En route chez les païens

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

II

Saint Paul

Le Christ mou­rut, le Christ res­sus­ci­ta, et voi­ci l’ordre qu’en Gali­lée, appa­rais­sant aux onze dis­ciples, il leur don­na, pour eux et pour les autres : « Allez, ensei­gnez toutes les nations, bap­ti­sez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Quelques années plus tôt, ces pêcheurs, ces arti­sans, qu’étaient les douze apôtres et les soixante-douze dis­ciples du Christ, heu­reux d’être le peuple élu du vrai Dieu, heu­reux de connaître ce Dieu que les païens ne connais­saient pas, étaient loin de pen­ser que ce serait un jour leur rôle, à eux, d’aller annon­cer aux païens que ce Dieu était venu sur terre, qu’ils l’avaient enten­du prê­cher, vu mou­rir, et de nou­veau, après sa mort, enten­du prê­cher, et qu’il vou­lait désor­mais être connu de tous les hommes. Rien ne les pré­pa­rait à ce rôle. Saint Pierre, qui par la volon­té du Christ était le plus éle­vé en digni­té, avait, hélas ! mal débu­té dans la car­rière d’apôtres ; il avait renié trois fois son maître divin devant les valets du magis­trat Ponce Pilate. Mais ce maître lui avait par-don­né. Et tout ce qu’il leur fal­lait à tous pour rem­plir leur fonc­tion, tout ce qu’elle exi­geait de savoir, et de com­pé­tence, et de vaillance, et de grâces, leur fut don­né, le jour de la Pen­te­côte, lorsque tom­bèrent sur eux des langues de feu, et lorsqu’ils furent ain­si « rem­plis du Saint-Esprit ». Sur l’heure ils par­lèrent toutes les langues de tous les peuples aux­quels ils auraient à prê­cher le Christ ; et sur l’heure, déjà, ils com­men­çaient à le prê­cher dans ces diverses langues.

Il y avait dans toutes les nations de petites colo­nies de Juifs ; ces apôtres venus de Judée allaient y cher­cher une hos­pi­ta­li­té. Ils racon­taient le crime com­mis par les Juifs, Jésus cru­ci­fié sur le Cal­vaire ; ils racon­taient la revanche divine, cette revanche que de leurs propres yeux ils avaient vue : Jésus sor­ti du tom­beau. Ain­si, les apôtres com­men­çaient-ils, dans ces humbles com­mu­nau­tés juives, leur métier de pécheurs d’hommes ; et puis, se glis­sant hors de ces petits cercles, ils s’en allaient dans les grandes villes païennes, col­por­ter cet éton­nant mes­sage aux oreilles qui vou­laient l’entendre.

Les missions de Saint Paul racontées au catéchisme
Un ouvroir mis­sion­naire en Syrie musul­mane : Fabri­ca­tion de tapis.

Durant les quatre ou cinq pre­mières années qui sui­virent la mort du Christ, un Juif du nom de Saul se mon­trait achar­né contre les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes. Un jour, il che­mi­nait vers la grande ville syrienne de Damas, se pro­po­sant de rame­ner enchaî­nés à Jéru­sa­lem les chré­tiens qu’il y trou­ve­rait. Tout à coup, autour de lui, une lumière du ciel brillait, Saul tom­bait à terre, et d’en haut une voix lui disait : « Saul, Saul, pour­quoi me per­sé­cutes-tu ? Je suis Jésus que tu per­sé­cutes ; il est dur de regim­ber contre l’aiguillon. » Saul, stu­pé­fait, trem­blait. « Sei­gneur, disait-il, que vou­lez-vous que je fasse ? » Et le Sei­gneur répon­dait : « Lève-toi et entre dans la ville : là on te dira ce qu’il faut que tu fasses. » Saul avait les yeux ouverts, mais ne voyait plus rien : les hommes qui l’accompagnaient le prirent par la main, le firent entrer à Damas.

Trois jours après, Ana­nie, l’un des dis­ciples du Christ, apprit dans une vision que ce Saul, cet enne­mi de Dieu, avait été choi­si par Dieu pour por­ter son nom devant les nations. Ana­nie s’en fut trou­ver Saul, lui ren­dit la vue, en lui impo­sant les mains, le bap­ti­sa. Quelques jours plus tard, dans les syna­gogues de Damas, une voix s’élevait, pro­cla­mant que Jésus était le Fils de Dieu ; quelques mois plus tard, sous le nom de Paul, ce per­sé­cu­teur de la veille, devan­cier de tous les mis­sion­naires des siècles futurs, s’en allait par­ler du Christ aux païens.

religieuse missionaire et enseignante
Une reli­gieuse mis­sion­naire et son élève.

Rome régnait sur tous les peuples qui entou­raient la Médi­ter­ra­née ; les com­mu­ni­ca­tions étaient faciles ; pour prê­cher le Christ, les routes étaient lar­ge­ment ouvertes, routes de terre, routes de mer. Saint Paul vou­lut por­ter son nom par­tout où régnait la « paix romaine » ; il déci­dait qu’il irait de ville en ville, fon­dant des Églises, y séjour­nant plus ou moins long­temps sui­vant l’importance de la cité, les lais­sant ensuite entre les mains des prêtres qu’il fai­sait évêques, et s’en allant, lui, faire d’autres fon­da­tions. De l’année 45 à l’année 49, il par­cou­rait toute l’Asie Mineure, et la Phry­gie, et la Syrie. Il tra­ver­sait la mer, et, de l’an 50 à l’an 52, il était en Macé­doine, en Grèce : il consta­tait qu’Athènes atten­dait un « Dieu incon­nu », et il venait faire connaître ce Dieu ; il consa­crait dix-huit mois à fon­der la grande Église de Corinthe. Un troi­sième voyage le rame­nait en Asie durant les années 53 à 57 ; il séjour­nait près de deux ans et demi dans Éphèse, pour y ins­tal­ler soli­de­ment le chris­tia­nisme. C’était une joie pour lui, en l’année 57, de grou­per à Jéru­sa­lem, en une grande réunion, des délé­gués de toutes les Églises qu’il avait créées : on eût dit qu’à l’ombre du Cal­vaire il pas­sait en revue toutes les forces spi­ri­tuelles du chris­tia­nisme orien­tal, filles de son zèle.

Histoire des missions, de saint Paul au XXe siècle
Une cel­lule de reli­gieuse mis­sion­naire.

L’heure était venue main­te­nant de navi­guer vers l’Occident ; saint Paul, en 58, annon­çait aux Romains, par une lettre, son des­sein d’aller les voir. Mais à Jéru­sa­lem, au cours d’une émeute, la police romaine l’arrêtait ; il était empri­son­né ; citoyen romain, il avait le droit de n’être jugé que par César. On le menait à Rome. Pri­son­nier durant deux ans, on lui lais­sait beau­coup de liber­té pour être apôtre : il en pro­fi­tait. Le tri­bu­nal impé­rial l’acquittait. Saint Paul alors repre­nait sa vie de voyages. On dit qu’il alla jusqu’en Espagne ; la Macé­doine le revit, l’Asie Mineure aus­si. Arrê­té de nou­veau, il avait la tête tran­chée, à Rome, en 67, au temps même où saint Pierre était cru­ci­fié.

Le point de départ des missions franciscaines. Assise: Couvent de Notre-Dame-des-Roses.
Le point de départ des mis­sions fran­cis­caines. Assise : Couvent de Notre-Dame-des-Roses.

Sa vie avait été une vie d’épreuves : huit fois on l’avait fla­gel­lé ; une fois on avait vou­lu le tuer à coups de pierre ; trois fois il avait fait nau­frage ; et son « inquié­tude » conti­nuelle au sujet des Églises qu’il avait fon­dées était peut-être la plus lourde de ses épreuves. Elles étaient cou­ron­nées par le coup de glaive qui le déca­pi­tait, au moment même où saint Pierre était cru­ci­fié : l’empereur Néron croyait en finir avec le chris­tia­nisme, il se trom­pait. Pen­dant près de deux siècles et demi encore, d’autres empe­reurs cares­se­ront la même illu­sion : les per­sé­cu­tions suc­cé­de­ront aux per­sé­cu­tions, et le chris­tia­nisme se répan­dra, mal­gré les édits et mal­gré les sup­plices, jusqu’à ce qu’en 312 Constan­tin, pre­mier empe­reur chré­tien, accorde à la jeune Église du Christ le droit de vivre au soleil, et de prê­cher libre­ment, et d’aborder toutes les âmes, et de mettre son empreinte sur les lois.

Gravure de Saint Paul pour les scouts et les guides

 


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