Le Troubadour d’Assise

Il y a longtemps de cela, dans une petite ville d’Italie appelée Assise, on parlait beaucoup du fils d’un riche marchand drapier…
Il s’appelait François. Il était petit et maigre, mais agréable de figure, avec un sourire charmant. Il fallait voir surtout ses beaux yeux noirs, à la fois vifs et doux.
C’était un vrai chef au milieu des autres jeunes gens d’Assise. Mais un chef pour l’amusement, et Dieu, qui lui avait donné aussi belle âme que beau visage, attendait autre chose de lui.
Il n’était pas du tout avare, mais un jour, pressé et énervé parce qu’il avait beaucoup de travail dans la boutique, il bouscula un mendiant :
― Va-t’en, tu m’ennuies !
Ah ! comme le remords vient vite le mordre. Il plante là les clients, court après le pauvre, s’agenouille devant lui, demande pardon et donne sa bourse toute pleine d’écus. Quand on est capable de faire un geste pareil pour l’amour de Dieu, ça prouve qu’on est appelé à de grandes choses.

En effet, encore un beau geste, et notre joyeux François va être tout retourné. Il était parti en guerre contre l’orgueilleuse Pérouse et, fait prisonnier, il avait passé de longs mois en prison. Après son retour à Assise, il tombe très malade. La captivité et la maladie, ça fait rudement réfléchir : on a le temps de penser à son âme et à Dieu.
Pourtant, François va repartir en guerre. Richement équipé, il rencontre un officier pauvrement vêtu. Allez, hop ! les voilà qui échangent leurs vêtements. François a fait ce geste pour l’amour de Jésus. Et il entend une voix :
— Ne va pas si loin chercher une pauvre petite gloire fragile : sois mon soldat à moi…
Quels rires, à Assise, lorsqu’on voit revenir le beau guerrier qui n’a pas fait la guerre et qui est si mal habillé. Mais tout le monde est étonné par l’air rêveur de François.
— Comme il change !

Et voilà qu’un jour François faisait une promenade à cheval. Il rencontre un lépreux : quelque chose d’horrible à voir et à sentir. Quelle envie de presser les flancs du cheval et de s’enfuir au plus vite !
Mais soudain une immense compassion l’envahit. Maintenant, en son âme bouleversée, l’amour se bat contre le dégoût.
Et l’amour est vainqueur. Ce misérable, c’est un homme comme lui… Son frère… et surtout la vivante image de Celui qui a tant souffert pour nous… Oui, Jésus est là. C’est ça qui fait battre le cœur de François à grands coups, et aussi l’idée de ce qu’il va faire.
Il descend de cheval, détache sa bourse, la pose dans la main du lépreux, et quand les doigts rongés se referment, lentement, François se penche et pose ses lèvres sur les affreuses plaies…
Alors, d’un bond prodigieux, il saute à cheval et part au galop. Il est comme fou de joie parce que, maintenant, il est sûr d’aimer Jésus.
(À suivre.)



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