18 mars 2026Saint Cyrille de Jérusalem, Évêque et Docteur de l’Église
Cyrille s’adonna avec soin, dès ses plus tendres années, à l’étude des Saintes Écritures. Ordonné prêtre, il s’acquitta avec grand succès de la double charge de prêcher aux fidèles et d’instruire les catéchumènes ; il y joignit la composition de ces catéchèses vraiment admirables, où, ramassant, avec autant de clarté que d’éloquence, toute la doctrine de l’Église, il établissait solidement et défendait contre les ennemis de la foi chacun des dogmes de la religion. L’évêque de Jérusalem étant mort, il fut désigné pour lui succéder. La véhémence avec laquelle il combattit l’hérésie arienne lui valut l’exil à trois reprises : il ne fut tranquille qu’une fois la paix rendue à l’Église par l’empereur Théodose le Grand. La tradition nous apprend que Dieu illustra par des prodiges célestes la sainteté de Cyrille. La première année de son épiscopat, pendant les fêtes de la Pentecôte, une grande croix lumineuse apparut sur le Golgotha et s’étendit jusqu’au mont des Oliviers. Plus tard, vers 363, Julien l’Apostat, soit pour faire mentir la prédiction de Notre-Seigneur, soit pour s’attirer la sympathie des Juifs, entreprit de rebâtir le Temple de Jérusalem : or, quand les travaux commencèrent, un tourbillon dispersa les matériaux, des tremblements de terre rejetèrent les pierres des anciens fondements et comblèrent les tranchées ouvertes pour les nouveaux, des globes de feu sortant par les crevasses brûlèrent les ouvriers et empêchèrent toute approche : il fallut renoncer à l’entreprise… Après avoir assisté au concile de Constantinople, Cyrille mourut septuagénaire, le 18 mars 386.
De Rome, Vincent partit pour Paris — et il y alla avec une mission. Le pape Paul V, en effet, lui avait confié, à lui, jeune prêtre encore inconnu, un message oral et secret pour le roi de France Henri IV lui-même. Nous ne savons pas exactement quelle était cette mission. Certains historiens croient qu’il s’agissait de préparer la Cour de France à un mariage espagnol, dans le but de rapprocher les nations catholiques. Quoi qu’il en fût, Vincent de Paul et Henri IV se plurent : le roi apprécia l’équilibre et la vigueur de ce prêtre, fils de paysan — et Vincent était tout disposé à aimer, dans Henri, le Béarnais ami du peuple qui voulait que les petites gens de son royaume eussent, le dimanche, la poule au pot.
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Peu après cette ambassade — sur laquelle Vincent devait garder le secret — le jeune prêtre fut nommé aumônier de la reine Margot…
Cette souveraine avait connu un curieux destin. C’était la fille d’Henri II et de Catherine de Médicis. Et sa mère l’avait mariée contre son gré à Henri de Navarre, devenu depuis lors, nous l’avons vu, Henri IV. Or, le roi de France avait obtenu l’annulation de son mariage — en sorte que Margot était devenue « reine sans couronne ».
Vincent de Paul naquit en Gascogne, à Pouy — près de Dax — le 24 avril 1581. A vrai dire, aucun document religieux ni civil ne nous a jamais renseigné sur l’année de sa naissance. Mais Vincent lui-même devait plus tard, à douze reprises différentes, préciser son âge dans des lettres que l’on a conservées, et nous l’en croyons sur parole.
Malgré la particule, l’enfant n’était pas de famille noble. Il y avait à Pouy un ruisseau qu’on appelait Paul, et, selon l’usage de cette époque, la famille qui vivait près de là fut appelée « de Paul ». Vincent a d’ailleurs toute sa vie signé « Depaul » en un mot.
Ses parents avaient quelque bien, mais ils étaient de petits paysans. Le père, Jean de Paul, boitait — ce qui ne l’empêchait pas de travailler avec acharnement, avec âpreté. Il finit d’ailleurs par élargir son modeste domaine, et devenir propriétaire de plusieurs fermes. Mais en attendant, ses six enfants (quatre garçons et deux filles) besognèrent dur pour aider leurs parents. Vincent, le futur saint, vint au monde le troisième.
De très bonne heure, il garda les brebis, les vaches et les pourceaux de son père. Il devait le rappeler plus tard, affirmant sans aucune honte qu’il était « un pauvre porcher de naissance ». Pieux, il lui arrivait fréquemment, dit-on, d’aller prier sous un chêne auprès de la maison de ses parents. Les lieux où s’écoula son enfance étaient situés au bord du fleuve l’Adour : terres basses que les eaux recouvraient deux fois par an. Le sol en était maigre ; il y poussait du seigle et un peu de millet. Aux saisons pluvieuses, des mares y stagnaient — en sorte que le petit berger devait surveiller son troupeau du haut de ses échasses, affrontant le vent mouillé.
Comme le curé d’Ars, Vincent de Paul eut une enfance à la fois libre et rude. Et comme lui, lorsqu’il était rentré à la maison, il n’était pas précisément gâté : dormant non loin de l’étable des bêtes qui n’était séparée de la maison des hommes que par une mince cloison de planches…
Quant aux repas familiaux, il les décrira plus tard en quelques mots : « Au pays dont je suis, on est nourri d’une petite graine appelée millet que l’on met à cuire dans un pot ; à l’heure du repas, elle est versée dans un vaisseau, et ceux de la maison viennent autour, prendre leur réfection, et après, ils vont à l’ouvrage. »
De même, il brossera un tableau vivant et simple de la vie que menaient ses propres sœurs à la campagne : « Reviennent-elles à la maison pour prendre un maigre repas, lassées et fatiguées, toutes mouillées et crottées, à peine y sont-elles, si le temps est propre au travail ou si leurs père et mère commandent de retourner, aussitôt elles s’en retournent, sans s’arrêter à leur lassitude et sans regarder comme elles sont agencées. »
Des coups violents contre la porte. Des hommes armés qui crient d’une voix furieuse : « Ouvrez ! ouvrez tout de suite ! » Est-on revenu au temps des origines du Christianisme, à l’époque des Persécutions, lorsque les gardes des empereurs romains faisaient la chasse aux baptisés ? Non. On est en France, en l’année 1793, c’est-à-dire au plein de la tragique période de la Révolution. Il y a plus de trois ans qu’à Paris le peuple révolté s’est emparé de la Bastille, et certains disent qu’une nouvelle époque de l’histoire a commencé ce jour-là. Il y a quelques mois que, dans la douleur ou la stupeur de la nation, le roi Louis XVI a gravi les marches de la guillotine et que le bourreau a montré à la foule sa tête ruisselante de sang.
Des hommes armés qui crient d’une voix furieuse : « Ouvrez ! ouvrez tout de suite. »
— Ouvrez ! ouvrez donc ou nous enfonçons la porte ! Dans combien de villes de France, jusque dans les plus petits villages, de telles scènes ne se reproduisent-elles pas ? Combien de familles sont ainsi réveillées en sursaut, et combien se retrouveront, une heure plus tard, père, mère, grands-parents, enfants, serviteurs, entassés dans la cellule d’une prison, attendant de comparaître devant le Tribunal révolutionnaire qui les jugera et qui, peut-être,très souvent, trop souvent même, condamnera maints des membres à monter, eux aussi, les degrés de la sinistre machine qu’a inventée le docteur Guillotin ?
Quels crimes ont-ils commis ? Que leur reproche-t-on ? Bien souvent celui-ci : d’avoir caché des prêtres. C’est que, depuis deux ans, la Révolution fait la chasse au clergé. Pourquoi ? Parce que ses chefs ont la haine du Christianisme et veulent l’arracher du sol de la vieille France. Dans maints endroits, des équipes de furieux se sont ruées sur les églises les plus vénérables, les cathédrales les plus magnifiques, ont brisé les têtes des statues, parfois même entrepris de démolir pierre par pierre les nefs. Les prêtres sont traqués, ou plutôt sont traqués tous ceux d’entre eux qui ont refusé de prêter serment au gouvernement sacrilège, ce que le Saint Père le Pape a défendu. Comment vivent-ils donc, ces malheureux que toute la police pourchasse ? En se terrant, en se cachant sans cesse. Le passeport qu’il faut désormais pour voyager en France, ils ne l’ont pas. Aucun moyen pour eux de gagner leur vie. Seule peut les sauver la charité courageuse de quelques familles catholiques acceptant de les abriter en secret, mais, pour ces chrétiens, c’est, s’ils sont pris, la prison, le procès, la mort presque à coup sûr : abriter un prêtre « réfractaire » est un crime aux yeux de la loi.
Tout cela, d’innombrables enfants catholiques de France le savent. Il n’est famille chrétienne où les garçons et les filles n’aient entendu parler de ces événements tragiques, et des dangers qu’eux aussi peuvent courir.
Dans leurs jeunes âmes, l’héroïsme des enfants sublimes des premiers siècles de l’Église est revenu. Innombrables aussi sont, parmi eux, ceux qui sont résolus à tout braver, à exposer leur vie pour demeurer fidèles à la foi de leur baptême. Des enfants, qui n’étaient pas des saints, des enfants comme tous les autres, ont, au cours de cette douloureuse période qu’on appelle la Terreur, été les dignes descendants des Martyrs. Imaginons deux d’entre eux ; regardons les faire : leur exemple ne sera point perdu.
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— Ouvrez, ouvrez tout de suite !…
Les cris et les coups ont réveillé Jacques et Jeanne, dans les deux petites chambres voisines qu’ils occupent, au second étage de la maison paternelle. L’un et l’autre ont couru à la fenêtre, ont jeté un coup d’œil dans la rue et, immédiatement, ils ont compris. Ils ont reconnu les bonnets rouges, les longs pantalons tombant sur les galoches, les piques et les fusils. Et ils savent, sans qu’on ait besoin de le leur expliquer, pourquoi tous ces hommes sont là.
La porte de communication s’ouvre entre les deux chambres, Jeanne surgit, saisit son frère par le bras.
— Tu as entendu ? Tu les as vus ?
— Oui, qu’allons-nous faire ? Si nous montions sur le toit ? Ils ne nous trouveraient pas.
— Jacques ! tu veux te sauver ?… Tu ne penses pas au Père ? Il n’a peut-être pas entendu, lui. Il va être pris. C’est lui certainement qu’on recherche.
— Oui, tu as raison. Il faut le prévenir.
— Et papa, et maman, et grand père ?…
Mais Jacques, maintenant, est décidé :
— Il faut aller prévenir le Père. C’est plus important.
Depuis plus de six mois, il est caché là, dans la petite pièce mansardée que le haut toit dissimule. Jamais il n’est sorti ni dans la rue ni dans le jardin. Personne n’a pu le voir. Qui donc a su sa présence ? Ces gens-là ont vraiment des mouchards partout ! Et, depuis six mois, le Père a célébré, chaque matin, sa messe, tout simplement sur une table, dans une salle écartée. Il a consacré les hosties, comme s’il avait été à l’autel de son église, et toute la famille a, malgré les défenses officielles, continué à recevoir régulièrement la sainte communion.
Messiés, Mesdames, commence Luidgui, avec son savoureux accent qui fait le bonheur des autres…
— Eh ! y a pas de dames », interrompt Alex, le Parisien.
Il n’y a pas de dames, en effet. Le bivouac, en plein bled marocain, n’est pas fait pour les dames… mais Luidgui s’en moque bien. À la foire de Neuilly, les clowns qui, devant la foule amusée, font la retape pour le spectacle, toujours supersensationnel, les clowns disent toujours : Mesdames, Messieurs… à moins qu’ils ne disent Messieurs-dames, ce qui revient au même.
Et Luidgui qui a reçu avant tout autre don, et bien avant sa vocation de légionnaire, des dispositions étonnantes pour l’état de clown, Luidgui prétend, ce soir comme les autres, procurer aux camarades une bonne partie gratuite de fou-rire.
« Messiés, Mesdames, recommence-t-il imperturbable, nous vous offrons ce soir « oune nouméro absoloument extra-vagant ». Clara, la « pouce » savante (lisez la puce) a provoqué en « douel » pour « oune » match de boxe… devinez qui, Messiés-dames, dévinez si vous pouvez… Zé vous lé donne en cent… zé vous lé donne en mille… zé vous lé donne en dix mille. »
Un silence chargé de curiosité s’est établi parmi les légionnaires.
La vie rude de la Légion a fait de ces hommes si divers de grands enfants. L’absence de toute distraction les a rendus badauds. Et ce soir, ils prennent un plaisir de gosses à écouter les boniments de Luidgui. Le jeune étranger a réussi à les intriguer, il les tient en haleine, suspendus à ses lèvres, On sent bien qu’il va sortir quelque chose d’énorme, d’inattendu, une de ces trouvailles cocasses dont il a le génie.
« Ah ! Messiés-dames, zé vois bien que vous « broulez » de savoir contre qui Clara prétend remporter cé soir « oune » grande victoire sportive… Eh bien, Mesdames, Messiés, « celoui » contre qui Clara, la « pouce », sé mesourera n’est autre que notre grandé champion de boxe poids lourd… Phanor ! »
Une cascade de rires a jailli de toutes parts dans le cercle formé par les hommes étendus sur le sable.
C’était au camp de concentration d’Oswiecim, en Pologne, durant l’occupation allemande. Parmi les prisonniers de ce « Camp de la mort » se trouvait le Père Maximilien Kolbe, franciscain, bien connu pour son merveilleux apostolat par la presse. Son ardent amour envers la Vierge Immaculée l’avait fait surnommer le fou de Notre-Dame.
Le 17 février 1941 une auto noire avait stoppé devant la porte de son couvent. Des membres de la fameuse Gestapo en étaient descendus et avaient demandé à voir le Père. « Loué soit Jésus-Christ », leur avait-il dit sans se troubler.
« C’est toi Maximilien Kolbe ? » glapit l’un des bourreaux.
« Oui, c’est moi. »
« Alors, suis-nous ! »
Et le bon Père n’était plus revenu.
Emmené tout d’abord à la prison de Varsovie où il avait été battu jusqu’au sang par le Schaarführer, furieux de le voir revêtu de son habit franciscain, il fut transféré à Oswiecim le 12 mai suivant. Il devait y rester trois mois, presque jour pour jour.
Vers la fin de juillet 1941, un des compagnons de captivité du Père réussit à s’évader malgré l’effroyable sévérité des gardiens. Ce prisonnier appartenait au « bloc » 14, celui auquel était affecté le Père Kolbe. Or le commandant du camp, un nommé Fritsch, avait dit que pour chaque homme qui s’évaderait et ne serait pas retrouvé, vingt de ses compagnons de bloc seraient condamnés à mourir de faim ! Aussi, cette nuit-là personne ne put dormir dans la baraque. Une peur mortelle étreignait les malheureux qui se demandaient si leur camarade serait repris ou non. On racontait des choses tellement horribles sur ce qui se passait dans le « bloc de la mort » ! Parfois la nuit retentissait de cris d’épouvante, de véritables hurlements de fauves ! Les condamnés n’avaient plus rien d’humain, disait-on, et leur vue faisait peur à leurs geôliers eux-mêmes ! Car il ne s’agissait pas seulement du martyre de la faim, mais aussi de celui de la soif ! Il fallait ainsi agoniser pendant des jours, des semaines parfois, au milieu d’effroyables tortures qui vous séchaient les entrailles, vous emplissaient les veines de feu et menaient souvent à la folie !
Aussi chacun se demandait avec terreur : « Sera-ce moi ? » Et ces héros pleuraient comme de petits enfants…
Le lendemain, à l’appel, le chef de camp annonce que le fugitif n’a pas été retrouvé ; le bloc 14 reçoit l’ordre de rester debout sous un soleil de feu et il est interdit de lui donner à boire. Vers trois heures de l’après-midi les gardiens permettent cependant aux prisonniers de manger un peu de soupe. Ce sera le dernier repas de ceux qui seront choisis pour le « bloc de la faim » !