Étiquette : Espagne

Auteur : Douglas Viscomte, Patricia | Ouvrage : Les amis des Saints .

Saint Jean de la Croix, Doc­teur de l’Église, né en 1542 à Fon­ti­ve­ros (pro­vince de Cas­tille) mort le 14 décembre 1591 à Ube­da (pro­vince d’Andalousie).

Si l’on veut gra­vir une haute cime pour voir le soleil se lever sur un monde étin­ce­lant de pure­té, il faut se déles­ter de tout ce qui encombre ; à ce prix seule­ment, on pour­ra atteindre le som­met. C’est le che­min spi­ri­tuel que nous trace saint Jean de la Croix ; il fau­dra pas­ser des nuits pour arri­ver à la lumière. Sui­vons donc notre saint dans son ascen­sion vers le som­met du Mont Car­mel. Les quelques étapes de sa vie que nous évo­que­rons vont nous le per­mettre.

La nuit obscure et le miracle de la Vierge et du puit

L’âme du futur saint, enfant, vivait dans l’intimité de Dieu, de la Sainte Vierge, des anges et des saints. Une aven­ture qu’il raconte lui-même fut sans doute l’occasion du pre­mier pas de sa longue ascen­sion.

Le petit Jean jouait avec ses cama­rades (enfant « il se com­por­tait comme un ange » disait de lui sa mère, il était vif et plein d’entrain), le groupe s’est appro­ché d’un minus­cule étang aux eaux bour­beuses et s’amuse à y jeter des bouts de bois. On crie, on rit, et cha­cun cherche à reti­rer son bâton. Mais les bords sont glis­sants et Jean, empor­té par son ardeur, tombe dans l’eau. Il s’enfonce et l’on ne voit plus que sa tête.

Les petits cama­rades poussent des hur­le­ments, mais voi­ci Jean qui lève la tête : il voit au-des­sus de lui une très belle dame qui lui tend ses mains « jolies et bien tour­nées ».

Petit, dit-elle, donne-moi la main et je te sor­ti­rai.

Auteur : Goyau, Georges | Ouvrage : À la conquête du monde païen .

X

L’Espagne missionnaire : Les jésuites, saint Ignace, saint François Xavier. — Les dominicains : saint Louis Bertrand. — Les franciscains : saint François de Solano.

Dans une tou­relle du col­lège Sainte-Barbe de Paris, tou­relle qui exis­tait encore au milieu du XIXe siècle, logeaient, en 1525, un jeune Savoyard nom­mé Pierre Le Fèvre et un jeune Basque de bonne noblesse nom­mé Fran­çois Xavier, venus à Paris pour cher­cher des diplômes uni­ver­si­taires. Ils avaient l’un et l’autre dix-neuf ans. En octobre 1529, un nou­vel hôte venait par­ta­ger leur logis, gen­til­homme comme Xavier, mais mal vêtu, — l’air d’un pauvre, à demi estro­pié par sur­croît : il s’appelait Ignace de Loyo­la, et il était leur aîné de dix à quinze ans. Sa prime jeu­nesse avait rêvé de la gloire mili­taire : en défen­dant Pam­pe­lune assié­gée, il avait ache­té cette gloire par une grave bles­sure ; ses pen­sées, à l’hôpital, s’étaient tour­nées vers le Christ. Adieu dès lors ses beaux rêves de che­va­le­rie ! Ignace s’était fait men­diant, puis il s’était séques­tré dans la grotte de Man­rèse, pour y cher­cher une méthode de bien ser­vir le Christ, et il en avait tra­cé les grandes lignes dans ses Exer­cices spi­ri­tuels, que long­temps il gar­da manus­crits.

Les missions de Saint François Xavier raconté aux enfants
Cey­lan. — Lépro­se­rie du Hen­da­la, diri­gée par les Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie.

Il lui parais­sait, pour­tant, que pour lut­ter en faveur de son Dieu, il man­quait de for­ma­tion ; et celui qu’à Sainte-Barbe on com­men­çait à appe­ler le pèle­rin, venait s’instruire et prendre ses diplômes à Paris. Mais ce vieil éco­lier, avec ses Exer­cices dans sa sacoche, avait hâte de sug­gé­rer à ses cama­rades cette méthode pour faire leur salut, et de les gui­der. Le Fèvre fut conquis ; Xavier résis­ta long­temps, et l’un des témoins de ses conver­sa­tions avec Ignace com­pa­rait Ignace au grand Alexandre, qui finit par domp­ter son cour­sier Bucé­phale. Après Xavier, Ignace s’attacha trois Espa­gnols, Lai­nez, Sal­me­ron, Boba­dilla, et un Por­tu­gais, Rodri­guez. Au jour de l’Assomption de 1534, tous ces jeunes uni­ver­si­taires, deve­nus dis­ciples des Exer­cices spi­ri­tuels, des­cen­dirent de la mon­tagne Sainte-Gene­viève pour gra­vir, de l’autre côté de la Seine, la col­line de Mont­martre ; Ignace aus­si fit le pèle­ri­nage. Une église s’y éle­vait, — elle existe tou­jours, — à l’endroit, disait-on, où saint Denis avait été mar­tyr ; nos sept pèle­rins s’enfoncèrent dans la crypte, et Le Fèvre dit la messe. Au moment de la com­mu­nion, il se tour­nait vers eux, leur mon­trait l’hostie ; cha­cun d’eux pro­met­tait à Dieu qu’il demeu­re­rait pauvre, et qu’il demeu­re­rait chaste, et qu’il serait, si pos­sible, pèle­rin de Jéru­sa­lem, et qu’ensuite il se voue­rait au salut des âmes. Et ces vœux une fois prê­tés, tous com­mu­niaient. Lorsque leur petit grou­pe­ment se sera élar­gi, lorsque les assises s’en seront affer­mies, ces sept étu­diants aux­quels Jésus venait de se don­ner ne vou­dront aucun autre nom, pour une telle socié­té, que celui de Com­pa­gnie de Jésus.

| Ouvrage : Les amis des Saints .

Belle histoire de Saint Dominique pour les veillées de camps« Le chevalier à l’étoile »

Saint Domi­nique, fon­da­teur de l’Ordre des Domi­ni­cains. Né vers 1173 à Cale­rue­ga, dio­cèse d’Osna (Espagne). Mort à Bologne, Ita­lie, le 6 août 1221.

Saint Domi­nique nous appa­raît avant tout comme une âme de lumière, bien sym­bo­li­sée par l’étoile que beau­coup de ses contem­po­rains virent briller sur son front. Apôtre plein de zèle, il vou­lait appor­ter aux hommes une connais­sance tou­jours plus par­faite de la Véri­té, qui seule, rend l’homme vrai­ment libre. Mais si Dieu ne l’avait choi­si pour être prêtre et fon­da­teur d’un des ordres les plus répan­dus de la Chré­tien­té, sa nature ardente l’aurait por­té à être un che­va­lier, un autre Cid Cam­pea­dor…

Son père des­cen­dait d’une famille illustre, les Guz­man, mais il n’était qu’un cadet sans for­tune. Il déci­da ain­si de se tailler un petit domaine (c’était au plus fort de la « recon­quis­ta») et éle­va un petit « cas­tillo », grou­pant autour de lui des serfs, des colons, qui trou­vaient une pro­tec­tion contre les incur­sions de l’ennemi. Les Maures n’étaient pas encore chas­sés hors de l’Espagne et fai­saient de nom­breuses « raz­zias » dans les terres recon­quises, semant la ter­reur et emme­nant les mal­heu­reux chré­tiens, femmes, enfants, dont ils fai­saient leurs esclaves en les sou­met­tant aux plus durs trai­te­ments. C’est l’époque où nous avons vu saint Jean de Matha se dévouer à l’œuvre du rachat des cap­tifs. Toute la jeu­nesse de Domi­nique sera mar­quée par l’impérieuse néces­si­té de défendre et sa vie et sa foi contre l’invasion sar­ra­sine.

Castillo construit pendant la Reconquista par le père de DominiqueDe son père, de pure race visi­gothe, il tien­dra sa nature che­va­le­resque, et phy­si­que­ment, sa che­ve­lure blond-roux et les yeux bleus. Sa mère, par contre, la Bien­heu­reuse Jeanne d’Aza, qui des­cen­dait de la vieille race espa­gnole des Ibères, lui don­ne­ra sa petite taille, avec une extrême robus­tesse de tem­pé­ra­ment. C’est d’elle aus­si qu’il tien­dra sa fer­veur reli­gieuse.

Quand elle atten­dait son troi­sième enfant, qui sera saint Domi­nique, elle eut une vision demeu­rée célèbre : elle vit un petit chien noir et blanc tenant en sa gueule une torche enflam­mée, avec laquelle, s’étant élan­cé hors du sein mater­nel, il sem­blait incen­dier l’univers entier. Frap­pée par cette vision, Jeanne d’Aza vint en pèle­ri­nage à Silos, sur la tombe d’un des plus célèbres thau­ma­turges de Cas­tille : saint Domi­nique de Silos, béné­dic­tin, invo­qué pour obte­nir la déli­vrance des cap­tifs mais aus­si par les mères qui atten­daient un enfant. Jeanne d’Aza res­ta plu­sieurs jours à l’Hôtellerie du Monas­tère. Elle pas­sait ses jour­nées à l’église, assis­tant aux offices et s’abîmant dans une contem­pla­tion silen­cieuse. La légende nous dit qu’un soir où elle avait pro­lon­gé plus que de cou­tume son orai­son, elle vit venir à elle le thau­ma­turge, revê­tu de ses insignes d’Abbé. Il lui pré­dit qu’elle met­trait au monde un fils qui devien­drait un illustre pré­di­ca­teur et serait appe­lé « le répa­ra­teur de l’Église ».

Quelques mois plus tard, ren­trée chez elle, Jeanne d’Aza mit au monde un fils auquel elle fit don­ner le nom de Domi­nique, ain­si qu’elle l’avait pro­mis au thau­ma­turge de Silos.

À cinq ans, le petit Domi­nique expri­mait déjà une vie toute don­née à Dieu ; il écou­tait avec enthou­siasme les récits que ses frères lui fai­saient de la vie des Ana­cho­rètes (encore nom­breux au XIIe siècle) qui vivaient reti­rés dans des grottes, culti­vant leur jar­di­net, et conseillant ceux qui venaient les trou­ver. L’enfant conce­vait alors le désir d’imiter autant que pos­sible ces pra­tiques d’austérité. Aus­si, quand le som­meil ne le pre­nait pas tout de suite, dès que tout était silen­cieux, il quit­tait sa cou­chette, et s’étendait sur le sol. Mais sa mère qui veillait sur ses enfants eut vite fait de le voir, et elle lui enjoi­gnit de prendre le repos néces­saire, lui fai­sant com­prendre que sou­vent l’obéissance était pré­fé­rable au sacri­fice.