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3 septembre 2026Saint Ayou, Martyr

Aigulphe, vul­gai­re­ment nom­mé Ayou, naquit à Blois vers l’an 630. Il se fit admettre à l’ab­baye béné­dic­tine de Fleu­ry, au dio­cèse d’Or­léans. Son supé­rieur lui confia la mis­sion de faire enle­ver les reliques de saint Benoît, ense­ve­lies sous les ruines de l’ab­baye du Mont-Cas­sin, au royaume de Naples. Ayou par­tit, accom­pa­gné de quelques per­sonnes du Mans il eut la chance de décou­vrir le tom­beau de saint Benoît et celui de sainte Scho­las­tique, sa sœur. Il en tira les osse­ments et les trans­por­ta en France : on mit ceux de saint Benoît dans l’ab­baye de Fleu­ry, et ceux de sainte Scho­las­tique furent envoyés au Mans. Appe­lé ensuite à gou­ver­ner le monas­tère de Lérins, en Pro­vence, Ayou ten­ta d’y réta­blir la dis­ci­pline ; mais des hommes per­vers, encou­ra­gés par le sei­gneur de Nice, our­dirent un com­plot contre le saint Abbé et l’as­sas­si­nèrent. L’É­glise, et en par­ti­cu­lier le dio­cèse de Blois, l’ho­nore comme martyr.


Ouvrage : Le panier de cerises | Auteur : Piacentini, René

Au R. P. A. D., mis­sion­naire au Cameroun.

Il était le der­nier de la pre­mière table du côté du jar­din. Et je le revois très bien mal­gré les années… Oh ! mon Dieu, des années qui ne sont pas tel­le­ment nom­breuses, c’é­tait tout aus­si­tôt après la guerre, en 1919 – 1920. Je le revois très bien : un petit homme, peu pous­sé en chair, mus­clé, ner­veux et racé à plai­sir. Ne croyez pas que j’emploie ce mot pour faire du genre, par mode ; oh ! non, mais bien parce que je me plai­sais à recon­naître en lui un des­cen­dant authen­tique de cette race de Gau­lois mâti­nés de Latins, conser­vés sans mélange, mal­gré les flux et les reflux des peuples. Un bon enfant, au demeu­rant, franc, loyal, sin­cère, si vous le vou­lez, en don­nant à ce mot son sens pre­mier de can­deur et de sim­pli­ci­té. Fort en thème ? À dire vrai je le retrouve peu sou­vent nom­mé aux pal­ma­rès de cette époque. Peut-être ne pre­nait-il qu’un inté­rêt secon­daire aux savantes expli­ca­tions que la pédante abon­dance des pro­grammes uni­ver­si­taires nous oblige de ver­ser à des mou­tards de quinze ans : « Et remar­quez bien, s’il vous plaît, que la peu­kên qu’A­ga­mem­non tient en main d’a­bord, et qu’il jette à terre ensuite, n’est pas sa tablette, comme le dit la note de votre texte, mais sa torche, une torche de résine, c’est la nuit et… Sui­vez Jean Demai­son ! » — « Mon Père, il y a un nid de char­don­ne­rets dans le pom­mier », et, Dieu nous par­donne, maître et élèves lais­saient, quelques minutes, Euri­pide et Klu­taim­nes­tra pour suivre les jeux rapides du couple de chardonnerets. 

Et la vie vous empor­ta cha­cun de notre bord, mon pauvre Jean Demai­son, vous près de Paris pour de plus hautes études, et votre pro­fes­seur loin de la France. Mais pour loin que vous fus­siez de mes yeux, jamais je ne vous chas­sai de la pen­sée de mon esprit. Chaque fois que, dans ma vie, je ren­con­trai ces si jolis petits oiseaux qui nichent dans un rideau de vigne vierge, dans une fourche de pom­mier feuillu, ou qui, aux jours où l’au­tomne tend sur les champs humides le réseau d’argent de ses fils de la vierge, font cour­ber à peine sous le poids de leurs ailes de bure et d’or la tige des char­dons qu’ils bec­quètent, je ne sais par quelle gra­cieuse alliance d’i­dées, j’ai son­gé à ce pas­sage d’Eu­ri­pide et à Jean Demai­son, mon élève de Seconde. 

J’ap­pris votre élé­va­tion au sacer­doce. Votre bon­heur fut le mien, votre joie la mienne. Je m’a­ge­nouillai sous votre béné­dic­tion et j’as­sis­tai, plus ému que je ne vou­lais le lais­ser paraître, à votre pre­mière, grand’messe. 

Et je vous vis partir. 

Par­tir pour des pays où ma pen­sée ne pou­vait vous suivre, car la terre est vaste, quoique petite, et, si nom­breux que soient les pays que j’ai visi­tés, ils sont bien plus nom­breux encore ceux que je ne connais pas. De temps en temps vous nous don­niez de vos nou­velles. Elles étaient bonnes. Vous abat­tiez de la besogne et vous étiez heu­reux. Que dési­rer de plus pour les prêtres qu’on aime ? Vous construi­siez des églises, où les chré­tiens se pres­saient de jour en jour plus nom­breux. Sur des pistes à peine tra­cées, vous fai­siez de la moto­cy­clette, moderne moyen dont se sert le Bon Pas­teur pour cou­rir après la bre­bis per­due ou cap­ti­ver la sau­vage. Et quand les lettres se fai­saient rares, un char­don­ne­ret de pas­sage vous repla­çait dans mon souvenir. 

Un jour l’on frap­pa à ma porte trois coups espa­cés que je n’a­vais pas accou­tu­mé d’en­tendre : « Entrez ! » C’é­tait vous ! 

Ouvrage : La semaine de Suzette | Auteur : Rosmer, Jean

Depuis de longs mois, mes­sire Guillaume de Beuves était par­ti pour la terre sainte à la suite de Gode­froy de Bouillon, et dans son châ­teau com­tal, bâti sur les rives fleu­ries de la Durance, per­sonne n’a­vait plus enten­du par­ler de lui. Ses vas­saux, qui l’ai­maient parce qu’il était juste et bon, secou­rable aux mal­heu­reux et peu regar­dant sur les impôts, pleu­raient en lui le meilleur des maîtres. 

Chaque jour, le veilleur, pla­cé en sen­ti­nelle au plus haut du don­jon, exa­mi­nait la plaine, afin d’es­sayer d’y décou­vrir, au tra­vers des brumes claires, la sil­houette d’un mes­sa­ger du suze­rain ; mais aucun voya­geur ne se mon­trait à l’ho­ri­zon lointain. 

La val­lée, qui demeu­rait soli­taire et pai­sible, n’é­tait visi­tée que par les tou­cheurs de bœufs et les pâtres de la Camargue, et nul galop de che­val ne fai­sait reten­tir le sol de son pas net­te­ment martelé. 

Et les pay­sans du bourg étaient tristes, tristes. Chaque soir, leur jour­née de tra­vail ter­mi­née, ils se réunis­saient chez Bal­tha­zar, le vieux por­tier, et là, au coin de l’âtre fumant, ils se confiaient leurs inquié­tudes, essayant de cal­mer l’an­goisse qui les étrei­gnait, par leurs prières fer­ventes et le chant des cantiques. 

Une nuit que le mis­tral souf­flait avec rage, mena­çant de tout empor­ter sur son pas­sage, les braves gens étaient grou­pés comme de cou­tume autour du tabou­ret de buis taillé du vieillard, lorsque deux coups frap­pés aux volets de la masure reten­tirent brusquement. 

— Qui va là ? inter­ro­gea le maître du logis. 

— Moi, bon père, moi, Mague­lonne, la petite fileuse du manoir. J’ai une grave nou­velle à vous confier.

— Toi, ma fille ! dit le por­tier, en ouvrant sa porte. Que fais-tu dehors à pareille heure et com­ment as-tu osé aban­don­ner la maison ?… 

— Il vient de nous arri­ver une telle visite que je n’ai pas eu le cou­rage d’at­tendre jus­qu’au jour pour vous l’an­non­cer. Cet après-midi, comme j’é­tais fort occu­pée à ma besogne habi­tuelle, un guer­rier au sombre visage, enve­lop­pé d’un ample man­teau blanc, et mon­té sur un superbe des­trier de guerre, son­na à la porte du pont-levis. J’é­tais seule dans la vaste demeure, et, n’ayant pas assez de force pour faire manœu­vrer les chaînes qui retiennent les portes, je criai, de ma fenêtre, à l’é­tran­ger de me dire ce qui l’amenait. 

Ouvrage : Au cœur de la Provence | Auteur : Filloux, H.

Mar­seille, porte ouverte sur la mer et sur le monde, avec ses navires sans cesse entrant et sor­tant par ses huit bas­sins. Mar­seille, reine de Pro­vence, avec la traîne royale de sa mer d’a­zur et sa cou­ronne de col­lines bleues et mauves que sur­monte, comme un joyau d’or pur, Notre-Dame-de-la-Garde.

Avec quel trans­port de joie marins et pas­sa­gers la saluent, lors­qu’elle appa­raît, de loin, au vais­seau qui rentre au port, après une longue et dif­fi­cile traversée ? 

Quel long regard ému pose sur Elle ceux qui partent, angois­sés devant la route invi­sible qui s’ouvre devant eux. 

Notre-Dame-de-la-Garde ! Elle veille, là-haut, de son obser­va­toire, sur les vais­seaux qui s’en vont par les routes de mer, che­mi­nées fumantes, pavillons au vent. Elle veille sur Mar­seille, la grande ville affai­rée et grouillante à ses pieds. Elle est la Gar­dienne et la Reine de la cité, Celle que tous invoquent sous le doux nom de Bonne Mère. « Étoile bien­fai­sante qui dirige le nau­ton­nier au milieu des écueils ; Phare brillant qui montre le rivage tran­quille au milieu des tem­pêtes ; Vigie infa­ti­gable ; Port tou­jours ouvert, Guide assu­ré des mis­sion­naires, la pre­mière pour bénir l’ar­ri­vée, la der­nière pour le départ. Elle qui porte dans ses bras Celui qui com­mande aux vents et aux flots irri­tés. » [1]

La pre­mière à l’ar­ri­vée. À elle notre pre­mière visite. Elle nous attend, là-haut, sur sa col­line. Pre­nons les modernes « ascen­seurs ». En quelques minutes, ils nous portent au pied du grand esca­lier. Mon­tons les marches en pèle­rins, égre­nant notre cha­pe­let. Des gens nous croisent, les uns mon­tant, les autres des­cen­dant. Gens de toutes sortes : prêtres, reli­gieux, reli­gieuses, ouvriers, mères, enfants, jeunes gens, jeunes filles. 

À mesure que nous mon­tons, se découvre à nos yeux la splen­dide demeure de la Sou­ve­raine du Ciel. Toute en pierre blanche, rehaus­sée de pierre de Flo­rence bleu pâle et bleu vert, ornée de colonnes en marbre des Alpes, elle se détache mer­veilleu­se­ment sur le Ciel. Le dôme de la cou­pole dresse sa croix dorée dans l’es­pace, tan­dis que la tour car­rée s’é­lance, pleine de grâce, avec ses bal­cons ajou­rés. Au-des­sus, à tra­vers les baies à colonnes de gra­nit rouge, le gros bour­don repose. Tout en haut, en plein ciel, droite sur son pié­des­tal, la Vierge dorée, la Mère qui porte son Enfant, les deux petites mains levées dans un geste de béné­dic­tion. Aux pieds de Marie, quatre anges, les ailes entr’ou­vertes, embouchent leurs trom­pettes pour jeter aux quatre coins du ciel les louanges de leur Reine. 

Pas­sons le porche, où vous pou­vez lire en lettres d’or « Felix Por­ta Coe­li » Heu­reuse Porte du Ciel. Une seule nef, où pénètre une lumière douce par les fenêtres en plein cintre, gar­nies de vitraux en grisaille. 

Sur le fond de mosaïques pré­cieuses, se détache la niche de bronze doré, fine­ment cise­lé, sous laquelle trône la sta­tue d’argent. La Vierge est grave, l’air son­geur. Elle porte sur son bras gauche l’En­fant qu’elle sou­tient ten­dre­ment de sa main droite. Légè­re­ment pen­ché, il étend ses petits bras dans un geste gracieux. 

  1. [1] Lita­nies de Notre-Dame-de-la-Garde.
Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants | Auteur : Goldie, Agnès

(D’après le R. P. Bessières, S. J.)

Sienne-Italie.

Un joyeux son de cloche : Ding-Dong !… C’est le bap­tême d’An­na-Maria Gian­net­ti, née le 29 mai 1769.

Ajaccio-Corse.

Ding-Dong !… C’est le bap­tême de Napo­léon Bona­parte, né comme Anna de parents Tos­cans, le 15 août 1769. 

Qui se dou­te­rait que le petit sera Empe­reur et que l’autre, son aînée de deux mois, aura un rôle à jouer près de lui ?

Pie­tro Gian­net­ti, phar­ma­cien à Sienne, est tout content d’être grand-père ; il s’in­té­resse à cette gamine qui, dès qu’elle peut trot­ter, « joue par­mi les oli­viers et les cyprès, les espa­liers de vignes et de roses qui couvrent le haut pla­teau aux rem­parts rouges. » 

Le grand-père meurt. Son fils, qui a fait ses études de phar­ma­cie, le rem­place, et bien­tôt se ruine. Où cacher sa misère ? Louis décide de gagner Rome. Annette, six ans, fera le voyage à pied, empor­tant sa charge de hardes… Ils arrivent au quar­tier popu­laire des Monts. Pen­dant huit ans, ils y ren­con­tre­ront sou­vent le fran­çais Benoît Labre, un jeune qui s’est fait pèle­rin et pauvre volon­taire, pour expier le luxe de son temps. On l’a­per­çoit en prière aux pieds de la Vierge mira­cu­leuse de Notre-Dame des Monts. À trente-cinq ans, il meurt ; la mère d’An­nette aide à la der­nière toi­lette, tan­dis que les enfants crient à tra­vers les rues : « E morio il san­to : Le saint est mort ! »

En arri­vant à Rome, les Gian­net­ti ont dû cher­cher du tra­vail. Lui­gi a fini par accep­ter de faire des ménages. La petite va à l’é­cole des Sœurs de la Via Gra­zio­sa ; une épi­dé­mie fait licen­cier les classes, et après deux ans seule­ment d’é­tude, la fillette entre en appren­tis­sage chez deux bonnes demoi­selles. Elle dévide la soie, apprend à tailler et à coudre, ce qui, un jour, lui sera bien utile dans sa nom­breuse famille. Le soir, de retour au logis de la rue de la Vierge, Annette lave le linge, pré­pare la polen­ta. Tout n’est pas rose à la mai­son ! Le père, qui regrette Sienne et sa phar­ma­cie, s’ai­grit tous les jours un peu plus et décharge sa mau­vaise humeur sur sa fille. Il va jus­qu’à la maltraiter. 

Maria San­ta, la maman, est au contraire fière de son Annette qu’elle appelle un peu trop sou­vent : « ma toute belle ». 

Belle, elle l’é­tait en effet, l’é­co­lière au fichu rouge, et elle l’est encore plus de qua­torze à seize ans. 

Et Napo­léon, lui, que devient-il ? — Il est à l’é­cole mili­taire de Brienne. Il n’a pas quinze ans que, d’un ton sans réplique, il réclame de l’argent à son père : « Mon­sieur, … je suis las d’af­fi­cher l’in­di­gence… Et quoi, mon­sieur, votre fils sera conti­nuel­le­ment le plas­tron de quelques nobles pal­to­quets…? Non mon père ; non ! Si la for­tune se refuse abso­lu­ment à l’a­mé­lio­ra­tion de mon sort, arra­chez-moi de Brienne ; don­nez-moi, s’il le faut, un état méca­nique. »

C’est la mère qui répond. Elle a de trop grandes ambi­tions pour son fils pour en faire un simple méca­no !
Ajac­cio — 2 juin 1784 — « Si je reçois jamais une pareille épître de vous, je ne m’oc­cupe plus de Napo­léon ! Où avez-vous appris, jeune homme, qu’un fils s’a­dres­sât à son père comme vous l’a­vez fait ?… Vous deviez être convain­cu qu’une impos­si­bi­li­té abso­lue de venir à votre secours était la seule cause de notre silence. » 

Les deux familles ne sont pas riches, mais Annette, mieux que Napo­léon, accepte sa pau­vre­té ; elle ne serait tout de même pas fâchée de se mettre « à gagner ». Son père est main­te­nant en ser­vice au palais Mut­ti. La Seno­ra Ser­ra, sa patronne, cherche une jeune femme de chambre. Annette, qui a seize ans, quitte l’ou­vroir et va avec sa mère s’ins­tal­ler dans deux pièces du palais. 

Hâtée d’a­voir une jolie sou­brette, Maria Ser­ra, qui n’a elle-même que trente ans, ne tarit pas d’é­loges sur sa petite ser­vante. Les parents, comme Per­rette, écha­faudent mille châ­teaux en Espagne. Leur Annette, comme une Cen­drillon, a pas­sé de la ruelle obs­cure aux gale­ries pleines de musique et de lumière. Ne lais­se­ra-t-elle pas sa pan­toufle à quelque prince char­mant ? à quelque riche gar­çon qui ren­dra son lustre à la famille ? — Mais non ! Annette a les goûts simples. Une seule chose la pré­oc­cupe : fon­der un foyer chré­tien. Jus­te­ment, elle a sou­vent l’oc­ca­sion de ren­con­trer un employé du palais Chi­gi, Domé­ni­co Tal­gi, un peu fruste, disons même assez rustre, gros­sier même, dif­fi­cile de carac­tère, mais droit, hon­nête, fon­ciè­re­ment bon. Annette a vingt ans quand le mariage se célèbre le 7 jan­vier 1790. Tous com­mu­nient, puis il y a dîner, chants et danses.

Pie­tro Gian­net­ti est tout content d’être grand-père…

Napo­léon fait aus­si son che­min. Le voi­ci lieu­te­nant d’ar­tille­rie à seize ans, géné­ral à vingt-quatre, com­man­dant en chef de l’ar­mée d’I­ta­lie à vingt-six, pre­mier Consul à trente, Empe­reur à trente-cinq, dis­tri­buant cou­ronnes et prin­ci­pau­tés à neuf de ses frères, beaux frères et parents …

Après son mariage, Anna va vivre au palais Chi­gi, actuel minis­tère des affaires étran­gères… immense palais aux trois cents fenêtres, gar­nies aux étages infé­rieurs d’é­paisses grilles de fer. À l’in­té­rieur, enfi­lades de larges cou­loirs, d’es­ca­liers de marbre, de salons… Tout au fond, sur la ruelle de la Glis­sière, deux pièces d’ha­bi­ta­tion pour le ménage. 

Le dimanche, joie de sor­tir ensemble ! Pour faire plai­sir à son mari, Anna-Maria fait toi­lette : robe de soie rouge, que lui a offerte son Domé­ni­co, pen­dants d’o­reilles et col­liers de perles qui s’a­joutent au col­lier corail et or, don­né par Maria Ser­ra. Est-ce trop pour une Ita­lienne jolie, joyeuse, por­tée à rire, à chan­ter, à se dis­traire ? Ce qui ne l’empêche pas d’être très fidèle à sa messe du dimanche et sou­vent à la messe en semaine ; très fidèle au cha­pe­let qu’à genoux elle dit chaque soir avec Doménico. 

Ouvrage : Au cœur de la Provence | Auteur : Filloux, H.

Il vous tarde, petits curieux, d’al­ler dan­ser sur le pont d’A­vi­gnon, comme dit la chanson. 

Nous y serons bien­tôt. Du palais des Papes, il n’y a qu’une enjam­bée vers ce pont char­gé de sou­ve­nirs, vieux comme les miracles. Lon­geons le fleuve qui des­cend, impa­tient, vers la mer. Les arbres feuillus se répètent dans ses eaux où ils mettent de grandes masses d’ombres mou­vantes. Voi­ci le pont, le vieux pont muti­lé, lan­çant sur le fleuve ses quatre arches sur­vi­vantes, soli­de­ment plan­tées, aux courbes har­mo­nieuses. Au beau milieu du fleuve, il porte l’an­tique cha­pelle de saint Nico­las et s’ar­rête court… Quelle crue, jadis, empor­ta, dans ses colères, les dix-huit arches qui le reliaient à la rive loin­taine, là-bas ?… 

Par le raide esca­lier étroit, grim­pons sur le pont. Un coup de mis­tral nous y reçoit. Quel air on res­pire au-des­sus de cette grande nappe d’eaux en marche ! Comme le fleuve est large, beau et puis­sant ! Abri­tons-nous dans la vieille petite cha­pelle et là, sous l’a­zur violent du ciel, devant les flots qui sans arrêt se poussent en avant, écou­tez la belle légende de saint Bénézet. 

C’é­tait, ce Béné­zet, un humble pâtre de la mon­tagne qui, jour après jour, pais­sait ses mou­tons. Âme simple, il par­lait, dès le matin, avec les fleurs qui s’é­veillaient dans la prai­rie, avec le ruis­se­let qui fai­sait sa cour aux menthes fleu­ries ; la nuit, il par­lait aux étoiles et se trou­vait heu­reux. À l’aube d’une belle jour­née, une voix l’é­veille, une voix très douce qui semble venir du Para­dis. Le ber­ger, éton­né, ouvre les yeux : un ange volète au-des­sus de lui, dra­pé dans de longs voiles blancs, comme ces nuages d’é­té qui s’é­tirent dans le bleu du ciel. 

— Béné­zet, dit la voix, laisse là ton trou­peau et des­cends jus­qu’en. Avignon.