V. — Face au loup !

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Le loup de Gubbio

Un triste jour d’hi­ver, Fran­çois s’en allait vers Gub­bio. Mais voi­ci que par­tout on lui dit de rebrous­ser che­min. Un loup ter­rible, bien plus fort et plus mau­vais que les autres, sème la ter­reur à Gub­bio et aux environs.

— On n’ose plus sortir !

— Je vais m’oc­cu­per de ça, dit François.

Et le voi­là par­ti à la recherche du loup. Pas dif­fi­cile de le trou­ver, avec ses traces dans la neige. D’ailleurs, sûr de sa force, il ne se cachait guère. Dans une clai­rière, ils se trou­vèrent subi­te­ment face à face la grande bête mau­vaise et le petit Frère aux yeux rayonnants.

Ils se regar­dèrent un moment sans bou­ger. Puis Fran­çois fit un grand signe de croix.

— Frère loup, approche !

Len­te­ment, comme à regret, mais déjà obéis­sant, il avance et paraît plus énorme encore près du ché­tif Fran­çois. Il se couche à ses pieds comme un chien fidèle qui aurait fait des bêtises.

Le loup se soumet à saint François

— Frère loup, ça ne peut pas durer. Tu mènes une vie trop mau­vaise. Tout le monde te hait, et c’est grande misère de méri­ter la haine au lieu d’amour.

Le loup avait per­du son air mau­vais et parais­sait triste. 

— Veux-tu vivre en paix avec tous ?

— Oui, fit le loup en remuant deux fois la tête.

— Alors, il faut me pro­mettre de ne plus faire de mal à per­sonne, et moi je te pro­mets que les gens de Gub­bio te don­ne­ront tou­jours suf­fi­sam­ment à manger.

Le grand loup se mit à lécher les pieds de Fran­çois et celui-ci le caressa.

Puis tous les deux s’en furent à Gubbio.

Ima­gi­nez un peu la récep­tion ! Les gens se mon­trèrent d’a­bord crain­tifs, puis fol­le­ment enthou­siastes. Pen­dant le ser­mon que fit alors saint Fran­çois, ils furent un peu dis­traits, car ils regar­daient tout le temps leur loup, à demi couché

Comme saint François : Que faire pour plaire à Dieu

près du pré­di­ca­teur, avec un air si tran­quille que ça fai­sait venir les larmes aux yeux, parce qu’on voyait quelle puis­sance Dieu donne à ses saints. Un peu comme si on avait tou­ché Dieu pen­dant un petit moment.

Ne croyez pas sur­tout que le grand plai­sir de saint Fran­çois Fran­çois c’é­tait de semer par­tout des miracles. 

Non, la vraie joie ne vient pas quand on fait des choses extra­or­di­naires, mais quand on est sûr que Dieu nous regarde avec amour.

Lorsque vous deman­dez à votre maman :

— Est-ce que tu es contente de moi ? 

Si elle répond :

— Oui, mon grand ! 

Alors, vous sau­tez de joie en criant :

— Que je suis heureux ! 

C’est tout à fait comme ça pour les saints. Ils se demandent sans cesse ce qu’ils pour­raient faire pour que Dieu soit très content d’eux.

(À suivre.)

Le Troubadour d’Assise

IV. — Tout dans la marmite !

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