III. — La vie est belle !

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François fait célébrer une messe dans la chapelle Notre-Dame des Anges restauré

Un an pas­sa, puis deux. Le petit maçon de Jésus avait fini de recons­truire Notre-Dame-des-Anges. Après la Chan­de­leur, le prin­temps risque un œil et les ruis­seaux recom­mencent à rire. Fran­çois avait un peu moins froid dans la petite cabane qu’il s’é­tait construit

dans le bois, près de l’é­glise. Et même, ce matin-là, le 24 février 1209, jour de Saint-Mathias, il avait tout à fait chaud au cœur et il chan­tait fort, comme juste avant qu’il vous arrive un grand bon­heur sans que vous vous en doutiez.

Le curé de Saint-Damien vint dire la messe. Il lut l’É­van­gile plus len­te­ment que d’ordinaire.

Allez et prê­chez. Dites : le royaume des cieux est proche !… N’emportez ni or, ni argent, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaus­sures, ni bâton…

Fran­çois eut comme un éblouis­se­ment. Bien des fois il avait enten­du ces paroles, mais, ce matin, il com­pre­nait qu’elles s’a­dres­saient direc­te­ment à lui. Quand Jésus lui

Saint François prêche sur les routes d'Italie

avait deman­dé de recons­truire son église, ce n’é­tait pas seule­ment de Saint-Damien qu’il s’a­gis­sait, ni de Sainte-Marie…

Il allait désor­mais recons­truire la grande Église de Jésus, qui est bâtie avec les âmes et qui tombe en ruine par­tout où les chré­tiens n’en­tendent plus la parole de Dieu ou ne la mettent plus en pratique.

Et voi­là notre Fran­çois qui s’en

va prê­cher sur les routes, pieds nus, une corde ser­rée sur une espèce de cagoule brune de paysan.

Il ensei­gnait aux gens des choses simples et belles, qu’il disait d’une voix douce et brû­lante en même temps. Bien sûr, il y avait des indif­fé­rents et des moqueurs, mais beau­coup s’ar­rê­taient, écou­taient en silence et repar­taient troublés,

avec la réso­lu­tion de mieux vivre. 

Voi­ci par exemple un de ses ser­mons, comme il est écrit dans La Harpe de saint Fran­çois.

Frères (je vous dis frères parce que Dieu est notre Père à tous), il faut vivre en paix, fra­ter­nels et joyeux de cœur, comme des enfants. Cha­cun a ses défauts, mais aus­si son bon côté. À tra­vers nos défauts, regar­dons Dieu, présent

L'amour de Dieu prêché par saint François

par la grâce en nos âmes, et nous nous aime­rons les uns les autres, mal­gré nos défauts.

C’est beau de vivre ! Quand vous dor­mez, quand vous faites la soupe, quand vous rac­com­mo­dez, Dieu est tou­jours dans votre cœur. Ne l’ou­bliez pas et vous serez comme des enfants. Regar­dez-les ils sont gais, ils n’ont pas

le sou­ci du len­de­main. Ils voient des fleurs et ils crient de joie, de la neige et ils chantent…

Faites péni­tence : c’est une méde­cine amère qui gué­rit l’âme et la rend claire et pure.

Aimez bien Dieu. Vivez en paix avec lui, avec votre pro­chain et avec vous-mêmes. La petite paix amène la grande.

Nous avons per­du le para­dis par le péché, mais au ciel il y en aura un mille fois plus beau. La sainte Église nous en montre le che­min. Ce che­min ne passe pas par le monde avec ses beaux habits, son or et sa gloire, mais par l’âme claire. C’est le che­min de l’amour…

(À suivre.)

Le Troubadour d’Assise

II. — Le maçon de Dieu

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