IV. — Tout dans la marmite !

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Les Fioretti de saint François

Plu­sieurs, en l’é­cou­tant, ont envie de faire comme lui et le suivent. Il y aura d’a­bord Ber­nard de Quin­ta­valle, un homme riche, grave et réflé­chi ; Pierre de Cat­ta­ni, le conseiller de l’é­vê­ché ; Égide le pay­san, Ange le che­va­lier, le prêtre Syl­vestre. Et, un peu plus tard, le grand Mas­seo, le doux Léon, l’a­mu­sant Genièvre, Divi­ni, le roi des troubadours… 

Bien­tôt, des cen­taines, puis des mil­liers, sur­tout après l’ap­pro­ba­tion du Pape Inno­cent III.

Que de belles choses à racon­ter sur ces débuts de la vie fran­cis­caine des his­toires si jolies qu’on en a fait un livre qui s’ap­pelle Fio­ret­ti,

parce que la vie des saints c’est comme un bou­quet de fleurs, douces à regar­der et bonnes à sen­tir. Tenez, vous vou­lez savoir ce que fit un jour le Frère cui­si­nier, notre mali­cieux Genièvre ? Il avait remar­qué que les Frères se pré­oc­cu­paient un peu trop de leur nour­ri­ture et que lui pas­sait beau­coup de temps à pré­pa­rer les repas. 

Il va cher­cher la plus grande mar­mite qu’il peut trou­ver, et flic ! flac ! boum ! il jeta là-dedans tout le ravi­taille­ment : viande, œufs avec leur coquille, légumes non éplu­chés, et tous les fruits, et tout le sel, et toute la graisse, et tout le sucre. Allez, sur le feu, main­te­nant, et remuons pour que ça cuise ! 

Ce fut du joli le soir… On l’ac­ca­bla de reproches, mais la leçon avait por­té et, désor­mais, on se sou­cia moins de la qua­li­té des plats.

Une autre belle his­toire, c’est celle du ser­mon aux oiseaux. Sur la route de Spo­lète, les Frères tra­versent un petit bois tout ani­mé et chan­tant, à croire qu’il y avait là une ker­messe d’oiseaux.

― Arrê­tez-vous, dit Fran­çois à Fr. Ange et à Fr. Mas­seo, je vais prêcher.

Prê­cher ? Il n’y a per­sonne ! Tiens, quel silence subit ! Et tous ces oiseaux qui se ras­semblent autour du Saint sur les branches, sur ce tronc, sur cette pierre, dans l’herbe…

― Mes frères, com­mence Fran­çois, comme lors­qu’il prêche sur les places publiques, que Dieu vous donne la paix !

Tout ce petit monde se retient de bou­ger ; mille jolis yeux brillent, attentifs.

— Mes chers frères les oiseaux, vous devez beau­coup à Dieu et il faut chan­ter de tout votre cœur

pour le louer et le remer­cier. Vous pou­vez voler comme vous vou­lez, vous avez tous de belles plumes, vous trou­vez assez faci­le­ment votre nour­ri­ture et il vous reste beau­coup de temps pour chan­ter. Dieu vous a don­né l’eau des ruis­seaux où vous buvez et les grands arbres où vous faites vos

nids. Vous voyez comme il vous aime. Il faut que votre chant soit votre prière et votre merci.

Un grand signe de croix et toutes les petites ailes battent. Puis, c’est comme un feu d’ar­ti­fice de cris, de rou­lades et de trilles… Il y a aus­si l’his­toire du loup…

(À suivre.)

Le Troubadour d’Assise

III. — La vie est belle ! V. — Face au loup !

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