Et maintenant une histoire ! Posts


20 mars 2026Saint Wulfran, Archevêque de Sens

Wul­fran naquit au VIIe siècle à Mil­ly, près de Fon­tai­ne­bleau, d’une très noble famille. Appe­lé à la cour de Neus­trie par le cré­dit de son père et par son propre mérite, il y ser­vit heu­reu­se­ment Clo­taire III et Thier­ry III. Élu arche­vêque de Sens, il ne gou­ver­na son dio­cèse que deux ans et demi. Puis il démis­sion­na et par­tit évan­gé­li­ser les Fri­sons, accom­pa­gné de quelques reli­gieux. Ils s’embarquèrent à Cau­de­bec. Un jour que Wul­fran disait la messe sur le bateau, le diacre lais­sa tom­ber la patène à la mer ; alors le saint évêque, après avoir prié, lui com­man­da de mettre la main à l’en­droit où la patène avait dis­pa­ru, et aus­si­tôt celle-ci remon­ta du fond des eaux et vint se pla­cer dans sa main, au grand éton­ne­ment de tous. Dès qu’ils furent arri­vés en Frise (contrée de la Hol­lande actuelle), Wul­fran s’a­dres­sa à Rad­bod, duc du pays ; ce prince, quoi­qu’i­do­lâtre, don­na aux mis­sion­naires toute liber­té pour prê­cher. Les Fri­sons écou­tèrent volon­tiers Wul­fran et plu­sieurs se firent bap­ti­ser. Les miracles du saint y furent pour beau­coup. Il exis­tait dans le pays une cruelle cou­tume, celle de faire aux démons des sacri­fices humains : on pre­nait un enfant dési­gné par le sort et tan­tôt on le déca­pi­tait, tan­tôt on le pen­dait, tan­tôt on le jetait à la mer. À la voix de saint Wul­fran, un enfant qu’on avait pen­du res­sus­ci­ta, deux autres qu’on avait jetés à la mer res­tèrent sains et saufs. Alors que la reli­gion chré­tienne com­men­çait à s’im­plan­ter pro­fon­dé­ment par­mi les Fri­sons, saint Wul­fran déci­da de se reti­rer à Saint-Wan­drille, où il mou­rut au début du VIIIe siècle. Plus tard ses reliques furent trans­por­tées à Abbe­ville dont il devint le patron.


Ouvrage : Et maintenant une histoire I | Auteur : Duroc, Bertrand

« Dis donc, André, si tu as envie de faire un tour avec nous, il reste une petite place sur la ban­quette. Tu nous aide­ras à déchar­ger tout à l’heure. »

André veut aider les autres - Livraison en camion

C’est Ray­mond, le grand frère de Jacques, qui parle. André réflé­chit une minute. Rien ne le retient pour le moment. Ça va rude­ment être chic cette petite pro­me­nade, sur le lourd camion.

« Oui, pour­quoi pas ? Par où passez-vous ?

— Nous allons fran­chir le pont du Rhône, puis nous rejoin­drons, sur la route de Valence, le han­gar où nous devons déchar­ger nos poutres.

— Ça va ! En avant ! »

D’un bond, André saute sur la ban­quette, à côté du frère de son ami. Ils sont dix main­te­nant sur le lourd véhi­cule qui s’é­branle avec un bruit de ferraille.

« Inutile de par­ler ; pas moyen de s’en­tendre là-dedans. », crie le jeune homme.

D’ailleurs, André n’a pas envie de par­ler. Il lui suf­fit de regar­der, de res­pi­rer lar­ge­ment l’air char­gé d’en­thou­siasme de ce matin de prin­temps. Quand Ray­mond, du seuil de la scie­rie, l’a­vait hélé, il sor­tait de la petite église où chaque jour de ses vacances de Pâques il vient prier pour son équipe. Elle ne va pas trop bien en ce moment. On ne sait pas au juste pour­quoi d’ailleurs, mais les gars n’ont plus la même ardeur qu’a­vant. « Peut-être qu’il manque des saints par­mi nous ; des gars prêts à tout offrir pour les autres. Ça devient mou… on s’ha­bi­tue ! » Mais mal­gré tout, ça n’a rien de décou­ra­geant ces pen­sées-là. C’est au contraire exal­tant, et André se dit tout bas : « C’est quand même chic la vie, sur­tout quand on a un tra­vail pareil à faire avec Jésus.

Oui, c’est chic ; mais c’est dur aus­si. On n’est pas Cœur Vaillant « pour rire ». Et il le savait bien, le har­di gar­çon qui rou­lait sans le savoir vers son destin…

Le pont, en un large pas de pierre, enjam­bait le fleuve. Le camion s’en­ga­gea en une réson­nance infer­nale. Ce fut alors que, brus­que­ment, la catas­trophe arri­va. André ne com­prit rien. Il sen­tit sou­dain un choc for­mi­dable, puis il enten­dit des cris. Et puis, plus rien… Ce fut le vide, la nuit… Le gars n’é­tait plus qu’une petite chose, empor­tée par le cou­rant. La masse énorme du camion, en se retour­nant, l’en­traî­na dans son remous, puis il remon­ta comme un bou­chon une fois, deux fois, à la sur­face. Sur son cœur, sur son insigne, ses mains s’é­taient croisées.

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Après le départ des Mages, le temps arri­va où, selon la loi de Moïse, Marie dut aller à Jéru­sa­lem pour pré­sen­ter l’Enfant Jésus au Temple et offrir un sacri­fice. Joseph et Marie étaient pauvres ; ils n’offrirent que deux tour­te­relles ; les gens riches offraient un agneau. Louis. Pour­quoi offrait-on des tourterelles…

Ouvrage : Autres textes | Auteur : Michelet, Marcel

On dit que bien men­teurs sont les chas­seurs. Ils sont poètes à leur façon, ces grands che­va­liers de la nature, et je crois plu­tôt qu’ils ne mentent point, mais qu’il leur arrive par­fois d’exa­gé­rer la véri­té. Oyez cependant.

Sou­vent, ces soirs d’hi­ver, quand seul, on se sent si bien chez soi, près d’un bon feu qui flam­boie, le vieux curé du vil­lage, Deferr, avait l’au­baine de rece­voir la visite noc­turne de maître chas­seur Ros­soz. Ce n’é­tait ni un scru­pu­leux, ni un athée notoire que notre chas­seur. De temps à autre, le Bon Dieu devait pour­tant se conten­ter d’une bonne inten­tion en guise de sanc­ti­fi­ca­tion du dimanche. Cepen­dant, maître Ros­soz n’ou­bliait pas son vieux curé Deferr et les soi­rées d’hi­ver, quand la lune n’é­tait pas pro­pice pour l’af­fût de fin limier gou­pil, il s’en allait vers le pres­by­tère. Non pas qu’il allât se confes­ser, car notre chas­seur ne sen­tait le besoin, et pour son corps et pour son âme, de se les­si­ver qu’une fois l’an. Une vraie belle âme au demeu­rant, mais dans la plus noire des enve­loppes. En ce soir de jan­vier, maître chas­seur Ros­soz se hâte pour­tant vers la cure et si l’on dit que se hâter n’é­tait pas son fort, on pou­vait devi­ner quelque grave aventure.

Histoire de chasseur à l'EpiphanieLe calme du pres­by­tère n’a­vait pas même été trou­blé par ce visi­teur inso­lite, car maître chas­seur Ros­soz, d’un pas glis­sé et tou­jours pru­dent, avait fran­chi les sombres cou­loirs et voi­ci qu’il entrait dans la chambre de son vieux curé assis près du four­neau en pierre « ollaire ». M. Deferr n’est pas sor­ti de sa prière, il a hoché la tête pour saluer et ses mains pieu­se­ment fer­mées comme ses yeux, par­cou­raient régu­liè­re­ment les gros grains bruns d’un cha­pe­let fran­cis­cain. Le curé n’a rien dit à son homme, puis­qu’il par­lait à son Dieu.

Ros­soz s’est assis dans le grand fau­teuil de cuir réser­vé aux visites. Il n’a rien dit, lui non plus ; mais ses yeux brillaient d’une étrange his­toire et ses mains tan­nées allaient ner­veu­se­ment des poches de son lamen­table pale­tot de chasse à sa pipe noire et ron­gée, puis remon­taient la figure par
devant jus­qu’à ses che­veux, pour recom­men­cer cent fois le même manège. Per­sonne ne disait rien et le jeu des mains recom­men­çait chaque fois plus rapide et l’é­trange his­toire brû­lait tou­jours plus dans ses yeux. Le cuir brû­lait sur le fau­teuil. La douce cha­leur du four­neau brû­lait et la prière silen­cieuse du vieux curé brû­lait. Des mains de feu tiraient l’un après l’autre les grains rou­gis du cha­pe­let fran­cis­cain, pareils à des char­bons ardents. Sa solide tête de chas­seur de cha­mois, elle, elle lui sem­blait s’é­car­te­ler comme un tronc dans les flammes. Voi­là main­te­nant que toute la chambre brû­lait, du feu par­tout, par­tout du feu qui tour­nait, qui tour­nait avec lui et lui avec le feu.

Le cha­pe­let du curé a sou­le­vé une brise de fraî­cheur en rou­lant par terre et Ros­soz s’est jeté aux pieds de son vieil ami Deferr, puis il a dit : « Mon Père, par­don­nez-moi, parce que j’ai péché… parce que j’ai péché… parce que j’ai péché… parce que j’ai… » Les mains du prêtre se posèrent, telle la rosée du matin fraî­chis­sant une fleur, sur les mains brû­lantes du chas­seur prosterné.

Alors Ros­soz a pu conti­nuer sa confes­sion. « Parce que j’ai, pour­suit-il, parce que j’ai tué un cha­mois, aujourd’­hui, près de la cha­pelle de S. Chris­tophe. » Le curé n’y com­pre­nait plus rien. Ros­soz, lui, le grand bra­con­nier de la val­lée, se confes­ser d’a­voir des­cen­du un cha­mois ! Jamais ça ne lui était arrivé.

Ouvrage : Mémoires et souvenirs | Auteur : Mistral, Frédéric

À la rencontre des Rois. – La crèche.

– C’est demain la fête des Rois Si vous vou­lez les voir arri­ver, allez vite à leur ren­contre, enfants, et por­tez-leur quelques présents.

Voi­là, de notre temps, ce que disaient les mères, la veille du jour des Rois.

Les enfants à la rencontre des rois mages en Provence

Et en avant toute la mar­maille, les enfants du vil­lage ; nous par­tions enthou­siastes à la ren­contre des rois Mages, qui venaient à Maillane, avec leurs pages, leurs cha­meaux et toute leur suite, pour ado­rer l’En­fant Jésus.

– Où allez-vous, enfants ?

– Nous allons au-devant des Rois !

Et ain­si , tous ensemble, mioches ébou­rif­fés et petites blon­di­nettes, avec nos calottes et nos petits sabots, nous filions sur le che­min d’Arles, le cœur tres­saillant de joie, les yeux rem­plis de visions. Et nous por­tions à la main, comme on nous l’a­vait recom­man­dé, des fouaces pour les Rois, des figues sèches pour les pages et du foin pour les chameaux.

Jours crois­sants,
Jours cui­sants.

C’é­tait au com­men­ce­ment de jan­vier et la bise souf­flait : c’est vous dire qu’il fai­sait froid. Le soleil des­cen­dait, tout pâle, vers le Rhône. Les ruis­seaux étaient gla­cés, l’herbe était flé­trie. Des saules dépouillés, les branches rou­geoyaient. Le rouge-gorge et le roi­te­let sau­taient, fré­tillants, de branche en branche, et l’on ne voyait per­sonne aux champs, à part quelque pauvre veuve qui met­tait sur sa tête son tablier rem­pli de souches, ou quelque vieillard en haillons qui cher­chait des escar­gots au pied d’une haie.

– Où allez-vous si tard, petits ?

– Nous allons au-devant des Rois !

Et la tête en arrière, fiers comme Arta­ban, en riant, en chan­tant, en cou­rant à cloche-pied, ou en fai­sant des glis­sades, nous che­mi­nions sur la route crayeuse, balayée par le vent.

Puis le jour bais­sait. Le clo­cher de Maillane dis­pa­rais­sait der­rière les arbres, der­rière les grands cyprès noirs ; et la cam­pagne s’é­ten­dait tout là-bas, vaste et nue. Nous por­tions nos regards aus­si loin que pos­sible, à perte de vue, mais en vain ! Rien ne parais­sait, si ce n’est quelques fagots d’é­pines empor­tés par le vent dans les chaumes. Comme cela a lieu dans les soi­rées d’hi­ver, tout était triste et muet.

Ouvrage : Autres textes | Auteur : Noël, Marie

Le 31 décembre 1940.

Le der­nier jour de l’an­née, le Bon Dieu était dans le ciel et regar­dait en bas dans une église où les gens étaient en train de lui chan­ter le Te Deum.

L’église n’avait plus ni clo­cher ni cloches et le curé avait eu bien du mal à bou­cher les plus gros trous des murs et du toit pour que les fidèles ne fussent pas trop mouillés, les jours de pluie, en y réci­tant leurs prières.

Noël dans un village détruit par la guerreIl y avait là Léon­tine, dont les trois mai­sons avaient été brû­lées et qui logeait main­te­nant dans un gre­nier froid.

Il y avait là Thé­rèse, à qui les Alle­mands n’a­vaient lais­sé ni meubles, ni linge et qui était venue à l’office avec le man­teau de sa voisine.

Il y avait Fran­çois, de la ferme des Noues, dont tous les che­vaux et les vaches avaient été emme­nés par la troupe, si bien qu’il ne pou­vait plus labou­rer ses terres et, à côté, dans le même banc, la pauvre Made­leine dont le mari avait été tué d’un coup de fusil à l’entrée du bourg.

Il y avait Ger­maine, la boi­teuse, dont les trois fils étaient prisonniers…

Et Théo­dore dont la femme et les deux filles avaient péri ensemble, ense­ve­lies sous la grange…

Et Mar­gue­rite qui avait per­du, en fuite, son petit gar­çon, et per­sonne ne savait plus ce qu’il était devenu…