La noce de cousine Luce

Auteur : Dardennes, Rose | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements .

Pier­rette et Pier­rot sont radieux : ils vont à la noce de cou­sine Luce ! Pier­rot por­te­ra culotte longue, et Pier­rette dia­dème de myo­so­tis…

— Je serai jolie, jolie ! annonce Pier­rette en se haus­sant sur la pointe des pieds.

— Et qu’est-ce qu’on va se réga­ler ! Il y aura des asperges, de la dinde, du moka et une pièce mon­tée, grande comme moi ! affirme Pier­rot en se pour­lé­chant.

Les fiancés - Oeuvre peinte par Pierre-Auguste Renoir.Cou­sine Luce et Jean — son fian­cé — échangent un regard amu­sé. Mais les deux enfants pour­suivent leur babil gour­mand et coquet.

— Dis, cou­sine, il y aura aus­si du Cham­pagne ?

— Et des ana­nas ? Et un bal avec des vio­lons ?

— Et de la glace aux fraises !

— Il y aura des belles dames en robes longues ?

— Et moi, je por­te­rai un joli bou­quet tout rond ?

— Oui, oui, bien sûr, il y aura tout cela, mais…

Pour la seconde fois, Luce et Jean ont échan­gé un regard amu­sé, puis atten­dri. Et main­te­nant, il se fait curieu­se­ment grave et doux.

— Il y aura beau­coup de belles et bonnes choses « autour » de notre mariage, oui, répète Luce gra­ve­ment, mais ce n’est pas tout, vous savez…

Pier­rette et Pier­rot ouvrent des yeux tout ronds :

— Il y aura encore autre chose ?…

— Autre chose de bien plus beau, affirme Jean sou­riant à Luce.

Les deux curieux sont exci­tés :

— Qu’est-ce que ce sera ?…

— Tu nous le dis, cou­sine Luce…

Mais elle sou­rit et fait « non » de la tête, en les regar­dant mali­cieu­se­ment.

— Chut… Vous ver­rez…

— C’est une sur­prise ?

— C’est plus beau qu’une sur­prise.

Pier­rette et Pier­rot sont de plus en plus intri­gués. Mais cou­sine Luce dit seule­ment :

— Vous regar­de­rez. Vous écou­te­rez. Et… vous devi­ne­rez…

* * *

Le grand jour venu, Pier­rette et Pier­rot, jolis à cro­quer en leurs atours de petits pages, portent gra­ve­ment la traîne de la mariée. Conscients de leur mis­sion, ils marchent à pas pré­cieux jusqu’au chœur où ils étalent la traîne et le voile, fort soigneuse­ment. Puis ils prennent place dans les bancs, les tout pre­miers. Ils voient fort bien les mariés. Ils enten­dront faci­le­ment :

Joseph Highmore, Le Mariage de Pamela , 1743-1744,Or, le prêtre vient à eux et leur parle :

— Mon cher Jean, ma chère Luce, vous allez vous unir pour la vie. Vous vivrez ensemble des heures joyeuses et des heures dou­lou­reuses. Il n’est ni simple ni facile de mener sa vie tout droit, ensemble, dans un bel amour, avec les enfants que Dieu vous confie­ra. Vous aurez besoin d’une aide puis­sante, pater­nelle, constante. Cette aide, vous venez de la deman­der à Dieu. Et Dieu répond à votre confiance par ce sacre­ment de mariage qui vous « bran­che­ra » sur sa force et son amour, pour votre vie à deux.

Pier­rot est tout oreille : le mariage, c’est donc cela ?

Pier­rette est émue : elle en oublie l’ananas et le dia­dème de myo­so­tis… quelque chose de grave est en train de se faire..

— Jean M., consen­tez-vous à prendre pour légi­time épouse, selon le rite de notre mère la Sainte Église, Luce B. ici pré­sente ?

— Oui, j’y consens.

— Luce B., consen­tez-vous à prendre pour légi­time époux, selon le rite de notre mère la Sainte Église, Jean M. ici pré­sent ?

— Oui, j’y consens.

— Don­nez-vous la main. Je vous unis en mariage, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Pier­rette et Pier­rot fixent gra­ve­ment ces deux mains ras­sem­blées sous le signe de la croix. Ils ont oublié la glace et le défi­lé. Leur cœur est tout ouvert à autre chose.

— Mes chers amis, dit le prêtre aux nou­veaux époux, vous voi­ci unis pour la vie. Car les enfants que Dieu vous don­ne­ra ont besoin d’un Papa et d’une Maman pen­chés ensemble sur eux, pour les faire gran­dir. Vos anneaux d’or que je vais bénir et que vous échan­ge­rez, vous rap­pel­le­rons ce lien qui, désor­mais, vous attache l’un à l’autre jusqu’à la mort.

Les petits pages n’en perdent pas une parole : « la noce » c’est donc cela ?

coloriage liens bénis du mariagePier­rette sou­rit dou­ce­ment. Pier­rot contemple les beaux anneaux d’or aux doigts de cou­sine Luce et de cou­sin Jean. Ils ont oublié la crème et les toi­lettes. Ils ne s’expliquent pas bien, mais ils sen­tent confu­sé­ment que « la noce » c’est bien plus qu’un bon repas et de belles robes…

Aller à la noce, c’est d’abord prier tous ensemble pour les mariés.

Que vont-ils deman­der à Jésus pour Luce et Jean ?

Pier­rette aus­si fixe l’alliance de leurs doigts. C’est curieux : avant la noce, Jean n’était pas leur cou­sin, main­te­nant, il est leur cou­sin ; bien sûr, c’est parce qu’il est marié à leur cou­sine. C’est comme si l’anneau d’or les accro­chait l’un à l’autre…

— Jésus, dit Pier­rot, faites qu’ils ne cassent jamais cet anneau-là.

Et Pier­rette, son­geant sou­dain com­bien elle serait triste si Papa n’était plus avec Maman, ou si Maman s’en allait loin de Papa, mur­mure avec fer­veur :

— Mon Dieu, tenez bien accro­chés Papa-Maman aus­si !

* * *

Les enfants ne pensent pas long­temps aux choses graves. Pier­rette, sou­dain, se sou­vient de son dia­dème de myo­so­tis rosés, et Pier­rot de la glace aux fraises entre­vue dans le réfri­gé­ra­teur.

Et tout le reste de la jour­née, ils se régalent de bonnes choses et s’amusent beau­coup : le jour où Dieu bénit un nou­veau foyer est un grand jour de fête.

Mais au soir, à l’heure du mar­chand de sable, tan­dis que Maman borde ten­dre­ment les petits lits. Pier­rot suit du regard la douce main mater­nelle. Et Pier­rette, quand vient son tour, prend sou­dain celle main, et, avec un res­pect tout neuf, embrasse lon­gue­ment son anneau de mariage…

Rose Dar­dennes.

Les noces de Cana par  Gerard David (1500-1510)
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