Sainte Marie

Auteur : Solhac, Claude | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de la Vierge .

Soeurs-MissionnairesUne his­toire vraie ? En voi­ci une toute simple et jolie, qui nous fut contée par une des Sœurs Mis­sion­naires-Caté­chistes d’Alice Munet. Une de ces Sœurs blanches au calme et lumi­neux sou­rire, dont la vie est vouée au salut des Noirs.

* * *

O Vierge, comme vous êtes mater­nelle, pour vos enfants de la terre…

Le soir tom­bait. Un peu de vent se leva dans les palmes…

Le vil­lage, tout calme, se repo­sait au bord de l’oasis. Les trou­peaux, len­te­ment, s’en venaient boire à la source, plon­geant leurs naseaux alté­rés dans l’eau vive. Les pâtres atten­daient, les yeux fixés sur l’horizon, d’un rose-feu. L’heure était pleine de grâce.

Missionnaires dans un village d'AfriquePleine de grâce… Sou­rire de la terre. Et sou­rire du ciel. Les Pères venaient d’arriver, en tour­née de mis­sion, dans ce vil­lage aux confins du désert, et non évan­gé­li­sé encore. Quelques indi­gènes se grou­paient autour des robes blanches.

Les por­teurs de la mis­sion, accrou­pis autour d’un feu de len­tisques, pré­pa­raient le repas du soir. Pour les Pères, ils son­geaient à dis­pen­ser la Bonne Nou­velle, la parole de Dieu, le pain des âmes. Et déjà, pour que leur pas­sage soit fécond, ils le confiaient à la Vierge, Mère de toute grâce. Le cha­pe­let aux doigts, ils égre­naient des Ave, sous le ciel rose et pur.

Au bruit des Ave, une vieille Noire sor­tit d’une case voi­sine. Elle était vieille, oui, toute cas­sée, ses che­veux cré­pus blan­chis par les ans… peut-être par la dou­leur. Elle s’approcha de ceux qui réci­taient la prière mariale. Elle écou­ta le salut à la Vierge. Sou­dain, elle eut un cri léger, ten­dit la main vers le cha­pe­let du plus âgé des Pères, le sai­sit d’un geste fervent.

CHAPELET mainsLe Père lais­sait le cha­pe­let dans la main noire, comme une béné­dic­tion. La vieille femme tour­nait et retour­nait une médaille d’argent, fixée près de la croix en bois d’olivier.

« La médaille de la Vierge. Elle est belle… » dit le Père.

Sans répondre, la vieille Noire cher­cha une médaille. qui pen­dait à son cou, atta­chée par un cor­don de raphia.

« Vois ! dit-elle gra­ve­ment. Elle est pareille à celle que m’a don­née mon fils.

— Ton fils est bap­ti­sé ? »

Le bras ten­du, elle dési­gna un tumu­lus, non loin de sa case.

« Depuis vingt ans, mon fils dort là, à l’ombre de ma demeure. Au temps de la Grande Guerre, il était par­ti en France, défendre le pays. »

Le pays ! Dou­ceur d’entendre la France appe­lée ain­si, au sein de l’Afrique noire ! Une émo­tion cou­lait au cœur de ceux qui s’étaient exi­lés par amour.

« Il était par­ti… Il m’est reve­nu malade. Il m’est reve­nu pour mou­rir… Là-bas, on l’avait fait chré­tien. Et chaque jour, il redi­sait : Sainte Marie… Il m’avait appris à le dire ».

L’émotion crois­sait, au cœur du Père.

« Tu es chré­tienne ? »

Elle hocha sa tête cré­pue.

« Pas encore. Mon fils était très malade… »

Des larmes embuaient les pau­pières flé­tries.

medaille miraculeuse« Il en était à son ago­nie lorsqu’il me ten­dit cette médaille, et me souf­fla, tout épui­sé, ces quelques mots : Maman, pro­mets-moi de por­ter cela tou­jours sur toi et de dire tous les jours : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous…, car je veux qu’à ta mort tu viennes me rejoindre près de la Sainte Vierge Marie.

— Et alors ?

— Mais, répli­quai-je, qui est-ce cette Sainte Vierge Marie ? Il me répon­dit : Je n’ai plus la force de te l’expliquer et il me regar­da.., d’un regard que je n’oublierai jamais… Puis il expi­ra. Et ain­si, depuis vingt ans, je porte cette médaille sur moi ; elle m’est chose sainte, et tous les jours je répète sou­vent : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous… »

Chère âme de bonne volon­té ! Miracle de la Vierge mater­nelle, qui avait ména­gé la pro­vi­den­tielle ren­contre ! Tard dans la nuit, à la lueur rou­geoyante des braises, et sous le feu d’argent des étoiles, le Père ins­trui­sit la vieille Noire qui dési­rait Dieu depuis si long­temps, et qui Le pos­sé­dait déjà par le désir…

A l’aube, l’autel dres­sé dans une case, la vieille femme assis­tait à sa pre­mière messe, et répon­dait pour la pre­mière fois aux trois Ave qui la ter­minent, pré­cé­dant le Salve Regi­na.

Encore un jour, plein de lumière divine, et de la grâce des « Sainte Marie »… Pour celle-là, il fal­lait se hâter. Serait-elle encore en vie, lors d’un pro­chain pas­sage ? Mais les Ave Maria avaient ouvert son esprit à la véri­té, et son cœur à l’amour. Et le soir, ce fut le bap­tême.

Quel nom impo­ser à cette nou­velle enfant de Dieu, sinon celui de la Vierge qui l’avait conduite à la lumière, celui de Marie ?

Radieuse, la bap­ti­sée s’en fut conter son bon­heur à son fils.

missionnaire et la vielle femme morte« Cette fois, je suis bien sûre de te retrou­ver… »

* * *

…Le len­de­main matin, comme le Père s’éveillait, son caté­chiste vint le rejoindre, très ému.

« Mon Père, la bonne vieille Marie est éten­due morte, là-bas, sur la tombe de son fils »

Claude Sol­hac.

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