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Ouvrage : Pâques | Auteur : Latzarus, Marie-Thérèse

« Dieu a tant aimé le monde qu’Il
a don­né son Fils unique ».

Jean s’é­veilla, le len­de­main matin, tout sur­pris de ne pas entendre la voix aigre de la mère Mathieu lui ordon­ner de se lever et, comme déjà le soleil prin­ta­nier inon­dait sa chambre, il se dit qu’il ne serait pas à la gare, à l’heure de l’ar­ri­vée des jour­naux… Mais la porte s’ou­vrit, et la vieille bonne entra, avec un bon sourire. 

Quelle joie ce fut pour l’en­fant de faire une toi­lette soi­gnée, de mettre du linge et des vête­ments propres. Madame Lagarde vint cher­cher Jean : dans un joli geste affec­tueux, l’en­fant lui sau­ta au cou, comme s’il était rede­ve­nu le petit Jean­not qu’une mère tendre cou­vrait jadis de baisers. 

L'enfant se réveille - la semaine sainte du jeune garçon
La vieille bonne entra avec un bon sourire.

— Cher petit, dit Madame Lagarde, en embras­sant l’en­fant, comme tu me rap­pelles le fils que j’ai per­du à la guerre et dont tu as, cette nuit, occu­pé la chambre…

Elle emme­na Jean dans la salle à man­ger, et, pen­dant qu’il déjeu­nait, l’in­for­ma de ses pro­jets, pour la journée. 

— Ce matin, tu travailleras. 

— J’i­rai vendre des journaux ? 

Ouvrage : Autres textes

Patissier ambulant« Grand’­mère ! grand’­mère ! m’é­criai-je, voi­ci le mar­chand de gâteaux : viens vite ! j’ai été sage. »

J’en­ten­dais en effet au loin, dans la rue du vil­lage, la cla­quette du pâtis­sier ; et il ne venait pas len­te­ment comme chaque jour ; comme chaque jour, il ne s’ar­rê­tait pas de porte en porte ; la cla­quette, aux bat­te­ments si mal assu­rés d’or­di­naire, n’al­ter­nait plus avec le cri trem­blo­tant du bon­homme ; elle frap­pait fort et sans cesse. Les petits gâteaux venaient droit à moi, leur plus constant ami, et je me disais tout joyeux : « Nul ne les arrête au pas­sage, nul ne me pren­dra celui que je préfère »

Mais à mesure que le bruit appro­chait, un doute cruel gran­dis­sait dans ma tête : mon vieux mar­chand n’a­vait ni une démarche aus­si pré­ci­pi­tée, ni un bras aus­si ferme. « Mon Dieu, me disais-je, si ce n’é­tait pas lui ! ne vien­drait-il plus ? serait-ce main­te­nant un autre à sa place, et à la place de mes bons petits gâteaux dorés, les mau­vais gâteaux de tout le monde ? »

Il me pre­nait envie de bou­der les nou­veaux venus ; et cepen­dant, c’é­taient tou­jours des gâteaux : ils appro­chaient… je les sen­tais venir… « Grand’­mère ! grand’­mère ! » et, tra­ver­sant la cour à la hâte, je me lan­çai hors du logis.

Hélas ! mon bon­heur avait été trop grand pour ne pas cacher une décep­tion cruelle : Point de gâteaux ! point de mar­chand jeune ou vieux !… Un enfant de chœur en cos­tume, por­tant une immense cré­celle, par­cou­rait la rue en s’ar­rê­tant un ins­tant à chaque porte ; et soit qu’il ren­dît hom­mage à mon aïeule, soit qu’il vou­lût ajou­ter le sar­casme à la mys­ti­fi­ca­tion, il fit devant moi sa pause la plus longue et son tapage le plus acharné.

Crécelle du jeudi saintJe ren­trai au logis, tré­pi­gnant de rage, et j’al­lai me jeter dans les bras de ma grand’mère.

« Le méchant, m’é­criai-je, il l’a fait pour se moquer de moi ! »

Et je me mis à ver­ser de grosses larmes.

« Cher petit ! me dit mon aïeule, en tirant de son grand sac un bon­bon qui me cal­ma sou­dain, — l’en­fant de chœur ne pen­sait pas à toi ; oublies-tu donc que nous sommes au jeu­di saint ? Nous n’a­vons plus de cloche, il venait nous annon­cer l’heure des vêpres.

— Com­ment, grand’­mère, plus de cloche ? je l’ai enten­due Ce matin…

— Ce matin ; mais ce soir elle s’en est allée.

— Où donc, grand’mère ?

— À Rome, mon enfant.

— À Rome !… Et pourquoi ?

— Parce qu’elle y va chaque année le jeu­di saint.

Paques : Cloches partant pour Rome— Et pourquoi,faire ?

— Ah ! bien des choses. Elle va voir le saint-père.

— Et les autres ?

— Com­ment les autres ?

— Les cloches de la ville, celles des autres églises ?

— Elles y vont aussi.

— Quoi, toutes ?

— Oui, toutes.

— Oh ! grand’­mère ! dis-je en sou­riant.… Mais, ajou­tai-je avec inquié­tude, quand reviendront-elles ?

— La veille de Pâques, à midi, et elles son­ne­ront bien fort pour rat­tra­per le temps perdu.

— Oh ! tant mieux ! je pour­rai recon­naître le mar­chand de gâteaux. »

Et ma grand’­mère, ache­vant d’es­suyer mes larmes par un gros bai­ser, me prit par la main et m’emmena à vêpres.

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Tout san­glant, tout bri­sé par la dou­leur, le Rédemp­teur du monde fut traî­né devant son juge.

Pilate, mar­chant devant lui hors de la salle du Pré­toire, le mon­tra à la foule en disant : « Voi­là l’Homme. »

Lui-même, juge inique, eut peur de sa cruelle fai­blesse. Il crut qu’en mon­trant au peuple ce corps ensan­glan­té, ce visage déchi­ré, ils auraient pitié de lui.

« Voi­là l’Homme ! » dit Pilate.

Oui, voi­là l’Homme, l’Homme saint, l’Homme-Dieu qu’ils ont mécon­nu, outra­gé, tor­tu­ré. Voi­là l’Homme qui veut souf­frir, qui veut mou­rir pour sau­ver ceux qui le mécon­naissent, qui l’outragent, qui le tor­turent ; voi­là l’Homme-Dieu mou­rant, mais qui veut souf­frir encore jusqu’à ce qu’il ait expié tous les péchés de tous les hommes qu’il appelle ses frères.

Ecce Homo, 1543 par Titian

Et les Juifs n’ont aucune pitié de ses atroces dou­leurs ; ils veulent qu’il souffre encore, ils veulent l’avilir plus encore par le sup­plice igno­mi­nieux de la croix, et tous rugissent de plus fort en plus fort :

« Cru­ci­fiez-le ! crucifiez-le ! »

Pilate, à ces cris, ras­semble son cou­rage : « Pour­quoi le cru­ci­fie­rai-je, deman­da-t-il, puisqu’il est inno­cent ? Cru­ci­fie­rai-je votre Roi ?

— Nous n’avons pas d’autre Roi que César ! crient les Juifs. Nous ne vou­lons pas que celui-ci règne sur nous ! Il s’est dit Fils de Dieu, et selon notre loi il doit mou­rir ! Si vous le relâ­chez, vous êtes enne­mi de César ! »

À ces paroles, Pilate eut peur et cher­cha à étouf­fer la voix de sa conscience. Il mon­ta donc sur son tri­bu­nal, qui, sui­vant l’usage des anciens, était situé en plein air et devant le palais. Il se fit appor­ter de l’eau, et se lavant les mains en pré­sence de la foule :

Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Dès que le jour parut, Caïphe ras­sem­bla une seconde fois les Princes des Prêtres, les Anciens du peuple, les Scribes et les Pha­ri­siens. Ils inter­ro­gèrent de nou­veau Jésus, qui affir­ma encore qu’il était le Christ, le Fils de Dieu fait homme, Ils confir­mèrent la condam­na­tion à mort ; mais comme le gou­ver­neur romain pou­vait seul faire exé­cu­ter les condam­na­tions à mort, Jésus fut conduit au palais de Ponce Pilate, qui était gou­ver­neur de Jéru­sa­lem au nom de l’Empereur Tibère.

Pilate était un homme faible et égoïste ; il dési­rait plaire à tout le monde et il ne cher­chait pas à être juste dans ses jugements.

Il était envi­ron six heures du matin quand Jésus fut ame­né à son tri­bu­nal. Les Juifs accu­sèrent Jésus d’une foule de crimes et ils affir­mèrent qu’il se disait Roi de Judée, et qu’il mépri­sait l’autorité de César Tibère.

Pilate inter­ro­gea Jésus ; il fut frap­pé de sa majes­té et de sa douceur.

« Es-tu Roi ? lui demanda-t-il.

— Oui ; répon­dit le Sau­veur, tu l’as dit, je suis Roi ; mais mon Royaume n’est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde, je serais envi­ron­né de ser­vi­teurs qui pren­draient ma défense. Je suis venu en ce monde pour rendre témoi­gnage à la vérité.

— Et qu’est-ce que la véri­té ? » deman­da Pilate. Mais sans attendre une réponse dont, au fond, il se sou­ciait peu, il s’avança vers les Juifs, et leur dit que ne trou­vant aucun crime en cet homme, il allait le ren­voyer à Hérode, Tétrarque de Galilée.

Armand. Qu’est-ce que c’est, Tétrarque ?

Grand’mère. Un Tétrarque était un Roi d’une petite pro­vince. Hérode com­man­dait la pro­vince de Gali­lée, qui était une par­tie de la Judée ou Pales­tine. Et comme Pilate venait d’apprendre que Jésus était Gali­léen, il vou­lut se faire ami d’Hérode en lui ren­voyant un homme qui était de sa province.


CXXII. Jésus devant Hérode.

Jesus devant Pilate - Récit de la Passion pour les enfants Comtesse de Ségur

Hérode, Tétrarque de Gali­lée, était un prince cruel, orgueilleux et railleur, c’est-à-dire moqueur.

Il avait enten­du par­ler de Jésus comme d’un fai­seur de miracles, et il s’attendait, ain­si que ses cour­ti­sans, à lui voir faire des pro­diges. Mais le Fils de Dieu ne dit pas une parole en sa présence.

Hérode, mécon­tent et désap­poin­té, se moqua de lui, le regar­da comme un fou, et le fit revê­tir d’une robe blanche, ce qui, en Gali­lée, était le vête­ment des fous. Il lui fit mettre dans la main un long roseau en place du sceptre royal que portent les Rois, et il le ren­voya à Pilate, accom­pa­gné par une popu­lace gros­sière qui blas­phé­mait, qui l’insultait et le frappait.

Ouvrage : Autres textes

Le same­di 6 jan­vier 1849, se pro­dui­sit dans la Basi­lique Saint-Pierre au Vati­can un pro­dige qui a été rela­té par le jour­nal de la Basi­lique et fut confir­mé par le Pape Léon XIII dans un bref daté du 1er octobre 1885.

* * *

Pour bien com­prendre ce qui se pas­sa il importe d’abord de se remettre dans le contexte historique.

À cette date, le Bien­heu­reux Pape Pie IX se trou­vait en exil à Gaëte, dans le Royaume de Naples. L’année 1848, en effet, avait vu se suc­cé­der des révo­lu­tions dans toute l’Europe. Rome – capi­tale des États de l’Église – n’avait pas été épar­gnée par le ferment révo­lu­tion­naire et par les troubles. L’exil du pape dura 17 mois. Pen­dant ce temps, de manière assez fré­quente, le cler­gé et les fidèles de Rome orga­ni­saient dans les diverses églises de la Ville Éter­nelle des céré­mo­nies fer­ventes pour deman­der à Dieu la fin des troubles et le retour du Pape.

Il faut savoir (ceux qui sont allés à Rome et ont eu une visite gui­dée de la Basi­lique Saint-Pierre s’en sou­viennent peut-être) que la Basi­lique Saint-Pierre ne ren­ferme pas seule­ment la tombe du Prince des Apôtres, mais qu’au cours des siècles son « tré­sor » a été enri­chi d’importantes et pré­cieuses reliques au nombre des­quelles on compte une part impor­tante du Bois de la Sainte Croix (ame­né de Jéru­sa­lem par l’impératrice Sainte Hélène), le fer de la lance avec lequel le cen­tu­rion a ouvert le côté du Christ mort (décou­vert grâce à un miracle, en 1099, par Adhé­mar de Mon­teil dans une église d’Antioche de Syrie où le reli­quaire avait été emmu­ré par crainte des pro­fa­na­tions sar­ra­sines, puis oublié), et le voile de la pieuse femme qui, sur le che­min du Cal­vaire, avait essuyé le visage ensan­glan­té du Christ.

La sainte Face du Christ durant la Passion
L’image de la Sainte Face de Notre-Sei­gneur dif­fu­sée à la suite du miracle du 6 jan­vier 1849 et telle qu’elle est expo­sée dans l’« Ora­toire de la Sainte Face », à Tours

Ce voile avait reçu le nom de « vero­ni­ca », contrac­tion et lati­ni­sa­tion de veron‘ikon, que l’on peut tra­duire par « image véritable ».

La tra­di­tion les dis­tingue bien en effet :
– d’une part, le lin­ceul – actuel­le­ment conser­vé à Turin mais fut véné­ré à Constan­ti­nople jusqu’au moment de l’odieuse mise à sac de la ville par les croi­sés (en avril 1204) – sur lequel se trouve une image en trois dimen­sions, « pro­je­tée » sur le linge, et qui reste tota­le­ment inex­pli­quée dans l’état actuel des sciences ;
– et d’autre part le linge avec lequel cette cou­ra­geuse hié­ro­so­ly­mite, prise de com­pas­sion, essuya la sueur, le sang et les cra­chats mêlés à la pous­sière qui souillaient le visage du Sau­veur. Sur ce voile, il s’agissait pro­ba­ble­ment d’une empreinte lais­sée par les matières épon­gées lors du contact direct (et non d’une pro­jec­tion). Il s’agissait de ce fait d’une image « défor­mée ». Vous obtien­drez quelque chose de sem­blable si vous vous bar­bouillez la figure avec de la suie et que vous vous essuyez ensuite avec un linge : en l’appliquant sur toute la sur­face du visage, vous obtien­drez ensuite votre propre por­trait, mais vos traits seront défor­més par une espèce d’amplification, puisque tous les contours de ce qui est en relief se retrou­ve­ront déve­lop­pés à plat.

De très anciennes tra­di­tions, dont on ne veut plus tenir compte aujourd’hui, nous rap­portent que l’empereur Tibère avait enten­du rap­por­ter cer­taines choses sur ce Jésus qui, même au-delà de la mort, recru­tait des dis­ciples et opé­rait des miracles. Alors qu’il se trou­vait très malade et que ses méde­cins étaient impuis­sants à lui rendre la san­té, il avait appris qu’une image répu­tée mira­cu­leuse du Christ était en pos­ses­sion d’une femme, par­mi ses dis­ciples. Il la fit donc recher­cher et venir à son che­vet ; il enten­dit de sa bouche le récit de la Pas­sion du Sau­veur et recou­vra la san­té en contem­plant son image, cette veron‘ikon, dont le nom finit par être don­né à la femme qui avait béné­fi­cié du miracle.

Le voile mira­cu­leux res­ta donc à Rome où il est répu­té demeu­rer aujourd’hui encore. Il n’est plus guère expo­sé à la véné­ra­tion des foules de nos jours, mais j’ai eu l’occasion de ren­con­trer un vieux cor­de­lier qui l’avait vu de près sous le règne de Pie XII et m’a expli­qué que l’image figu­rant sur le voile était tel­le­ment estom­pée qu’elle était deve­nue presque imper­cep­tible à l’œil.