La pastorale de Galagu

Auteur : Renoux, Jean-Claude | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 7 minutes

Récit de Noel ProvencalDans une mai­son, vieille mai­son offerte à tous les vents, res­tait il y a bien long­temps une vieille, vieille femme qu’on appe­lait la mamet Jau­mette. La vie n’avait guère épar­gné la vieille, et elle n’avait plus de famille qu’un petit-fils. Et encore : l’enfant qui s’appelait Oli­vier était si petit, si maigre, si pâle, que le voyant cha­cun rete­nait sa res­pi­ra­tion de crainte de le voir s’affaisser comme un châ­teau de cartes. La vieille avait en charge la ber­ge­rie du châ­teau de la Baume qui se trou­vait tout à côté de la mai­son, vieille mai­son offerte à tous les vents.

Un jour un méde­cin pas­sant par là, vit l’enfant si petit, si maigre, si pâle. Il dit à la vieille femme qu’elle devrait mieux le conduire à l’hôpital. Au regard qu’échangèrent la mamet Jau­mette et son petit-fils, il sut que rien ne pour­rait sépa­rer ces deux-là. Alors il pro­po­sa à la vieille de faire cou­cher l’enfant dans la ber­ge­rie, et non dans la vieille mai­son offerte à tous les vents :

— La cha­leur des mou­tons le pro­té­ge­ra du froid, et avec un peu de chance peut-être se por­te­ra-t-il mieux.
Et le méde­cin s’en fut là où l’on payait ses ser­vices.

La vieille femme amé­na­gea un coin pour l’enfant, à l’écart des mou­tons, et la vie conti­nua comme par le pas­sé. Mais Oli­vier ne s’en por­tait pas mieux. La fièvre dévo­rait ses grands yeux, et il ne quit­tait plus guère la ber­ge­rie.

Vint la période de Noël. Oli­vier, pour pas­ser le temps, confec­tion­na une crèche, et y mit tous les san­tons que la mémé Jau­mette lui avait offerts les Noëls pré­cé­dents :

Le tout petit Enfant dans son nid de paille, Joseph et Marie, le bœuf et l’âne, les rois mages, l’ange Bou­fa­reu souf­flant dans sa trom­pette, le ber­ger et son chien, un petit pâtre qui por­tait un agneau, l’aveugle et son fils, un banc d’allumettes, les amou­reux Mireille et Vincent se cachant der­rière un buis­son de mousse, Rous­tide et sa lan­terne cher­chant les amou­reux, le Ravi s’extasiant tout en levant les bras, le garde cham­pêtre et le bou­mian, la pois­son­nière et son pis­ta­chier de mari, le rémou­leur, qu’on appelle amou­laïre en Pro­vence, le meu­nier qui s’était char­gé d’un sac énorme de farine fraî­che­ment mou­lue, un mon­treur d’ours et sa bête…

légende pour NoëlOli­vier se dit que l’âne et le bœuf ne suf­fi­raient peut-être pas à réchauf­fer le tout petit enfant, et il décou­pa une étoile de papier jaune qu’il accro­cha tout en haut de la crèche. Puis il son­gea que peut-être l’agneau du pas­tou­ret aurait soif, et il confec­tion­na un gros nuage bleu avec du car­ton qu’il sus­pen­dit non loin de l’étoile de papier jaune. Quand il eut fini d’aménager la crèche, il se rap­pe­la les contes de la mamet Jau­mette, et de Gala­gu, le géant du légen­daire pro­ven­çal. Alors avec un peu d’argile, il fit une figu­rine, plus grande que les autres, qu’il pla­ça non loin du pas­tou­ret et de l’agneau. Et puisqu’il lui res­tait du temps, puisqu’il avait sous la main bien des boites en car­ton, et beau­coup de planches, il fabri­qua, à quelques pas de la crèche, un petit vil­lage pro­ven­çal, avec ses mai­sons, ses rues com­mer­çantes et ses ruelles tor­tueuses, sa place et sa fon­taine… il n’y man­quait que le mont du Cas­te­las et l’étang de l’olivier pour que le vil­lage res­sem­blât à Istres, en ce temps-là !

Il eut ter­mi­né pour Noël. La mamet Jau­mette vint lui appor­ter un grand plat de len­tille, en guise de réveillon, et admi­ra la crèche, et le vil­lage à quelques pas de là.

— Sur­tout ferme bien les portes : il fait si froid que les loups approchent du vil­lage. Bien­tôt on les ver­ra grat­ter aux portes des ber­ge­ries. Ils pour­raient man­ger les mou­tons, et toi par des­sus le mar­ché !

Oli­vier pro­mit, et la vieille s’en fut vers la mai­son offerte à tous les vents.

L’enfant contem­plait la crèche, quand tout à coup voi­là qu’elle s’anima :

Le tout petit Enfant dans son petit nid de paille sou­riait à Joseph et Marie, le bœuf et l’âne souf­flaient à qui mieux peut, les rois mages se féli­ci­taient d’être arri­vés à temps au bout de leur voyage, l’ange Bou­fa­reu repre­nait son souffle, le ber­ger cares­sait le chien qui remuait la queue, l’agneau se pres­sait contre le pas­tou­ret en regar­dant Gala­gu, le fils de l’aveugle fai­sait asseoir le vieux sur le banc d’allumettes, les amou­reux Mireille et Vincent s’embrassaient der­rière le buis­son de mousse, pen­dant que Rous­tide balayait l’obscurité de sa lan­terne pour les cher­cher, le Ravi s’extasiait tout en levant les bras et en regar­dant les amou­reux : » Que le monde est beau «, le garde cham­pêtre rou­lait une ciga­rette pour le bou­mian, et le bou­mian pro­po­sait au garde cham­pêtre de par­ta­ger avec lui la dinde qu’il avait volé à Rous­tide, la pois­son­nière sur­veillait son pis­ta­chier de mari, le rémou­leur, qu’on appelle amou­laïre en Pro­vence, affû­tait un cou­teau, le meu­nier posait le sac énorme de farine fraî­che­ment mou­lue pour s’éponger le front, le mon­treur d’ours fai­sait dan­ser sa bête…

Gala­gu bailla bien fort, et décla­ra aux uns aux autres, qu’il avait bien faim et qu’il s’offrirait bien un agneau. Quand il fit un pas vers celui du pas­tou­ret, tous s’émurent. Mais le géant eut vite fait de bou­lé­guer les uns, les autres, d’aganter le cou­teau du rémou­leur, et de cou­rir après le petit pâtre qui se sau­vait de toutes ses courtes jambes d’argile vers le vil­lage pro­ven­çal, à quelques pas de là, sous le regard éton­né d’Olivier :

Ange Boufareu - Noël des enfants— Ne bouge pas, lui dit l’ange Bou­fa­reu, ou tu devien­drais san­ton par­mi les san­tons !

Le pas­tou­ret et Gala­gu cou­rurent entre les mai­sons de bois et de car­ton, au hasard des rues et des ruelles tor­tueuses…

Les rois mages n’avaient encore rien dit, rien fait pour empê­cher Gala­gu de s’emparer de l’agneau. Mais figu­rez-vous que le soir de Noël cha­cun d’eux a droit à un vœu ! Gas­pard ten­dit le doigt vers les arai­gnées qui regar­daient toute cette ani­ma­tion, sus­pen­dues aux poutres maî­tresses de la char­pente de la ber­ge­rie. Les arai­gnées des­cen­dirent à toutes pattes et ten­tèrent de maî­tri­ser en le ligo­tant de leurs fils le géant en furie. Elles se décar­cas­sèrent tant et plus, mais mal­gré la peine qu’elles y prirent, le géant eut tôt fait de se libé­rer. Mel­chior ten­dit alors la main vers le nuage de car­ton bleu, et voi­là que celui-ci déver­sa l’eau en quan­ti­té telle que bien­tôt les pas du géant se firent plus pesant, ses pieds ne se décol­lèrent plus qu’avec dif­fi­cul­té. Bien­tôt il ne put plus avan­cer, puis il ramol­lit, et se trans­for­ma en un tas informe d’argile humide, tout en haut du vil­lage de bois et de car­ton, pen­dant que l’eau déva­lait les rues et les ruelles, pour for­mer une mare en contre­bas. Bal­tha­zar, qui ne vou­lait pas être de reste, ten­dit le doigt vers l’étoile de papier jaune, et voi­là que les arai­gnées affluèrent à nou­veau, et entre­prirent de la his­ser tout en haut de la plus grosse des poutres maî­tresses de la char­pente de la ber­ge­rie. Là, l’étoile se mit à briller, à briller, à briller, alors que l’ange Bou­fa­reu, avant d’emboucher sa trom­pette, s’adressait à l’enfant pour lui dire :

— Eh bien, qu’attends-tu pour ouvrir toutes grandes les portes de la ber­ge­rie ? C’est Noël pour tous ce soir !
Puis cha­cun reprit la pause :

Le tout petit Enfant dans son nid de paille, Joseph et Marie, le bœuf et l’âne, les rois mages, l’ange Bou­fa­reu souf­flant dans sa trom­pette, le ber­ger et son chien, le petit pâtre por­tant l’agneau, l’aveugle et son fils, les amou­reux Mireille et Vincent der­rière un buis­son de mousse, Rous­tide et sa lan­terne, le Ravi levant les bras, le garde cham­pêtre et le bou­mian, la pois­son­nière et son pis­ta­chier de mari, le rémou­leur, qu’on appelle amou­laïre en Pro­vence, le meu­nier et son sac énorme de farine fraî­che­ment mou­lue, le mon­treur d’ours et sa bête…

Oli­vier ouvrit la porte ! Une pre­mière paire d’yeux s’allumèrent dans l’obscurité, et un loup ren­tra en mon­trant les dents, puis un autre, et un troi­sième. Mais au lieu de cou­rir aux mou­tons, ils s’adoucissaient en péné­trant plus avant, et en pas­sant sous l’étoile. Les voi­là assis tout autour du plat de len­tille ! Ensuite se fut au tour des renards, puis des blai­reaux de prendre place dans la ber­ge­rie. Les lapins, les écu­reuils sui­virent. Les ani­maux des bois, des combes et des col­lines se pres­saient autour du plat, et plus ils en man­geaient, autant il y en avait. Le plat sem­blait ne devoir jamais dimi­nuer. Quand ils furent assa­dou­lés, ils par­tirent. Les loups d’abord, puis les renards et les blai­reaux, sui­vis des lapins et des écu­reuils, et de tous les ani­maux qui peuplent les bois, les combes et les col­lines d’Istres.

Légende de Noël pour les jeunes

Lorsqu’au matin la mamet Jau­mette se ren­dit à la ber­ge­rie, sa gorge se noua en voyant les portes grandes ouvertes. Elle eut peur pour les mou­tons, bien sûr, mais sur­tout pour Oli­vier, si petit, si maigre, si pâle, inca­pable de résis­ter à l’appétit des loups ! Ce furent des bêle­ments ami­caux qui l’accueillirent, au lieu du car­nage qu’elle redou­tait voir. Tout à côté de la crèche, l’enfant dor­mait. La fièvre sem­blait être tom­bée. La vieille, vieille femme s’étonna de voir que le vil­lage de car­tons et de bois comp­tait main­te­nant un mont qui res­sem­blait à celui du Cas­te­las ; et un étang lui bai­gnait les pieds, qu’on aurait pris pour celui de l’olivier : c’était bien Istres, tel qu’il était en ce temps-là. Un rayon de soleil ren­tra der­rière la vieille. Mille fils d’or scin­tillèrent, mille fils d’or qui conver­geaient vers l’étoile qui brillait, tout là-haut, sus­pen­due à la plus grosse des poutres maî­tresse de la char­pente de la ber­ge­rie.

Jean-Claude Renoux

Coloriage pour le catéchisme, Noël et Crèche

Source : http://contespourtous.centerblog.net/6536439-La-pastorale-de-Galagu

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