Le Troubadour d’Assise

Un triste jour d’hiver, François s’en allait vers Gubbio. Mais voici que partout on lui dit de rebrousser chemin. Un loup terrible, bien plus fort et plus mauvais que les autres, sème la terreur à Gubbio et aux environs.
— On n’ose plus sortir !
— Je vais m’occuper de ça, dit François.
Et le voilà parti à la recherche du loup. Pas difficile de le trouver, avec ses traces dans la neige. D’ailleurs, sûr de sa force, il ne se cachait guère. Dans une clairière, ils se trouvèrent subitement face à face la grande bête mauvaise et le petit Frère aux yeux rayonnants.
Ils se regardèrent un moment sans bouger. Puis François fit un grand signe de croix.
— Frère loup, approche !
Lentement, comme à regret, mais déjà obéissant, il avance et paraît plus énorme encore près du chétif François. Il se couche à ses pieds comme un chien fidèle qui aurait fait des bêtises.

— Frère loup, ça ne peut pas durer. Tu mènes une vie trop mauvaise. Tout le monde te hait, et c’est grande misère de mériter la haine au lieu d’amour.
Le loup avait perdu son air mauvais et paraissait triste.
— Veux-tu vivre en paix avec tous ?
— Oui, fit le loup en remuant deux fois la tête.
— Alors, il faut me promettre de ne plus faire de mal à personne, et moi je te promets que les gens de Gubbio te donneront toujours suffisamment à manger.
Le grand loup se mit à lécher les pieds de François et celui-ci le caressa.
Puis tous les deux s’en furent à Gubbio.
Imaginez un peu la réception ! Les gens se montrèrent d’abord craintifs, puis follement enthousiastes. Pendant le sermon que fit alors saint François, ils furent un peu distraits, car ils regardaient tout le temps leur loup, à demi couché

près du prédicateur, avec un air si tranquille que ça faisait venir les larmes aux yeux, parce qu’on voyait quelle puissance Dieu donne à ses saints. Un peu comme si on avait touché Dieu pendant un petit moment.
Ne croyez pas surtout que le grand plaisir de saint François François c’était de semer partout des miracles.
Non, la vraie joie ne vient pas quand on fait des choses extraordinaires, mais quand on est sûr que Dieu nous regarde avec amour.
Lorsque vous demandez à votre maman :
— Est-ce que tu es contente de moi ?
Si elle répond :
— Oui, mon grand !
Alors, vous sautez de joie en criant :
— Que je suis heureux !
C’est tout à fait comme ça pour les saints. Ils se demandent sans cesse ce qu’ils pourraient faire pour que Dieu soit très content d’eux.
(À suivre.)



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