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3 septembre 2026Saint Ayou, Martyr

Aigulphe, vul­gai­re­ment nom­mé Ayou, naquit à Blois vers l’an 630. Il se fit admettre à l’ab­baye béné­dic­tine de Fleu­ry, au dio­cèse d’Or­léans. Son supé­rieur lui confia la mis­sion de faire enle­ver les reliques de saint Benoît, ense­ve­lies sous les ruines de l’ab­baye du Mont-Cas­sin, au royaume de Naples. Ayou par­tit, accom­pa­gné de quelques per­sonnes du Mans il eut la chance de décou­vrir le tom­beau de saint Benoît et celui de sainte Scho­las­tique, sa sœur. Il en tira les osse­ments et les trans­por­ta en France : on mit ceux de saint Benoît dans l’ab­baye de Fleu­ry, et ceux de sainte Scho­las­tique furent envoyés au Mans. Appe­lé ensuite à gou­ver­ner le monas­tère de Lérins, en Pro­vence, Ayou ten­ta d’y réta­blir la dis­ci­pline ; mais des hommes per­vers, encou­ra­gés par le sei­gneur de Nice, our­dirent un com­plot contre le saint Abbé et l’as­sas­si­nèrent. L’É­glise, et en par­ti­cu­lier le dio­cèse de Blois, l’ho­nore comme martyr.


Ouvrage : Autres textes | Auteur : Wyzewa, Teodor de

Tibi, margaritæ meæ !

En ce jour-là, Pierre se leva au milieu des dis­ciples, qui étaient assem­blés au nombre d’environ cent vingt, et il leur dit :

… « Il faut que, de ceux qui ont été avec nous pen­dant que le Sei­gneur Jésus a vécu par­mi nous, il y en ait un qui soit témoin avec nous de sa résurrection ! »

Alors ils en pré­sen­tèrent deux : Joseph, appe­lé Bar­sa­bas, sur­nom­mé le Juste, et Mathias. Et, priant, ils dirent : « Toi, Sei­gneur, qui connais le cœur de tous, montre-nous lequel de ces deux hommes tu as choi­si, afin qu’il prenne part au minis­tère et à l’apostolat en rem­pla­ce­ment de Judas, qui nous a aban­don­nés ! » Et ils tirèrent au sort ; et le sort tom­ba sur Mathias, qui, d’un com­mun accord, fut mis au rang des onze apôtres.

(Actes des Apôtres, I, 15 – 24.)

Et, lorsque vint le jour de la Pen­te­côte, tous tes dis­ciples se réunirent dans le même lieu. Et voi­ci que sor­tit tout à coup du ciel un bruit comme d’un grand vent, qui rem­plit toute la mai­son où ils se tenaient assis. Et ils virent des langues de feu qui, se par­ta­geant, des­cen­daient sur la tête de cha­cun d’entre eux. Et, aus­si­tôt, tous furent rem­plis de l’Esprit-Saint ; et ils se mirent à par­ler toutes les langues, sui­vant l’inspiration de l’Esprit qui était en eux.

Or il y avait alors à Jéru­sa­lem des hommes crai­gnant Dieu, qui venaient de toutes les nations qui sont sous le ciel. Et, quand on apprit le miracle, la foule accou­rut ; et ces étran­gers furent stu­pé­faits d’entendre les dis­ciples leur par­ler à cha­cun dans sa langue.

Et, dans leur sur­prise, ils se disaient l’un à l’autre : « Est-ce que tous ces hommes qui nous parlent ne sont pas des Gali­léens ? Com­ment donc les enten­dons-nous par­ler à cha­cun de nous dans sa langue ? Parthes, Mèdes, Éla­mites, habi­tants de la Méso­po­ta­mie, de la Judée, de la Cap­pa­doce, du Pont et de l’Asie, de la Phry­gie et de la Pam­phy­lie, de l’Égypte et des régions de la Libye qui avoi­sinent Cyrène ; et Romains, tant Juifs que pro­sé­lytes, et Perses, et Arabes, voi­ci que nous les enten­dons nous prê­cher, dans nos langues, les grandes choses de Dieu ! »

(Actes des Apôtres, II, 1 – 11.)

I

Le chrétien

Chris­tus. – Cui ego loquer, cito sapiens erit.
(Imi­ta­tio Chris­ti, III, 43.)

C’est tout à fait par hasard, – ou, plus exac­te­ment, par miracle, – que Joseph, appe­lé aus­si Bar­sa­bas, était deve­nu dis­ciple de Jésus. Il avait alors vingt ans, et demeu­rait, avec sa mère, dans le vil­lage gali­léen où il était né. Or, voi­ci l’heureuse aven­ture qui lui était arrivée :

Se ren­dant à Caper­naüm en com­pa­gnie de son petit âne, un matin d’automne, pour vendre au mar­ché les figues de son champ, il avait fran­chi déjà la double ran­gée des col­lines qui sépa­raient son vil­lage du lac de Géné­sa­reth, lorsque, à un tour­nant du sen­tier, un spec­tacle impré­vu l’avait arrê­té. Une ving­taine de men­diants et de vaga­bonds étaient assis en cercle, sur la rive du lac, occu­pés à écou­ter un homme vêtu de blanc, qui, debout au milieu d’eux, sem­blait leur don­ner des ordres ou les répri­man­der. Il leur par­lait, en tout cas, d’une voix si sévère que Bar­sa­bas, et son âne lui-même, n’avaient pu s’empêcher d’en être effrayés. Mais sou­dain, oubliant son effroi, toute l’âme du jeune pay­san avait fré­mi de fureur : car, dans la troupe de ces va-nu-pieds, com­plo­tant sans doute quelque bri­gan­dage, il venait de recon­naître l’homme qu’entre tous au monde il détes­tait le plus, un homme qu’il avait autre­fois recueilli, nour­ri, trai­té en frère, et qui, pour récom­pense, lui avait volé cinq mines d’argent, son unique bien ; après quoi le misé­rable s’était enfui, et Bar­sa­bas avait sen­ti que sa joie et son repos s’enfuyaient du même coup.

Aus­si, dès qu’il avait recon­nu son ancien ami, n’avait-il plus eu de pen­sée que pour sa ven­geance. Mais, au moment où déjà il s’approchait, le cou­teau en main, l’homme vêtu de blanc avait détour­né la tête, et fixé sou­dain son regard sur lui. C’était un regard pro­di­gieux, plein à la fois de dou­ceur et d’autorité, un regard qui entrait jusqu’au fond de l’âme, mais pour l’apaiser et la puri­fier. Et tan­dis que Bar­sa­bas, inter­dit, trem­blait sous l’impérieuse caresse de ce regard, l’homme s’était écrié, pour­sui­vant son dis­cours : « Aimez vos enne­mis, bénis­sez ceux qui vous mau­dissent, faites du bien à ceux qui vous font du mal, et priez pour ceux qui vous outragent et vous per­sé­cutent, afin que vous soyez enfants de votre Père, qui est dans les cieux ! Car, si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quel mérite y aurez-vous ? Et si vous ne faites accueil qu’à vos frères, qu’y aura-t-il là qui vaille d’être loué ? »

À peine Bar­sa­bas avait-il enten­du ces paroles, qu’il avait eu le sen­ti­ment qu’un poids se déta­chait de son cœur. Tout de suite, ajour­nant sa ven­geance, il s’était assis sur une pierre pour mieux écou­ter ; et son âne avait dres­sé les oreilles pour écou­ter aus­si. Car cette voix, dont tous deux à dis­tance s’étaient effrayés, elle n’était plus main­te­nant qu’une ado­rable musique, légère, lim­pide, pareille à un chant de fau­vette dans le calme des bois. Et long­temps encore la voix avait conti­nué de par­ler, ensei­gnant à Bar­sa­bas toute sorte de choses qu’il s’étonnait de pou­voir com­prendre. Elle lui avait ensei­gné le plai­sir de la pau­vre­té, la beau­té de l’ignorance, l’inutilité de l’effort et de la pen­sée. « Ne soyez pas en sou­ci pour votre vie, – disait-elle, – ne vous pré­oc­cu­pez pas de ce que vous man­ge­rez ni de ce que vous boi­rez ! Soyez comme les petits enfants que vous voyez sur les routes : car ceux-là seuls qui leur res­semblent pour­ront entrer dans le royaume des cieux. Et qui­conque s’abaisse pour deve­nir sem­blable à un petit enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des cieux ! »

Jesus guerissant les malades sur le bord du lac de Genezareth

Mais sur­tout la voix révé­lait à Bar­sa­bas quelle joie c’était de renon­cer à soi-même pour don­ner son cœur aux souf­frances d’autrui : de sorte que peu à peu le jeune homme, sans ces­ser d’écouter, avait com­men­cé à consi­dé­rer ses nou­veaux com­pa­gnons. Des men­diants et des vaga­bonds, oui, sa pre­mière impres­sion ne l’avait pas trom­pé : mais com­ment avait-il pu les prendre pour des mal­fai­teurs ? La plu­part avaient de bonnes figures simples et ouvertes ; et ceux dont les traits étaient plus durs ou la mine moins plai­sante, ceux-là même por­taient, dans leurs yeux, un vivant reflet du regard de leur maître. Il n’y avait pas jusqu’au visage de l’ennemi de Bar­sa­bas qui, au contact de ce regard, ne se fût trans­for­mé. Nulle ombre n’y res­tait plus des pas­sions de jadis : l’œil avait per­du toute trace de ruse, les plis du front s’étaient effa­cés, la bouche s’entrouvrait en un clair sou­rire. Mieux encore que les autres, il avait su deve­nir pareil à un enfant.

Ouvrage : Les contes de la Vierge | Auteur : Tharaud, Jérôme et Jean

La légende tait le nom du che­va­lier au bari­zel. Elle dit seule­ment que, pous­sé par la peur de la dam­na­tion éter­nelle et non par un vrai repen­tir, ce che­va­lier prit un jour la bure et le bâton du pèle­rin, pour se rendre dans un monas­tère et faire confes­sion de ses péchés.

Chevalier pécheur

La confes­sion fut longue ! Jamais chré­tien n’avait pillé tant d’églises, rui­né tant de cou­vents, dépouillé tant de voya­geurs, blas­phé­mé plus sou­vent le nom du Christ et de sa mère. Mais rien qu’à racon­ter ses crimes, il trou­vait encore tant de plai­sir, que l’abbé qui le confes­sait était bien moins épou­van­té de la gran­deur et du nombre des péchés qu’il avait com­mis, que de l’orgueil dia­bo­lique qui le fai­sait tou­jours s’y complaire.

– Mon fils, dit-il au péni­tent, quand celui-ci eut ache­vé sa confes­sion épou­van­table, n’attends pas de moi l’absolution : tu es encore au pou­voir de Satan, et les péchés ne sont remis qu’à ceux qui ont domp­té leur mau­vaise âme.

Ouvrage : Autres textes | Auteur : Ancelet-Hustache, Jeanne

Conte de Pâques pour les enfants sages

Il était une fois, dans une tour grise qui domine un des plus vieux quar­tiers de Paris, cinq cloches sus­pen­dues en trois ran­gées : deux, puis deux, puis une. Mgr l’Archevêque les avait bénites et elles por­taient des noms, car les cloches reçoivent des noms comme les petits chrétiens.

baptême de cloches

Que les cloches étaient jolies, le jour de leur bap­tême, dans leur robe blanche ornée de bro­de­ries et de rubans ! La plus petite, qui avait pour par­rain et mar­raine des enfants royaux, avait été nom­mée Hen­riette-Louise, comme une prin­cesse de France.

Les cloches mêlaient leurs voix quand on bap­ti­sait un petit, quand le prêtre unis­sait deux époux ou quand l’âme d’un chré­tien était retour­née à Dieu. Le dimanche aus­si, leurs notes plus chan­tantes ou plus graves s’accordaient pour louer le Sei­gneur, et aux jours de fête, leurs accents se fai­saient si joyeux que leur allé­gresse sem­blait rem­plir la ville entière.

Pour les son­ner, on ne fai­sait pas usage de cordes. C’est bon quand il s’agit des cloches de vil­lage qu’un seul homme peut mettre en branle.

Ici la plus petite cloche, la filleule royale Hen­riette-Louise pesait près de deux mille livres.

Aux jours solen­nels, quand toutes les cloches devaient prendre part à la fête, le maître-son­neur allait recru­ter des hommes solides dans les coins du quar­tier où il savait les trouver.

Des deux mains, ils empoi­gnaient les cro­chets de fer vis­sés dans les poutres, et s’y tenaient ferme, le maître-son­neur don­nait le signal et, de toutes leurs forces, les son­neurs appuyaient en mesure régu­lière sur des pédales qui met­taient la cloche en branle. Pen­dant qu’elle se balan­çait, ils res­taient un ins­tant sus­pen­dus dans le vide, mais ils évi­taient de regar­der sous eux le noir pro­fond de la tour, où un filet était d’ailleurs prêt à les rece­voir si le ver­tige arra­chait leurs mains aux cram­pons de fer.

Sonnerie des cloches - Manoeuvre bourdon Emmanuel

Au pied du clo­cher, les fidèles se ren­daient à l’église en beaux atours du dimanche. La joie était plus grande encore quand les petites filles en mous­se­line blanche arri­vaient pour la pre­mière Com­mu­nion ou la Fête-Dieu. D’année en année, celles-ci demeu­raient sem­blables, si bien que, du haut du clo­cher, on eût pu croire que c’étaient tou­jours les mêmes qui reve­naient, mais la mode trans­for­mait la coupe des vête­ments que por­taient les mes­sieurs et la forme des robes pour les dames.

Comme les hommes aiment le chan­ge­ment ! que de choses étranges ils inventent ! Les che­vaux, qui fai­saient son­ner sous leurs sabots le pavé des rues voi­sines, avaient peu à peu dis­pa­ru. Des voi­tures qui rou­laient toutes seules avaient rem­pla­cé les calèches ou les camions lourds qu’ils traî­naient. Voi­ci même qu’on avait trou­vé le moyen de trans­for­mer presque abso­lu­ment la nuit en jour.

Or il advint ceci.

Dans l’escalier, un beau jour, des pas reten­tirent, qui n’étaient point les pas pesants des son­neurs. Trois mes­sieurs en cha­peau rond, habillés chez le bon tailleur, accom­pa­gnaient Mon­sieur le Curé. Ils regar­dèrent les cloches de haut en bas, de long en large et en tra­vers, pro­non­cèrent des mots extra­va­gants que les cloches n’avaient jamais enten­dus et aux­quels elles ne com­pre­naient goutte : « Élec­tri­ci­té… moteur… cou­rant… trans­for­ma­teur… mise en mou­ve­ment auto­ma­tique… », puis ils sor­tirent de la poche de leur ves­ton de grandes feuilles avec des tra­cés noirs aus­si extra­va­gants que leurs paroles, et des car­nets sur les­quels ils se mirent à ins­crire des chiffres.

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Marie-Made­leine, la pauvre péche­resse conver­tie, la fidèle et cou­ra­geuse chré­tienne du Cal­vaire, pous­sée par son amour pour Jésus, sor­tit de Jéru­sa­lem le dimanche matin avant même le lever du soleil. Elle vou­lait aller pleu­rer près du tom­beau de son bon maître, s’exposant ain­si aux insultes des sol­dats qui gar­daient le corps.

Pen­dant qu’elle allait au tom­beau, le Christ était res­sus­ci­té ; et lorsque Made­leine arri­va au petit jar­din qui entou­rait le sépulcre, les gardes s’étaient déjà enfuis et Made­leine vit avec stu­pé­fac­tion la porte ouverte et la pierre enlevée.

Pierre roulée et tombeau vide PaquesElle jeta un regard rapide dans l’intérieur du caveau, et croyant qu’on avait enle­vé le corps, elle cou­rut pré­ci­pi­tam­ment au Cénacle aver­tir Pierre, qui était déjà consi­dé­ré comme le Chef des Apôtres. Pierre et Jean sor­tirent aus­si­tôt et cou­rurent vers le tom­beau. Made­leine les sui­vit de loin.

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Tout san­glant, tout bri­sé par la dou­leur, le Rédemp­teur du monde fut traî­né devant son juge.

Pilate, mar­chant devant lui hors de la salle du Pré­toire, le mon­tra à la foule en disant : « Voi­là l’Homme. »

Lui-même, juge inique, eut peur de sa cruelle fai­blesse. Il crut qu’en mon­trant au peuple ce corps ensan­glan­té, ce visage déchi­ré, ils auraient pitié de lui.

« Voi­là l’Homme ! » dit Pilate.

Oui, voi­là l’Homme, l’Homme saint, l’Homme-Dieu qu’ils ont mécon­nu, outra­gé, tor­tu­ré. Voi­là l’Homme qui veut souf­frir, qui veut mou­rir pour sau­ver ceux qui le mécon­naissent, qui l’outragent, qui le tor­turent ; voi­là l’Homme-Dieu mou­rant, mais qui veut souf­frir encore jusqu’à ce qu’il ait expié tous les péchés de tous les hommes qu’il appelle ses frères.

Ecce Homo, 1543 par Titian

Et les Juifs n’ont aucune pitié de ses atroces dou­leurs ; ils veulent qu’il souffre encore, ils veulent l’avilir plus encore par le sup­plice igno­mi­nieux de la croix, et tous rugissent de plus fort en plus fort :

« Cru­ci­fiez-le ! crucifiez-le ! »

Pilate, à ces cris, ras­semble son cou­rage : « Pour­quoi le cru­ci­fie­rai-je, deman­da-t-il, puisqu’il est inno­cent ? Cru­ci­fie­rai-je votre Roi ?

— Nous n’avons pas d’autre Roi que César ! crient les Juifs. Nous ne vou­lons pas que celui-ci règne sur nous ! Il s’est dit Fils de Dieu, et selon notre loi il doit mou­rir ! Si vous le relâ­chez, vous êtes enne­mi de César ! »

À ces paroles, Pilate eut peur et cher­cha à étouf­fer la voix de sa conscience. Il mon­ta donc sur son tri­bu­nal, qui, sui­vant l’usage des anciens, était situé en plein air et devant le palais. Il se fit appor­ter de l’eau, et se lavant les mains en pré­sence de la foule :