La sainte communion secourt admirablement les âmes du purgatoire. Le vénérable Louis de Blois rapporte dans un de ses livres, qu’un dévot serviteur de Dieu fut visité par une âme du purgatoire, qui lui fit voir tout ce qu’elle souffrait. Elle était punie pour avoir reçu la sainte communion avec tiédeur. En punition, Dieu lui avait ménagé le supplice d’un feu dévorant, qui la consumait. « Je vous conjure donc, dit-elle, vous qui avez été mon ami, de communier pour moi avec toute la ferveur dont vous êtes capable ; j’espère que cela suffira pour ma délivrance ». Celui-ci s’empressa de le faire. L’âme lui apparut de nouveau, brillante d’un incomparable éclat, heureuse et pleine de reconnaissance. « Enfin, lui dit-elle, grâce à vous, je vois donc face à face mon adorable Maître », et elle s’envola au ciel. Saint Bonaventure dit que la charité devrait nous porter à communier pour les défunts, parce qu’il n’y a rien de plus efficace pour leur repos éternel. Prions donc sans cesse pour eux et ils nous rendront au centuple le bien que nous leur aurons fait.
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Pénitence
« Tes références, garçon ? »
Pour la dixième fois, Paul se heurte à cette demande. Pour la dixième fois, il répond sourdement :
« Je n’en ai pas.
— Quoi ! Tu n’as jamais travaillé, à ton âge ? Quel âge au fait ?
— Vingt ans.
— Et tu n’as pas honte d’être resté à fainéanter jusqu’à ce jour ?
— …
— Ah ! Ah ! Je vois ce que c’est ! Tu as déjà travaillé ! Mais tu n’as pas de références ! Tu n’es qu’un vaurien…
— …
— Allons ouste, je n’ai pas de temps à perdre avec toi. »
Dur et glacé, l’employeur lui claque au nez le portillon du guichet d’embauche. Et pour la dixième fois aussi, Paul se retrouve dans la rue, sous une petite pluie fine et froide qui détrempe tout et laisse des mares sur les pavés glissants.
« Tu n’as pas honte ? »
Les mots du guichetier le poursuivent, le martèlent, l’accablent. Sa grande taille se courbe un peu plus. On dirait un vieillard, ce garçon de vingt ans !
Honte ? Ah ! s’il savait !
Mais ne sait-il pas ce guichetier ? Ne savent-ils pas tous ces gens qui le frôlent, serrés dans un imperméable ou ratatinés sous un parapluie ? La « chose » doit apparaître sur son front rouge et dans sa démarche qui hésite, et même dans ce brutal sursaut qui le redresse comme pour défier le jugement du monde. La pluie le cingle, et la dureté du monde.
Sa bravade ne dure qu’un instant ; ses épaules retombent, lasses de porter sa honte. Et pourtant, il faut la traîner encore. Il le sait bien, il n’est qu’un vaurien. L’autre le lui a jeté au visage comme une gifle, et il n’a pu lui crier : « Tu mens ».
Pénitence
Fred jeta un coup d’œil à la pendulette du tableau de bord. La grande aiguille allait passer sur la petite, à la verticale.
— Minuit, dans un instant ! Je ne suis pas en avance !
Le jeune homme appuya sur l’accélérateur, la voiture fit un bond en avant, cependant que les aiguilles dansaient follement sur le cadran du compteur.
140 kilomètres/heure, 142… 145…
Il n’y eut pas de 146… Seulement une embardée terrible, un choc, une masse inerte sur la route.
Les freins avaient à peine fini de crisser que, de nouveau, Fred écrasait du pied la pédale qui à nouveau le propulsait à toute vitesse.
Un instant, il avait senti avec force qu’il lui fallait s’arrêter ; que rien d’autre n’était à faire ; que celui qu’il avait renversé — un vieillard autant qu’il avait pu en juger — n’était peut-être que blessé ; qu’un secours immédiat pourrait en ce cas le sauver…
Mais Fred, en même temps que la silhouette du passant accidenté, avait maintenant devant l’esprit cet autre drame qui l’attendait, lui :
— J’ai eu tort d’emprunter la voiture de grand-mère sans son autorisation. Elle devait renouveler son assurance ces jours-ci. L’avait-elle fait ? Ou bien, ne sortait-elle plus parce qu’elle n’était pas en règle ? S’il en est ainsi, je suis perdu.
140… 145… 146…
Fred n’ira jamais assez vite, pense-t-il, pour fuir cette terrible responsabilité qu’il laisse derrière lui, sur la Nationale où gît un homme blessé, ensanglanté.
149 kilomètres/heure !…
Non,
Chapitre VII
Par un beau matin froid mais clair, la roulotte tant espérée est parvenue sur la place du village.
André, sans cesse aux aguets, a couru prévenir ses grands amis, et, aussitôt après déjeuner, la troupe, sous l’égide du cousin Bernard, arrive au grand complet.
Les garçons constatent, ô bonheur ! que la roulotte, pauvre mais propre, possède un vieux moteur et se précipitent pour en vérifier la marque.
Pendant cette inspection, Bernadette, suivie des petites filles, frappe à la porte close.
Un minois passablement ébouriffé paraît instantanément, et les yeux, craintifs d’abord, s’éclairent en reconnaissant la jeune fille.
— Bonjour, mon petit Nono, dit Bernadette en caressant affectueusement les cheveux frisés. Est-ce que maman est là ?
Relevant sa frimousse, Nono, sans répondre, fait signe que oui, puis il prend sans façon la main de la jeune fille et la fait entrer.
Annie et Colette hésitent sur le seuil, mais une femme bien maigre, sous d’humbles vêtements noirs, les traits ravagés par la souffrance, dit d’une voix chantante :
— Entrez, mes petites demoiselles.
Puis, tournant vers Bernadette ses grands yeux noirs soudain pleins de larmes, elle ajoute regardant les deux petites :
— Et moi… je n’en ai plus !
Nono a pris un air farouche pour lutter contre ses propres larmes. Colette et Annie ont le cœur serré, et il faut toute la douceur de Bernadette, tout l’entrain des garçons, qui viennent à la rescousse, pour adoucir le premier contact.
Mais, quand on se quitte, c’est avec des au revoir affectueux et de bonnes poignées de mains.
Jean a passé son bras sous celui de sa grande sœur.
— Dis, Bernadette, comment va-t-on s’arranger pour bien préparer ce petit Nono ?
— Il est déjà convenu avec maman que nous lui ferons comprendre à fond son catéchisme. Vous, la jeunesse, débrouillez-vous. Étudiez votre affaire ; à vous de lui expliquer la liturgie du baptême et de la
La pénitence
Ce récit est une histoire absolument vraie : seuls les noms propres ont été changés. On comprendra aisément pourquoi.
Roger de Préval était élève au collège Sainte-Anne à X, depuis octobre. Il avait eu le malheur de tomber sous la coupe d’un mauvais camarade, plus âgé que lui, nommé Laudry. Non seulement ce dernier lui avait passé de mauvais livres, enseigné de vilaines choses, mais un soir il l’avait entraîné à la chapelle poux voler l’argent déposé dans le tronc ! Roger, terrorisé par Laudry, avait consenti à tout… N’osant avouer ses fautes au confesseur, il s’était tu, accumulant pendant six mois sacrilèges sur sacrilèges. Et voici qu’arrivait pour lui le Grand Jour de la Première Communion, la vraie, puisque à cette époque on ne faisait pas encore de communion privée.

La retraite commença, prêchée par un jeune Père dominicain. Le prédicateur rappela aux retraitants les grandes vérités de notre sainte religion : la mort, le jugement, le ciel, l’enfer… Roger, tout ému, repassa dans son esprit les nombreuses fautes commises depuis six mois. Mais que dirait son confesseur s’il lui avouait seulement aujourd’hui sa misère ? Le pauvre petit pensa que jamais le prêtre n’avait entendu de semblables choses… Et pour s’encourager il répétait : « Mon Dieu, je vous jure de me confesser, mais plus tard, quand je serai sur mon lit de mort ! » Or voici qu’à la veille de la clôture, le prédicateur fit un sermon sur la mauvaise confession. « On se confesse mal de deux manières, dit le Père ; en manquant de contrition, c’est-à-dire en ne se repentant pas de ses péchés, ou en manquant de sincérité, c’est-à-dire en cachant volontairement une ou plusieurs fautes graves. Dans ce dernier cas on sort du confessionnal encore plus coupable, car on y est entré simple pécheur et on en sort





