Étiquette : 3 décembre

Auteur : Hunermann, Père Guillaume | Ouvrage : Les Tables de Moïse .

« S’il te plaît, grand-mère, vou­drais-tu me faire réci­ter l’Histoire Sainte ? » deman­da le petit Joseph à la vieille pay­sanne de la ferme des Tilleuls, assise près de la che­mi­née et qui fai­sait glis­ser les grains de son cha­pe­let entre ses doigts.

« Attends que j’aie fini », répon­dit-elle, en com­men­çant la der­nière dizaine des mys­tères glo­rieux.

Tour de Babel, Dieu punit les orgueilleux - Histoire chrétiennes pour le catéchisme

« Mais tu n’auras qu’à conti­nuer de prier après », dit le petit avec une moue de mécon­ten­te­ment. Mais grand-mère ne répon­dit point. Ses pen­sées sui­vaient la Vierge au ciel, où le Père Éter­nel la parait de la cou­ronne de toute magni­fi­cence.

« Je peux te faire réci­ter, moi », pro­po­sa Louis, qua­torze ans, qui fré­quen­tait le lycée de la ville. « Viens, donne-moi ton His­toire Sainte. »

« Soit ! » répli­qua Joseph, et il ten­dit le livre à son frère. Et il com­men­ça à réci­ter sa leçon.

« La construc­tion de Babel. L’humanité entière par­lait la même langue. Mais s’aventurant vers l’est, les hommes décou­vrirent une plaine dans le pays de Senaar et y plan­tèrent leurs tentes. Et ils se dirent : Fai­sons des tuiles et cui­sons-les. Et la tuile leur ser­vit de pierre de construc­tion et l’asphalte de béton. Et ils dirent : Construi­sons-nous une ville et une tour dont la pointe atteigne le ciel. Ain­si, nous nous crée­rons un nom avant de nous dis­per­ser par toute la terre. »

« Eh bien ! ils auraient mieux fait de res­ter tran­quilles », gro­gna Louis en jetant un regard furi­bond sur son livre de latin posé sur la table.

« Mais laisse-moi donc réci­ter et ne me fais pas perdre le fil », gro­gna Joseph et il conti­nua à réci­ter :

« Et le Sei­gneur des­cen­dit voir la ville et la tour que les enfants d’Adam construi­saient. Et il dit : « C’est un seul peuple et il parle une même langue. Nous allons embrouiller leur langue, afin qu’ils ne se com­prennent plus les uns les autres. »

« C’est ce qui fit notre mal­heur », gro­gna Louis en frap­pant vio­lem­ment sur le livre de latin. « Si les maçons, à ce moment-là, avaient fait grève, je ne serais pas obli­gé, main­te­nant, de me bour­rer le crâne de tous ces mots étranges. Ils auraient bien pu trou­ver autre chose pour se faire un nom. »

« Qu’est-ce que cela signi­fie, au juste, se faire un nom ? » deman­da Joseph.

« Allons donc ! Tout le monde com­prend cela », expli­qua l’aîné. « Der­niè­re­ment il y avait une troupe de sal­tim­banques dans notre vil­lage, tu t’en sou­viens ? Et ils avaient col­lé des affiches, sur les­quelles se trou­vaient les noms de tous les artistes ; les uns étaient ins­crits en petits carac­tères, d’autres en grands, le nom de l’homme qui fai­sait des acro­ba­ties sur un mât de qua­rante mètres de haut, eh bien ! celui-là avait son nom en lettres géantes sur la pan­carte. Te voi­là ren­sei­gné. »

« J’aimerais bien que mon nom figure un jour sur une affiche comme ça », sou­pi­ra Joseph. « Mais je ne sau­rais pas me tenir sur la tête au bout d’un si grand mât. »

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

X

L’Espagne missionnaire : Les jésuites, saint Ignace, saint François Xavier. — Les dominicains : saint Louis Bertrand. — Les franciscains : saint François de Solano.

Dans une tou­relle du col­lège Sainte-Barbe de Paris, tou­relle qui exis­tait encore au milieu du XIXe siècle, logeaient, en 1525, un jeune Savoyard nom­mé Pierre Le Fèvre et un jeune Basque de bonne noblesse nom­mé Fran­çois Xavier, venus à Paris pour cher­cher des diplômes uni­ver­si­taires. Ils avaient l’un et l’autre dix-neuf ans. En octobre 1529, un nou­vel hôte venait par­ta­ger leur logis, gen­til­homme comme Xavier, mais mal vêtu, — l’air d’un pauvre, à demi estro­pié par sur­croît : il s’appelait Ignace de Loyo­la, et il était leur aîné de dix à quinze ans. Sa prime jeu­nesse avait rêvé de la gloire mili­taire : en défen­dant Pam­pe­lune assié­gée, il avait ache­té cette gloire par une grave bles­sure ; ses pen­sées, à l’hôpital, s’étaient tour­nées vers le Christ. Adieu dès lors ses beaux rêves de che­va­le­rie ! Ignace s’était fait men­diant, puis il s’était séques­tré dans la grotte de Man­rèse, pour y cher­cher une méthode de bien ser­vir le Christ, et il en avait tra­cé les grandes lignes dans ses Exer­cices spi­ri­tuels, que long­temps il gar­da manus­crits.

Les missions de Saint François Xavier raconté aux enfants
Cey­lan. — Lépro­se­rie du Hen­da­la, diri­gée par les Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie.

Il lui parais­sait, pour­tant, que pour lut­ter en faveur de son Dieu, il man­quait de for­ma­tion ; et celui qu’à Sainte-Barbe on com­men­çait à appe­ler le pèle­rin, venait s’instruire et prendre ses diplômes à Paris. Mais ce vieil éco­lier, avec ses Exer­cices dans sa sacoche, avait hâte de sug­gé­rer à ses cama­rades cette méthode pour faire leur salut, et de les gui­der. Le Fèvre fut conquis ; Xavier résis­ta long­temps, et l’un des témoins de ses conver­sa­tions avec Ignace com­pa­rait Ignace au grand Alexandre, qui finit par domp­ter son cour­sier Bucé­phale. Après Xavier, Ignace s’attacha trois Espa­gnols, Lai­nez, Sal­me­ron, Boba­dilla, et un Por­tu­gais, Rodri­guez. Au jour de l’Assomption de 1534, tous ces jeunes uni­ver­si­taires, deve­nus dis­ciples des Exer­cices spi­ri­tuels, des­cen­dirent de la mon­tagne Sainte-Gene­viève pour gra­vir, de l’autre côté de la Seine, la col­line de Mont­martre ; Ignace aus­si fit le pèle­ri­nage. Une église s’y éle­vait, — elle existe tou­jours, — à l’endroit, disait-on, où saint Denis avait été mar­tyr ; nos sept pèle­rins s’enfoncèrent dans la crypte, et Le Fèvre dit la messe. Au moment de la com­mu­nion, il se tour­nait vers eux, leur mon­trait l’hostie ; cha­cun d’eux pro­met­tait à Dieu qu’il demeu­re­rait pauvre, et qu’il demeu­re­rait chaste, et qu’il serait, si pos­sible, pèle­rin de Jéru­sa­lem, et qu’ensuite il se voue­rait au salut des âmes. Et ces vœux une fois prê­tés, tous com­mu­niaient. Lorsque leur petit grou­pe­ment se sera élar­gi, lorsque les assises s’en seront affer­mies, ces sept étu­diants aux­quels Jésus venait de se don­ner ne vou­dront aucun autre nom, pour une telle socié­té, que celui de Com­pa­gnie de Jésus.

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : Petite Histoire de l'Église illustrée .

∼∼ XXIII ∼∼

Une main vigou­reuse, posée sur l’épaule de Ber­nard, le fait tres­sau­ter. Il se retourne brus­que­ment et se trouve en face de trois amis : le chef des Rou­tiers, sui­vi de Maxi­min et du petit André.

— Peste ! dit Hen­ri. Quel sérieux ! Nous vous regar­dons depuis un moment. Vous avez l’air de deux conspi­ra­teurs.

— Nous cau­sions bien, c’est vrai, sans conspi­rer pour cela.

— On peut savoir le sujet de cette confé­rence ? demande « Tar­ta­rin » avec un rien d’ironie, mêlée à son jovial sou­rire.

— Bien sûr.

Quelques minutes après, le sujet en ques­tion était repris à cinq, non sans une ardente ani­ma­tion.

Le chef dit bien­tôt : Lais­sons ces apos­ta­sies et ces fai­blesses qui suivent tou­jours l’abandon du devoir et de la véri­té. Dieu, lui, n’abandonne jamais la barque de Pierre. Nous devons nous le répé­ter inces­sam­ment. Voyons donc com­ment l’Église a tra­vaillé pour répa­rer tant de ruines.

Dès le début du XVIe siècle, le concile tenu au Latran avait posé les bases d’une réforme reli­gieuse tout autre que les folles idées de Luther. Mal­heu­reu­se­ment, les esprits demeu­raient alors si éblouis par le mou­ve­ment de la Renais­sance, qu’ils étaient bien peu capables de s’intéresser aux meilleurs pro­jets.

Enfin, le Pape Paul III convoque un nou­veau concile, que conti­nue­ront Jules III et Pie IV. C’est le Concile de Trente, le plus beau peut-être de l’Histoire de l’Église, et le dix-hui­tième concile œcu­mé­nique. Il ne sera clos qu’au bout de dix-huit ans.

— Dix-huit ans ! Qu’est-ce que tu nous chantes ?

— La véri­té, tout bon­ne­ment. Le concile fut inter­rom­pu à deux reprises par la force des cir­cons­tances, mais cela même ser­vit à mûrir tout ce qui était l’objet des déli­bé­ra­tions.

Les ques­tions sou­le­vées par les pro­tes­tants, toutes les réformes utiles à intro­duire dans l’Église, seront étu­diées, mises au point, avec une clar­té, une net­te­té irré­fu­tables. Autour de ce concile, nous allons voir briller, comme des lumières ardentes, une flo­rai­son de saints.

Les plus remar­quables de ce siècle appar­tiennent à l’Espagne. C’est comme une récom­pense de la lutte héroïque, sou­te­nue par les royaumes du nord de ce pays contre les Maures. Repous­sés peu à peu, mais à quel prix, ceux-ci sont enfin chas­sés, par Fer­di­nand le Catho­lique, de Gre­nade et de l’Andalousie. Ceci se pas­sait à la fin du XVe siècle ; depuis lors, l’Espagne avait connu des années de grande pros­pé­ri­té. C’est à son ser­vice que Chris­tophe Colomb venait de décou­vrir l’Amérique.

— Mais tu par­lais des saints. Chris­tophe Colomb n’est pas cano­ni­sé, que je sache.

— Attends donc un peu. Et saint Ignace de Loyo­la, est-il cano­ni­sé ? Vous connais­sez l’histoire de ce jeune sei­gneur espa­gnol. Il avait été char­gé de diri­ger l’héroïque défense de la ville de Pam­pe­lune. Il y fut gra­ve­ment bles­sé. Pen­dant sa conva­les­cence, la Sainte Vierge lui appa­rut. Éclai­ré d’en haut, il réso­lut de faire pas­ser au ser­vice du Christ et de sa Mère tout ce qui, jusqu’alors, fai­sait battre son âme de che­va­lier. Il ne lut­te­ra plus pour la gloire des armes, mais pour la gloire de Dieu !

Venu étu­dier à l’Université de Paris, il y ren­contre un com­pa­triote, autre grand sei­gneur. C’est Fran­çois de Xavier, à qui tout sou­rit, et qui rêve d’ajouter les suc­cès lit­té­raires à l’honneur de son nom.

— Le pauvre ! dit Ber­nard, il avait comp­té sans le zèle de son nou­vel ami, qui ne cesse de faire son­ner à son oreille le mot de l’Évangile : « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? »

— Tout juste. Xavier pro­teste, mais la parole divine fait son che­min.

Le 15 août 1354, il est par­mi le petit groupe qui suit Ignace sur la route mon­tante condui­sant à Mont­martre. Là, dans une vieille église, tous vont s’engager à renon­cer aux richesses, aux hon­neurs, pour deve­nir à tra­vers le monde les che­va­liers, les « Com­pa­gnons de Jésus ».

Sol­dats du Christ et du Pape, les Jésuites, en quelques années, don­ne­ront au monde d’étonnants exemples de sain­te­té. Théo­lo­giens de forte et sûre doc­trine, leur rôle au concile sera de pre­mier ordre.

Pré­di­ca­teurs d’une rare vigueur, comme saint Pierre Cani­sius, entre autres, ils ramè­ne­ront à la Foi un grand nombre d’hérétiques.

Mis­sion­naires incom­pa­rables, ils iront, à la suite de saint Fran­çois Xavier, évan­gé­li­ser les Indes, le Japon, la Chine,… don­nant ain­si à l’Église des fils plus nom­breux que ceux qui, en Europe, l’ont aban­don­née.

Sur­tout, les Jésuites feront preuve d’une obéis­sance magna­nime aux ordres du Vicaire du Christ, et ce sera comme une réponse à la révolte pro­tes­tante. Cette dis­ci­pline contri­bue­ra, pen­dant les siècles sui­vants, à affer­mir la Foi catho­lique et romaine, par­mi l’élite de la jeu­nesse, éle­vée dans leurs col­lèges et impré­gnée de leur esprit.

Maxi­min ne dit rien, mais un pli aux lèvres lui donne une expres­sion scep­tique.

— Tu ne me crois pas ? demande Hen­ri gaie­ment.

— Je te trouve exa­gé­ré ; tu as été éle­vé chez « eux », par­di !

— Moi ! Ah ! mais pas du tout. Seule­ment, j’ai appris mon his­toire, autre­ment que dans nos seuls manuels. Le soir, avec mon père, nous cau­sions ; il m’obligeait à tout appro­fon­dir loya­le­ment. Je n’en fai­sais du reste aucun mys­tère, et comme j’étais, grâce à cela, plus fort que d’autres, mes places me valaient une entière et joyeuse indé­pen­dance.

Étu­die ain­si, crois-moi, tu ver­ras comme les choses s’éclairent.