I. — Le baiser au lépreux.

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

François d'Assise fils d'un marchand drapier

Il y a long­temps de cela, dans une petite ville d’I­ta­lie appe­lée Assise, on par­lait beau­coup du fils d’un riche mar­chand drapier…

Il s’ap­pe­lait Fran­çois. Il était petit et maigre, mais agréable de figure, avec un sou­rire char­mant. Il fal­lait voir sur­tout ses beaux yeux noirs, à la fois vifs et doux.

C’é­tait un vrai chef au milieu des autres jeunes gens d’As­sise. Mais un chef pour l’a­mu­se­ment, et Dieu, qui lui avait don­né aus­si belle âme que beau visage, atten­dait autre chose de lui.

Il n’é­tait pas du tout avare, mais un jour, pres­sé et éner­vé parce qu’il avait beau­coup de tra­vail dans la bou­tique, il bous­cu­la un mendiant :

― Va-t’en, tu m’ennuies !

Ah ! comme le remords vient vite le mordre. Il plante là les clients, court après le pauvre, s’a­ge­nouille devant lui, demande par­don et donne sa bourse toute pleine d’é­cus. Quand on est capable de faire un geste pareil pour l’a­mour de Dieu, ça prouve qu’on est appe­lé à de grandes choses.

François d'Assise part en guerre contre Pérouse

En effet, encore un beau geste, et notre joyeux Fran­çois va être tout retour­né. Il était par­ti en guerre contre l’or­gueilleuse Pérouse et, fait pri­son­nier, il avait pas­sé de longs mois en pri­son. Après son retour à Assise, il tombe très malade. La cap­ti­vi­té et la mala­die, ça fait rude­ment réflé­chir : on a le temps de pen­ser à son âme et à Dieu.

Pour­tant, Fran­çois va repar­tir en guerre. Riche­ment équi­pé, il ren­contre un offi­cier pau­vre­ment vêtu. Allez, hop ! les voi­là qui échangent leurs vête­ments. Fran­çois a fait ce geste pour l’a­mour de Jésus. Et il entend une voix :

— Ne va pas si loin cher­cher une pauvre petite gloire fra­gile : sois mon sol­dat à moi…

Quels rires, à Assise, lors­qu’on voit reve­nir le beau guer­rier qui n’a pas fait la guerre et qui est si mal habillé. Mais tout le monde est éton­né par l’air rêveur de François.

— Comme il change !

François d'Assise rencontre un lépreux et l'embrasse.

Et voi­là qu’un jour Fran­çois fai­sait une pro­me­nade à che­val. Il ren­contre un lépreux : quelque chose d’hor­rible à voir et à sen­tir. Quelle envie de pres­ser les flancs du che­val et de s’en­fuir au plus vite !

Mais sou­dain une immense com­pas­sion l’en­va­hit. Main­te­nant, en son âme bou­le­ver­sée, l’a­mour se bat contre le dégoût. 

Et l’a­mour est vain­queur. Ce misé­rable, c’est un homme comme lui… Son frère… et sur­tout la vivante image de Celui qui a tant souf­fert pour nous… Oui, Jésus est là. C’est ça qui fait battre le cœur de Fran­çois à grands coups, et aus­si l’i­dée de ce qu’il va faire. 

Il des­cend de che­val, détache sa bourse, la pose dans la main du lépreux, et quand les doigts ron­gés se referment, len­te­ment, Fran­çois se penche et pose ses lèvres sur les affreuses plaies…

Alors, d’un bond pro­di­gieux, il saute à che­val et part au galop. Il est comme fou de joie parce que, main­te­nant, il est sûr d’ai­mer Jésus. 

(À suivre.)

Le Troubadour d’Assise

II. — Le maçon de Dieu

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