Être berger ? Non !

Auteur : Bourron, M. | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les sacrements à recevoir .

Temps de lec­ture : 4 minutes

Non, il ne vou­lait pas quit­ter la mai­son pour aller là-bas, dans cette ferme comme petit ber­ger. Depuis huit jours on ne par­lait que de cela.

Georges n’avait plus que sa maman et sa grande sœur qui était repas­seuse.

Cette année, la vie deve­nant plus dif­fi­cile, la maman de Georges s’inquiétait pour son fils, assez déli­cat de san­té ; le doc­teur du dis­pen­saire et les infir­mières consul­tés avaient répon­du :

Le prêtre, le berger des chrétiens« Il faut envoyer cet enfant à la cam­pagne. Met­tez-le petit ber­ger dans une bonne famille de culti­va­teurs, vous ver­rez comme cela lui fera du bien ; l’âme et le corps y gagne­ront.

Quand sa maman lui avait rap­por­té ces paroles, en venant l’attendre avec sa sœur à la sor­tie du patro (on était un jeu­di), Georges s’était mis à pleu­rer :

« Non, je ne veux pas par­tir ! Tant pis si je suis malade, je ne veux pas être ber­ger !

— Tu n’es pas rai­son­nable, mon petit Georges, avait dit sa sœur Mar­celle ; pense au sou­la­ge­ment que nous aurons, maman et moi, de te savoir bien nour­ri et au bon air ; tu devrais être fier de pen­ser que tu vas pou­voir nous déchar­ger et gagner ta nour­ri­ture. Tiens, voi­là jus­te­ment Mon­sieur l’Abbé qui passe, nous allons lui deman­der son avis.

— Com­ment ! Georges, tu ne veux pas être ber­ger, tu ne veux pas quit­ter ta maman ? Mais un grand gar­çon de dix ans doit savoir faire un sacri­fice. Les sol­dats ont bien lais­sé leur maman quand ils sont par­tis à la guerre. Toi aus­si tu lais­se­ras ta maman pour par­tir ber­ger, parce que c’est ton devoir. Puis — et l’abbé se mit à rire — tu pen­se­ras que je te tiens com­pa­gnie car, moi aus­si, je suis ber­ger (Georges ouvrit de grands yeux). Eh ! oui, je suis ber­ger, regarde mon trou­peau (Mon­sieur l’Abbé éten­dit le bras vers le flot d’enfants sor­tis du patro et qui se dis­per­saient dans la rue) ; tu es aus­si l’un de mes agneaux, Georges, et je ne veux pas que tu t’égares dans le bois épi­neux de ton égoïsme et de ton mau­vais carac­tère… Allons, allons, tu par­ti­ras de bon cœur, mon enfant. »

Mais Georges avait bais­sé la tête, et son air buté ne lais­sait pré­sa­ger rien de bon.

* * *

Et voi­là que quelques jours plus tard Georges, reve­nant de faire les emplettes de sa maman à l’épicerie, avait aper­çu un pauvre petit mou­ton. Que fai­sait-il dans cette rue presque déserte ? Sou­dain Georges pen­sa qu’aujourd’hui se tenait à l’autre bout de la ville la foire aux bes­tiaux ; l’animal venait sûre­ment de là-bas, il s’était éga­ré, il fal­lait le recon­duire du côté du champ de foire : là, son maître le retrou­ve­rait.

Histoire pour le sacrement de l'ordre - Le bergerGeorges cou­rut dépo­ser son panier de pro­vi­sions dans un coin de l’allée de la mai­son qu’il habi­tait, et eut ain­si les mains libres. Le mou­ton était tou­jours là, au milieu de la rue, bêlant tris­te­ment. Le jeune gar­çon s’avança dou­ce­ment pour sai­sir l’animal, mais ce der­nier bon­dit de côté et prit sa course vers la cam­pagne qui com­men­çait non loin de là. Georges par­tit à sa pour­suite :

« Je t’aurai. Crois-tu que je veuille te lais­ser dévo­rer par un chien ? Tu sais, il y en a de très méchants dans le quar­tier. »

Le mou­ton, hale­tant, conti­nuait sa course ; devant une mai­son, un gar­çon de l’âge de Georges pre­nait le frais ; il cria : « Lance-lui un caillou, il s’arrêtera ; allez, vas-y !

— Méchant. », répon­dit Georges, sans s’arrêter de cou­rir.

À ce moment, le mou­ton, je ne sais pour­quoi, tré­bu­cha et alla s’abattre dans le petit ruis­seau boueux qui lon­geait la route. Georges s’élança et put jeter sa cein­ture de cuir autour du cou de l’animal.

« Pauvre mou­ton, c’est moi qui ai gagné ! Mais n’aie pas peur, nous allons jouer au Bon Pas­teur et à la bre­bis per­due : je ne te ferai pas de mal, je suis ton ber­ger. Je vais te recon­duire au ber­cail. »

Georges s’arrêta, inter­dit par les paroles qu’il venait de pro­non­cer : « Je suis ton ber­ger. »

Après tout, pour­quoi pas ? Il avait bien réflé­chi depuis qu’il avait ren­con­tré Mon­sieur l’Abbé l’autre jour. C’est une belle chose que d’être ber­ger, de conduire un trou­peau, tou­jours là où il ne peut lui arri­ver que du bien ; si par hasard une bre­bis tombe, comme la sienne tout à l’heure, on la relève.

Georges se serre ten­dre­ment contre la bre­bis per­due et mur­mure, comme pour la prendre à témoin :

« Je serai ber­ger… d’abord de bre­bis, et je par­ti­rai de bon cœur, comme me l’a deman­dé Mon­sieur l’Abbé. Et après… après… »

Le prêtre est ordonné pour guider les fidèles

* * *

Ayant remis la bre­bis entre les mains de son pro­prié­taire plein de recon­nais­sance, Georges ren­trait chez lui, une heure plus tard. Comme chaque jour, il trou­va sa mère assise devant la fenêtre, tra­vaillant avec achar­ne­ment pour le maga­sin qui vou­lait bien lui confier du tra­vail (pour com­bien de temps encore ?). Il cou­rut à elle et l’embrassa :

« Maman, il faut me pré­pa­rer mes affaires. Si vous le vou­lez, je pars demain à la cam­pagne pour gar­der les mou­tons. »

Devant l’air éton­né de sa mère, il conti­nua :

« Oui, maman, je veux être ber­ger, de mou­tons d’abord ; je par­ti­rai joyeu­se­ment, comme Mon­sieur l’Abbé me l’a recom­man­dé ; et après… après… quand” je serai grand, je vou­drais encore être ber­ger… Oui, maman, ber­ger comme Mon­sieur l’Abbé… Dites, maman, vous vou­lez bien ? »

M. Bour­ron.

Jésus donne le pouvoir aux prêtres par le sacrement de l'ordre

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