Notre-​Dame de Fatima

Trois petits bergers

En l’année 1917, le Por­tu­gal tra­ver­sait une tris­te pério­de. Diri­gé par un gou­ver­ne­ment qui per­sé­cu­tait la reli­gion, ce pays, divi­sé, rui­né, enva­hi par le com­mu­nis­me, sem­blait aller à sa per­te.

En même temps, les armées por­tu­gai­ses par­ti­ci­paient à la gran­de guer­re, et, dans plus d’un foyer, on pleu­rait les sol­dats tom­bés bien loin, là-​bas, sur une ter­re étran­gè­re.

Récit des apparitions de Fatima raconté aux enfants
Un éclair, brus­que­ment, frap­pe leurs yeux.

À cet­te épo­que, le vil­la­ge de Fati­ma res­tait enco­re à peu près incon­nu. Situé à une cen­tai­ne de kilo­mè­tres de Lis­bon­ne, ses modes­tes mai­sons se dres­saient sur les pen­tes de la mon­ta­gne d’Aire, dans une contrée par­ti­cu­liè­re­ment ari­de et rocailleu­se. Pour­tant, cet­te région gar­dait le sou­ve­nir d’une écla­tan­te vic­toi­re, rem­por­tée en 1385, par le roi Jean 1er de Por­tu­gal, avec une poi­gnée de bra­ves. Le roi, en recon­nais­san­ce, fit construi­re à cet endroit un beau cou­vent en l’honneur de Notre-​Dame de la Vic­toi­re. Il en confia la gar­de aux Domi­ni­cains. Ceux-​ci répan­di­rent autour d’eux la dévo­tion du saint rosai­re. L’usage s’en était si bien conser­vé à tra­vers les siè­cles que, dans cet­te par­tie du pays, beau­coup de famil­les réci­taient enco­re fidè­le­ment le cha­pe­let. Les petits enfants eux-​mêmes, éle­vés dans cet­te habi­tu­de, aimaient à le dire.

* * *

Par une bel­le jour­née du prin­temps de 1917, trois ber­gers de Fati­ma gar­daient leurs mou­tons dans un champ nom­mé la Cova da Iria, qui appar­te­nait aux parents de l’un d’eux.

L’aînée des enfants, Lucie, comp­tait dix années. Avec elle se trou­vaient deux de ses cou­sins : un gar­çon de 9 ans, nom­mé Fran­çois, et sa sœur Jacin­the, âgée de sept ans.

Ni l’un ni l’autre de ces trois enfants ne savait lire. Seule, Lucie avait déjà fait sa pre­miè­re com­mu­nion. C’était une fillet­te fraî­che et robus­te, sim­ple, modes­te et nul­le­ment timi­de. Lucie était pieu­se et priait avec fer­veur. Sa mère, excel­len­te chré­tien­ne, veillait soi­gneu­se­ment sur ses enfants et les éle­vait dans la crain­te de Dieu et l’habitude du devoir.

Le père, Anto­nio Dos San­tos, sans avoir beau­coup de reli­gion, pas­sait pour un très bra­ve hom­me.

Les parents de Jacin­the et de Fran­çois méri­taient aus­si l’estime des habi­tants du vil­la­ge.

Jacin­the, assez gran­de et min­ce pour son âge, sem­blait plu­tôt crain­ti­ve. Com­me sa cou­si­ne, elle était modes­te­ment vêtue d’une robe qui tom­bait à la che­ville et por­tait sur ses che­veux un long fou­lard.

 

La belle dame

Il arri­vait sou­vent aux ber­gers de se retrou­ver dans les champs et de gar­der ensem­ble le trou­peau de leurs parents.

Ce jour-​là, 13 mai 1917, vers midi, les enfants sui­vant leur habi­tu­de, réci­tent en com­mun le cha­pe­let. Puis, assis sur l’herbe rase, ils cher­chent à quel jeu ils pour­raient bien s’amuser. L’idée leur vient de construi­re une peti­te caba­ne avec les pier­res, si nom­breu­ses en cet­te région, qu’il suf­fit d’allonger la main pour les ramas­ser.

Ils n’ont pas enco­re com­men­cé qu’un éclair, brus­que­ment, frap­pe leurs yeux… Sur­pris, tous trois regar­dent autour d’eux. Pas un nua­ge ne pas­se sur le bleu pur du ciel et le soleil brille écla­tant sur la cam­pa­gne.

Tout de même, ils ont peur d’un ora­ge. Lucie pro­po­se de ren­trer. Les ber­gers réunis­sent leurs bêtes, et, les pous­sant devant eux, ils com­men­cent à déva­ler la col­li­ne.

À pei­ne ont-​ils fait quel­ques pas, qu’un nou­vel éclair les aveu­gle. Ils s’arrêtent, regar­dent anxieux… et res­tent sai­sis, éblouis par le spec­ta­cle qui s’offre à eux… Tout près, au-​dessus d’un chê­ne vert, une Dame mer­veilleu­se­ment bel­le est debout, enve­lop­pée de lumiè­re. Elle paraît tou­te jeu­ne, à pei­ne dix-​huit ans. Ses vête­ments sont d’une blan­cheur de nei­ge, la robe et le man­teau bro­dés d’or. De ses mains join­tes pend un long cha­pe­let dont les grains, la chaî­ne, la croix, sont éga­le­ment d’un blanc pur. Le ravis­sant visa­ge de la Dame est gra­ve. Elle sem­ble prier.

Les enfants effrayés, vou­draient fuir. Mais la Dame les ras­su­re, leur dit de ne rien crain­dre. Lucie, domi­nant son émo­tion, ose s’adresser à l’apparition et lui deman­de :

« D’où venez-​vous ? Que voulez-​vous de moi ? »

La Dame, alors, dit qu’elle vient du ciel. Elle dési­re que les enfants revien­nent à cet­te même pla­ce, le 13 de cha­que mois, durant six mois. Elle leur révé­le­ra ses volon­tés.

Lucie se per­met enco­re de ques­tion­ner :

« Irai-​je au ciel ?

— Oui », répond la Dame.

— Et Jacin­the ?

— Aus­si.

— Et Fran­çois ?

— Lui aus­si, mais avant, il lui fau­dra enco­re réci­ter le cha­pe­let. »

La bel­le Dame ajou­te : « Mes enfants, conti­nuez tou­jours à réci­ter le cha­pe­let avec dévo­tion, com­me vous venez de le fai­re » Puis elle dis­pa­raît dans le ciel et les enfants res­tent cloués sur pla­ce, étour­dis par la sur­pri­se et l’admiration…

Que vont dire les parents d’une cho­se si extra­or­di­nai­re ? Lucie croit qu’il vaut mieux n’en pas par­ler car on pour­rait être gron­dé. Elle recom­man­de à ses cou­sins de se tai­re. Mais ils sont trop petits pour gar­der un si grand secret. À pei­ne ren­trés chez eux, Fran­çois et Jacin­the se dépê­chent de tout racon­ter à leurs parents. Ceux-​ci sont bien éton­nés d’une pareille aven­tu­re ! Ils vont pré­ve­nir la mère de Lucie qui inter­ro­ge sa fille. Lucie, alors, très fran­che­ment ; expli­que tout ce qui vient de se pas­ser à sa maman qui ne sait qu’en pen­ser.

Bien­tôt le bruit de cet évé­ne­ment court par­mi les habi­tants de Fati­ma. Mais per­son­ne ne veut croi­re au récit des enfants. On se moque d’eux, on les trai­te de men­teurs, on haus­se les épau­les.

Eux, cepen­dant, mal­gré tou­tes les raille­ries, affir­ment tou­jours la même cho­se sans se lais­ser trou­bler. Ils pen­sent sans ces­se à l’apparition et espè­rent qu’on leur per­met­tra d’être exacts au rendez-​vous que la bel­le Dame leur a don­né.

 

Les apparitions

Quand vient le 13 juin, per­son­ne ne son­ge à empê­cher les trois enfants de retour­ner vers le champ où s’élève le chê­ne vert. Les parents de Fran­çois et de Jacin­the ont même prê­té si peu d’attention au récit de leurs petits, que, ce jour-​là, sans se sou­cier de ce qui pour­rait bien arri­ver, ils sont par­tis de grand matin pour une foi­re de la région et ne revien­dront qu’a la nuit.

Pour­tant, lors­que les ber­gers quit­tent le vil­la­ge, une cin­quan­tai­ne d’habitants les sui­vent.

Arri­vés près du chê­ne vert, les trois enfants com­men­cent à réci­ter le cha­pe­let. À midi, l’heure de l’Angélus, la bel­le Dame se mon­tre à eux. Com­me la pre­miè­re fois, elle est enve­lop­pée de lumiè­re, vêtue de blanc et tient un cha­pe­let.

La conver­sa­tion s’engage. La Dame ensei­gne aux enfants cet­te priè­re qu’ils devront réci­ter à la fin de cha­que dizai­ne du cha­pe­let « Mon Jésus, pardonnez-​nous nos offen­ses, préservez-​nous du feu de l’enfer, sou­la­gez les âmes du pur­ga­toi­re, sur­tout les plus délais­sées. »

Puis la Dame confie aux enfants un secret, avec la défen­se abso­lue de le révé­ler à per­son­ne et elle dis­pa­raît…

Le 13 juillet, près de cinq mil­le per­son­nes se pres­sent dans les champs autour des petits ber­gers. Par res­pect pour la Dame, Lucie et Jacin­the sont vêtues de robes clai­res et elles ont un fou­lard blanc sur la tête.

Fatima raconté aux enfants : les apparitions de la Vierge
Les enfants devant les auto­ri­tés civils.

L’apparition, ce jour-​là, recom­man­de aux enfants de réci­ter le cha­pe­let tous les jours en l’honneur de Notre-​Dame du saint Rosai­re, et pour obte­nir que la guer­re finis­se. « Elle seule pour­ra leur venir aide », assure-​t-​elle.

Lucie la prie de bien vou­loir fai­re un mira­cle pour mon­trer la véri­té des appa­ri­tions. La Dame pro­met pour le mois d’octobre.

Non seule­ment les lan­gues mal­veillan­tes de la région vont leur train, mais les jour­naux s’en mêlent, por­tant dans tout le Por­tu­gal l’écho des appa­ri­tions de Fati­ma.

Le 13 août, vers l’heure de midi, une fou­le énor­me est réunie autour du chê­ne vert, pres­que dépouillé de ses feuilles et de ses bran­chet­tes, par des mains avi­des. On attend en vain les petits voyants… Les gens se fâchent quand ils appren­nent que le Sous-​Préfet, pour essayer de cou­per court à ces pré­ten­dues visions, a été pren­dre les ber­gers chez leurs parents et les gar­de dans sa mai­son. Durant deux jours, il ne ces­se de les har­ce­ler de ques­tions, essayant par des mena­ces de les épou­van­ter pour les ame­ner à avouer qu’ils n’ont rien vu et qu’ils trom­pent tout le mon­de. Il cher­che sur­tout à leur arra­cher le fameux secret. Rien n’y fait. Lucie, Fran­çois, Jacin­the répè­tent tou­jours exac­te­ment ce qu’ils ont dit une pre­miè­re fois, et, sur le secret, ils res­tent abso­lu­ment muets. Décou­ra­gé, le Sous-​Préfet finit par rame­ner les enfants chez eux.

Ceux-​ci sont tris­tes d’avoir man­qué le rendez-​vous de la bel­le Dame. Mais le 19 août, alors qu’ils ne s’y atten­dent plus du tout, la céles­te visi­teu­se vient à eux dans un lieu appe­lé « les peti­tes val­lées ». Elle se plaint de celui qui les a empê­chés de se ren­dre à son invi­te. Aus­si, le mira­cle pro­mis pour octo­bre aura-​t-​il moins d’éclat.

Le 13 sep­tem­bre, dès le matin, des grou­pes nom­breux se met­tent en rou­te vers Fati­ma. Déjà, beau­coup n’approchent plus qu’avec res­pect du lieu où la Dame s’est mon­trée. Les hom­mes se décou­vrent, les fem­mes s’agenouillent. Vers midi, Lucie com­man­ce de réci­ter le cha­pe­let.

Après le cha­pe­let, la peti­te fille s’écrie : « La voi­ci, la voi­ci venir ! » Et à la fin de l’entretien : « La voi­ci par­tie ! » La Dame quand elle paraît, deman­de aux enfants de fai­re conti­nuer la réci­ta­tion du cha­pe­let tous les jours afin d’obtenir que la guer­re ces­se.

La fou­le, pres­sée autour des ber­gers, n’entend rien de la voix mys­té­rieu­se. Elle se rend comp­te seule­ment que Lucie est en conver­sa­tion avec une per­son­ne invi­si­ble. Des signes mer­veilleux accom­pa­gnent l’apparition… Une nuée blan­che enve­lop­pe le chê­ne vert et les enfants, et les nua­ges autour du soleil pren­nent des tons roses, rou­ges, jau­nes, qui se reflè­tent sur les assis­tants. On sent qu’il se pas­se quel­que cho­se d’extraordinaire.

Dès le 12 octo­bre au soir, les che­mins qui mènent à Fati­ma sont encom­brés par des mil­liers de voya­geurs. Beau­coup de gens vont pieds nus, réci­tant le cha­pe­let. Mal­gré la fraî­cheur du temps, ils sont déci­dés à pas­ser la nuit à la bel­le étoi­le pour être mieux pla­cés le len­de­main. À l’aube, la fou­le gros­sit enco­re. Envi­ron 70.000 per­son­nes sont ras­sem­blées dans les champs. La pluie, qui ne ces­se de tom­ber durant tou­te la mati­née, n’arrête pas les pèle­rins.

À midi, Lucie arri­ve sous l’averse, avec ses deux petits cou­sins. La Dame se mon­tre à eux, et, durant ce temps, la fou­le voit s’élever des colon­nes de fumée autour du chê­ne vert.

Notre-Dame de Fatima - le 13 octobre 1917 - Histoire pour le catéchisme
Le 13 octo­bre 1917.

Tout à coup, Lucie s’écrie : « Regar­dez le soleil ! » La pluie a ces­sé, les nua­ges se déchi­rent, les assis­tants voient le soleil qui se met à tour­ner, sui­vant l’expression des enfants « com­me une roue de feu » entou­rée d’étincelles. À un moment, il sem­ble même se déta­cher du ciel et se pré­ci­pi­ter sur la ter­re. Le peu­ple tom­be à genoux, crie, pleu­re, se frap­pe la poi­tri­ne, réci­te l’Ave Maria.

 

Interrogatoires

Entre les diver­ses appa­ri­tions, sur­tout après la der­niè­re, les enfants doi­vent subir bien des ques­tions. Cha­cun veut savoir ce qu’ils ont vu, enten­du. Il leur faut sans ces­se recom­men­cer les mêmes récits. Un prê­tre très ins­truit, qui écri­ra l’histoire Fati­ma, se rend sou­vent chez les parents et, en pré­sen­ce de plu­sieurs témoins, inter­ro­ge lon­gue­ment et minu­tieu­se­ment les petits ber­gers. Ceux-​ci répon­dent tou­jours avec la même fran­chi­se, la même sim­pli­ci­té, sans jamais se contre­di­re. « Une fois qu’on a par­lé aux enfants », décla­rent ceux qui les appro­chent « il est impos­si­ble de dou­ter de leur sin­cé­ri­té ».

À Fran­çois, le prê­tre deman­de si la Dame est bel­le ?

« Elle est plus bel­le qu’aucune per­son­ne que j’aie jamais vu

— Peux-​tu bien regar­der le visa­ge de la Dame ?

— Je le puis, mais pas long­temps, à cau­se de la lumiè­re. »

Jacin­the est inter­ro­gée :

« Qu’est-ce que Notre-​Dame a recom­man­dé à Lucie avec plus de for­ce ?

— Elle nous a ordon­né de réci­ter le cha­pe­let tous les jours.

— Et tu le réci­tes ?

— Je le réci­te tous les jours avec Fran­çois et Lucie. »

Le soir de la der­niè­re appa­ri­tion, le prê­tre deman­de à Lucie :

« La Dame t’a-t-elle dit qui elle était ?

— Elle a dit qu’elle était Notre-​Dame du Rosai­re, qu’il fal­lait nous repen­tir de nos péchés, nous cor­ri­ger, ne plus offen­ser Notre-​Seigneur qui est tant offen­sé, et réci­ter le cha­pe­let tous les jours

— A-​t-​elle dit autre cho­se ?

— Elle a dit aus­si qu’elle vou­lait qu’on lui élè­ve une cha­pel­le à la Cova da Iria… Puis elle a pro­mis que si les hom­mes chan­geaient de vie, elle exau­ce­rait leurs priè­res. »

 

Les voyants

À la pre­miè­re appa­ri­tion, Lucie s’était enhar­die à deman­der à la Dame : « Irai-​je au ciel ? Et Fran­çois ? Et Jacin­the ? » Et pour tous les trois, la Vier­ge avait répon­du : « Oui ».

Il sem­ble que Marie ait eu hâte de venir cher­cher deux de ses petits pri­vi­lé­giés pour qu’ils puis­sent goû­ter près d’Elle les joies du Para­dis.

En décem­bre 1918, Fran­çois pris d’une mau­vai­se grip­pe, lan­guit quel­ques mois, tou­jours pieux, fidè­le à son cher cha­pe­let. Sou­vent, il recom­man­dait à sa mère de ne pas man­quer de le réci­ter. Il eut de la pei­ne, quand les for­ces lui man­què­rent pour pro­non­cer tous les Ave. Au prin­temps, M. le Curé lui fit fai­re sa pre­miè­re Com­mu­nion, dans son lit. Fran­çois rayon­na de bon­heur en rece­vant la sain­te Hos­tie. Le len­de­main, il expi­rait sans ago­nie, le sou­ri­re sur les lèvres.

À son tour, la peti­te Jacin­the pre­nait une pleu­ré­sie puru­len­te. Les doc­teurs vou­lu­rent essayer de la sau­ver par une opé­ra­tion. L’enfant assu­rait que c’était inuti­le, car Notre-​Dame lui était appa­rue, lui disant qu’elle mour­rait. On l’opéra cepen­dant. Elle souf­frit cruel­le­ment et gémis­sait. Le len­de­main, la peti­te dit à la per­son­ne qui la soi­gnait : « Écou­tez, mar­rai­ne, moi, je ne me plains plus. Notre-​Dame m’est appa­rue de nou­veau, disant que bien­tôt, elle vien­drait me cher­cher et que, dès main­te­nant, elle m’enlevait mes dou­leurs. » En effet, Jacin­the ne sem­blait plus souf­frir. Elle deman­da enco­re une fois à se confes­ser et mou­rut pieu­se­ment, le 20 février 1920.

Lucie res­tait donc seule à venir prier à l’endroit où la Vier­ge s’était mon­trée aux trois petits ber­gers. On l’y voyait sou­vent, hum­ble, pieu­se, mêlée à la fou­le, réci­tant avec elle le cha­pe­let. Mais pour obéir aux ordres de Marie et com­plé­ter son ins­truc­tion, Lucie dut à son tour quit­ter Fati­ma. Plus tard, pour se don­ner tout au bon Dieu, elle entra dans un cou­vent et y prit, avec l’habit reli­gieux, le nom de Sœur Marie-​Lucie des Sept-​Douleurs.

 

Le pèlerinage

Les faits extra­or­di­nai­res de Fati­ma se répan­di­rent rapi­de­ment à tra­vers le Por­tu­gal. De tous les coins du pays, on venait à la Cova da Iria. Les jours de fête sur­tout, le peu­ple s’y ren­dait en chan­tant des can­ti­ques. Des gué­ri­sons, des conver­sions écla­tan­tes s’opéraient par l’invocation de « Notre-​Dame du Rosai­re de Fati­ma. » En 1921, l’autorité dio­cé­sai­ne per­met­tait le culte à la Cova da Iria. Une cha­pel­le s’éleva sur le champ de l’apparition, et, près de la cha­pel­le, une sour­ce jaillit et se mit à cou­ler. Or, jus­que là, cet­te ter­re ari­de ne connais­sait que l’eau des pluies recueillies dans les citer­nes.

La dévo­tion au saint Rosai­re se répan­dait de plus en plus par­mi le peu­ple et la foi se réveillait.

Cela ne fai­sait pas le comp­te des enne­mis de la reli­gion. Ils mirent tout en mou­ve­ment pour essayer d’empêcher le pèle­ri­na­ge de se déve­lop­per.

Le 13 mai 1920, le gou­ver­ne­ment mobi­li­sa les trou­pes pour arrê­ter les pèle­rins qui se diri­geaient vers Fati­ma. Mais des cen­tai­nes de per­son­nes trou­vè­rent tout de même le moyen de se ren­dre ce jour-​là à la Cova da Iria.

En mars 1922, durant la nuit, un grou­pe d’anarchistes fit sau­ter à la dyna­mi­te la cha­pel­le éle­vée sur le lieu des appa­ri­tions en l’honneur de Notre-​Dame du Rosai­re. Ce sacri­lè­ge sou­le­va des pro­tes­ta­tions indi­gnées dans tout le Por­tu­gal. Une pro­ces­sion de répa­ra­tion grou­pa plus de 60.000 per­son­nes et les dons affluè­rent pour la construc­tion d’une nou­vel­le cha­pel­le.

Le 13 octo­bre 1930, devant plus de 100.000 pèle­rins, l’Évêque de Lei­ria décla­rait dignes de foi les visions dont les trois enfants avaient été favo­ri­sés et auto­ri­sait offi­ciel­le­ment le culte de Notre-​Dame du Rosai­re de Fati­ma.

Le 13 mai 1931, au milieu d’une fou­le éva­luée à deux cent mil­le per­son­nes, tous les évê­ques du Por­tu­gal, ayant à leur tête le non­ce du Pape, se réuni­rent à Fati­ma pour consa­crer solen­nel­le­ment le Por­tu­gal au Cœur Imma­cu­lé de Marie. C’était la pre­miè­re nation offi­ciel­le­ment consa­crée au Cœur très pur de la Vier­ge. Marie répon­dit visi­ble­ment à la confian­ce de ses enfants en fai­sant pas­ser un grand cou­rant de grâ­ces sur le Por­tu­gal. Cet­te nation, sage­ment gou­ver­née par un chef chré­tien, voit peu à peu renaî­tre l’ordre, la paix, la pros­pé­ri­té.

 

La consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie

Le « secours extra­or­di­nai­re », appor­té par Notre-​Dame de Fati­ma au Por­tu­gal, devait s’étendre aus­si à tou­tes les nations.

Au cours des appa­ri­tions, la Vier­ge avait confié aux enfants un secret. Ce secret, l’heure est venue enfin où Lucie a le droit d’en révé­ler une par­tie.

Le mes­sa­ge de Notre-​Dame de Fati­ma se lève com­me une étoi­le au-​dessus des ténè­bres et des ter­ri­bles bou­le­ver­se­ments de l’heure actuel­le. Ces épreu­ves, la Vier­ge les avaient annon­cées, si les hom­mes ne se conver­tis­saient pas. Mais, au plus fort de la tem­pê­te, Marie, dans sa misé­ri­cor­dieu­se bon­té, veut enco­re une fois inter­cé­der en notre faveur près de son Divin Fils et nous sau­ver.

Der­niè­re­ment, devant l’autorité ecclé­sias­ti­que, Lucie décla­rait que le 13 juin 1917, la Vier­ge lui avait dit : « Jésus veut se ser­vir de toi pour me fai­re connaî­tre et aimer. Il veut éta­blir dans le mon­de la dévo­tion à mon Cœur Imma­cu­lé. » Et Marie deman­dait que l’univers entier fût solen­nel­le­ment consa­cré à son Cœur Imma­cu­lé. La récom­pen­se pro­mi­se à cet acte filial était la ces­sa­tion de la guer­re, l’établissement du règne de Jésus-​Christ par l’action de sa Mère et la conver­sion de la Rus­sie…

Le 31 octo­bre 1942, dans un mes­sa­ge au peu­ple por­tu­gais pour le 250 anni­ver­sai­re des appa­ri­tions de Fati­ma, le Pape Pie XII, consa­crait le mon­de au Cœur Imma­cu­lé de Marie. Cet­te consé­cra­tion, le Sou­ve­rain Pon­ti­fe la renou­ve­la solen­nel­le­ment le 8 décem­bre, dans la basi­li­que Saint-​Pierre, devant une fou­le immen­se.

Les Évê­ques de Fran­ce, en consa­crant leur dio­cè­se au Cœur Imma­cu­lé de Marie, invi­tent tou­tes les famil­les, tou­tes les œuvres, tou­tes les âmes, à fai­re à leur tour cet­te consé­cra­tion.

Si nous répon­dons au désir de la Sain­te Vier­ge, et, qu’à la consé­cra­tion à son Cœur Imma­cu­lé nous joi­gnons la réci­ta­tion fer­ven­te du cha­pe­let, la péni­ten­ce et la sanc­ti­fi­ca­tion de notre vie alors, nous pour­rons espé­rer que l’aube de la paix se lève­ra bien­tôt sur les nations, et que nous ver­rons notre chè­re Patrie repren­dre sa gran­de mis­sion spi­ri­tuel­le dans le mon­de.

 

Image de Notre-Dame de Fatima
Notre-​Dame de Fati­ma


2 Commentaires

  1. Catherine a dit :

    En réa­li­té la Sain­te Vier­ge a deman­dé la consé­cra­tion de la Rus­sie (et non du mon­de) à son Coeur Imma­cu­lé. Consé­cra­tion non réa­li­sée à ce jour.

    12 mai 2012
    Répondre
  2. Le Raconteur a dit :

    Oui, vous avez rai­son ; le tex­te n’est pas tout à fait exact. Mais j’ai tou­jours des scru­pu­les à modi­fier un tex­te qui n’est pas de moi.
    Sur le fond, nous espé­rons que tous les pays et tous les foyers du mon­de soient consa­crés au Cœur Imma­cu­lé de Marie.

    15 mai 2012
    Répondre

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