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10 mars 2026Les Quarante saints Martyrs de Sébaste

En l’an 320, sous l’empereur Lici­nius et le gou­ver­neur Agri­co­la, à Sébaste, en Armé­nie, qua­rante sol­dats d’une même légion mani­fes­tèrent un cou­rage inébran­lable dans leur atta­che­ment à la foi du Christ. Invi­tés à sacri­fier aux idoles confor­mé­ment aux édits impé­riaux, ils s’y refu­sèrent et furent expo­sés sans vête­ments sur un étang gla­cé : tout auprès se trou­vait un bain chaud pour ceux qui consen­ti­raient à apos­ta­sier. Les qua­rante sol­dats pas­sèrent la nuit dans cette épreuve atroce, priant pour leur com­mune per­sé­vé­rance. À la longue, l’un d’eux fit défec­tion et alla se jeter dans le bain chaud… Or, voi­ci que des anges appa­rurent, tenant qua­rante cou­ronnes. Le gar­dien consta­ta qu’il n’y avait per­sonne pour rece­voir la qua­ran­tième : il se conver­tit et, reje­tant ses vête­ments, alla rejoindre sur la glace les trente-neuf autres. Quand on vint pour recueillir les cadavres afin de les réduire en cendres, l’un de ces mar­tyrs res­pi­rait encore les bour­reaux le lais­sèrent sur place, espé­rant qu’il chan­ge­rait de réso­lu­tion ; témoin du stra­ta­gème, la mère de ce jeune homme pla­ça elle-même sur le cha­riot le corps expi­rant et l’ac­com­pa­gna jus­qu’au bûcher.


| Auteur : Pourrat, Henri

I

l y avait une fois… C’é­tait la grande fois, celle du pre­mier Noël. Il y avait une fois les oiseaux, tout le peuple qui vole et chante, l’a­louette, la seule qui chante en volant, et tous les autres.

Ils sont venus à crèche avant les ber­gers et les mages. C’est le coq Chante-Matin qui les a éveillés au pre­mier gris de l’aube.

Diu is nas­cu – u‑u-u !

Dieu est né !… Le bœuf pesam­ment s’est mis sur pied.

Meuh ! meuh ! Hou ! Et où donc ?

La chèvre, tou­jours en fièvre bêlait déjà :

Bé‑é ! À Bé-éth-lé-em !

Et l’âne en bon vou­loir, de secouer ses oreilles et de braire :

I cau ana ! I cau ana !

Conte de Noël - les animaux : le boeuf

Ouvrage : Histoire Sainte illustrée | Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles

Conclusion

À la fin du déjeu­ner, qui a réuni tout le monde, maman dit gaiement.

— Allo ! la petite jeu­nesse, faut-il que je vous révèle le pro­jet de Colette ?

Trois têtes se lèvent en un amu­sant mou­ve­ment d’ensemble.

— Eh bien ! le voi­ci… Tan­tôt vous irez à Beth­léem, et vous emmè­ne­rez Maria­nick et Yamil.

— Chic ! dit Pierre.

Mais Bru­no, posi­tif, réclame :

— Pour­quoi ?

— Colette vous l’ex­pli­que­ra, mais seule­ment lorsque vous serez rendus.

Le car dépose les voya­geurs à Beth­léem en quelque vingt minutes à peine.

Avant de péné­trer dans la ville, Colette pro­pose un arrêt dans l’une de ces grandes prai­ries qui entourent Beth­léem. Par groupes, des mou­tons broutent, pai­sibles, sous le regard de leurs ber­gers immo­biles. Tout est calme, silen­cieux, et ce silence gagne même les enfants.

Quand cha­cun s’est ins­tal­lé au mieux, Colette dit drôlement :

— Mes­dames, mes­sieurs, mes chers enfants… le pro­fes­seur d’His­toire Sainte que vous avez hono­ré de votre confiance a vou­lu ici vous faire ses adieux…

Pierre applau­dit en riant ; mais Bru­no, la larme à l’œil mur­mure très inquiet :

— Tu vas pas t’en aller, tate ?

Le Christ est l'aboutissement de l'Ancien TestamentColette prend à deux mains la bonne tête ronde du petit homme et l’embrasse :

— Mais non, mon pauvre gros. C’est l’His­toire qui s’en va, parce qu’elle est finie.

Nicole, Yamil, Pierre, écou­tez bien : Depuis le péché d’A­dam et d’Ève, tout ce que nous vous avons racon­té devait se ter­mi­ner ici. À tra­vers les siècles, le Bon Dieu voyait d’a­vance cette toute petite ville… Abra­ham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, les Juges, les Rois, les per­sé­cu­tions, les batailles, tout était vou­lu, pré­vu pour abou­tir à Bethléem.

Bru­no fixe Colette de ses grands yeux étonnés.

— Pour­quoi ici ?

— Pierre, pour­rait vous le dire. De fait Pierre envoie à sa sœur un regard qui signi­fie : Bien sûr, mais fais comme si je ne savais rien.

Ouvrage : La semaine de Suzette

Vos Petits Frères d’Alsace

Voi­ci le vrai mois de l’en­fance. Saint-Nico­las, puis Christ­kin­del ou Noël, ces mots résonnent agréa­ble­ment aux oreilles des enfants de tous les pays. 

À la Saint-Nico­las, la nuit venue, la famille est ras­sem­blée devant le poêle ron­flant : les petits attendent avec anxié­té l’ar­ri­vée du grand Patron. Ils sont aux écoutes : la conver­sa­tion des parents ne sau­rait les dis­traire. Ils s’a­vancent jus­qu’à la porte, tendent l’o­reille… La nuit est gla­ciale ; par un temps pareil, le saint aura-t-il le cou­rage de sor­tir ?… Tout à coup, vers neuf heures, des pas résonnent sur le sol gla­cé. Une clo­chette argen­tine, le brai­ment sonore d’un bour­ri­quet, les coups dis­crets à l’huis… c’est lui, enfin ! Oui, ce sont les trois coups accou­tu­més et les trois sonneries… 

La maman se dis­pose à ouvrir, les enfants deviennent muets ; ils se blot­tissent dans le coin le plus recu­lé, ser­rés les uns contre les autres : la visite d’un saint, c’est tou­jours une chose importante. 

La porte s’ouvre et la figure de saint Nico­las appa­raît sur le seuil. Son com­pa­gnon, le ter­rible Hans Trapp, attache à l’an­neau exté­rieur le licol de l’âne char­gé de jouets. Tous se lèvent et s’in­clinent. Saint Nico­las, majes­tueux et bien­veillant, appuie sa main gauche sur sa crosse et de la dextre il bénit, avec un petit dis­cours de bien­ve­nue, et demande :

— Où sont les enfants sages ? Ils auront des frian­dises, des jouets, mais les autres… 

Et il montre la porte. 

— Hans Trapp apporte pour eux des verges trem­pées dans du vinaigre. S’ils ne pro­mettent pas d’être meilleurs l’an­née qui vient, il va les jeté dans sa hotte. Il les enfer­me­ra dans sa caverne jus­qu’à Noël, sans chan­delle, sans feu, au pain sec, à l’eau claire ; ils cou­che­ront sur des fagots…

Ce dis­cours fait trem­bler ceux qui ont des pec­ca­dilles sur la conscience. Mais comme ils se repentent, comme ils sont réso­lus à se corriger ! 

Saint Nico­las lit dans le fond de leurs cœurs. Il leur par­donne, il aime tant les enfants ! Et la dis­tri­bu­tion commence. 

Pour­tant, il advient qu’un endur­ci n’a pas méri­té l’ab­so­lu­tion et encore moins les récom­penses. Alors Hans Trapp ouvre brus­que­ment la porte ; il entre, rou­lant des gros yeux furieux, son fagot de verges à la main. Un bruit de chaînes accom­pagne ses mouvements. 

Il s’é­lance à la pour­suite du mau­vais sujet, qui tremble, pleure, joint les mains, se jette à genoux, pro­met de ne plus recom­men­cer, et Saint Nico­las inter­vient. Mais il est sévère, le bon saint ; il consent bien à lais­ser ce vilain gar­çon, cette méchante petite fille à ses parents, mais il se conten­te­ra, pour cette fois, de les pri­ver de jouets et de frian­dises. Quelques semaines plus tard, Hans Trapp sévi­ra avec Christ­kin­del. Il sera impi­toyable et les empor­te­ra pour tou­jours enchaî­nés. La famille feint natu­rel­le­ment la plus grande frayeur, la maman pleure à l’i­dée de perdre son petit… Saint Nico­las et Hans Trapp s’é­loignent. Ils vont exer­cer leur minis­tère chez les voisins. 

La neige couvre la terre de son épais man­teau blanc. Par­tout s’ouvre la foire aux sapins. Les arbres de Noël des­cendent de la forêt vos­gienne. Il y en a pour toutes les bourses, des petits et des grands. Les bou­tiques se sont gar­nies de bou­gies et de lampes, de jouets, et ont été bien vite déva­li­sées par les parents pré­voyants. Le 24 décembre sera jour ou plu­tôt soi­rée de grande fête. Les baraques foraines encombrent la place publique. Elles offrent aux convoi­tises enfan­tines cent mer­veilles ; mais ce qui par-des­sus tout attire les regards des gar­çons, ce sont les sif­flets. Qui­conque pos­sède quelques sous achète un sif­flet, et les rues du pays, s’emplissent d’une assour­dis­sante caco­pho­nie. D’où vient cette rage de sif­flets à Noël ? Nul ne le sait et nul n’o­se­rait ten­ter d’in­ter­dire l’in­fer­nale concert. 

Presque chaque mai­son a son sapin et bien des mamans pré­parent l’arbre de Noël autour duquel, comme à la Saint-Nico­las, la famille veille­ra. Les familles se ras­semblent, des amis se joignent aux parents. Les bou­gies sont allu­mées, à la grande joie des bam­bins : on rit, on chante, les vieux se sentent rajeu­nir au sou­ve­nir des Noëls pas­sés ; ils se revoient enfants, ils évoquent dans leurs mémoires l’i­mage des chers disparus. 

Ouvrage : Histoire Sainte illustrée | Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles

XXIV

Après la ran­don­née de Baby­lone, qu’il fait donc bon, en vacances, au logis.

Ber­nard jouit de sa fin de per­mis­sion comme un vrai col­lé­gien. Il vient d’en­trer à la cui­sine et, sans plus de façon, empoigne par les épaules Marianick.

— Qu’est-ce qui te prend ?

— Je t’emmène, là, dehors, un ins­tant. J’ai quelque chose à te faire voir. Il y en a juste pour deux minutes.

Riant et mau­gréant à la fois, Maria­nick se laisse entraîner.

Dans la prai­rie l’a­vion repose.

— Je ne veux pas aller voir ton oiseau de mal­heur. C’est des inven­tions du diable !

— Maria­nick, la calom­nie est un péché. Je veux que tu regardes, au moins une fois, cet oiseau que tu détestes sans savoir pourquoi.

— Sans savoir pour­quoi ? Il a peut-être pas cas­sé la jambe de Colette ?

— Ça, c’est un acci­dent. Les car­rioles qui vont au par­don de Sainte-Anne ont aus­si des accidents…

Maria­nick n’a­vait pas pré­vu cette réponse ; elle avance, un peu ennuyée, vers l’a­vion, qui a l’air bien tran­quille, et même un peu pataud, là, sur la prairie.

— Voyons, reprend Ber­nard, pour­quoi ce pauvre oiseau a‑t-il le don de te mettre à l’envers ?

Regarde les sièges. Tiens, je vais t’ai­der, entre dans la car­lingue et assieds-toi.

— M’as­seoir là-dedans ! Jamais de la vie ! Y a s’ment pas ou mettre un pou­pon, tant que c’est petit.

— Maria­nick, voi­là main­te­nant que tu vas faire un men­songe. Assieds-toi, tu verras.

Et sans trop savoir com­ment, Maria­nick se trouve très confor­ta­ble­ment ins­tal­lée dans un excellent fau­teuil de cuir.

— Tu ne diras plus qu’on y est mal. Appuie-toi bien. C’est ça . Vois comme je suis bien aus­si, mon manche à balai res­semble tout bon­ne­ment au volant d’une auto.

Si Maria­nick pou­vait voir le sou­rire de Ber­nard ! Mais vrai­ment, on est bien, les cuirs sont jolis, et elle s’a­muse presque à tout regar­der, quand il lui semble éprou­ver un léger mouvement.

Marianick en avion jusquà Jérusalem
Ber­nard, entends-tu ? Bernard !!!

— Ber­nard, qu’est-ce que tu fais ?

— Rien du tout, je déplace un peu l’oi­seau ; il roule sur ses roues comme une
voi­ture. Je vais le ran­ger là, à côté, bien à l’ombre.

Mais, ô hor­reur, le nez de l’a­vion se redresse et la prai­rie semble tout d’un coup s’é­loi­gner. Maria­nick, cram­pon­née des deux mains aux bras du fau­teuil, hurle :

— Ber­nard, tu es un vrai démon ! Sainte Vierge Marie ! des­cends tout de suite ! Ah ! bonne sainte Anne ! Si c’est pas hon­teux, à ton âge, de trom­per les gens… Non, mais v’là les nuages qu’approchent !

Ouvrage : Histoire Sainte illustrée | Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles

XXIII

Voi­ci juillet et les vacances, dou­ble­ment joyeuses, car Ber­nard va aus­si avoir sa per­mis­sion. Colette a repris sa vie, encore un peu au ralen­ti ; mais elle va et vient, sans trop de fatigue, tout au bon­heur de cette réunion.

Un beau soir, la sur­prise des jeunes est intense en voyant un car, de taille moyenne, s’en­ga­ger dans l’al­lée du jardin.

— Qu’est-ce qu’il fait ? crie Jean de sa fenêtre.

— Y se trompe, riposte Pierre du jardin.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demande Nicole, un car vide !

Et Bru­no accourt tout essoufflé :

— As-tu vu cette grande voiture ?

Au milieu de ce concert d’ex­cla­ma­tions, papa passe sans se trou­bler. Chose incroyable, il va au-devant du car, parle au chauf­feur comme s’il le connais­sait et, c’est un comble, le conduit au garage, der­rière la maison.

En une seconde, toute la bande est sur ses talons. Papa ne semble pas s’en apercevoir.

Il appelle Maria­nick, pour qu’elle prenne soin du chauf­feur, et sif­flo­tant, les mains dans ses poches, retourne à la maison.

Jean lui-même, devant cette atti­tude, hésite à ques­tion­ner son père. Mais Colette, aler­tée par le bruit, est sur la porte et crie :

— Qu’est-ce que ce car vient faire ici, papa ?

— Le chauf­feur me dit que tu l’as fait demander.

— Moi ! (Colette éclate de rire.) Racon­tez vite, papa, pour­quoi vous l’a­vez fait venir ?

Papa, très sérieusement :

— Mais puisque je te dis que le chauf­feur n’est ici qu’à tes ordres.

L’a­ven­ture prend une tour­nure palpitante.

La bande écoute, le cœur battant.

— Voyons, papa, ce n’est pas pos­sible. Ne vous moquez pas,… un car à mes ordres…

— Va toi- même par­ler au chauffeur.

— Hé bien, j’y vais ! Est-il besoin d’a­jou­ter que Colette n’y va pas seule et qu’elle en revient ahu­rie : posi­ti­ve­ment, le car a été deman­dé en son nom, pour une excur­sion le lendemain.

Alors papa révèle la clef du mystère :

— Voi­là, ma grande fille : tu viens de pas­ser deux mois très pénibles, pen­dant les­quels tu as sur­tout pen­sé aux autres. Ta maman et moi avons réso­lu de te faire une petite joie. Nous avons ce car pour cinq jours. Tout le monde est en vacances. En route demain, pour où tu vou­dras, à condi­tion seule­ment que nous allions vers un des points où j’ai des affaires à trai­ter parce que je ne pos­sède pas le moyen de vous offrir des voyages de pur agrément.

On ima­gine la soi­rée qui suit. La carte étu­diée dans tous les sens, c’est déci­dé­ment à Baby­lone qu’on ira. Puisque Baby­lone est sur la liste de son père, Colette, son­geant aux petits, pense que ce sera un mer­veilleux voyage pour leur faire apprendre les der­nières époques, si com­pli­quées, de leur His­toire Sainte.

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Impos­sible de ne pas revoir Damas, toute blanche, dans ses fon­taines et ses bois, au milieu du désert, avant de s’en­ga­ger dans la plaine indé­fi­nie, mono­tone et triste que suit la « pipe-line ». Jean et Ber­nard s’in­té­ressent pro­di­gieu­se­ment à cette ligne de tubes énormes qui amènent aux grands ports le pétrole de l’Irack.

Qu’on est loin, avec ces inven­tions modernes, du temps de l’exil des Juifs,… ou plu­tôt, non, comme on en est près !

Car c’est à tra­vers des sables et des champs tout pareils à ceux-ci qu’ils ont pas­sé. Le désert, un peu au sud, est celui qu’ils ont dû tra­ver­ser, et alors, comme aujourd’­hui, leurs cara­vanes se suc­cé­daient len­te­ment. Les cha­meaux por­taient des charges sem­blables à celles qui s’é­tagent sur le dos des longues files de dro­ma­daires qui passent là-bas, indif­fé­rents, mar­quant le sable de leur pas balancé.

On couche à Rout­ba, le car­re­four des pistes du désert. Les Anglais l’ont for­ti­fiée et tout voya­geur s’y arrête pour faire viser ses passeports.

Puis, c’est de nou­veau l’é­ten­due déser­tique jus­qu’à Rama­di, pauvre oasis de pal­miers, per­due dans cette ari­di­té. Encore cent douze kilo­mètres, et, sur le bord du Tigre, Bag­dad, ses sou­ve­nirs, ses mar­chés, ses bazars. Le temps manque pour visi­ter, quel dom­mage ! En route encore, mais pour Baby­lone, cette fois.