Au cœur de la France, en Berry, la ville d’Issoudun est dominée par une blanche et légère église que surmonte la statue dorée du Sacré-Cœur. Les pèlerins qui pénètrent dans cette basilique sont saisis par le rayonnement des milliers de lampes rouges qui brûlent devant la statue de la Vierge, et par les innombrables plaques de marbre blanc qui tapissent les murailles et disent les grâces merveilleuses obtenues par l’intercession de Marie. Ces « ex-voto », il y en a partout, depuis les cryptes et les parvis jusqu’aux voûtes. Pas un coin, si petit soit-il, où la reconnaissance n’ait trouvé le moyen de se glisser pour crier la bonté, la puissance de Notre-Dame du Sacré-Cœur, que l’on invoque dans ce sanctuaire sous le beau nom « d’Espérance des désespérés ».
Issoudun, capitale du Bas-Berry, avait eu à travers les siècles et les guerres, une histoire tourmentée. Sans cesse pillée, dévastée, brûlée, cette ville s’était pourtant toujours signalée par sa dévotion envers Marie.
Longtemps, la Vierge y fut priée sous le nom de « Notre-Dame de grand pouvoir ». La Révolution, fit disparaître ce culte, jusqu’au jour où il devait revivre de plus belle en montrant le « grand pouvoir » de Marie sur le Cœur de Jésus.
Comment fleurit sur ce sol, la dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur ? — C’est ce que nous allons essayer de dire.
« Tenez, ma bonne Mère, je vous l’abandonne ! »
Au commencement du siècle dernier, dans la petite ville de Richelieu, en Touraine, la famille Chevalier vivait pauvrement. Le père, très modeste boulanger, était un homme rude, ignorant, peu capable de pourvoir aux besoins de ses enfants. Sa femme, laborieuse et méritante, pour essayer d’augmenter les ressources du foyer, se rendait chaque matin au marché où elle revendait des légumes et des fruits. Malgré tout, le ménage connaissait souvent la gêne. Aussi, quand, en 1824, naquit le dernier des enfants, le petit Jean-Jules, fut-il très mal accueilli par son père. Celui-ci sentait ses forces s’en aller, et, ne comptant pas sur la Providence, il se tourmentait d’avoir une bouche de plus à nourrir. Le pauvre innocent devint donc un sujet de discorde entre ses parents.
Un jour, le mari, de plus méchante humeur encore que d’habitude, se dirigea vers le marché où sa femme assise devant son étalage, servait sa nombreuse clientèle. Pour ne pas laisser son poupon tout seul à la maison, elle l’emportait dans une corbeille où il dormait paisible entre les choux et les carottes. L’homme, en colère, s’approchant du comptoir, accusa sa femme de le négliger pour ne s’occuper que de son petit et se répandit en paroles amères et blessantes. La malheureuse, interdite, consternée de tous ces reproches qui tombaient sur sa tête en public, fondit en larmes.
Pour mettre fin à une scène trop pénible, elle saisit son enfant, et, le serrant contre elle, courut se réfugier dans l’église toute proche. Là, déposant le petit aux pieds de la Vierge :

— « Tenez, ma bonne Mère », s’écria-t-elle en sanglotant, « s’il doit toujours me causer autant de peine qu’aujourd’hui, vous pouvez le prendre et en faire ce que vous voulez, je vous l’abandonne ! »
Puis, laissant l’enfant à la garde de Marie, elle s’en alla…
Au bout d’un moment, plus calme, et confuse de son mouvement de désespoir, elle revint vers l’église. Son petit garçon souriait à la Vierge qui semblait le regarder avec tendresse. La pauvre mère s’agenouilla près de lui, pleura, pria, et, se sentant réconforté, elle reprit courageusement avec son fils, le chemin de sa maison.
Marie ne devait pas oublier que cet enfant lui était donné et qu’elle pouvait en faire tout ce qu’elle voudrait.
Il paraît que, depuis ce jour, le petit Jules montrait un grand amour pour cette image de la Vierge. Dès qu’il sut prier, on le voyait souvent agenouillé devant elle, récitant bien pieusement son chapelet. Il aimait venir à l’église et sa joie fut vive quand le vieux curé le choisit comme enfant de chœur. Tandis que, sage et recueilli, il servait la messe, un ardent désir s’éveillait dans son cœur : celui de monter lui aussi à l’autel et de célébrer le saint Sacrifice. Être prêtre, quel suprême bonheur !


Josepho a douze ans et a été baptisé voici une semaine. Le Père l’a donné en exemple à ses compagnons de classe, car il sait son catéchisme sur le bout du doigt C’est d’ailleurs pourquoi il porte aujourd’hui autour du cou un chapelet plus beau que celui de ses camarades. Personne cependant ne le jalouse, car tous savent que c’est une récompense méritée et que par ailleurs Josepho est le plus aimable garçon de l’école. Hier encore, il est parti avec deux maigres poulets pour acheter des remèdes à sa bonne maman qui est très malade. Josepho l’aime tellement !

Cet aspect communautaire de la fête n’est pas le moins frappant. A Abemama, le Père chargé de l’école Manokou est aussi curé de l’île. Le dimanche, il dessert l’un ou l’autre des huit villages répartis sur un croissant de terre de 34 kilomètres… Mais à Noël, les rôles sont inversés : les catholiques se déplacent et viennent à lui.

Au même instant, un bruit de clochettes se fait entendre et une silhouette apparaît. L’homme, qui dans chaque main agite un sistre, pousse des cris stridents.
Je me mis en route sous la conduite de Célestin, mon guide. Pour provisions, un misérable poisson et quelques biscuits. Il était sept heures. Quelle marche pénible à la queue leu leu dans ces sentiers de brousse aux mille détours, sous un soleil accablant, et avec le souci de ne pas poser un pied sans regarder auparavant, car il est facile de trébucher.