Le Troubadour d’Assise

Les Frères devenaient si nombreux qu’à la Pentecôte 1219 on put en compter plus de 3 000 qui campèrent dans les bois de la Portioncule. On décida d’envoyer des missionnaires à Tunis, au Maroc et en Égypte. François prit la tête de l’expédition d’Égypte, et il arriva un beau jour au milieu des Croisés qui faisaient le siège de Damiette.
Vous comprenez bien qu’il n’était pas venu pour faire la guerre, mais pour conquérir des âmes à Dieu. II s’occupa d’abord des chevaliers :
— Vous portez une croix sur vos habits : il faudrait aussi la porter dans le cœur. Malheur à celui qui ne se bat pas pour délivrer le Tombeau du Christ, mais pour la violence et la rapine !
Puis il fait une chose folle. Le voilà qui s’en va vers les tentes des Maures en criant :
— Sultan ! Sultan !
Surpris, les Sarrasins, tout en le malmenant, le conduisent quand même devant Malek-el-Kamil. Le sultan regarde un moment ce petit homme maigre qui a osé venir jusqu’à lui. Un signe, l’éclair

d’un sabre, et la tête de l’audacieux roulera à terre. Non ! Subjugué par le mystérieux rayonnement de ce vagabond, le Sarrasin écoute et finit par renvoyer doucement celui qui parle si bien de Dieu.
— Prie pour moi, afin que Dieu m’apprenne à bien le servir.
À certaines époques de l’année, François se retirait dans des ermitages où, à force de pénitence, de recueillement et de prière, il obtenait la lumière et la force dont il avait besoin pour lui et pour tous les Frères. Dans l’été de 1224, il fait la rude ascension de l’Alverne, au milieu du sauvage massif
des monts d’Arezzo. Pendant les nuits bleues, sur un rocher qui émerge sous les sapins, il ne cesse de répéter la même sublime prière :
— Messire Jésus-Christ, faites qu’avant de mourir je puisse ressentir dans mon âme et dans mon corps, s’il se peut, les souffrances

de votre Passion. Et mettez dans mon cœur le même amour qui vous poussa à tant souffrir pour les pécheurs !
Et soudain, à l’aube du 17 septembre, quand les étoiles se perdirent dans l’or pâle qui commençait à rosir, quand le soleil jaillit et que toute la joie des plantes et des bêtes cria « bonjour », un ange de feu apparut. François eut juste le temps de distinguer dans cette flamboyante lumière un Crucifix d’où partaient des rayons qui transpercèrent ses mains, ses pieds et son côté.
Fr. Léon le retrouva évanoui, portant désormais dans sa chair les stigmates de Jésus.
C’était comme un Crucifix vivant, mais il faut bien comprendre ce que veut dire ce grand miracle. François ne ressemble pas seulement à Jésus parce qu’il a les mêmes plaies que lui sur le corps, mais parce qu’il a le même amour dans le cœur. Les plaies, c’est un signe, une preuve qu’aux yeux de Dieu saint François est un de ceux qui ont le plus imité Jésus.
À partir de ce jour, François ne pourra plus que souffrir et chanter.
Vous pensez peut-être que ça ne va pas très bien ensemble ? Si, parce que l’amour de Dieu est comme un magicien qui fait de la joie avec tout, même avec de la souffrance.
(À suivre.)






Soyez le premier à commenter