christ pou­vaient donc être appe­lés à mou­rir. Le Christ leur par­la des tri­bu­naux où ils seraient traî­nés, des sup­plices qu’ils auraient à subir ; il leur pro­mit que le Saint-Esprit lui-même, lorsqu’ils seraient accu­sés, inter­ro­gés, leur ins­pi­re­rait les réponses qu’ils devraient faire. Il leur mon­trait les récom­penses assu­rées, dans le ciel, à ceux qui auraient fait s’agenouiller les hommes devant lui. Il ajou­tait qu’au cours de leurs voyages les hôtes qui les rece­vraient seraient, eux aus­si, récom­pen­sés, ne leur eussent-ils don­né qu’un verre d’eau fraîche.

Les premiers missionnaires sont les apôtres

Les apôtres alors, pour quelques semaines, deux par deux, s’éparpillèrent à tra­vers les bour­gades du pays d’Israël. Et voi­ci la scène du retour, le retour des pre­miers mis­sion­naires. Ils racontent au Christ tout ce qu’ils ont fait et ensei­gné : « Sei­gneur, lui disent-ils tout joyeux, lorsque en votre nom nous com­man­dons aux démons, ceux-ci nous sont sou­mis. » Leur joie, peut-être, pour­rait dégé­né­rer en orgueil, pour une telle vic­toire. Le Christ coupe court : « Ne vous réjouis­sez pas de ce que les esprits vous sont sou­mis, mais de ce que vos noms sont écrits dans le ciel. » Il les sent fati­gués de leur marche. « Venez dans un lieu désert, conti­nue-t-il, et repo­sez-vous un peu. » Seize cents ans plus tard, quand le Père Tho­mas de Jésus, dont la puis­sante voix pous­se­ra les Carmes dans l’immense champ des mis­sions, leur conseille­ra de venir reprendre haleine dans ces asiles de recueille­ment que les Carmes appel­le­ront des « déserts », il ne fera que répé­ter l’invitation de Jésus- Christ.

PALESTINE. — Bethléem : Maison des Franciscaines Missionnaires de Marie.
PALESTINE. — Beth­léem : Mai­son des Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie.

Ain­si se dérou­la, du vivant même du Sau­veur, la plus ancienne des mis­sions chré­tiennes, la mis­sion chez les Juifs. Le Christ en repar­le­ra, à la Cène, quelques heures avant de souf­frir. Il deman­de­ra à ses apôtres : « Quand je vous ai envoyés sans sac, sans bourse et sans chaus­sure, quelque chose vous a-t-il man­qué ? » Et ceux-ci répon­dront : « Rien ». Ce mot « rien », il sera répé­té, jusqu’à la fin des temps, par tous les mis­sion­naires que peut-il man­quer à ceux qui, sachant ce qu’est le don divin, le portent avec eux, à ceux qui, sachant les pro­messes divines, se rendent dignes, par leur vie héroïque, d’en cueillir les fruits ?


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