Le Troubadour d’Assise

Plusieurs, en l’écoutant, ont envie de faire comme lui et le suivent. Il y aura d’abord Bernard de Quintavalle, un homme riche, grave et réfléchi ; Pierre de Cattani, le conseiller de l’évêché ; Égide le paysan, Ange le chevalier, le prêtre Sylvestre. Et, un peu plus tard, le grand Masseo, le doux Léon, l’amusant Genièvre, Divini, le roi des troubadours…
Bientôt, des centaines, puis des milliers, surtout après l’approbation du Pape Innocent III.
Que de belles choses à raconter sur ces débuts de la vie franciscaine des histoires si jolies qu’on en a fait un livre qui s’appelle Fioretti,
parce que la vie des saints c’est comme un bouquet de fleurs, douces à regarder et bonnes à sentir. Tenez, vous voulez savoir ce que fit un jour le Frère cuisinier, notre malicieux Genièvre ? Il avait remarqué que les Frères se préoccupaient un peu trop de leur nourriture et que lui passait beaucoup de temps à préparer les repas.

Il va chercher la plus grande marmite qu’il peut trouver, et flic ! flac ! boum ! il jeta là-dedans tout le ravitaillement : viande, œufs avec leur coquille, légumes non épluchés, et tous les fruits, et tout le sel, et toute la graisse, et tout le sucre. Allez, sur le feu, maintenant, et remuons pour que ça cuise !
Ce fut du joli le soir… On l’accabla de reproches, mais la leçon avait porté et, désormais, on se soucia moins de la qualité des plats.
Une autre belle histoire, c’est celle du sermon aux oiseaux. Sur la route de Spolète, les Frères traversent un petit bois tout animé et chantant, à croire qu’il y avait là une kermesse d’oiseaux.
― Arrêtez-vous, dit François à Fr. Ange et à Fr. Masseo, je vais prêcher.
Prêcher ? Il n’y a personne ! Tiens, quel silence subit ! Et tous ces oiseaux qui se rassemblent autour du Saint sur les branches, sur ce tronc, sur cette pierre, dans l’herbe…

― Mes frères, commence François, comme lorsqu’il prêche sur les places publiques, que Dieu vous donne la paix !
Tout ce petit monde se retient de bouger ; mille jolis yeux brillent, attentifs.
— Mes chers frères les oiseaux, vous devez beaucoup à Dieu et il faut chanter de tout votre cœur
pour le louer et le remercier. Vous pouvez voler comme vous voulez, vous avez tous de belles plumes, vous trouvez assez facilement votre nourriture et il vous reste beaucoup de temps pour chanter. Dieu vous a donné l’eau des ruisseaux où vous buvez et les grands arbres où vous faites vos
nids. Vous voyez comme il vous aime. Il faut que votre chant soit votre prière et votre merci.
Un grand signe de croix et toutes les petites ailes battent. Puis, c’est comme un feu d’artifice de cris, de roulades et de trilles… Il y a aussi l’histoire du loup…
(À suivre.)



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