VI. — Chez les Sarrasins

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François prêche les croisés

Les Frères deve­naient si nom­breux qu’à la Pen­te­côte 1219 on put en comp­ter plus de 3 000 qui cam­pèrent dans les bois de la Por­tion­cule. On déci­da d’en­voyer des mis­sion­naires à Tunis, au Maroc et en Égypte. Fran­çois prit la tête de l’ex­pé­di­tion d’É­gypte, et il arri­va un beau jour au milieu des Croi­sés qui fai­saient le siège de Damiette.

Vous com­pre­nez bien qu’il n’é­tait pas venu pour faire la guerre, mais pour conqué­rir des âmes à Dieu. II s’oc­cu­pa d’a­bord des chevaliers : 

— Vous por­tez une croix sur vos habits : il fau­drait aus­si la por­ter dans le cœur. Mal­heur à celui qui ne se bat pas pour déli­vrer le Tom­beau du Christ, mais pour la vio­lence et la rapine !

Puis il fait une chose folle. Le voi­là qui s’en va vers les tentes des Maures en criant :

— Sul­tan ! Sultan !

Sur­pris, les Sar­ra­sins, tout en le mal­me­nant, le conduisent quand même devant Malek-el-Kamil. Le sul­tan regarde un moment ce petit homme maigre qui a osé venir jus­qu’à lui. Un signe, l’éclair

Saint François parle au sultan

d’un sabre, et la tête de l’au­da­cieux rou­le­ra à terre. Non ! Sub­ju­gué par le mys­té­rieux rayon­ne­ment de ce vaga­bond, le Sar­ra­sin écoute et finit par ren­voyer dou­ce­ment celui qui parle si bien de Dieu.

— Prie pour moi, afin que Dieu m’ap­prenne à bien le servir.

À cer­taines époques de l’an­née, Fran­çois se reti­rait dans des ermi­tages où, à force de péni­tence, de recueille­ment et de prière, il obte­nait la lumière et la force dont il avait besoin pour lui et pour tous les Frères. Dans l’é­té de 1224, il fait la rude ascen­sion de l’Al­verne, au milieu du sau­vage massif

des monts d’A­rez­zo. Pen­dant les nuits bleues, sur un rocher qui émerge sous les sapins, il ne cesse de répé­ter la même sublime prière :

— Mes­sire Jésus-Christ, faites qu’a­vant de mou­rir je puisse res­sen­tir dans mon âme et dans mon corps, s’il se peut, les souffrances

Saint François et les stigmates de la Croix

de votre Pas­sion. Et met­tez dans mon cœur le même amour qui vous pous­sa à tant souf­frir pour les pécheurs !

Et sou­dain, à l’aube du 17 sep­tembre, quand les étoiles se per­dirent dans l’or pâle qui com­men­çait à rosir, quand le soleil jaillit et que toute la joie des plantes et des bêtes cria « bon­jour », un ange de feu appa­rut. Fran­çois eut juste le temps de dis­tin­guer dans cette flam­boyante lumière un Cru­ci­fix d’où par­taient des rayons qui trans­per­cèrent ses mains, ses pieds et son côté. 

Fr. Léon le retrou­va éva­noui, por­tant désor­mais dans sa chair les stig­mates de Jésus.

C’é­tait comme un Cru­ci­fix vivant, mais il faut bien com­prendre ce que veut dire ce grand miracle. Fran­çois ne res­semble pas seule­ment à Jésus parce qu’il a les mêmes plaies que lui sur le corps, mais parce qu’il a le même amour dans le cœur. Les plaies, c’est un signe, une preuve qu’aux yeux de Dieu saint Fran­çois est un de ceux qui ont le plus imi­té Jésus.

À par­tir de ce jour, Fran­çois ne pour­ra plus que souf­frir et chanter.

Vous pen­sez peut-être que ça ne va pas très bien ensemble ? Si, parce que l’a­mour de Dieu est comme un magi­cien qui fait de la joie avec tout, même avec de la souffrance.

(À suivre.)

Le Troubadour d’Assise

V. — Face au loup ! VII. — Le chant du Soleil

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