(Conte d’Épiphanie)
Un chemin qui monte, monte roide entre de hauts talus couronnés de genêts et d’ajoncs, un chemin tout au plus bon pour les mules, c’est le chemin de Grénefol : un vrai chemin du paradis, qui monte, monte, avec le ciel au bout.
Il va tout d’un élan de la borde de Grénefol à l’église de Figueblanche, tout droit, sans le moindre caprice d’école buissonnière, sans le plus innocent jeu de cligne-musette à travers champs. C’est tout au plus s’il se permet de loin en loin un cloche-pied.
La borde est au creux de la combe, petit capuchon bleu pointant dans un manteau de bois. Le clocher de l’église, tout en haut de la côte, jette à tous vents le son de ses cloches en plein ciel, et du matin au soir surveille la ronde de son ombre tournante sur la poussinée de maisons qui est autour.
Et donc, montant roide de la borde à l’église à vous rompre l’haleine, descendant follement de l’église à la borde à vous rompre le cou, voilà le chemin de Grénefol, où seuls fréquentent, avec les mules du moulin escortées d’un Pierrot siffleur et fanfaron, quelques petits du catéchisme.
Le Pierrot peut à peine, tant la chaussée en est étroite, y faire claquer son fouet à deux mèches, et encore à petite volée ; les gars du catéchisme, petites jambes et courtes haleines, même l’hiver si froid qu’il fasse, ne le grimpent qu’en soufflant.
Un vrai chemin du paradis !
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Toujours plein de musique, ce chemin de Grénefol. Le soleil donne-t-il ? La cigale y joue de la guimbarde. Il pleut ? L’eau du ciel y ruisselant en cascade bouscule ses cailloux, les fait chanter, chante avec eux. En tout temps, le grelot des mules remplit, et il s’y mêle encore le grelot des grillons dans les longs soirs d’été.
Et coquet, ce chemin ! Tout le long de l’année, d’une saison à l’autre, et d’un jour au suivant, il varie sa parure. Le printemps qui renaît rajeunit un peu la poudre verte et réveille les flammes engourdies de ses touffes d’ajoncs. L’été lui cisèle un bijou de soleil guilloché, et dans un demi-jour verse un demi-sommeil à son front poussiéreux. L’automne, une à une, à regret, souffle ses fleurs. Sur quoi survient Noël, qui lui tisse, durant sa nuit miraculeuse, un somptueux manteau couleur de clair de lune.




Le calme du presbytère n’avait pas même été troublé par ce visiteur insolite, car maître chasseur Rossoz, d’un pas glissé et toujours prudent, avait franchi les sombres couloirs et voici qu’il entrait dans la chambre de son vieux curé assis près du fourneau en pierre « ollaire ». M. Deferr n’est pas sorti de sa prière, il a hoché la tête pour saluer et ses mains pieusement fermées comme ses yeux, parcouraient régulièrement les gros grains bruns d’un chapelet franciscain. Le curé n’a rien dit à son homme, puisqu’il parlait à son Dieu.


Il était une fois une vieille femme nommée Babouchka qui habitait, seule, une toute petite maison au cœur de la forêt. Sans cesse, elle s’affairait, cousait, cuisinait, nettoyait et, tout en travaillant, elle chantait. Pour se tenir compagnie, elle chantait des chansons, vieilles et nouvelles, et en inventait ; elle était de nature joyeuse. La grand-route passait loin de la maisonnette si bien que les visiteurs étaient rares.