Et maintenant une histoire ! Posts


18 mars 2026Saint Cyrille de Jérusalem, Évêque et Docteur de l’Église

Cyrille s’a­don­na avec soin, dès ses plus tendres années, à l’é­tude des Saintes Écri­tures. Ordon­né prêtre, il s’ac­quit­ta avec grand suc­cès de la double charge de prê­cher aux fidèles et d’ins­truire les caté­chu­mènes ; il y joi­gnit la com­po­si­tion de ces caté­chèses vrai­ment admi­rables, où, ramas­sant, avec autant de clar­té que d’é­lo­quence, toute la doc­trine de l’É­glise, il éta­blis­sait soli­de­ment et défen­dait contre les enne­mis de la foi cha­cun des dogmes de la reli­gion. L’é­vêque de Jéru­sa­lem étant mort, il fut dési­gné pour lui suc­cé­der. La véhé­mence avec laquelle il com­bat­tit l’hé­ré­sie arienne lui valut l’exil à trois reprises : il ne fut tran­quille qu’une fois la paix ren­due à l’É­glise par l’empereur Théo­dose le Grand. La tra­di­tion nous apprend que Dieu illus­tra par des pro­diges célestes la sain­te­té de Cyrille. La pre­mière année de son épis­co­pat, pen­dant les fêtes de la Pen­te­côte, une grande croix lumi­neuse appa­rut sur le Gol­go­tha et s’é­ten­dit jus­qu’au mont des Oli­viers. Plus tard, vers 363, Julien l’A­po­stat, soit pour faire men­tir la pré­dic­tion de Notre-Sei­gneur, soit pour s’at­ti­rer la sym­pa­thie des Juifs, entre­prit de rebâ­tir le Temple de Jéru­sa­lem : or, quand les tra­vaux com­men­cèrent, un tour­billon dis­per­sa les maté­riaux, des trem­ble­ments de terre reje­tèrent les pierres des anciens fon­de­ments et com­blèrent les tran­chées ouvertes pour les nou­veaux, des globes de feu sor­tant par les cre­vasses brû­lèrent les ouvriers et empê­chèrent toute approche : il fal­lut renon­cer à l’en­tre­prise… Après avoir assis­té au concile de Constan­ti­nople, Cyrille mou­rut sep­tua­gé­naire, le 18 mars 386.


Ouvrage : Les amis des Saints

Écou­ter cette histoire

Prier pour les fidèles défunt

La sainte com­mu­nion secourt admi­ra­ble­ment les âmes du pur­ga­toire. Le véné­rable Louis de Blois rap­porte dans un de ses livres, qu’un dévot ser­vi­teur de Dieu fut visi­té par une âme du pur­ga­toire, qui lui fit voir tout ce qu’elle souf­frait. Elle était punie pour avoir reçu la sainte com­mu­nion avec tié­deur. En puni­tion, Dieu lui avait ména­gé le sup­plice d’un feu dévo­rant, qui la consu­mait. « Je vous conjure donc, dit-elle, vous qui avez été mon ami, de com­mu­nier pour moi avec toute la fer­veur dont vous êtes capable ; j’es­père que cela suf­fi­ra pour ma déli­vrance ». Celui-ci s’empressa de le faire. L’âme lui appa­rut de nou­veau, brillante d’un incom­pa­rable éclat, heu­reuse et pleine de recon­nais­sance. « Enfin, lui dit-elle, grâce à vous, je vois donc face à face mon ado­rable Maître », et elle s’en­vo­la au ciel. Saint Bona­ven­ture dit que la cha­ri­té devrait nous por­ter à com­mu­nier pour les défunts, parce qu’il n’y a rien de plus effi­cace pour leur repos éter­nel. Prions donc sans cesse pour eux et ils nous ren­dront au cen­tuple le bien que nous leur aurons fait.

Ouvrage : Lorsque les saintes de France étaient petites filles | Auteur : Berthon, Maurice

(Lire le début)

Peu après la mort de sa femme, mon­sieur Mar­tin liqui­da son com­merce et, pour se rap­pro­cher de son beau-frère, il vint habi­ter une pro­prié­té aux portes de Lisieux, « Les Buissonnets ».

« Les enfants aiment le chan­ge­ment ». Cette remarque de sainte Thé­rèse expli­que­ra le bon sou­ve­nir qu’elle gar­da, ain­si que ses sœurs, de l’ar­ri­vée dans un Lisieux que ses usines ren­daient pour­tant bien terne au len­de­main d’un Alen­çon égayé par les tou­jours coquettes demeures de cette ville si carac­té­ris­ti­que­ment normande.

Mon­sieur Gué­rin, l’oncle qui accueillit la famille Mar­tin, était phar­ma­cien. Avec sa femme, il for­mait un couple affec­tueux qui sut s’at­ta­cher immé­dia­te­ment le cœur des cinq jeunes orphelines.

Sainte Thérèse - Les Buissonnets Lisieux

Puis c’est l’ins­tal­la­tion des Mar­tin aux depuis célèbres « Buis­son­nets ». Non loin de la ville, un rai­dillon sor­tant de la route de Pont-Lévêque esca­lade une col­line, pour mener aujourd’­hui la foule des pèle­rins aux « Buis­son­nets ». Au milieu d’un jar­din abri­té par des sapins et des frênes, c’é­tait, à l’é­poque, la mai­son alors déjà très vieille, rus­tique, mais sym­pa­thique, que nous voyons, bâtisse ample, solide, colo­rée par ses briques rouges qui la ren­daient attrayante.

La chambre que devaient se par­ta­ger Céline et Thé­rèse, don­nait de plain-pied dans le jar­din de derrière.

Aux « Buis­son­nets », Pau­line fut char­gée de l’é­du­ca­tion de Thé­rèse. Cette der­nière n’a­vait-elle pas choi­si sa nou­velle petite maman ? La mala­die, puis la dis­pa­ri­tion de madame Mar­tin, avaient évi­dem­ment fait perdre plu­sieurs mois à l’ins­truc­tion de l’en­fant. Adroi­te­ment diri­gée par son aînée, Thé­rèse délais­se­ra ses jeux pour l’ap­pren­tis­sage de la lec­ture. C’est le mot « cieux » qu’elle sut le pre­mier lire.

En peu de mois, la petite Thé­rèse a bien chan­gé. L’es­piègle s’est trans­for­mée : « Aus­si­tôt après la mort de maman, mon heu­reux carac­tère chan­gea com­plè­te­ment. Moi, si vive, si expan­sive, je devins timide et douce, sen­sible à l’ex­cès, un regard suf­fi­sait pour me faire fondre en larmes ; il fal­lait que per­sonne ne s’oc­cu­pât de moi, je ne pou­vais souf­frir la com­pa­gnie des étran­gers et ne retrou­vais ma gaî­té que dans l’in­ti­mi­té de ma famille ».

Cet adou­cis­se­ment du carac­tère contri­bue à faci­li­ter la tâche de Pau­line. Celle-ci, au lieu de recher­cher pour sa sœu­rette l’oc­ca­sion de satis­fac­tions sus­cep­tibles de lui rendre son sou­rire per­du, ne craint pas au contraire de lui rap­pe­ler les saintes « pra­tiques », mais par­fois elle doit cepen­dant frei­ner l’ar­deur péni­tente de sa cadette.

Un exemple. Après ce jeu, il fait chaud, très chaud. Pau­line et Thé­rèse sont devant une carafe d’une bois­son rafraî­chis­sante, Pau­line s’en verse un verre, en tend un à sa jeune sœur. Thé­rèse refuse. « Oui, j’ai très soif, mais je vais offrir ce sacri­fice à Jésus ! » Pau­line, qui a exac­te­ment la même soif, peut certes appré­cier ce sacri­fice de Thé­rèse, aus­si a‑t-elle pitié de l’en­fant qui ne détache pas ses yeux de ce verre embué de fraî­cheur. « Prends, Thé­rèse, prends cette bois­son ! Jésus a recueilli ton sacri­fice, fais-en un autre, d’o­béis­sance celui-là, en accep­tant de boire ! »

Et la vie se pour­sui­vait aux « Buis­son­nets », vie nor­male, mais vie nor­male qui, dans l’âme de Thé­rèse avait des reten­tis­se­ments inat­ten­dus. Repas­sons quelques images de cette exis­tence d’une enfant de cinq ans.

Le papa a fait cadeau à sa fillette d’une petite ligne pour pêcher. Thé­rèse lance dans la Touque sa petite ligne, quand mon­sieur Mar­tin y va lan­cer sa grande ligne. Le pay­sage est gra­cieux, les pois­sons ne se font pas trop prier pour mordre aux deux lignes. Ce jeu devrait la pas­sion­ner. Tiens, papa vient de prendre un pois­son ! Peut-être va-t-elle en sor­tir un elle aus­si ! Mais oui, elle en attrape jus­te­ment un ! Dieu, que ce doit être amu­sant ! C’est amu­sant pour toutes les petites filles, ce n’est pas amu­sant pour Thé­rèse, dont l’es­prit a déjà d’autres pré­oc­cu­pa­tions, des pré­oc­cu­pa­tions si belles mais si graves que bien­tôt elle aban­donne sa ligne, s’as­sied sur l’herbe et, « là, écri­ra-t-elle plus tard, mes pen­sées deve­naient bien pro­fondes et, sans savoir ce que c’é­tait de médi­ter, mon âme se plon­geait dans une réelle orai­son. J’é­cou­tais les bruits loin­tains, le mur­mure du vent. Par­fois la musique mili­taire m’en­voyait de la ville quelques notes indé­cises, et « mélan­co­li­saient » dou­ce­ment mon cœur. La terre me sem­blait un lieu d’exil et je rêvais du Ciel. »

Cette pen­sée du Ciel est tou­jours la pen­sée domi­nante de Thé­rèse, elle l’ob­sède sans cesse et sous les formes les plus diverses, dont quelques-unes ne manquent pas de naï­ve­té. Elle-même note­ra : « Je me sou­viens que je regar­dais les étoiles avec un ravis­se­ment inex­pri­mable. Il y avait sur­tout, au fir­ma­ment pro­fond, un groupe de perles d’or, (le Bau­drier d’O­rion) que je remar­quais avec délice, lui trou­vant la forme d’un T, et je disais en che­min à mon père ché­ri : « Regarde, papa, mon nom est écrit dans le Ciel ! » Puis, ne vou­lant plus rien voir de la vilaine terre, je lui deman­dais de me conduire, et, sans regar­der où je posais mes pieds, je met­tais ma petite tête bien en l’air, ne me las­sant pas de contem­pler l’a­zur étoilé ».

« La cer­ti­tude d’al­ler un jour loin de mon pays téné­breux, m’a­vait été don­née dès mon enfance. Non seule­ment je croyais d’a­près ce que j’en­ten­dais dire, mais encore, je sen­tais dans mon cœur, par des ins­pi­ra­tions intimes et pro­fondes, qu’une autre terre, une région plus belle, me ser­vi­rait un jour de demeure stable, de même que le génie de Chris­tophe Colomb lui fai­sait pres­sen­tir un Nou­veau Monde ».

Ce soir-là, le temps très sombre se zèbre sou­dain d’une série d’é­clairs. Une fillette ordi­naire aurait peur. Thé­rèse nous gar­de­ra le sou­ve­nir de ce qu’elle res­sen­tait alors. « Je me tour­nais à droite à gauche, pour ne rien perdre de ce majes­tueux spec­tacle. Je vis la foudre tom­ber dans un pré voi­sin, et, loin d’en éprou­ver la moindre frayeur, je fus ravie ; il me sem­bla que le bon Dieu était tout près de moi ».

Et la Sainte fera elle-même le point de cette exis­tence de petite fille pré­des­ti­née : « En gran­dis­sant, j’ai­mais le bon Dieu de plus en plus, et je lui don­nais bien sou­vent mon cœur, me ser­vant de la for­mule que maman m’a­vait apprise (Mon Dieu, je vous donne mon cœur, pre­nez-le s’il vous plaît afin qu’au­cune créa­ture ne puisse le pos­sé­der, mais vous seul, mon bon Jésus !) Je m’ef­for­çais de plaire à Jésus dans toutes mes actions, et je fai­sais grande atten­tion à ne l’of­fen­ser jamais ».

Thérèse de Lisieux et son papa saint Louis Martin

Sur­tout ne pas offen­ser Dieu, même en jouant, sans faire exprès ! La domes­tique Vic­toire, qui men­tit pour amu­ser cette enfant de six ans, s’at­ti­re­ra cette répri­mande : « Vous savez bien, Vic­toire, que cela offense le bon Dieu ! »

La soi­rée aux « Buis­son­nets », on se dis­trayait autour de quelques jeux de socié­té. Tac­tiques, on déplore le vilain hasard qui attri­bue une série de cartes faibles, on remer­cie le bon hasard qui per­met d’é­chap­per de très peu à la pri­son du jeu de l’Oye, on applau­dit au suc­cès, on est tou­jours heu­reux, on a du mal à conte­nir sa joie, tous s’a­musent franchement.

Et, le jeu fini, c’est le retour au calme. Les aînées lisent à haute voix une page d’un auteur sérieux, peut-être trop sérieux pour ali­men­ter la nuit durant l’es­prit d’un enfant de six ou sept ans, aus­si le papa fait-il tou­jours ter­mi­ner la lec­ture par un conte, une bonne his­toire qui fera rire. Lorsque la lec­trice ferme son livre, mon­sieur Mar­tin, sa petite Thé­rèse sur les genoux, chante les mélo­dies qu’aiment ses enfants, mélo­dies qui par­fois s’é­loignent de la douce mélo­pée lorsque, pour amu­ser la douce Thé­rèse, mon­sieur Mar­tin chante d’une grosse voix la ritour­nelle cruelle de Barbe-Bleue.

Puis, c’est fina­le­ment la prière en com­mun et Thé­rèse, age­nouillée à côté de son père, « n’a qu’à le regar­der pour savoir com­ment priaient les saints ». Et, dans son petit lit, Thé­rèse demande à Pau­line de lui faire la cri­tique de sa jour­née : « Est-ce que j’ai été mignonne aujourd’­hui ? Est-ce que le bon Dieu est content de moi ? Est-ce que les petits anges vont voler autour de moi ?» Si Pau­line répond « non », Thé­rèse pleu­re­ra la nuit entière ».

La Fête-Dieu donne à l’en­fant une pre­mière occa­sion de cette joie qu’elle aura plus tard à pas­ser son Ciel à répandre des roses sur la terre. Oui, quelle joie de semer des fleurs sous les pas du bon Dieu ! « Mais, avant de les y lais­ser tom­ber, je les lan­çais bien haut, et je n’é­tais jamais aus­si heu­reuse qu’en voyant mes roses effeuillées tou­cher l’os­ten­soir sacré ! »

Ouvrage : Lorsque les saintes de France étaient petites filles | Auteur : Berthon, Maurice

(1873 – 1897)

SAINTE THÉRÈSE de l’En­fant-Jésus ! La petite sœur Thé­rèse ! La petite Sainte aux roses !

Nous avons deux rai­sons majeures d’in­sis­ter plus lon­gue­ment sur Thé­rèse. Notre docu­men­ta­tion le per­met, car elle est pui­sée à des sources d’au­tant plus nom­breuses et sûres qu’au­jourd’­hui encore il sub­siste des per­sonnes qui ont le bon­heur d’a­voir connu Thé­rèse[1] ! Avoir connu une sainte ! L’a­voir vue, lui avoir par­lé ! Ce bon­heur est d’au­tant plus rare que d’or­di­naire l’É­glise ralen­tit pru­dem­ment les pro­cès de cano­ni­sa­tion. Deuxième rai­son d’in­sis­ter sur cette enfance : Thé­rèse était, au plus loin, de la géné­ra­tion de vos grands-parents. Donc, l’exemple d’une vie si proche inter­dit cette déro­bade : « Oh ! évi­dem­ment, mais à l’é­poque des saintes, il était assez aisé de se sanc­ti­fier, tan­dis que de nos jours !… »

Abor­dons avec plai­sir et pro­fit l’en­fance de la Sainte de nos jours.

Nous sommes à Alen­çon au len­de­main de 1870. Sur une mai­son de bonne appa­rence, nous lisons ce marbre publi­ci­taire : « Louis Mar­tin, fabri­cant de point d’A­len­çon ». Ce point de den­telle avait ren­du uni­ver­sel­le­ment célèbre la vieille cité nor­mande, le tra­vail de ce point a pro­cu­ré l’ai­sance à la famille Mar­tin. Le mari est par­ta­gé entre la sur­veillance de la fabri­ca­tion et les voyages qui pro­pagent cette fabri­ca­tion. L’é­pouse s’oc­cupe plus spé­cia­le­ment de la vente de la den­telle à Alen­çon même, mais elle a sur­tout l’é­du­ca­tion heu­reuse d’une petite famille. Le ménage Mar­tin a quatre filles, Marie, Pau­line, Léon­tine, Céline, deux autres Hélène et Méla­nie, ain­si que deux gar­çons sont décé­dés en bas âge.

Jeune homme, Louis Mar­tin aurait vou­lu être moine. Jeune fille, Zélie Gué­rin aurait vou­lu être reli­gieuse. La Pro­vi­dence en avait autre­ment déci­dé et cela pour la plus grande édi­fi­ca­tion du monde. Révé­lons déjà que Marie, Pau­line, Léon­tine et Céline seront reli­gieuses. Mais voi­ci la der­nière fille.

La maison natale de sainte Thérèse

Marie-Fran­çoise-Thé­rèse Mar­tin naît à Alen­çon le 2 jan­vier 1873. Ses parents sont trop péné­trés de leurs devoirs reli­gieux pour faire attendre le bap­tême du bébé. La petite n’a que deux jours lors­qu’elle est por­tée sur les fonds de l’é­glise Notre-Dame. Le sou­ve­nir de cette céré­mo­nie, qui fai­sait entrer une future sainte dans la famille chré­tienne, devait être évi­dem­ment conser­vé : une plaque, puis une sta­tue, puis un vitrail, puis un autel, rap­pel­le­ront cette date : 4 jan­vier 1873.

Mais l’en­fant n’a pas encore un an qu’elle est sur le point de mou­rir. La pieuse madame Mar­tin invoque ardem­ment saint Joseph, patron de la sainte famille, et bien­tôt Thé­rèse va mieux, et bien­tôt Thé­rèse est guérie.

Elle est un beau bébé, un bébé joli, si joli, si attrayant que, pour ses dix-huit mois, le papa lui donne ce nom qui lui res­te­ra : « Sa Reine ».

Une lettre de la maman nous apprend que cette enfant, qui n’a pas deux ans, est remuante plus que d’or­di­naire pour une fillette : elle fait déjà de la balan­çoire : « Elle se tient comme une grande fille. Il n’y a pas de dan­ger qu’elle lâche la corde ; puis, quand cela ne va pas assez fort, elle réclame ; on l’at­tache par devant pour l’empêcher de tom­ber mais, mal­gré cela, je ne suis pas tran­quille quand je la vois per­chée là-dessus ».

Mais voi­ci déjà une pre­mière indi­ca­tion de cette pié­té qui ne va pas tar­der à faire d’im­pres­sion­nants pro­grès dans l’âme de notre petite spor­tive de vingt-deux mois. Madame Mar­tin écrit à ses aînées, pen­sion­naires à la Visi­ta­tion : « Ma petite Thé­rèse devient de plus en plus gen­tille, elle gazouille du matin au soir. Elle nous chante de petites chan­sons, mais il faut être habi­tué pour les com­prendre. Elle fait sa prière comme un petit ange, c’est idéal ! »

Et lorsque Thé­rèse a vingt-six mois : « Thé­rèse va tou­jours bien, elle a une mine de pros­pé­ri­té. Elle nous fait des conver­sa­tions bien amu­santes. Elle sait déjà prier le Bon Dieu. Tous les dimanches, elle va à une par­tie des vêpres, et si, par mal­heur, on omet­tait de l’y conduire, elle pleu­re­rait sans se consoler. »

« Voi­là quelques semaines, on l’a­vait pro­me­née le dimanche. Elle n’a­vait, pas été à « la Messe », comme elle dit. En ren­trant, elle s’est mise à pleu­rer bruyam­ment, en disant qu’elle vou­lait aller à « la Messe ». Elle a ouvert la porte, et s’est sau­vée sous l’eau, qui tom­bait à tor­rents, dans la direc­tion de l’é­glise. On a cou­ru après elle pour la faire ren­trer, et ses san­glots ont duré une bonne demi-heure ».

« Elle me dit tout haut dans l’é­glise : « Moi, j’ai été à la messe, là ! J’ai bien prié le bon Dieu ! »

« Quand son père rentre le soir et qu’elle ne le voit pas faire sa prière, elle lui demande : « Pour­quoi donc papa, que tu ne fais pas ta prière ? Tu as donc été à l’é­glise ?» C’est encore madame Mar­tin qui donne ce détail : « Depuis le com­men­ce­ment du Carême, je vais à la messe de six heures et je la laisse sou­vent éveillée. Quand je pars, elle me dit : « Maman, je vais être bien mignonne ». Effec­ti­ve­ment, elle ne bouge pas et se rendort ».

En mars 1876, la maman écrit au sujet du sérieux que sa petite tille apporte à faire, sans jamais l’ou­blier, sa prière de chaque jour : « Dimanche, lorsque j’ai été cou­chée, elle m’a dit qu’elle n’a­vait pas fait sa prière. Je lui ai répon­du : « Dors, tu la feras demain ». Oui, mais elle n’a pas lâché prise. Pour en finir, son père la lui a fait faire. Mais il ne lui fai­sait pas tout dire. Il fal­lait deman­der « la grâce… » Il ne savait pas trop de quoi il s’a­gis­sait. Enfin, il a dit à peu près sui­vant l’i­dée de l’en­fant, et nous avons eu la paix jus­qu’au len­de­main matin ».

Si Thé­rèse insiste tant pour prier le Ciel, c’est que sa pen­sée ne le quitte guère, ce Ciel. Voi­ci une forme curieuse de cette conti­nuelle préoccupation.

« Oh ! ma pauvre petite mère, je vou­drais bien que tu « mourrais ! »

Éton­ne­ment de la « pauvre petite mère… »

— C’est pour que tu ailles au Ciel, puisque tu dis qu’il faut mou­rir pour y aller !

Et madame Mar­tin écrit à sa fille Pau­line en décembre 1875 :

« Elle sou­haite de même la mort de son père, quand elle est dans ses excès d’amour ».

L'enfance de sainte Thérèse de Lisieux - 3 ans

Est-ce pour péné­trer plus avant et plus rapi­de­ment les mys­tères reli­gieux dont les grandes per­sonnes parlent devant elle, que Thé­rèse désire apprendre à lire ? Tou­jours est-il qu’elle ne com­prend pas que ses sœurs aient seules droit à cette ins­truc­tion. Elle veut assis­ter aux leçons que Marie donne à Céline et Pau­line, ses aînées de trois et huit ans. Lais­sons ces sou­ve­nirs à Marie.

« Un jour, je la vis à la porte de ma chambre essayant de l’ou­vrir. Mais elle était encore trop petite pour atteindre le bou­ton. Je regar­dai ce qu’elle allait faire ; si elle allait pleu­rer ou appe­ler quel­qu’un pour lui ouvrir ; mais non, elle ne dit rien, et, dans son impuis­sance, elle témoi­gna sa dou­leur en se cou­chant au pied de la porte.

« Je racon­tai à ma mère cette petite aven­ture. Elle me dit : « Il ne faut pas la lais­ser faire ! »

« Le len­de­main, la chose se renou­velle. Alors, je lui dis : « Ma petite Thé­rèse, tu fais de la peine au petit Jésus ! » Elle me regar­da atten­ti­ve­ment. Elle avait si bien com­pris que jamais depuis elle n’a recom­men­cé ». Cet entê­te­ment de Thé­rèse à vou­loir s’ins­truire à tout prix a pour­tant por­té ses fruits : elle n’a pas en effet trois ans révo­lus lorsque déjà elle sait presque toutes ses lettres et com­mence même à lire.

Et madame Mar­tin apporte à ses filles aînées cette conclu­sion : « Elle a de l’es­prit comme je n’en ai vu à aucune de vous », Et la maman conti­nuait à décou­vrir d’autres jolies qua­li­tés à sa petite Thé­rèse : « Fine comme l’ambre, très franche et très vive. »

De son côté, l’en­fant res­sent pour ses parents une affec­tion qu’elle-même se plai­ra à rap­pe­ler dans son His­toire d’une Âme : « On ne peut se figu­rer com­bien je ché­ris­sais papa et maman. Je leur témoi­gnais ma ten­dresse de mille manières, car j’é­tais très expan­sive ; tou­te­fois, les images que j’employais alors me font rire aujourd’­hui quand j’y pense ».

  1. [1] NDLR : Mau­rice Ber­thon a publié cette his­toire en 1946.
Ouvrage : Les amis des Saints

On le refusa parce qu’il était illettré et ignorant

Écou­ter cette histoire

S’il est un saint dont les esprits forts se soient moqués et se moquent encore, c’est assu­ré­ment saint Joseph de Cupertino.

Un pauvre fran­cis­cain qui pen­dant qua­rante ans, étonne l’I­ta­lie par ses miracles, s’é­lève chaque jour dans les airs comme la colombe par l’ef­fet de l’A­mour divin, et cela sous Louis XIV, il n’y a donc pas si long­temps ; quel affront pour tous ceux qui au nom de la science refusent de croire au miracle.

Renvoyé du couvent à cause de son incapacité

St Joseph de Cupertino disant son chapelet

Joseph-Marie Desa naquit le 17 juin 1603, à Cuper­ti­no, petite ville du Royaume de Naples, d’une humble famille de menui­siers ; il vint au monde dans une étable comme Notre-Sei­gneur, tous les biens des parents ayant été ven­dus par néces­si­té. Dès son jeune âge, Joseph se plai­sait uni­que­ment dans les églises, et, chez lui, devant un petit autel où il réci­tait sou­vent le rosaire et les lita­nies de la Sainte Vierge. C’est à peine si on par­vint à lui apprendre à lire et à écrire. Il connut cepen­dant l’é­cole de la souf­france : tout jeune, son corps se cou­vrit d’ul­cères répu­gnants et il ne fut gué­ri que par l’in­ter­ven­tion de la Sainte Vierge sous le vocable de Notre Dame des Grâces.

À dix-sept ans, il se pré­sente chez les frères Mineurs Conven­tuels, où on le refuse parce qu’il est illet­tré et igno­rant. Il rentre chez les Capu­cins, mais là tou­jours ravi en Dieu, il se montre com­plè­te­ment impropre à l’ac­com­plis­se­ment de ses nou­veaux devoirs : ses mains natu­rel­le­ment mal­adroites brisent tout ce qu’elles touchent ; en met­tant du bois sur le feu, il fait tom­ber toutes les cas­se­roles, prend du pain bis pour du pain blanc ; bref, il montre une telle inca­pa­ci­té qu’au bout de neuf mois, il est ren­voyé du couvent.

Il doit retour­ner chez sa mère qui vit dans la misère et qui lui dit en guise d’ac­cueil : « Il ne nous reste qu’à mou­rir de faim. » Cepen­dant, à force de démarches, on par­vient à l’in­tro­duire chez les frères Mineurs Conven­tuels de San­ta Mar­ta de Gro­tel­la pour soi­gner la mule du couvent.

Invoqué par les étudiants, la veille de leur examen

St Joseph de Cupertino moine maladroit

Les nou­veaux supé­rieurs de Joseph ne tar­dèrent pas à remar­quer l’hu­mi­li­té et l’o­béis­sance de leur nou­velle recrue. Ils décident de l’ad­mettre aux saints ordres. Mais pour arri­ver au dia­co­nat, il est indis­pen­sable de subir un exa­men et notre saint a tou­jours du mal à lire et à écrire. Il réus­sit à force de patience et de per­sé­vé­rance à tra­duire un Évan­gile, un seul, celui où sont écrites ces paroles en l’hon­neur de Marie « Bien­heu­reux le sein qui t’a por­té ». Arrive le jour de l’exa­men ; Joseph est inter­ro­gé par l’é­vêque de Nar­do. Il est un peu inquiet quoique confiant dans la Sainte Vierge car il a fait tout ce qu’il a pu pour réus­sir et elle ne l’a­ban­don­ne­ra pas. En effet, voi­ci que le sort tombe sur le seul Évan­gile que Joseph connaisse, il est reçu et le 4 mars 1628, ordon­né prêtre. Depuis ce jour, saint Joseph de Cuper­ti­no est invo­qué par les étu­diants qui sont à la veille de subir leur exa­men afin que Dieu leur donne le suc­cès méri­té par leur travail.

Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls | Auteur : Daniel-Rops

Au châ­teau de Cas­ti­glione, en Lom­bar­die, ce 20 avril 1568, c’é­tait grande fête. Qui donc eût pu comp­ter les noble invi­tés dont la foule se répan­dait au long des salles immenses et à tra­vers les jar­dins ? Les plus belles tapis­se­ries pen­daient au long des murs, somp­tueuses : des orchestres jouaient en vingt lieux dif­fé­rents ; dans les bas­sins du parc, les jets d’eau mon­taient, droits, comme pour riva­li­ser d’é­lan avec les cyprès cen­te­naires. Tout était à la joie, au bonheur.

Pour­quoi donc ? Parce qu’on bap­ti­sait, ce jour-là, un enfant, le fils du Mar­quis et de Don­na Mar­ta, le petit Louis ce bébé minus­cule qui vagis­sait dans son ber­ceau de den­telle. Demain n’hé­ri­te­rait-il pas d’une immense for­tune Ne serait-il pas, comme ses ancêtres, Prince du Saint Empire, duc de Man­toue, grand d’Es­pagne ? Ne por­te­rait-il pas un des noms les plus célèbres de toute l’I­ta­lie ? Un grand nom, en véri­té, que celui des Gon­zague, et une famille bien née ! Depuis deux siècles et demi que l’Em­pe­reur avait don­né à leur aïeul, pour sa bra­voure, titre prin­cier et splen­dide dota­tion, il n’é­tait géné­ra­tion de Gon­zague qui ne se fût illus­trée à la guerre, au ser­vice des Rois, ou dans l’Église. Toutes les familles, non seule­ment prin­cières, mais même royales d’Eu­rope, étaient appa­ren­tées aux Sei­gneurs de Man­toue, et c’é­tait pour­quoi, au bap­tême du petit Louis, on voyait tant de beau monde, et des Rois et des Ducs, et des Car­di­naux en rouge, et des ambas­sa­deurs por­tant maints uni­formes éblouis­sants, par­mi les­quels on remar­quait ceux de Sa Majes­té Phi­lippe II, roi de Naples et d’Es­pagne, car Don­na Mar­ta avait été dame d’hon­neur de la reine, Madame Éli­sa­beth de France, et son amie.

Cette joie était peut-être encore plus grande parce qu’on n’i­gno­rait point qu’il s’en était fal­lu de peu qu’elle eût été rem­pla­cée par un grand deuil. Lors­qu’au début de mars le petit Louis était né, les méde­cins avaient trem­blé non seule­ment pour sa vie mais aus­si pour celle de sa mère. Et Don­na Mar­ta, dans cet extrême dan­ger, avait fait deux vœux. « Oh, Sainte Mère qui, du haut du Ciel, veillez sur nous, vos enfants de la terre, si mon petit vit, si j’é­chappe moi aus­si au péril, je jure d’al­ler vous prier en pèle­ri­nage, dans la basi­lique de Lorette où l’on voit votre Sainte Mai­son appor­tée du ciel par les Anges ! Et mon enfant vous sera consa­cré spé­cia­le­ment pour toute son existence ! »

Aus­si quand on par­lait, par­mi les invi­tés du bap­tême, de ce que serait, plus tard, le nou­veau-né, — comme son père et ses oncles, comme le fon­da­teur de la famille dont il por­tait le pré­nom, serait-il un grand sol­dat, un vaillant capi­taine ? irait-il batailler en Alle­magne ou en France, voire jusque contre les Turcs ? — la mère, elle, dans la foi de son âme et la recon­nais­sance de son cœur, sou­hai­tait qu’il ne fût rien de moins qu’un Saint.

* * *

Louis de Gonzague enfant vénerant la Vierge MarieIl faut avouer que, dès sa plus petite enfance, Louis — Lui­gi comme on dit en ita­lien, — sem­bla bien être des­ti­né à se mon­trer un chré­tien excep­tion­nel, en même temps qu’il parut très spé­cia­le­ment pro­té­gé de Dieu. À peine savait-il mar­cher qu’il se diri­geait vers la sta­tue de la Sainte Vierge, devant laquelle Don­na Mar­ta renou­ve­lait les fleurs les plus belles en fai­sant sans cesse brû­ler douze cierges, et là, immo­bile, étran­ge­ment sage, il regar­dait… À peine savait-il par­ler que déjà il réci­tait des prières et que ses mots les plus fami­liers étaient : Jésus ! Marie ! Dès qu’il eut l’âge de rai­son, on le vit mul­ti­plier les exer­cices de pié­té, avec une appli­ca­tion si éton­nante pour son âge que son père, un peu inquiet, crai­gnant que son aîné, au lieu de le rem­pla­cer à la tête de ses états, se fît moine, par­fois venait l’in­ter­rompre dans ses prières et ordon­nait à quelque écuyer de le mettre sur son petit che­val pour l’emmener faire quelque bonne pro­me­nade à tra­vers la cam­pagne et lui chan­ger les idées.

Louis, si petit qu’il fût, avait déjà son inten­tion bien arrê­tée. Il aimait à répé­ter : « Ce que le Bon Dieu veut, il le fait : il n’y a qu’à avoir confiance ! » Recon­nais­sons que cette confiance était bien pla­cée et que le Tout-Puis­sant y répon­dait ! Car, à plu­sieurs reprises il fut évident que Dieu lui-même le pro­té­geait, ayant sur lui des vues sans aucun doute. Ain­si, par exemple, lors­qu’il avait cinq ans, il regar­dait un sol­dat char­ger un mous­quet ; la charge de poudre écla­ta tout à coup en pleine figure de l’en­fant ; on le pen­sa brû­lé, défi­gu­ré, aveugle ; mais il s’es­suya tran­quille­ment le visage où aucune trace ne se voyait. Une autre fois, avec ses cama­rades, il s’a­mu­sait à manœu­vrer un petit canon qu’on lui avait don­né comme jouet ; l’un d’eux s’é­tant trop pres­sé de mettre le feu à la mèche, le recul de la pièce heur­ta Lui­gi en pleine poi­trine et le ren­ver­sa, mais tan­dis qu’on se pré­ci­pi­tait, le croyant mort, il se rele­vait en riant.

Confiance, confiance en Dieu ; faire ce que veut le Christ et s’en remettre à lui de tout ; tels étaient ses prin­cipes, qu’il ne ces­sait de répé­ter avec une obs­ti­na­tion douce. Cette confiance, il l’ex­pri­ma un jour dans une réponse si jolie qu’il ne faut pas la lais­ser perdre. Il jouait dans la cour avec quelques gar­çons à ce jeu qu’on appelle « la balle au chas­seur ». Mon­sei­gneur l’au­mô­nier, qui était char­gé de sur­veiller son édu­ca­tion reli­gieuse, s’ap­pro­cha de lui et lui dit :