Catégorie : <span>Bayard</span>

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François chante le Cantique du Soleil

Un matin qu’il souf­frait d’une façon presque into­lé­rable, Fran­çois s’a­che­mi­na péni­ble­ment vers Saint-Damien. Il y avait là sainte Claire, dont j’au­rais vou­lu vous par­ler aus­si, mais ce sera pour une autre fois. Du haut du petit bal­con qui domine la plaine, Fran­çois res­pi­ra lon­gue­ment la fraî­cheur et l’al­lé­gresse de l’au­rore. Puis, sa voix,

qui était deve­nue si faible, retrou­va sou­dain la fer­me­té et le velou­té des années de jeu­nesse, et il chan­ta le Can­tique du Soleil. C’est un des plus beaux chants d’a­mour de Dieu jaillis du cœur d’un homme.

Loué sois-tu, ô mon Dieu ! et toutes tes créa­tures. Et d’a­bord mes­sire notre frère le Soleil ; il nous donne le jour et tu nous éclaires par lui ; il est beau et rayon­nant avec grande splen­deur : il est ton sym­bole, ô Très-Haut !

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur la Lune et nos sœurs les Étoiles, pré­cieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre frère le Vent, pour l’air et les nuages, et le ciel bleu et tous les temps, par les­quels toutes les créa­tures peuvent vivre.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur l’Eau, qui est ser­viable, humble, fraîche et pure.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi
Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François prêche les croisés

Les Frères deve­naient si nom­breux qu’à la Pen­te­côte 1219 on put en comp­ter plus de 3 000 qui cam­pèrent dans les bois de la Por­tion­cule. On déci­da d’en­voyer des mis­sion­naires à Tunis, au Maroc et en Égypte. Fran­çois prit la tête de l’ex­pé­di­tion d’É­gypte, et il arri­va un beau jour au milieu des Croi­sés qui fai­saient le siège de Damiette.

Vous com­pre­nez bien qu’il n’é­tait pas venu pour faire la guerre, mais pour conqué­rir des âmes à Dieu. II s’oc­cu­pa d’a­bord des chevaliers : 

— Vous por­tez une croix sur vos habits : il fau­drait aus­si la por­ter dans le cœur. Mal­heur à celui qui ne se bat pas pour déli­vrer le Tom­beau du Christ, mais pour la vio­lence et la rapine !

Puis il fait une chose folle. Le voi­là qui s’en va vers les tentes des Maures en criant :

— Sul­tan ! Sultan !

Sur­pris, les Sar­ra­sins, tout en le mal­me­nant, le conduisent quand même devant Malek-el-Kamil. Le sul­tan regarde un moment ce petit homme maigre qui a osé venir jus­qu’à lui. Un signe, l’éclair

Saint François parle au sultan
Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Le loup de Gubbio

Un triste jour d’hi­ver, Fran­çois s’en allait vers Gub­bio. Mais voi­ci que par­tout on lui dit de rebrous­ser che­min. Un loup ter­rible, bien plus fort et plus mau­vais que les autres, sème la ter­reur à Gub­bio et aux environs.

— On n’ose plus sortir !

— Je vais m’oc­cu­per de ça, dit François.

Et le voi­là par­ti à la recherche du loup. Pas dif­fi­cile de le trou­ver, avec ses traces dans la neige. D’ailleurs, sûr de sa force, il ne se cachait guère. Dans une clai­rière, ils se trou­vèrent subi­te­ment face à face la grande bête mau­vaise et le petit Frère aux yeux rayonnants.

Ils se regar­dèrent un moment sans bou­ger. Puis Fran­çois fit un grand signe de croix.

— Frère loup, approche !

Len­te­ment, comme à regret, mais déjà obéis­sant, il avance et paraît plus énorme encore près du ché­tif Fran­çois. Il se couche à ses pieds comme un chien fidèle qui aurait fait des bêtises.

Le loup se soumet à saint François
Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Les Fioretti de saint François

Plu­sieurs, en l’é­cou­tant, ont envie de faire comme lui et le suivent. Il y aura d’a­bord Ber­nard de Quin­ta­valle, un homme riche, grave et réflé­chi ; Pierre de Cat­ta­ni, le conseiller de l’é­vê­ché ; Égide le pay­san, Ange le che­va­lier, le prêtre Syl­vestre. Et, un peu plus tard, le grand Mas­seo, le doux Léon, l’a­mu­sant Genièvre, Divi­ni, le roi des troubadours… 

Bien­tôt, des cen­taines, puis des mil­liers, sur­tout après l’ap­pro­ba­tion du Pape Inno­cent III.

Que de belles choses à racon­ter sur ces débuts de la vie fran­cis­caine des his­toires si jolies qu’on en a fait un livre qui s’ap­pelle Fio­ret­ti,

parce que la vie des saints c’est comme un bou­quet de fleurs, douces à regar­der et bonnes à sen­tir. Tenez, vous vou­lez savoir ce que fit un jour le Frère cui­si­nier, notre mali­cieux Genièvre ? Il avait remar­qué que les Frères se pré­oc­cu­paient un peu trop de leur nour­ri­ture et que lui pas­sait beau­coup de temps à pré­pa­rer les repas. 

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François fait célébrer une messe dans la chapelle Notre-Dame des Anges restauré

Un an pas­sa, puis deux. Le petit maçon de Jésus avait fini de recons­truire Notre-Dame-des-Anges. Après la Chan­de­leur, le prin­temps risque un œil et les ruis­seaux recom­mencent à rire. Fran­çois avait un peu moins froid dans la petite cabane qu’il s’é­tait construit

dans le bois, près de l’é­glise. Et même, ce matin-là, le 24 février 1209, jour de Saint-Mathias, il avait tout à fait chaud au cœur et il chan­tait fort, comme juste avant qu’il vous arrive un grand bon­heur sans que vous vous en doutiez.

Le curé de Saint-Damien vint dire la messe. Il lut l’É­van­gile plus len­te­ment que d’ordinaire.

Allez et prê­chez. Dites : le royaume des cieux est proche !… N’emportez ni or, ni argent, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaus­sures, ni bâton…

Fran­çois eut comme un éblouis­se­ment. Bien des fois il avait enten­du ces paroles, mais, ce matin, il com­pre­nait qu’elles s’a­dres­saient direc­te­ment à lui. Quand Jésus lui

Saint François prêche sur les routes d'Italie