Le Troubadour d’Assise

Un matin qu’il souffrait d’une façon presque intolérable, François s’achemina péniblement vers Saint-Damien. Il y avait là sainte Claire, dont j’aurais voulu vous parler aussi, mais ce sera pour une autre fois. Du haut du petit balcon qui domine la plaine, François respira longuement la fraîcheur et l’allégresse de l’aurore. Puis, sa voix,
qui était devenue si faible, retrouva soudain la fermeté et le velouté des années de jeunesse, et il chanta le Cantique du Soleil. C’est un des plus beaux chants d’amour de Dieu jaillis du cœur d’un homme.
Loué sois-tu, ô mon Dieu ! et toutes tes créatures. Et d’abord messire notre frère le Soleil ; il nous donne le jour et tu nous éclaires par lui ; il est beau et rayonnant avec grande splendeur : il est ton symbole, ô Très-Haut !
Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur la Lune et nos sœurs les Étoiles, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre frère le Vent, pour l’air et les nuages, et le ciel bleu et tous les temps, par lesquels toutes les créatures peuvent vivre.
Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur l’Eau, qui est serviable, humble, fraîche et pure.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre frère le Feu, par qui tu illumines nos nuits ; il est beau et riant, intrépide et fort.
Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur et mère la Terre, elle nous nourrit et nous porte ; elle donne en abondance fleurs et fruits, et la douce verdure.
Oh ! louez et chantez le Seigneur en grande reconnaissance !
La première fois que l’on chanta ce cantique en public, Assise était désolée par des querelles entre l’évêque et la municipalité. Aussi, François ajouta une strophe qui fit pleurer tout le monde et ramena la paix.
Loué sois-tu, mon Dieu, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi, et supportent la peine et la tribulation. Bienheureux ceux qui persévèrent dans la paix, car c’est toi qui les couronneras.
Le Saint allait bientôt achever son cantique par une dernière strophe. Un jour, il demanda brusquement au docteur :
— Je vais bientôt mourir ?
— Oui.
Alors, il se tut un long moment, puis, regardant le ciel, il chanta :
Loué sois-tu, mon Dieu, pour

notre sœur la Mort, à qui aucun homme n’échappe. Malheur à ceux qui meurent dans le péché mortel, mais bénis soient ceux qui ont accompli ta volonté, car la mort éternelle ne peut leur faire aucun mal.
François voulait mourir dans son cher couvent de la Portioncule et, pour la dernière fois, il redescendit d’Assise vers la plaine, étendu sur une civière. À mi-chemin, il demanda aux porteurs de
s’arrêter et il se redressa pour regarder et pour bénir sa ville natale.
En un instant, il revit toute son existence : une jeunesse un peu folle, mais noble, l’attirance de Dieu, le baiser au lépreux, Saint-Damien, les premiers disciples, les prédications, les joies, peines… Que c’est merveilleux d’avoir dit oui à Dieu !
Un soir d’automne calme et
doré, dans la cellule déjà sombre, François agonise, mais il retrouve soudain sa vigueur pour chanter :
Seigneur, je crie vers toi !
Tu es mon espoir et mon tout,
Délivre mon âme de sa prison,
Les justes m’attendent pour l’éternelle récompense !
Un grand silence. Puis le brusque envol et le chant clair d’une alouette. Saint François d’Assise était entré en paradis.






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