La sainte communion secourt admirablement les âmes du purgatoire. Le vénérable Louis de Blois rapporte dans un de ses livres, qu’un dévot serviteur de Dieu fut visité par une âme du purgatoire, qui lui fit voir tout ce qu’elle souffrait. Elle était punie pour avoir reçu la sainte communion avec tiédeur. En punition, Dieu lui avait ménagé le supplice d’un feu dévorant, qui la consumait. « Je vous conjure donc, dit-elle, vous qui avez été mon ami, de communier pour moi avec toute la ferveur dont vous êtes capable ; j’espère que cela suffira pour ma délivrance ». Celui-ci s’empressa de le faire. L’âme lui apparut de nouveau, brillante d’un incomparable éclat, heureuse et pleine de reconnaissance. « Enfin, lui dit-elle, grâce à vous, je vois donc face à face mon adorable Maître », et elle s’envola au ciel. Saint Bonaventure dit que la charité devrait nous porter à communier pour les défunts, parce qu’il n’y a rien de plus efficace pour leur repos éternel. Prions donc sans cesse pour eux et ils nous rendront au centuple le bien que nous leur aurons fait.
Et maintenant une histoire ! Posts
Cyrille s’adonna avec soin, dès ses plus tendres années, à l’étude des Saintes Écritures. Ordonné prêtre, il s’acquitta avec grand succès de la double charge de prêcher aux fidèles et d’instruire les catéchumènes ; il y joignit la composition de ces catéchèses vraiment admirables, où, ramassant, avec autant de clarté que d’éloquence, toute la doctrine de l’Église, il établissait solidement et défendait contre les ennemis de la foi chacun des dogmes de la religion. L’évêque de Jérusalem étant mort, il fut désigné pour lui succéder. La véhémence avec laquelle il combattit l’hérésie arienne lui valut l’exil à trois reprises : il ne fut tranquille qu’une fois la paix rendue à l’Église par l’empereur Théodose le Grand. La tradition nous apprend que Dieu illustra par des prodiges célestes la sainteté de Cyrille. La première année de son épiscopat, pendant les fêtes de la Pentecôte, une grande croix lumineuse apparut sur le Golgotha et s’étendit jusqu’au mont des Oliviers. Plus tard, vers 363, Julien l’Apostat, soit pour faire mentir la prédiction de Notre-Seigneur, soit pour s’attirer la sympathie des Juifs, entreprit de rebâtir le Temple de Jérusalem : or, quand les travaux commencèrent, un tourbillon dispersa les matériaux, des tremblements de terre rejetèrent les pierres des anciens fondements et comblèrent les tranchées ouvertes pour les nouveaux, des globes de feu sortant par les crevasses brûlèrent les ouvriers et empêchèrent toute approche : il fallut renoncer à l’entreprise… Après avoir assisté au concile de Constantinople, Cyrille mourut septuagénaire, le 18 mars 386.
Peu après la mort de sa femme, monsieur Martin liquida son commerce et, pour se rapprocher de son beau-frère, il vint habiter une propriété aux portes de Lisieux, « Les Buissonnets ».
« Les enfants aiment le changement ». Cette remarque de sainte Thérèse expliquera le bon souvenir qu’elle garda, ainsi que ses sœurs, de l’arrivée dans un Lisieux que ses usines rendaient pourtant bien terne au lendemain d’un Alençon égayé par les toujours coquettes demeures de cette ville si caractéristiquement normande.
Monsieur Guérin, l’oncle qui accueillit la famille Martin, était pharmacien. Avec sa femme, il formait un couple affectueux qui sut s’attacher immédiatement le cœur des cinq jeunes orphelines.
Puis c’est l’installation des Martin aux depuis célèbres « Buissonnets ». Non loin de la ville, un raidillon sortant de la route de Pont-Lévêque escalade une colline, pour mener aujourd’hui la foule des pèlerins aux « Buissonnets ». Au milieu d’un jardin abrité par des sapins et des frênes, c’était, à l’époque, la maison alors déjà très vieille, rustique, mais sympathique, que nous voyons, bâtisse ample, solide, colorée par ses briques rouges qui la rendaient attrayante.
La chambre que devaient se partager Céline et Thérèse, donnait de plain-pied dans le jardin de derrière.
Aux « Buissonnets », Pauline fut chargée de l’éducation de Thérèse. Cette dernière n’avait-elle pas choisi sa nouvelle petite maman ? La maladie, puis la disparition de madame Martin, avaient évidemment fait perdre plusieurs mois à l’instruction de l’enfant. Adroitement dirigée par son aînée, Thérèse délaissera ses jeux pour l’apprentissage de la lecture. C’est le mot « cieux » qu’elle sut le premier lire.
En peu de mois, la petite Thérèse a bien changé. L’espiègle s’est transformée : « Aussitôt après la mort de maman, mon heureux caractère changea complètement. Moi, si vive, si expansive, je devins timide et douce, sensible à l’excès, un regard suffisait pour me faire fondre en larmes ; il fallait que personne ne s’occupât de moi, je ne pouvais souffrir la compagnie des étrangers et ne retrouvais ma gaîté que dans l’intimité de ma famille ».
Cet adoucissement du caractère contribue à faciliter la tâche de Pauline. Celle-ci, au lieu de rechercher pour sa sœurette l’occasion de satisfactions susceptibles de lui rendre son sourire perdu, ne craint pas au contraire de lui rappeler les saintes « pratiques », mais parfois elle doit cependant freiner l’ardeur pénitente de sa cadette.
Un exemple. Après ce jeu, il fait chaud, très chaud. Pauline et Thérèse sont devant une carafe d’une boisson rafraîchissante, Pauline s’en verse un verre, en tend un à sa jeune sœur. Thérèse refuse. « Oui, j’ai très soif, mais je vais offrir ce sacrifice à Jésus ! » Pauline, qui a exactement la même soif, peut certes apprécier ce sacrifice de Thérèse, aussi a‑t-elle pitié de l’enfant qui ne détache pas ses yeux de ce verre embué de fraîcheur. « Prends, Thérèse, prends cette boisson ! Jésus a recueilli ton sacrifice, fais-en un autre, d’obéissance celui-là, en acceptant de boire ! »
Et la vie se poursuivait aux « Buissonnets », vie normale, mais vie normale qui, dans l’âme de Thérèse avait des retentissements inattendus. Repassons quelques images de cette existence d’une enfant de cinq ans.
Le papa a fait cadeau à sa fillette d’une petite ligne pour pêcher. Thérèse lance dans la Touque sa petite ligne, quand monsieur Martin y va lancer sa grande ligne. Le paysage est gracieux, les poissons ne se font pas trop prier pour mordre aux deux lignes. Ce jeu devrait la passionner. Tiens, papa vient de prendre un poisson ! Peut-être va-t-elle en sortir un elle aussi ! Mais oui, elle en attrape justement un ! Dieu, que ce doit être amusant ! C’est amusant pour toutes les petites filles, ce n’est pas amusant pour Thérèse, dont l’esprit a déjà d’autres préoccupations, des préoccupations si belles mais si graves que bientôt elle abandonne sa ligne, s’assied sur l’herbe et, « là, écrira-t-elle plus tard, mes pensées devenaient bien profondes et, sans savoir ce que c’était de méditer, mon âme se plongeait dans une réelle oraison. J’écoutais les bruits lointains, le murmure du vent. Parfois la musique militaire m’envoyait de la ville quelques notes indécises, et « mélancolisaient » doucement mon cœur. La terre me semblait un lieu d’exil et je rêvais du Ciel. »
Cette pensée du Ciel est toujours la pensée dominante de Thérèse, elle l’obsède sans cesse et sous les formes les plus diverses, dont quelques-unes ne manquent pas de naïveté. Elle-même notera : « Je me souviens que je regardais les étoiles avec un ravissement inexprimable. Il y avait surtout, au firmament profond, un groupe de perles d’or, (le Baudrier d’Orion) que je remarquais avec délice, lui trouvant la forme d’un T, et je disais en chemin à mon père chéri : « Regarde, papa, mon nom est écrit dans le Ciel ! » Puis, ne voulant plus rien voir de la vilaine terre, je lui demandais de me conduire, et, sans regarder où je posais mes pieds, je mettais ma petite tête bien en l’air, ne me lassant pas de contempler l’azur étoilé ».
« La certitude d’aller un jour loin de mon pays ténébreux, m’avait été donnée dès mon enfance. Non seulement je croyais d’après ce que j’entendais dire, mais encore, je sentais dans mon cœur, par des inspirations intimes et profondes, qu’une autre terre, une région plus belle, me servirait un jour de demeure stable, de même que le génie de Christophe Colomb lui faisait pressentir un Nouveau Monde ».
Ce soir-là, le temps très sombre se zèbre soudain d’une série d’éclairs. Une fillette ordinaire aurait peur. Thérèse nous gardera le souvenir de ce qu’elle ressentait alors. « Je me tournais à droite à gauche, pour ne rien perdre de ce majestueux spectacle. Je vis la foudre tomber dans un pré voisin, et, loin d’en éprouver la moindre frayeur, je fus ravie ; il me sembla que le bon Dieu était tout près de moi ».
Et la Sainte fera elle-même le point de cette existence de petite fille prédestinée : « En grandissant, j’aimais le bon Dieu de plus en plus, et je lui donnais bien souvent mon cœur, me servant de la formule que maman m’avait apprise (Mon Dieu, je vous donne mon cœur, prenez-le s’il vous plaît afin qu’aucune créature ne puisse le posséder, mais vous seul, mon bon Jésus !) Je m’efforçais de plaire à Jésus dans toutes mes actions, et je faisais grande attention à ne l’offenser jamais ».
Surtout ne pas offenser Dieu, même en jouant, sans faire exprès ! La domestique Victoire, qui mentit pour amuser cette enfant de six ans, s’attirera cette réprimande : « Vous savez bien, Victoire, que cela offense le bon Dieu ! »
La soirée aux « Buissonnets », on se distrayait autour de quelques jeux de société. Tactiques, on déplore le vilain hasard qui attribue une série de cartes faibles, on remercie le bon hasard qui permet d’échapper de très peu à la prison du jeu de l’Oye, on applaudit au succès, on est toujours heureux, on a du mal à contenir sa joie, tous s’amusent franchement.
Et, le jeu fini, c’est le retour au calme. Les aînées lisent à haute voix une page d’un auteur sérieux, peut-être trop sérieux pour alimenter la nuit durant l’esprit d’un enfant de six ou sept ans, aussi le papa fait-il toujours terminer la lecture par un conte, une bonne histoire qui fera rire. Lorsque la lectrice ferme son livre, monsieur Martin, sa petite Thérèse sur les genoux, chante les mélodies qu’aiment ses enfants, mélodies qui parfois s’éloignent de la douce mélopée lorsque, pour amuser la douce Thérèse, monsieur Martin chante d’une grosse voix la ritournelle cruelle de Barbe-Bleue.
Puis, c’est finalement la prière en commun et Thérèse, agenouillée à côté de son père, « n’a qu’à le regarder pour savoir comment priaient les saints ». Et, dans son petit lit, Thérèse demande à Pauline de lui faire la critique de sa journée : « Est-ce que j’ai été mignonne aujourd’hui ? Est-ce que le bon Dieu est content de moi ? Est-ce que les petits anges vont voler autour de moi ?» Si Pauline répond « non », Thérèse pleurera la nuit entière ».
La Fête-Dieu donne à l’enfant une première occasion de cette joie qu’elle aura plus tard à passer son Ciel à répandre des roses sur la terre. Oui, quelle joie de semer des fleurs sous les pas du bon Dieu ! « Mais, avant de les y laisser tomber, je les lançais bien haut, et je n’étais jamais aussi heureuse qu’en voyant mes roses effeuillées toucher l’ostensoir sacré ! »
(1873 – 1897)
SAINTE THÉRÈSE de l’Enfant-Jésus ! La petite sœur Thérèse ! La petite Sainte aux roses !
Nous avons deux raisons majeures d’insister plus longuement sur Thérèse. Notre documentation le permet, car elle est puisée à des sources d’autant plus nombreuses et sûres qu’aujourd’hui encore il subsiste des personnes qui ont le bonheur d’avoir connu Thérèse[1] ! Avoir connu une sainte ! L’avoir vue, lui avoir parlé ! Ce bonheur est d’autant plus rare que d’ordinaire l’Église ralentit prudemment les procès de canonisation. Deuxième raison d’insister sur cette enfance : Thérèse était, au plus loin, de la génération de vos grands-parents. Donc, l’exemple d’une vie si proche interdit cette dérobade : « Oh ! évidemment, mais à l’époque des saintes, il était assez aisé de se sanctifier, tandis que de nos jours !… »
Abordons avec plaisir et profit l’enfance de la Sainte de nos jours.
Nous sommes à Alençon au lendemain de 1870. Sur une maison de bonne apparence, nous lisons ce marbre publicitaire : « Louis Martin, fabricant de point d’Alençon ». Ce point de dentelle avait rendu universellement célèbre la vieille cité normande, le travail de ce point a procuré l’aisance à la famille Martin. Le mari est partagé entre la surveillance de la fabrication et les voyages qui propagent cette fabrication. L’épouse s’occupe plus spécialement de la vente de la dentelle à Alençon même, mais elle a surtout l’éducation heureuse d’une petite famille. Le ménage Martin a quatre filles, Marie, Pauline, Léontine, Céline, deux autres Hélène et Mélanie, ainsi que deux garçons sont décédés en bas âge.
Jeune homme, Louis Martin aurait voulu être moine. Jeune fille, Zélie Guérin aurait voulu être religieuse. La Providence en avait autrement décidé et cela pour la plus grande édification du monde. Révélons déjà que Marie, Pauline, Léontine et Céline seront religieuses. Mais voici la dernière fille.
Marie-Françoise-Thérèse Martin naît à Alençon le 2 janvier 1873. Ses parents sont trop pénétrés de leurs devoirs religieux pour faire attendre le baptême du bébé. La petite n’a que deux jours lorsqu’elle est portée sur les fonds de l’église Notre-Dame. Le souvenir de cette cérémonie, qui faisait entrer une future sainte dans la famille chrétienne, devait être évidemment conservé : une plaque, puis une statue, puis un vitrail, puis un autel, rappelleront cette date : 4 janvier 1873.
Mais l’enfant n’a pas encore un an qu’elle est sur le point de mourir. La pieuse madame Martin invoque ardemment saint Joseph, patron de la sainte famille, et bientôt Thérèse va mieux, et bientôt Thérèse est guérie.
Elle est un beau bébé, un bébé joli, si joli, si attrayant que, pour ses dix-huit mois, le papa lui donne ce nom qui lui restera : « Sa Reine ».
Une lettre de la maman nous apprend que cette enfant, qui n’a pas deux ans, est remuante plus que d’ordinaire pour une fillette : elle fait déjà de la balançoire : « Elle se tient comme une grande fille. Il n’y a pas de danger qu’elle lâche la corde ; puis, quand cela ne va pas assez fort, elle réclame ; on l’attache par devant pour l’empêcher de tomber mais, malgré cela, je ne suis pas tranquille quand je la vois perchée là-dessus ».
Mais voici déjà une première indication de cette piété qui ne va pas tarder à faire d’impressionnants progrès dans l’âme de notre petite sportive de vingt-deux mois. Madame Martin écrit à ses aînées, pensionnaires à la Visitation : « Ma petite Thérèse devient de plus en plus gentille, elle gazouille du matin au soir. Elle nous chante de petites chansons, mais il faut être habitué pour les comprendre. Elle fait sa prière comme un petit ange, c’est idéal ! »
Et lorsque Thérèse a vingt-six mois : « Thérèse va toujours bien, elle a une mine de prospérité. Elle nous fait des conversations bien amusantes. Elle sait déjà prier le Bon Dieu. Tous les dimanches, elle va à une partie des vêpres, et si, par malheur, on omettait de l’y conduire, elle pleurerait sans se consoler. »
« Voilà quelques semaines, on l’avait promenée le dimanche. Elle n’avait, pas été à « la Messe », comme elle dit. En rentrant, elle s’est mise à pleurer bruyamment, en disant qu’elle voulait aller à « la Messe ». Elle a ouvert la porte, et s’est sauvée sous l’eau, qui tombait à torrents, dans la direction de l’église. On a couru après elle pour la faire rentrer, et ses sanglots ont duré une bonne demi-heure ».
« Elle me dit tout haut dans l’église : « Moi, j’ai été à la messe, là ! J’ai bien prié le bon Dieu ! »
« Quand son père rentre le soir et qu’elle ne le voit pas faire sa prière, elle lui demande : « Pourquoi donc papa, que tu ne fais pas ta prière ? Tu as donc été à l’église ?» C’est encore madame Martin qui donne ce détail : « Depuis le commencement du Carême, je vais à la messe de six heures et je la laisse souvent éveillée. Quand je pars, elle me dit : « Maman, je vais être bien mignonne ». Effectivement, elle ne bouge pas et se rendort ».
En mars 1876, la maman écrit au sujet du sérieux que sa petite tille apporte à faire, sans jamais l’oublier, sa prière de chaque jour : « Dimanche, lorsque j’ai été couchée, elle m’a dit qu’elle n’avait pas fait sa prière. Je lui ai répondu : « Dors, tu la feras demain ». Oui, mais elle n’a pas lâché prise. Pour en finir, son père la lui a fait faire. Mais il ne lui faisait pas tout dire. Il fallait demander « la grâce… » Il ne savait pas trop de quoi il s’agissait. Enfin, il a dit à peu près suivant l’idée de l’enfant, et nous avons eu la paix jusqu’au lendemain matin ».
Si Thérèse insiste tant pour prier le Ciel, c’est que sa pensée ne le quitte guère, ce Ciel. Voici une forme curieuse de cette continuelle préoccupation.
« Oh ! ma pauvre petite mère, je voudrais bien que tu « mourrais ! »
Étonnement de la « pauvre petite mère… »
— C’est pour que tu ailles au Ciel, puisque tu dis qu’il faut mourir pour y aller !
Et madame Martin écrit à sa fille Pauline en décembre 1875 :
« Elle souhaite de même la mort de son père, quand elle est dans ses excès d’amour ».
Est-ce pour pénétrer plus avant et plus rapidement les mystères religieux dont les grandes personnes parlent devant elle, que Thérèse désire apprendre à lire ? Toujours est-il qu’elle ne comprend pas que ses sœurs aient seules droit à cette instruction. Elle veut assister aux leçons que Marie donne à Céline et Pauline, ses aînées de trois et huit ans. Laissons ces souvenirs à Marie.
« Un jour, je la vis à la porte de ma chambre essayant de l’ouvrir. Mais elle était encore trop petite pour atteindre le bouton. Je regardai ce qu’elle allait faire ; si elle allait pleurer ou appeler quelqu’un pour lui ouvrir ; mais non, elle ne dit rien, et, dans son impuissance, elle témoigna sa douleur en se couchant au pied de la porte.
« Je racontai à ma mère cette petite aventure. Elle me dit : « Il ne faut pas la laisser faire ! »
« Le lendemain, la chose se renouvelle. Alors, je lui dis : « Ma petite Thérèse, tu fais de la peine au petit Jésus ! » Elle me regarda attentivement. Elle avait si bien compris que jamais depuis elle n’a recommencé ». Cet entêtement de Thérèse à vouloir s’instruire à tout prix a pourtant porté ses fruits : elle n’a pas en effet trois ans révolus lorsque déjà elle sait presque toutes ses lettres et commence même à lire.
Et madame Martin apporte à ses filles aînées cette conclusion : « Elle a de l’esprit comme je n’en ai vu à aucune de vous », Et la maman continuait à découvrir d’autres jolies qualités à sa petite Thérèse : « Fine comme l’ambre, très franche et très vive. »
De son côté, l’enfant ressent pour ses parents une affection qu’elle-même se plaira à rappeler dans son Histoire d’une Âme : « On ne peut se figurer combien je chérissais papa et maman. Je leur témoignais ma tendresse de mille manières, car j’étais très expansive ; toutefois, les images que j’employais alors me font rire aujourd’hui quand j’y pense ».
- [1] NDLR : Maurice Berthon a publié cette histoire en 1946.↩
On le refusa parce qu’il était illettré et ignorant
S’il est un saint dont les esprits forts se soient moqués et se moquent encore, c’est assurément saint Joseph de Cupertino.
Un pauvre franciscain qui pendant quarante ans, étonne l’Italie par ses miracles, s’élève chaque jour dans les airs comme la colombe par l’effet de l’Amour divin, et cela sous Louis XIV, il n’y a donc pas si longtemps ; quel affront pour tous ceux qui au nom de la science refusent de croire au miracle.
Renvoyé du couvent à cause de son incapacité
Joseph-Marie Desa naquit le 17 juin 1603, à Cupertino, petite ville du Royaume de Naples, d’une humble famille de menuisiers ; il vint au monde dans une étable comme Notre-Seigneur, tous les biens des parents ayant été vendus par nécessité. Dès son jeune âge, Joseph se plaisait uniquement dans les églises, et, chez lui, devant un petit autel où il récitait souvent le rosaire et les litanies de la Sainte Vierge. C’est à peine si on parvint à lui apprendre à lire et à écrire. Il connut cependant l’école de la souffrance : tout jeune, son corps se couvrit d’ulcères répugnants et il ne fut guéri que par l’intervention de la Sainte Vierge sous le vocable de Notre Dame des Grâces.
À dix-sept ans, il se présente chez les frères Mineurs Conventuels, où on le refuse parce qu’il est illettré et ignorant. Il rentre chez les Capucins, mais là toujours ravi en Dieu, il se montre complètement impropre à l’accomplissement de ses nouveaux devoirs : ses mains naturellement maladroites brisent tout ce qu’elles touchent ; en mettant du bois sur le feu, il fait tomber toutes les casseroles, prend du pain bis pour du pain blanc ; bref, il montre une telle incapacité qu’au bout de neuf mois, il est renvoyé du couvent.
Il doit retourner chez sa mère qui vit dans la misère et qui lui dit en guise d’accueil : « Il ne nous reste qu’à mourir de faim. » Cependant, à force de démarches, on parvient à l’introduire chez les frères Mineurs Conventuels de Santa Marta de Grotella pour soigner la mule du couvent.
Invoqué par les étudiants, la veille de leur examen
Les nouveaux supérieurs de Joseph ne tardèrent pas à remarquer l’humilité et l’obéissance de leur nouvelle recrue. Ils décident de l’admettre aux saints ordres. Mais pour arriver au diaconat, il est indispensable de subir un examen et notre saint a toujours du mal à lire et à écrire. Il réussit à force de patience et de persévérance à traduire un Évangile, un seul, celui où sont écrites ces paroles en l’honneur de Marie « Bienheureux le sein qui t’a porté ». Arrive le jour de l’examen ; Joseph est interrogé par l’évêque de Nardo. Il est un peu inquiet quoique confiant dans la Sainte Vierge car il a fait tout ce qu’il a pu pour réussir et elle ne l’abandonnera pas. En effet, voici que le sort tombe sur le seul Évangile que Joseph connaisse, il est reçu et le 4 mars 1628, ordonné prêtre. Depuis ce jour, saint Joseph de Cupertino est invoqué par les étudiants qui sont à la veille de subir leur examen afin que Dieu leur donne le succès mérité par leur travail.
Au château de Castiglione, en Lombardie, ce 20 avril 1568, c’était grande fête. Qui donc eût pu compter les noble invités dont la foule se répandait au long des salles immenses et à travers les jardins ? Les plus belles tapisseries pendaient au long des murs, somptueuses : des orchestres jouaient en vingt lieux différents ; dans les bassins du parc, les jets d’eau montaient, droits, comme pour rivaliser d’élan avec les cyprès centenaires. Tout était à la joie, au bonheur.
Pourquoi donc ? Parce qu’on baptisait, ce jour-là, un enfant, le fils du Marquis et de Donna Marta, le petit Louis ce bébé minuscule qui vagissait dans son berceau de dentelle. Demain n’hériterait-il pas d’une immense fortune Ne serait-il pas, comme ses ancêtres, Prince du Saint Empire, duc de Mantoue, grand d’Espagne ? Ne porterait-il pas un des noms les plus célèbres de toute l’Italie ? Un grand nom, en vérité, que celui des Gonzague, et une famille bien née ! Depuis deux siècles et demi que l’Empereur avait donné à leur aïeul, pour sa bravoure, titre princier et splendide dotation, il n’était génération de Gonzague qui ne se fût illustrée à la guerre, au service des Rois, ou dans l’Église. Toutes les familles, non seulement princières, mais même royales d’Europe, étaient apparentées aux Seigneurs de Mantoue, et c’était pourquoi, au baptême du petit Louis, on voyait tant de beau monde, et des Rois et des Ducs, et des Cardinaux en rouge, et des ambassadeurs portant maints uniformes éblouissants, parmi lesquels on remarquait ceux de Sa Majesté Philippe II, roi de Naples et d’Espagne, car Donna Marta avait été dame d’honneur de la reine, Madame Élisabeth de France, et son amie.
Cette joie était peut-être encore plus grande parce qu’on n’ignorait point qu’il s’en était fallu de peu qu’elle eût été remplacée par un grand deuil. Lorsqu’au début de mars le petit Louis était né, les médecins avaient tremblé non seulement pour sa vie mais aussi pour celle de sa mère. Et Donna Marta, dans cet extrême danger, avait fait deux vœux. « Oh, Sainte Mère qui, du haut du Ciel, veillez sur nous, vos enfants de la terre, si mon petit vit, si j’échappe moi aussi au péril, je jure d’aller vous prier en pèlerinage, dans la basilique de Lorette où l’on voit votre Sainte Maison apportée du ciel par les Anges ! Et mon enfant vous sera consacré spécialement pour toute son existence ! »
Aussi quand on parlait, parmi les invités du baptême, de ce que serait, plus tard, le nouveau-né, — comme son père et ses oncles, comme le fondateur de la famille dont il portait le prénom, serait-il un grand soldat, un vaillant capitaine ? irait-il batailler en Allemagne ou en France, voire jusque contre les Turcs ? — la mère, elle, dans la foi de son âme et la reconnaissance de son cœur, souhaitait qu’il ne fût rien de moins qu’un Saint.
* * *
Il faut avouer que, dès sa plus petite enfance, Louis — Luigi comme on dit en italien, — sembla bien être destiné à se montrer un chrétien exceptionnel, en même temps qu’il parut très spécialement protégé de Dieu. À peine savait-il marcher qu’il se dirigeait vers la statue de la Sainte Vierge, devant laquelle Donna Marta renouvelait les fleurs les plus belles en faisant sans cesse brûler douze cierges, et là, immobile, étrangement sage, il regardait… À peine savait-il parler que déjà il récitait des prières et que ses mots les plus familiers étaient : Jésus ! Marie ! Dès qu’il eut l’âge de raison, on le vit multiplier les exercices de piété, avec une application si étonnante pour son âge que son père, un peu inquiet, craignant que son aîné, au lieu de le remplacer à la tête de ses états, se fît moine, parfois venait l’interrompre dans ses prières et ordonnait à quelque écuyer de le mettre sur son petit cheval pour l’emmener faire quelque bonne promenade à travers la campagne et lui changer les idées.
Louis, si petit qu’il fût, avait déjà son intention bien arrêtée. Il aimait à répéter : « Ce que le Bon Dieu veut, il le fait : il n’y a qu’à avoir confiance ! » Reconnaissons que cette confiance était bien placée et que le Tout-Puissant y répondait ! Car, à plusieurs reprises il fut évident que Dieu lui-même le protégeait, ayant sur lui des vues sans aucun doute. Ainsi, par exemple, lorsqu’il avait cinq ans, il regardait un soldat charger un mousquet ; la charge de poudre éclata tout à coup en pleine figure de l’enfant ; on le pensa brûlé, défiguré, aveugle ; mais il s’essuya tranquillement le visage où aucune trace ne se voyait. Une autre fois, avec ses camarades, il s’amusait à manœuvrer un petit canon qu’on lui avait donné comme jouet ; l’un d’eux s’étant trop pressé de mettre le feu à la mèche, le recul de la pièce heurta Luigi en pleine poitrine et le renversa, mais tandis qu’on se précipitait, le croyant mort, il se relevait en riant.
Confiance, confiance en Dieu ; faire ce que veut le Christ et s’en remettre à lui de tout ; tels étaient ses principes, qu’il ne cessait de répéter avec une obstination douce. Cette confiance, il l’exprima un jour dans une réponse si jolie qu’il ne faut pas la laisser perdre. Il jouait dans la cour avec quelques garçons à ce jeu qu’on appelle « la balle au chasseur ». Monseigneur l’aumônier, qui était chargé de surveiller son éducation religieuse, s’approcha de lui et lui dit :











