II. — Le maçon de Dieu

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François reconstruit l'église de Saint Damien

À par­tir de ce moment, il ne se demande plus qu’une chose com­ment vais-je ser­vir Notre-Sei­gneur ? Il allait sou­vent prier dans la petite église de Saint-Damien, bâtie en pleine cam­pagne, à flanc de coteau, au milieu des oli­viers et bien en face de la plaine. Un joli coin pour pen­ser au bon Dieu.

Fran­çois aimait prier devant le grand Cru­ci­fix de bois peint qui domine l’au­tel. Et voi­là qu’un jour, la pein­ture se met à bou­ger, les yeux s’a­niment et une voix douce pro­nonce bien distinctement :

— Va, Fran­çois, recons­truis ma mai­son…, elle s’écroule.

C’est vrai, elle était bien déla­brée, la pauvre petite église de Saint-Damien. Et plus haut, dans la mon­tagne, Saint-Pierre tom­bait en ruine. Et plus bas, dans la plaine, le clo­cher de Sainte-Marie-des-Anges fai­sait pitié. Eh bien ! Fran­çois devien­dra le maçon du bon Dieu.

Oui, mais il y a quel­qu’un à qui tout cela ne plai­sait guère…

Saint François se dépouille de ses vêtements et les rend à son père, Pierre Bernardone

C’é­tait son père. Dame Pica, elle, devi­nait que leur enfant était sur la route qui conduit à la sain­te­té. Mais Pierre Ber­nar­done ne voyait qu’une chose le fils du plus riche mar­chand d’As­sise se trans­for­mait de jour en jour en men­diant loque­teux et sale. Ça ne pou­vait pas durer.

Il y eut un grand pro­cès chez Mgr l’évêque.

Comme Ber­nar­done accu­sait sur­tout son fils de lui prendre trop d’argent pour le don­ner aux pauvres et mena­çait de le déshé­ri­ter, Fran­çois quit­ta sur-le-champ tous ses habits :

— Vous voyez tous, jus­qu’i­ci j’ai appe­lé Pierre Ber­nar­done « mon père » ; à par­tir de main­te­nant, je ne dirai plus que : « Notre Père, qui êtes aux cieux. »

Pour rebâ­tir les petites églises aban­don­nées, Fran­çois se fit d’a­bord men­diant de pierres en allant chan­ter sur les places publiques. Mais un jour, pous­sé par cette ins­pi­ra­tion inté­rieure qui lui fai­sait dési­rer une pau­vre­té de plus en plus par­faite, il se déci­da à men­dier sa propre nour­ri­ture, car, jusque-là, le curé de Saint-Damien l’a­vait nourri.

François mendie sa nourriture

Ah ! comme il faut aimer Jésus pour faire des choses pareilles. Pen­sez donc, à la fin de la quête, il y avait dans l’é­cuelle un mélange dégoû­tant de vieilles croûtes et de légumes. Fran­çois, qui était si déli­cat, eut un haut-le-cœur et res­ta un long moment immobile.

Et puis, sen­tant le regard de Jésus sur lui, bra­ve­ment, il commença…

Ce n’est pas tout. Cette nour­ri­ture si mau­vaise, on ne la lui don­nait pas tou­jours et en tout cas pas sans raille­rie. Aller chez des incon­nus, passe encore, mais ses anciens amis !

Comme la jolie Léna qui lui don­na un jour, avec un rire de dédain, un affreux mor­ceau de pain tout noir.

― Demoi­selle, dit dou­ce­ment Fran­çois, mieux vaut noir dans l’es­to­mac que noir dans l’âme.

(À suivre.)

Le Troubadour d’Assise

I. — Le bai­ser au lépreux. III. — La vie est belle !

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