Étiquette : Angelus

Auteur : Vray, Domi­nique | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les sacrements à recevoir .

Pénitence

« Tes réfé­rences, gar­çon ? »

Pour la dixième fois, Paul se heurte à cette demande. Pour la dixième fois, il répond sour­de­ment :

« Je n’en ai pas.

— Quoi ! Tu n’as jamais tra­vaillé, à ton âge ? Quel âge au fait ?

— Vingt ans.

— Et tu n’as pas honte d’être res­té à fai­néan­ter jusqu’à ce jour ?

— …

— Ah ! Ah ! Je vois ce que c’est ! Tu as déjà tra­vaillé ! Mais tu n’as pas de réfé­rences ! Tu n’es qu’un vau­rien…

— …

— Allons ouste, je n’ai pas de temps à perdre avec toi. »

 

usineDur et gla­cé, l’employeur lui claque au nez le por­tillon du gui­chet d’embauche. Et pour la dixième fois aus­si, Paul se retrouve dans la rue, sous une petite pluie fine et froide qui détrempe tout et laisse des mares sur les pavés glis­sants.

« Tu n’as pas honte ? »

Les mots du gui­che­tier le pour­suivent, le mar­tèlent, l’accablent. Sa grande taille se courbe un peu plus. On dirait un vieillard, ce gar­çon de vingt ans !

Honte ? Ah ! s’il savait !

Mais ne sait-il pas ce gui­che­tier ? Ne savent-ils pas tous ces gens qui le frôlent, ser­rés dans un imper­méable ou rata­ti­nés sous un para­pluie ? La « chose » doit appa­raître sur son front rouge et dans sa démarche qui hésite, et même dans ce bru­tal sur­saut qui le redresse comme pour défier le juge­ment du monde. La pluie le cingle, et la dure­té du monde.

Sa bra­vade ne dure qu’un ins­tant ; ses épaules retombent, lasses de por­ter sa honte. Et pour­tant, il faut la traî­ner encore. Il le sait bien, il n’est qu’un vau­rien. L’autre le lui a jeté au visage comme une gifle, et il n’a pu lui crier : « Tu mens ».

Auteur : Alençon, M. d’ | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de la Vierge .

Notre-Dame

 

Histoire dévotion à Marie - Le sansonnet qui chante l'Ave MariaLorsque Tony, le vieux ber­ger, par­tait pour la sai­son d’été vers l’alpage où il menait paître toutes les chèvres du hameau, il emme­nait avec lui son chien « Patou » et « Can­zo­net », le petit san­son­net qu’il avait appri­voi­sé.

Tony l’avait recueilli avec ses frères, alors qu’ils n’étaient que de pauvres oise­lets, que des gamins avaient jetés hors du nid mater­nel. Can­zo­net, le plus robuste, avait vécu, grâce aux bons soins du ber­ger et aux miettes de pain trem­pées dans du lait dont celui-ci le gavait à l’aide d’un petit bâton. Il était deve­nu un joli san­son­net appri­voi­sé, très atta­ché à son maître et très doué pour le chant.

Durant ses longues heures de liber­té, Tony, avec une patience inlas­sable, lui avait appris, à l’aide de son pipeau, toutes sortes d’airs mon­ta­gnards et de can­tiques. Mais celui que Can­zo­net sif­flait le mieux et avec le plus de plai­sir, tout comme son maître d’ailleurs, c’était :