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Le conte des Rois Mages

Les trois rois mages, Bal­tha­zar, Mel­chior et Gas­pard, por­tant l’or, l’encens et la myrrhe, étaient par­tis à la recherche de l’Enfant Jésus, mais comme ils ne connais­saient pas bien le che­min de Beth­léem, ils s’étaient éga­rés en route et, après avoir tra­versé une forêt pro­fonde, ils arri­vèrent à la nuit tom­bante dans un vil­lage du pays de Langres. Ils étaient las, ils avaient les bras cou­pés à force de por­ter les vases conte­nant les par­fums des­ti­nés au fils de Marie et, de plus, ils mou­raient de faim et de soif. Ils frap­pèrent donc à la porte de la pre­mière mai­son du vil­lage, pour y deman­der l’hospitalité.

Conte de l'Epiphanie et des rois magesCette mai­son, ou plu­tôt cette hutte, située presque à la lisière du bois, appar­te­nait à un bûche­ron nommé Denis Fleu­riot qui y vivait fort chi­che­ment avec sa femme et ses quatre mar­mots. Elle était bâtie en tor­chis avec une toi­ture de terre et de mousse à tra­vers laquelle l’eau fil­trait les jours de grande pluie.

Les trois rois, van­nés de fatigue, heur­tèrent à la porte, et quand le bûche­ron l’eut ouverte, prièrent qu’on vou­lût bien leur don­ner à sou­per et à cou­cher.

— Hélas ! braves gens, répon­dit Fleu­riot, je n’ai qu’un lit pour moi et un gra­bat pour mes enfants, et quant à sou­per, nous ne pou­vons vous offrir que des pommes de terres cuites à l’eau et du pain de seigle. Néan­moins, entrez, et si vous n’êtes pas trop dif­fi­ciles, on tâchera de vous arran­ger.

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Épiphanie

Or, la nuit était venue vio­lette et trou­blante.

Récit de l'adoration de l'EpiphanieSur les pas du sacris­tain, la clef grinça et le pêne lourd fit dans la cathé­drale un gron­de­ment de ton­nerre. Le bruit porté de voûte en voûte, d’ogive en ogive par tous ces gestes croi­sés des arcs, emplit la nef et s’évanouit dans les bas-​côtés en un mur­mure de voix confuses. La lampe d’autel, balan­cée len­te­ment sur son fil, trem­blait sa flamme rouge et paille­tait de clar­tés fugi­tives, le cuivre des can­dé­labres et le bois poli des stalles.

Dans la rue, quelques fenêtres roses où passent des ombres der­rière les rideaux, un chat noir.

Onze heures a sonné sur la ville assou­pie. Il fait sombre dans l’église et les vitraux ternes dans leur den­telle de pierre semblent des jeux de patience.

Et voilà, qu’en ce soir des Rois, ils s’irradient, comme si un soleil mer­veilleux les péné­trait, les vivi­fiait ; ils éblouissent, ils aveuglent. Leurs tons cha­toyants ont des nuances exquises, les étoffes sont opu­lentes et dra­pées à grands plis, les visages trans­pa­rents, les yeux exta­tiques. Conti­nuez à lire »

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L’oie de Noël

On a cou­tume, la veille de Noël au soir, en cer­taines régions du Lieu­vin, de jouer aux dés force vic­tuailles dans les caba­rets de cam­pagne. C’est une tra­di­tion locale que le der­nier siècle a pieu­se­ment recueillie de ses devan­ciers.

Veillée Noël en Normandie - avant la messe de minuitRien de plus curieux que la phy­sio­no­mie de ces cafés pen­dant la nuit du réveillon. Dans la salle étroite, dont une table de marbre occupe le centre, monte un brouillard chargé de la fumée des pipes. Des habi­tués entourent le poêle de fonte ver­nis­sée. Plus loin, des consom­ma­teurs sont assis devant une tasse de café « aux trois cou­leurs » qui attend le qua­trième petit verre. Mais le gros du public est debout, fré­mis­sant, les yeux dila­tés, les narines ouvertes, autour du carré cen­tral où gisent, dans un absolu désordre, pou­lets, din­dons, oies, canards et lapins des­ti­nés à l’heureux gagnant de chaque par­tie.

Les Nor­mands passent à bon droit pour bien tenir à table. Ils se com­plaisent au récit des agapes fabu­leuses, pro­fessent un noble res­pect pour les gros man­geurs et se pas­sionnent à ce jeu qui leur per­met de gagner pour quelques sous un rôti très confor­table.

* * *

Bien qu’il fri­sât la cin­quan­taine, Pla­cide Grim­part avait échappé jusque-​là aux ten­ta­tions gour­mandes de la nuit de Noël. Ce n’est pas qu’il bou­dât devant la bonne chère et se fît scru­pule de l’arroser copieu­se­ment, mais, méfiant à l’excès, il n’ouvrait qu’à bon escient sa bourse verte à cour­roie de cuir et ne pou­vait se déci­der à ris­quer son enjeu dans la par­tie endia­blée.

Grim­part esti­mait son curé mais n’avait d’autre culte que celui de la pièce de cent sous. Il lais­sait d’ordinaire sa femme aller seule à la messe de minuit, n’ayant aucun goût pour les occu­pa­tions noc­turnes dont le béné­fice ne doit être perçu que dans l’autre monde…

Pen­dant qu’Héloïse fai­sait ses dévo­tions, il som­no­lait dou­ce­ment au coin du feu, écha­fau­dant d’hypothétiques tran­sac­tions, rêvant de petits pla­ce­ments ou de gros héri­tages. À quoi bon fran­chir la demi-​lieue qui sépa­rait sa mai­son de l’église et pas­ser un bout de nuit pour le plai­sir d’assister à un office aux chan­delles ? Comme vous voyez, Grim­part confi­nait à l’impiété, ce qui affli­geait la brave Héloïse.

Impie, non. Plu­tôt indif­fé­rent – mais d’une indif­fé­rence qui allait crois­sant avec les années.

Sa femme lui disait quel­que­fois :

— Pla­cide, t’es dans le tra­vers, faut son­ger à ton salut et faire l’premier pas. Veux-​tu que j’en dise un mot à m’sieur l’curé ?

Il ne répon­dait rien et ne se pres­sait guère. Il son­geait qu’il était bien tôt pour cau­ser de tout cela et qu’il n’est pas besoin de tant de temps pour « mettre ses affaires en règle » avant de par­tir pour le grand voyage.

Ce soir-​là pour­tant il se laissa convaincre. Conti­nuez à lire »

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C’était la veille de Noël.

Fête de Noel, animation des ruesMal­gré les gros flo­cons de neige qui vol­ti­geaient dans les airs et tom­baient sur le sol, qu’ils recou­vraient d’un blanc et froid tapis tou­jours gros­sis­sant, les rues étaient pleines de pas­sants affai­rés qui allaient et venaient dans tous les sens en se croi­sant et se bous­cu­lant.

Parmi cette foule pres­sée et bruyante, on aurait pu remar­quer un jeune enfant, mer­veilleu­se­ment beau, mais pau­vre­ment vêtu, qui errait de rue en rue, et s’arrêtait, de temps en temps, pour frap­per à quelque porte, appa­rem­ment dans le but de deman­der l’aumône.

Ce n’était autre que l’enfant Jésus qui, s’ennuyant dans sa crèche soli­taire à l’église, était sorti pour voir de plus près quelques-​uns des enfants qu’il aimait tant.

Mais, comme il veut être aimé pour lui-​même et non pour ses dons, il avait jugé à pro­pos de se dégui­ser en petit men­diant afin de ne pas être reconnu.

À peine sorti de l’église il avait été attiré vers une des mai­sons voi­sines par le bruit joyeux qui s’en échap­pait : c’était comme un concert de voix et de rires enfan­tins.

– Il y en a là, des petits enfants ; allons les voir, pensa-​t-​il.

Il gra­vit les degrés du per­ron et sonna à la porte de cette mai­son qui était fort belle et devait appar­te­nir à des gens riches.

Une ser­vante vint lui ouvrir et fit d’abord la moue en voyant qu’elle s’était déran­gée pour un simple petit men­diant ; mais Jésus leva vers elle un regard si doux qu’elle se sen­tit prise sou­dai­ne­ment de pitié.

– Attends un peu, lui dit-​elle, avec dou­ceur. Conti­nuez à lire »

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L’enfant au potier

La cam­pagne était toute de neige autour du bourg de Beth­léem, et les cubes blancs des mai­sons pre­naient des teintes lai­teuses parmi cette sur­na­tu­relle pureté.

Le ciel bom­bait au-​dessus, comme un grand bocal d’un bleu pâle et trans­lu­cide. Il y avait dans l’air une joie pai­sible comme si des anges venaient d’y pas­ser.

Noel : L'enfant obéissant de BethléemÀ la vérité, des anges l’avaient tra­versé la nuit pré­cé­dente. Jésus étant né, cette nuit-​là, dans une grotte des envi­rons, ils avaient chanté, devant un groupe de ber­gers d’abord, au-​dessus de la grotte ensuite, un beau chœur à plu­sieurs voix dont le refrain est demeuré célèbre : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. »

La nou­velle du miracle s’était répan­due dans les mai­sons du bourg, et cir­cu­lait sous le man­teau, accueillie ici avec joie, là par des haus­se­ments d’épaules.

La fin de la classe du matin venait de lâcher les enfants dans les rues. Sur la pla­cette, autour de la fon­taine, beau­coup s’attardaient à bavar­der, en petits groupes mys­té­rieux et ani­més. La glis­soire en pente lui­sait comme un marbre sombre, délais­sée.

— Bien sûr que c’est vrai ! dit un gamin dont les yeux noirs étin­ce­laient d’enthousiasme. Le père de Lévi doit le savoir, je sup­pose, puisqu’il y était !

— Mon père ne veut pas y croire, répli­qua sans convic­tion un enfant mieux vêtu que les autres. Mon père est savant. Il doit avoir ses rai­sons. Mais j’aimerais mieux que ce soit vrai.

— Tiens ! inter­vint un troi­sième, pour­quoi ne serait-​ce pas vrai ? Ils étaient huit à aller à la grotte cette nuit, et tous racontent la même chose. Ils ont vu un ange, je vous dis, ils ont entendu le chant, ils ont vu l’Enfant et sa Mère.

— Mon père pré­tend que le Mes­sie sera un Roi, objecta un autre. Alors, cet enfant pauvre ?…

— Oui, mais ces anges ? Est-​ce qu’ils viennent chan­ter autour de notre mai­son, quand nous rece­vons un petit frère ou une petite sœur ? Conti­nuez à lire »

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