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∼∼ XIX ∼∼

Allo ! la Jeu­nesse. Nous venons de déci­der notre départ dans cinq jours ; mais nous n’avons pas le cou­rage de quit­ter Rome et l’Italie sans avoir été jusqu’à Assise. Je comp­tais ache­ter ici quelques sou­ve­nirs qui auraient embelli « la mai­son des vacances » ; à la réflexion, vos mamans et moi pré­fé­rons nous en pri­ver, pour pou­voir mon­ter à Assise. Qu’en dites-​​vous ?

— Quel bon­heur ! papa, crie Colette, en bon­dis­sant comme un cha­mois, tan­dis que le reste de la bande répond avec un enthou­siasme tout aussi joyeux, quoique moins exubérant.

Et l’on prend la route qui mène à Assise, à tra­vers les monts de l’Ombrie. Le site où repose la petite ville est d’une beauté char­mante, silen­cieuse, recueillie. C’est la patrie de saint François.

— Est-​​il né ici ? demande Annie.

— Oui, et savez-​​vous que, tout petit, il s’appelait Jean. Plus tard, on l’a sur­nommé Fran­çois, à cause de son amour de la langue fran­çaise, peut-​​être aussi de la France tout court.

Saint François d'Assise et les Franciscains

« Oiseaux, mes frères !… »

Comme le Bon Dieu l’a bien envoyé au bon moment ! Tout le long des siècles, nous l’avons dit cent fois, l’Église voit les pauvres hommes qui la com­posent tom­ber dans quelque faute. Les chré­tiens ne sont pas des anges, hélas ! Ce qui est admi­rable, c’est que Dieu donne sans cesse à son Église juste les secours ou les exemples néces­saires pour cor­ri­ger ses enfants.

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∼∼ XVIII ∼∼

Infa­ti­gables, les scouts ont demandé à leur aumô­nier d’aller au som­met du mont Cavo, le plus élevé des monts Albains, à 949 mètres d’altitude, un peu au sud-​​est du lac d’Albano.

Sur les ins­tances du Père X…, Ber­nard et Jean ont obtenu de se joindre à eux. Avec la troupe, ils ren­tre­ront à Rome, où la famille sera de retour, car on n’attend plus que l’audience pon­ti­fi­cale pour mettre le cap sur la France.

L’ancienne route romaine, dite voie triom­phale, conduit au som­met du mont Cavo ; elle est ombra­gée, la mon­tagne elle-​​même joli­ment boi­sée. Cepen­dant rien ne vaut la vue unique qui, des hau­teurs du mont, attend le voyageur.

On découvre la côte, la mer jusqu’à Civita-​​Vecchia ; et puis, ce sont, à perte de vue, der­rière les monts Albains, des chaînes estom­pées et, plus proches, les ondu­la­tions mono­tones et mélan­co­liques de la cam­pagne romaine.

Maxi­min, qui est de la par­tie, se plante très droit sur un roc et n’hésite pas à déclarer :

— Nous avons le monde à nos pieds !

— Eh ! mon bon, riposte Ber­nard, en pre­nant l’accent du Midi, on ne voit tout de même pas jusqu’à la Cannebière !

C’est alors une joute impayable entre les deux gar­çons, au grand bon­heur du reste de la bande. Le petit André rit pour tout de bon, en dévo­rant Ber­nard de ses yeux trop brillants, dans son petit visage pâle.

L’aumônier, de son côté, scrute lon­gue­ment l’horizon.

— Venez près de moi ; contem­plons un peu ensemble. Cet immense pano­rama, n’en déplaise à mon jeune ami, ne nous per­met pas de voir jusqu’au bout du monde, mais comme il est facile, d’ici, de s’imaginer le va-​​et-​​vient des armées à tra­vers l’Europe ; sur cette mer si bleue, on vit pas­ser jadis une flotte toute blanche que décrit le sire de Join­ville dans ses mémoires.

— Quelle flotte ?

— Reve­nons d’abord, voulez-​​vous, vers l’an 1100, et regar­dons très loin, vers l’Orient, du côté de Jérusalem.

Nous appren­drons que la ville, le Cal­vaire, le tom­beau du Christ, sont aux mains des musul­mans, dont la puis­sance de nou­veau menace la chrétienté.

Or, à la même époque, les sei­gneurs féo­daux sont de plus en plus tur­bu­lents. Ils sont sans cesse en luttes entre eux. Quelle belle et légi­time expan­sion à leur humeur batailleuse, qu’une ou plu­sieurs expé­di­tions pour déli­vrer les Lieux Saints.

— J’aurais aimé cela, dit Maxi­min, mais pour­tant c’est un peu fou, tant de sang répandu, tant de sacri­fices, pour déli­vrer une pro­vince minus­cule et quelques villes.

Ber­nard bondit :

— Allons donc ! quand cette pro­vince est la Pales­tine, les villes Damas ou Jéru­sa­lem ? Je me serais fait hacher dix fois, cent fois, s’il eût fallu…

— Ber­nard, ne pre­nez pas feu ! Nous sommes tous du même avis, mais il est bien per­mis de rai­son­ner les causes qui ont entraîné l’Europe sur les routes de Jéru­sa­lem. Elles sont mul­tiples. D’abord celles dont nous venons de par­ler, et qui eussent suffi, car la déli­vrance des Lieux Saints valait en effet tous les sacri­fices ; mais, de plus, l’Église et l’Europe sen­taient la menace musul­mane gran­dir et il était néces­saire de lui oppo­ser une bar­rière, sous peine d’invasions redou­tables pour le monde et pour la Foi.
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Les lec­teurs qui connaissent le récit sui­vant com­pren­dront qu’il était impos­sible de faire un livre 1 ayant pour sujet les miracles sans rela­ter le plus mer­veilleux de tous, celui qui a per­mis la plus belle des décou­vertes, offrant à la véné­ra­tion uni­ver­selle, l’ignoble ins­tru­ment du sup­plice de Notre Sei­gneur, mais aussi, l’instrument béni de la rédemp­tion du monde : je veux par­ler de l’invention de la Sainte Croix.

L’empereur Constan­tin avait déjà été mar­qué par ce signe quand, s’apprêtant à aller prendre pos­ses­sion de l’empire, il eut une appa­ri­tion : il vit dans le ciel une croix plus écla­tante que le soleil, sur laquelle étaient écrites ces paroles : « Par ce signe, tu vain­cras ! » Il com­prit tout de suite le mes­sage. Le mono­gramme du Christ va rem­pla­cer l’aigle sur la ban­nière impé­riale qui sera désor­mais sur­mon­tée d’une croix (c’est la nais­sance du labarum).

Mais le ciel est plus exi­geant encore la nuit pré­cé­dant le ter­rible com­bat qui l’opposa à Maxence, Notre Sei­gneur lui appa­rut en songe, lui recom­man­dant de mettre une croix sur le bou­clier de cha­cun de ses sol­dats. Le remède fut effi­cace : Maxence fut défait, emporté par les eaux du Tibre.

Soldats de Constantin avec le signe du Christ sur le bouclier

La vic­toire sur le tyran allait chan­ger la face du monde, per­met­tant d’établir soli­de­ment le règne du chris­tia­nisme sur tout l’empire.

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Notes:

  1. Récit tiré du livre Le monde mer­veilleux des saints, Fran­çoise Bou­chard, Éd. Résiac, 1995

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∼∼ XVII ∼∼

Un mot du Père X… met Ber­nard en liesse. Il offre aux deux gar­çons une ren­contre à Castel-​​Gandolfo, et même pro­pose de les emme­ner plus loin. Com­ment ne pas accepter ?

À l’heure fixée, les deux insé­pa­rables retrouvent l’aumônier et sa troupe, sur les hau­teurs au-​​dessus du lac d’Albano. Tout de suite l’aumônier pro­pose de s’approcher le plus pos­sible du palais papal.

— Nous sommes ici à trente kilo­mètres de Rome, et c’est depuis 1596 la rési­dence d’été des sou­ve­rains Pon­tifes. Il y a d’abord l’antique palais bâti par Urbain VIII. Aucun Pape n’y était retourné depuis la prise de Rome ; mais, main­te­nant qu’il y a eu l’accord du Latran, entre le Saint-​​Père et le royaume d’Italie, Pie XI y vient de temps en temps. Au vieux palais, s’est ajouté l’immense villa Bar­be­rini, tout récem­ment restaurée.

Le Pape a fait orga­ni­ser, à côté, une ferme modèle, qu’il aime à visi­ter. Venez, nous allons par­cou­rir ce qu’il est per­mis de voir dans ce domaine du Père de famille de la Chrétienté.

Cette visite inté­resse beau­coup la jeu­nesse et les détails de la lai­te­rie la cap­tivent pro­di­gieu­se­ment. Les ran­gées de belles vaches, toutes pareilles sous leur robe uni­forme gris-​​souris, dans les étables modernes, font le bon­heur des gar­çons ; et Jean regrette Colette devant le pou­lailler, où picorent d’innombrables et jolis petits pou­lets blancs.

Puis tout le monde s’engage dans les deux magni­fiques allées de chênes verts, qui réunissent Castel-​​Gandolfo à la ville d’Albano. On des­cend au bord du lac et c’est là que l’on s’assied, autour d’un déjeu­ner impro­visé. Ber­nard a manœu­vré pour se mettre auprès du petit André, auquel il vou­drait par­ler, mais aujourd’hui tout le monde écoute un nou­veau et joyeux compagnon.

C’est un Mar­seillais. Jadis cama­rade de classe, au lycée de Mar­seille, de l’un des plus âgés des scouts, ils se sont retrou­vés par hasard à Rome et le Méri­dio­nal a immé­dia­te­ment demandé à suivre son ami.

Il parle fort bien l’italien, mais son fran­çais a un léger accent du Midi. Il connaît tout, a tout vu, et fait la joie de la troupe. Il s’appelle Maxi­min ; on l’a déjà sur­nommé Tar­ta­rin ; il n’en est point offus­qué, ayant joli carac­tère, et éprou­vant un cer­tain plai­sir à ce qu’on s’occupe de lui.

Comme on est au des­sert, il dit :

— Qu’est-ce qui fume une cigarette ?

— Nous n’en consom­mons guère, c’est une vraie dépense.

— Mais j’en ai plein mes poches, je vais vous en don­ner. Et « Tar­ta­rin » offre à qui veut une abon­dante provision.

Les plus jeunes se récusent, les aînés se laissent faire ; l’heure est douce à vivre sous les chênes verts, tout au bord du lac d’aspect sombre, mais si calme.

Jean, silen­cieux depuis le début, glisse à l’aumônier :

— Racontez-​​nous quelque chose, Père, comme vous faites ordi­nai­re­ment. Parlez-​​nous des Papes qui sont venus ici.

— Pas encore de ceux-​​là. Nous ne sommes pas si avan­cés, dans nos cau­se­ries du soir au camp, et pour­tant, je vous assure que tout le monde y met son mot.

— Et que c’est empoi­gnant, affirme un grand scout. Qui m’eût dit autre­fois que l’Histoire de l’Église était à ce point pas­sion­nante, m’eût bien étonné.

Sur ce, Père, allez-​​y !… Repre­nez le fil de vos discours.

— Eh ! eh ! si je vous pre­nais au mot ?… des dis­cours ! Je vois d’ici vos têtes. Vous en auriez vite assez. Contentons-​​nous de racon­ter, comme dit Jean.

Vous vous sou­ve­nez que, en recon­nais­sance des actes de Pépin et de Char­le­magne, le Pape Léon III avait cou­ronné celui-​​ci empe­reur à Rome. C’était un hon­neur et en même temps un titre qui équi­va­lait à celui de défen­seur du Saint-​​Siège. Dans ce temps-​​là, on le com­pre­nait bien en ce sens. Aussi ce titre n’était-il pas néces­sai­re­ment lié pour tou­jours aux princes de tel pays.

Quelques-​​uns des faibles suc­ces­seurs de Char­le­magne, rois de France, le reçurent encore. Mais plus tard des sou­ve­rains d’Allemagne, que le Saint-​​Siège avait appe­lés à sa défense, Othon le Grand, ses fils et petits-​​fils, le por­tèrent. Mal­heu­reu­se­ment, ils eurent avec le Pape des démê­lés qui ne furent que le pré­lude de plus graves dif­fi­cul­tés. Les sou­ve­rains alle­mands en vinrent à se décla­rer empe­reurs par leur propre droit, et bien­tôt ils empié­tèrent sur le pou­voir spi­ri­tuel du Pape. L’un d’eux cepen­dant fut une belle excep­tion. L’Église l’a cano­nisé ; il s’appelle saint Henri. Son fils aussi mon­tra du zèle pour le ser­vice de l’Église, mais son petit-​​fils Henri IV eut une tout autre atti­tude, vous allez le voir.

Il fau­drait des heures pour expli­quer en détail ce que l’histoire appelle : « La lutte du sacer­doce et de l’Empire. » Pour la résu­mer, j’évoquerai une seule phy­sio­no­mie, celle de saint Gré­goire VII. Il s’appelait Hil­de­brand. C’était un moine venu à Cluny pour y trou­ver la grande vie reli­gieuse. Le Pape saint Léon IX l’arracha à son abbaye et l’appela près de lui, dès le début de son pon­ti­fi­cat, pour l’aider à tra­vailler à une réforme néces­saire, car il s’était intro­duit dans l’Église de graves abus. Conti­nuez à lire »

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∼∼ XVI ∼∼

— Maman, nous avons trouvé deux bicy­clettes à louer. Pouvons-​​nous aller demain, Jean et moi, jusqu’à Tusculum ?

— Très bien, pourvu que ta tante soit de cet avis. Mais il fau­dra par­tir de bonne heure, avant la grosse cha­leur, et ne pas ren­trer trop tard. Jean est fra­gile, tu veille­ras à ce qu’il ne se refroi­disse pas, quand vous vous arrê­te­rez. Avez-​​vous un petit guide de poche, car vous n’êtes pas sûrs de ren­con­trer des gens par­lant français ?

— Oui, maman, tout est prévu. Ce que ça va être amusant !

Là-​​dessus Ber­nard court faire ses pré­pa­ra­tifs, et, le len­de­main, dès le matin, les deux cou­sins pédalent, joyeux, sur la route. Vers 8 heures, alors qu’il com­mence déjà à faire chaud, les deux gar­çons pénètrent dans la petite ville actuelle, et se dirigent, à pied cette fois et le guide à la main, vers le rocher que domine une croix.

Tus­cu­lum est d’une ori­gine si ancienne, qu’elle se perd dans la légende. À la place de cette croix s’élevait, au moyen âge, un château-​​fort domi­nant le voi­si­nage. Il n’en reste plus que les traces, à peine visibles, d’une enceinte et de deux portes, mais les ves­tiges des édi­fices romains demeurent considérables.

Après quelques allées et venues, au gré de leurs caprices, nos jeunes voya­geurs s’installent tout au som­met, à l’ombre de deux grands arbres, pour se repo­ser et se res­tau­rer un peu.

Le moyen-age raconté aux enfants

Ber­nard et Jean en excursion.

Quand les pro­vi­sions enfouies par Maria­nick au fond de leurs musettes ont à peu près dis­paru, Ber­nard dit à son cousin :

— Cher­chons dans ton guide le nom de cette autre ville qui se des­sine là-​​bas, sur le ciel, avec un aspect de forteresse.

— Tiens, regarde. C’est Marino.

Jean est très admiratif.

— Que j’aurais donc aimé vivre au temps des ponts-​​levis et des tournois !

— Pas tant que moi. Au col­lège, nous avions un pro­fes­seur qui nous a admi­ra­ble­ment fait com­prendre cette époque de la Féo­da­lité. Je la connais à fond, j’en sais par cœur toutes les grandes lignes.

En réa­lité, vois-​​tu, l’insécurité géné­rale, les inva­sions des Nor­mands, puis des Sar­ra­zins, obli­geaient les peuples à recou­rir à une sorte de patro­nage, qui pou­vait appor­ter son secours immé­diat en cas de nécessité.

Les sei­gneurs, dans leurs châ­teaux for­ti­fiés, dépen­daient du roi, et avaient d’autre part droit de suze­rai­neté dans toute l’étendue de leur fief. Toute une hié­rar­chie du pou­voir s’est orga­ni­sée ainsi. L’artisan, le culti­va­teur, le ter­rien, a un patron ou bien s’en choi­sit un, dont il devient l’homme-lige, le client. Il lui est dévoué comme à son suze­rain, comme son suze­rain l’est au sei­gneur, et le sei­gneur au roi. Le plus faible recourt au plus fort. C’est une arma­ture d’autant plus puis­sante que les domaines des sei­gneurs sont héré­di­taires et que les charges se conti­nuent. Conti­nuez à lire »

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