C’était la veille de Noël.
Malgré les gros flocons de neige qui voltigeaient dans les airs et tombaient sur le sol, qu’ils recouvraient d’un blanc et froid tapis toujours grossissant, les rues étaient pleines de passants affairés qui allaient et venaient dans tous les sens en se croisant et se bousculant.
Parmi cette foule pressée et bruyante, on aurait pu remarquer un jeune enfant, merveilleusement beau, mais pauvrement vêtu, qui errait de rue en rue, et s’arrêtait, de temps en temps, pour frapper à quelque porte, apparemment dans le but de demander l’aumône.
Ce n’était autre que l’enfant Jésus qui, s’ennuyant dans sa crèche solitaire à l’église, était sorti pour voir de plus près quelques-uns des enfants qu’il aimait tant.
Mais, comme il veut être aimé pour lui-même et non pour ses dons, il avait jugé à propos de se déguiser en petit mendiant afin de ne pas être reconnu.
À peine sorti de l’église il avait été attiré vers une des maisons voisines par le bruit joyeux qui s’en échappait : c’était comme un concert de voix et de rires enfantins.
– Il y en a là, des petits enfants ; allons les voir, pensa-t-il.
Il gravit les degrés du perron et sonna à la porte de cette maison qui était fort belle et devait appartenir à des gens riches.
Une servante vint lui ouvrir et fit d’abord la moue en voyant qu’elle s’était dérangée pour un simple petit mendiant ; mais Jésus leva vers elle un regard si doux qu’elle se sentit prise soudainement de pitié.
– Attends un peu, lui dit-elle, avec douceur.







Un soir de noël, un vieux cordonnier se reposa dans son petit magasin en lisant : « La visite des hommes sages à l’Enfant Jésus. » À la lecture des cadeaux que les bergers et les rois mages apportèrent à la crèche, il se dit : « Si demain était le premier Noël, et si Jésus devait être né ce soir dans cette ville, je sais ce que je lui donnerais ! »
Dès lors, il passa le plus clair de son temps à jouer aux dominos avec quelques vieux du pays. Venait se joindre à eux, dans la soirée, le fils Farin César, que le père Heurtaux avait pris en amitié et appelait familièrement « son bezeau ». Ce jeune campagnard n’était pas fâché de pouvoir ainsi « causer un brin » à la belle Léonie, la fille de la maison […].