Le Troubadour d’Assise

À partir de ce moment, il ne se demande plus qu’une chose comment vais-je servir Notre-Seigneur ? Il allait souvent prier dans la petite église de Saint-Damien, bâtie en pleine campagne, à flanc de coteau, au milieu des oliviers et bien en face de la plaine. Un joli coin pour penser au bon Dieu.
François aimait prier devant le grand Crucifix de bois peint qui domine l’autel. Et voilà qu’un jour, la peinture se met à bouger, les yeux s’animent et une voix douce prononce bien distinctement :
— Va, François, reconstruis ma maison…, elle s’écroule.
C’est vrai, elle était bien délabrée, la pauvre petite église de Saint-Damien. Et plus haut, dans la montagne, Saint-Pierre tombait en ruine. Et plus bas, dans la plaine, le clocher de Sainte-Marie-des-Anges faisait pitié. Eh bien ! François deviendra le maçon du bon Dieu.
Oui, mais il y a quelqu’un à qui tout cela ne plaisait guère…

C’était son père. Dame Pica, elle, devinait que leur enfant était sur la route qui conduit à la sainteté. Mais Pierre Bernardone ne voyait qu’une chose le fils du plus riche marchand d’Assise se transformait de jour en jour en mendiant loqueteux et sale. Ça ne pouvait pas durer.
Il y eut un grand procès chez Mgr l’évêque.
Comme Bernardone accusait surtout son fils de lui prendre trop d’argent pour le donner aux pauvres et menaçait de le déshériter, François quitta sur-le-champ tous ses habits :
— Vous voyez tous, jusqu’ici j’ai appelé Pierre Bernardone « mon père » ; à partir de maintenant, je ne dirai plus que : « Notre Père, qui êtes aux cieux. »
Pour rebâtir les petites églises abandonnées, François se fit d’abord mendiant de pierres en allant chanter sur les places publiques. Mais un jour, poussé par cette inspiration intérieure qui lui faisait désirer une pauvreté de plus en plus parfaite, il se décida à mendier sa propre nourriture, car, jusque-là, le curé de Saint-Damien l’avait nourri.

Ah ! comme il faut aimer Jésus pour faire des choses pareilles. Pensez donc, à la fin de la quête, il y avait dans l’écuelle un mélange dégoûtant de vieilles croûtes et de légumes. François, qui était si délicat, eut un haut-le-cœur et resta un long moment immobile.
Et puis, sentant le regard de Jésus sur lui, bravement, il commença…
Ce n’est pas tout. Cette nourriture si mauvaise, on ne la lui donnait pas toujours et en tout cas pas sans raillerie. Aller chez des inconnus, passe encore, mais ses anciens amis !
Comme la jolie Léna qui lui donna un jour, avec un rire de dédain, un affreux morceau de pain tout noir.
― Demoiselle, dit doucement François, mieux vaut noir dans l’estomac que noir dans l’âme.
(À suivre.)



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