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19 mars 2026Saint Joseph, Époux de la Bienheureuse Vierge Marie

Saint Joseph des­cen­dait de la race royale de David, mais il vivait à Naza­reth de l’humble pro­fes­sion de char­pen­tier, lorsque Dieu le choi­sit pour époux de Marie, pour pro­tec­teur et père nour­ri­cier de Jésus. Joseph, dit l’É­van­gile, était « un homme juste » ; pru­dent et dis­cret, il fut dépo­si­taire de l’au­to­ri­té de Dieu dans la Sainte Famille et le Ciel le trou­va tou­jours docile à ses ordres. Au moment où l’âme de Joseph était livrée au trouble et à l’in­quié­tude, un ange vint dis­si­per ses craintes en lui annon­çant que de Marie naî­trait le Fils de Dieu. Ce fut un ange aus­si qui, l’a­ver­tis­sant des pro­jets d’Hé­rode contre la vie de Jésus, lui ordon­na dans un songe de fuir en Égypte avec l’En­fant et sa mère ; aus­si­tôt Joseph se leva et obéit. Il obéit encore fidè­le­ment lors­qu’il fal­lut reve­nir à Naza­reth, une fois le dan­ger pas­sé. Après des années de labeur obs­cur et de dévoue­ment total à Jésus et à Marie, Joseph mou­rut pai­si­ble­ment entre les bras de ces deux êtres ten­dre­ment aimés, méri­tant, par cette fin pri­vi­lé­giée, de deve­nir le patron de la bonne mort.


Ouvrage : Autres textes

Le same­di 6 jan­vier 1849, se pro­dui­sit dans la Basi­lique Saint-Pierre au Vati­can un pro­dige qui a été rela­té par le jour­nal de la Basi­lique et fut confir­mé par le Pape Léon XIII dans un bref daté du 1er octobre 1885.

* * *

Pour bien com­prendre ce qui se pas­sa il importe d’abord de se remettre dans le contexte historique.

À cette date, le Bien­heu­reux Pape Pie IX se trou­vait en exil à Gaëte, dans le Royaume de Naples. L’année 1848, en effet, avait vu se suc­cé­der des révo­lu­tions dans toute l’Europe. Rome – capi­tale des États de l’Église – n’avait pas été épar­gnée par le ferment révo­lu­tion­naire et par les troubles. L’exil du pape dura 17 mois. Pen­dant ce temps, de manière assez fré­quente, le cler­gé et les fidèles de Rome orga­ni­saient dans les diverses églises de la Ville Éter­nelle des céré­mo­nies fer­ventes pour deman­der à Dieu la fin des troubles et le retour du Pape.

Il faut savoir (ceux qui sont allés à Rome et ont eu une visite gui­dée de la Basi­lique Saint-Pierre s’en sou­viennent peut-être) que la Basi­lique Saint-Pierre ne ren­ferme pas seule­ment la tombe du Prince des Apôtres, mais qu’au cours des siècles son « tré­sor » a été enri­chi d’importantes et pré­cieuses reliques au nombre des­quelles on compte une part impor­tante du Bois de la Sainte Croix (ame­né de Jéru­sa­lem par l’impératrice Sainte Hélène), le fer de la lance avec lequel le cen­tu­rion a ouvert le côté du Christ mort (décou­vert grâce à un miracle, en 1099, par Adhé­mar de Mon­teil dans une église d’Antioche de Syrie où le reli­quaire avait été emmu­ré par crainte des pro­fa­na­tions sar­ra­sines, puis oublié), et le voile de la pieuse femme qui, sur le che­min du Cal­vaire, avait essuyé le visage ensan­glan­té du Christ.

La sainte Face du Christ durant la Passion
L’image de la Sainte Face de Notre-Sei­gneur dif­fu­sée à la suite du miracle du 6 jan­vier 1849 et telle qu’elle est expo­sée dans l’« Ora­toire de la Sainte Face », à Tours

Ce voile avait reçu le nom de « vero­ni­ca », contrac­tion et lati­ni­sa­tion de veron‘ikon, que l’on peut tra­duire par « image véritable ».

La tra­di­tion les dis­tingue bien en effet :
– d’une part, le lin­ceul – actuel­le­ment conser­vé à Turin mais fut véné­ré à Constan­ti­nople jusqu’au moment de l’odieuse mise à sac de la ville par les croi­sés (en avril 1204) – sur lequel se trouve une image en trois dimen­sions, « pro­je­tée » sur le linge, et qui reste tota­le­ment inex­pli­quée dans l’état actuel des sciences ;
– et d’autre part le linge avec lequel cette cou­ra­geuse hié­ro­so­ly­mite, prise de com­pas­sion, essuya la sueur, le sang et les cra­chats mêlés à la pous­sière qui souillaient le visage du Sau­veur. Sur ce voile, il s’agissait pro­ba­ble­ment d’une empreinte lais­sée par les matières épon­gées lors du contact direct (et non d’une pro­jec­tion). Il s’agissait de ce fait d’une image « défor­mée ». Vous obtien­drez quelque chose de sem­blable si vous vous bar­bouillez la figure avec de la suie et que vous vous essuyez ensuite avec un linge : en l’appliquant sur toute la sur­face du visage, vous obtien­drez ensuite votre propre por­trait, mais vos traits seront défor­més par une espèce d’amplification, puisque tous les contours de ce qui est en relief se retrou­ve­ront déve­lop­pés à plat.

De très anciennes tra­di­tions, dont on ne veut plus tenir compte aujourd’hui, nous rap­portent que l’empereur Tibère avait enten­du rap­por­ter cer­taines choses sur ce Jésus qui, même au-delà de la mort, recru­tait des dis­ciples et opé­rait des miracles. Alors qu’il se trou­vait très malade et que ses méde­cins étaient impuis­sants à lui rendre la san­té, il avait appris qu’une image répu­tée mira­cu­leuse du Christ était en pos­ses­sion d’une femme, par­mi ses dis­ciples. Il la fit donc recher­cher et venir à son che­vet ; il enten­dit de sa bouche le récit de la Pas­sion du Sau­veur et recou­vra la san­té en contem­plant son image, cette veron‘ikon, dont le nom finit par être don­né à la femme qui avait béné­fi­cié du miracle.

Le voile mira­cu­leux res­ta donc à Rome où il est répu­té demeu­rer aujourd’hui encore. Il n’est plus guère expo­sé à la véné­ra­tion des foules de nos jours, mais j’ai eu l’occasion de ren­con­trer un vieux cor­de­lier qui l’avait vu de près sous le règne de Pie XII et m’a expli­qué que l’image figu­rant sur le voile était tel­le­ment estom­pée qu’elle était deve­nue presque imper­cep­tible à l’œil.

Ouvrage : Petites Vies Illustrées pour enfants | Auteur : Goldie, Agnès

Alfred, n’as-tu pas son­gé à te faire reli­gieux ? demande le Curé de Saint-Césaire à son jeune paroissien.

— Mais Mon­sieur le Curé, je ne suis qu’un igno­rant, je ne sais rien.

Peu importe ! Tous les reli­gieux ne sont pas pro­fes­seurs ; il y a les tra­vaux manuels. Qu’est-ce qui t’empêche d’être cor­don­nier, jar­di­nier, por­tier, que sais-je ?

Vous croyez vrai­ment que j’ai la vocation ?

Oui, Alfred, je le crois. Si tu changes si sou­vent de place, c’est que tu n’es nulle part à ta place ; pas plus au vil­lage qu’à New-York, et pas plus aux champs qu’à l’u­sine « Réflé­chis, prie Dieu de t’éclairer ».

Saint Joseph de Montréal QuebecMes­sire Pro­ven­çal, curé de Saint-Césaire, au Cana­da, a grand sou­ci des jeunes. Cette même année 1869, il fait construire pour eux une École com­mer­ciale qu’il confie aux Pères de Sainte-Croix. Arri­vés du Mans au Cana­da, voi­ci une ving­taine d’an­nées, ces Pères y ont des œuvres flo­ris­santes. Alfred Bes­sette n’au­rait-il pas sa place mar­quée par­mi eux ?

Son his­toire ? Il est né le 9 août 1845, à Saint-Gré­goire, aux envi­rons de Mont­réal. Son père est menui­sier comme saint Joseph ; sa mère, douce, labo­rieuse, a de quoi s’oc­cu­per avec ses dix enfants. Alfred, le sixième, a failli mou­rir à sa nais­sance et il a fal­lu l’on­doyer bien vite, avant de le por­ter à l’é­glise pour les céré­mo­nies sup­plé­men­taires : « Ma mère, dit-il, me sachant très faible, sem­blait avoir pour moi plus d’af­fec­tion et de soins que pour les autres. Elle m’embrassait plus sou­vent qu’à mon tour. Sou­vent, en cachette, elle me don­nait de petites frian­dises. Le soir, à la prière dite en famille, j’é­tais près d’elle et je sui­vais sur son cha­pe­let. »

Alfred a six ans quand son père meurt acci­den­tel­le­ment en abat­tant un arbre dans la forêt. La veuve peine beau­coup pour éle­ver sa famille ; atteinte de la poi­trine, elle doit dis­per­ser ses enfants ; parents, amis se les par­tagent ; quant à elle, elle est recueillie chez une de ses sœurs avec son petit Alfred. Il a douze ans quand elle meurt. Grand cha­grin ! Au retour du cime­tière, l’en­fant revient chez son oncle Nadeau, lequel entend faire de ses fils et de son neveu de rudes gaillards capables de se suf­fire : « Mon oncle était un homme fort qui pen­sait que tous étaient bâtis comme lui » : « À ton âge dit-il à l’or­phe­lin, je labou­rais et gagnais ma vie. On n’est pas riche ; j’ai pen­sé à te faire apprendre le métier de cor­don­nier. » Le cou­ra­geux petit se met à la besogne avec achar­ne­ment. Du cuir épais, il confec­tionne de solides chaus­sures appe­lées « bottes de bœuf », et il cogne, cogne ! et il se pique les doigts avec les alènes, et il souffre ter­ri­ble­ment de l’estomac.

Une pho­to le montre en com­mu­niant, avec des yeux noirs brillants. Vers la même époque, Ber­na­dette Sou­bi­rous fait à Lourdes sa pre­mière com­mu­nion. Elle a un an de plus qu’Alfred.

Ouvrage : À la conquête du monde païen | Auteur : Goyau, Georges

XIX

« Mon supé­rieur, le Père Dehon, m’en­voie fon­der une mis­sion au centre de l’A­frique, disait en 1897 le Père Gabriel Gri­son, des prêtres du Sacré-Cœur de Saint-Quen­tin ; je l’ai tou­jours dési­ré ; mais com­ment ferons-nous ? Nous n’a­vons ni hommes ni argent. » Il par­tit avec un billet d’al­ler et retour, offert par l’É­tat indé­pen­dant du Congo.

Le cou­pon de retour ne devait point être uti­li­sé ; le Père Gri­son res­ta là-bas. Dès Noël 1897, dans une ins­tal­la­tion de for­tune, à quelques kilo­mètres en aval de Stan­ley­ville, il célé­brait devant cinq blancs et deux cents noirs la pre­mière messe de minuit qui eût jamais été mur­mu­rée dans ces régions ; et le len­de­main matin, seul dans la forêt, médi­tant et priant, il lui sem­blait entendre, « dans le loin­tain de l’a­ve­nir, les cloches son­ner à toute volée et appe­ler les pauvres tri­bus noires à la grande solen­ni­té de Noël ! »

L'histoire du soir des enfants : Congo Belge. — Franciscaines Missionnaires
Congo Belge. — Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie sur un pont de lianes.

Bien vite, il se fami­lia­ri­sait avec les noirs, s’en allant, de hutte en hutte, jeter dans leurs mar­mites d’a­mi­cales pin­cées de sel, et les gron­dant, mais pas trop fort, lorsque par­fois, la nuit, ils venaient voci­fé­rer autour de sa tente en l’hon­neur de la lune. Par­mi eux, il y avait des can­ni­bales, des man­geurs de cadavres ; il fal­lait lut­ter contre cette bar­ba­rie. Le Père, un jour, voyait sur­ve­nir deux noirs : le pre­mier avait ven­du sa femme au second, pour que celui-ci la man­geât ; et l’a­che­teur, une fois repu de cet épou­van­table menu, refu­sait de payer. Voi­là la terre de sau­va­ge­rie où les Prêtres du Sacré-Cœur allaient implan­ter la ten­dresse du Christ et révé­ler aux hommes la digni­té de l’homme.

De jeunes esclaves furent rache­tés, un orphe­li­nat se fon­da. Puis, çà et là, des fermes-cha­pelles s’ou­vrirent, où des caté­chistes grou­paient la popu­la­tion et la pré­pa­raient à l’ar­ri­vée du mis­sion­naire nomade. « Nous vou­lons mar­cher sur le che­min frais, non sur le che­min de feu, » disaient les noirs ; le pre­mier de ces che­mins, pour eux, c’é­tait la route du ciel, et le second la route de l’en­fer. Leur choix était fait ; ils optaient pour le pre­mier. Et d’an­née en année, le T. R. P. Dehon expé­diait là-bas de nou­veaux mis­sion­naires en pâture au labeur, en pâture à la mort. En douze ans, treize suc­com­bèrent. Par­fois quelque vieille pirogue, avec laquelle de leur vivant ils avaient affron­té les rapides du fleuve Congo, four­nis­sait, lors­qu’ils étaient morts, le bois néces­saire pour fabri­quer leur cercueil.

Ouvrage : À la conquête du monde païen | Auteur : Goyau, Georges

XVIII

Mté­sa, roi de l’Ou­gan­da, un jour de juin 1879, don­nait au Père Lour­del, père Blanc, un ter­rain sur l’une des sept col­lines de Rou­ba­ga, sa capi­tale ; en face du paga­nisme, en face du pro­tes­tan­tisme ins­tal­lé là depuis 1876, la pre­mière pierre de la mis­sion de l’Ou­gan­da était posée, et dans Rome, l’autre ville aux Sept Col­lines, on se réjouissait.

« Je veux apprendre à lire, » disait au Père Lour­del en 1879 un indi­gène de l’Ou­gan­da. Et le Père de répondre : « Bien volon­tiers, mais il fau­dra aus­si apprendre à connaître et à aimer Dieu. » Alors l’in­di­gène, dont le nom était Mab­wan­da, lui répli­quait : « Tu as rai­son : j’ai été chez les musul­mans ; à les en croire, on peut se per­mettre tout ; il suf­fit, pour rede­ve­nir inno­cent, de se laver avec de l’eau ou du sable. J’ai été aus­si chez les pro­tes­tants, sans y trou­ver ce que je cherche ; mon cœur demeure insa­tis­fait. » Mab­wan­da consen­tait à apprendre le Cre­do ; d’autres bien­tôt le sui­vaient ; dès le mois de mars 1880, ils étaient déjà nom­breux ; et, le 27 mars, jour du same­di saint, les quatre plus dignes étaient bap­ti­sés… Bap­ti­sés secrè­te­ment, avant le jour ; cette église se tenait encore aux cata­combes. La vie cachée de la catho­li­ci­té, sur terre d’Ou­gan­da, avait commencé.

Coloriage pour les enfants : Cardinal Lavigerie.
Car­di­nal Lavigerie.

Quelques années se pas­saient : la petite chré­tien­té se déve­lop­pait, par­mi beau­coup d’é­preuves. Sou­dai­ne­ment, le nou­veau roi Mouan­ga se lais­sa per­sua­der que les chré­tiens, — ces Euro­péens, — met­taient ses États en péril. Un de ses conseillers, Mou­ka­sa, chré­tien lui-même, ten­tait de prendre leur défense : le 15 novembre 1885, il le fai­sait déca­pi­ter, et Mou­ka­sa ouvrait un long cor­tège de vic­times. Le 17 novembre, un édit royal parais­sait : Mort aux chré­tiens ! dehors les mis­sion­naires ! tel était le sens de l’é­dit. Le roi fit venir tous ses pages, par petits groupes, leur deman­da s’ils priaient avec les blancs, fit cou­per l’o­reille à l’un d’eux, puis parut s’a­pai­ser, et de nou­veau se déchaî­na contre la pré­sence de ces chré­tiens : les vieilles divi­ni­tés païennes, disait-il, se ven­geaient, en lui infli­geant des défaites navales, en mul­ti­pliant les incen­dies sur ses terres. L’o­rage allait gron­der : un chef des pages, Charles Louan­ga, bap­ti­sait ceux de ses cama­rades dont l’ins­truc­tion n’é­tait pas encore ache­vée. Par­mi eux, il y en avait un, tout jeune encore, — il s’ap­pe­lait Kizi­to, — qui avait peur d’a­voir peur lors­qu’il fau­drait mou­rir ; et Louan­ga lui disait : « Nous nous tien­drons par la main pour mou­rir ensemble. » Mouan­ga ras­sem­blait ses pages : « Êtes-vous donc tous chré­tiens ? — Oui, maître, nous le sommes. — Et vous vou­lez le res­ter ? — Oui, tou­jours jus­qu’à la mort. — Qu’on les tue ! » Il don­nait l’ordre de les lier, de leur faire faire soixante kilo­mètres ; là-bas un bûcher les atten­dait. Le lugubre cor­tège par­tait, sous la béné­dic­tion du Père Lour­del. Et Mouan­ga ripos­tait aux pro­tes­ta­tions des mis­sion­naires en fai­sant exé­cu­ter le com­man­dant de sa garde, qui était un chré­tien… Sur la route inter­mi­nable, les pages condam­nés au bûcher che­mi­naient péni­ble­ment, se heur­tant les uns contre les autres, tant étaient gênants, par leur étroi­tesse, les liens qui les enchaî­naient. Ceux qui se plai­gnaient, ceux qui ne pou­vaient plus avan­cer, on les tuait. La veille de l’As­cen­sion de 1886, le bûcher s’al­lu­ma : Louan­ga et ses com­pa­gnons rayon­naient de joie. « Enten­dez-vous ces idiots ? rica­nait un des bour­reaux. On dirait vrai­ment qu’ils vont à la noce et que nous allons leur ser­vir un fes­tin ! » Louan­ga fut déta­ché de la petite troupe : on lui brû­la, savam­ment, les pieds et les jambes, en lais­sant intact, tout d’a­bord, le haut du corps. « Prie ton Dieu, raillait-on, qu’il vienne te sor­tir de là ! » Et Louan­ga ripos­tait : « Il me semble que c’est de l’eau fraîche que tu me verses sur les pieds. » Les Livres Saints repré­sentent Dieu comme se riant de ses enne­mis : ain­si Louan­ga se riait-il d’eux, pen­dant que l’on car­bo­ni­sait tous ses membres l’un après l’autre. Les treize autres pages furent enve­lop­pés cha­cun dans une claie de roseaux et entas­sés sur un seul bûcher : les roseaux s’en­flam­mèrent, et le cré­pi­te­ment de ces torches vivantes ne pou­vait étouf­fer un mur­mure de prières, par lequel elles s’of­fraient elles-mêmes en sacri­fice. Il y avait là trois petits pages encore, presque des enfants, aux­quels le bour­reau avait reçu ordre de faire grâce.

Ouvrage : À la conquête du monde païen | Auteur : Goyau, Georges

XVII

Ce fut une dou­lou­reuse aurore que celle des Mis­sions Afri­caines de Lyon. Mgr de Marion-Bré­sillac, qui en 1857 les fon­dait, rejoi­gnait, au prin­temps de 1859, le pre­mier essaim de mis­sion­naires, par­tis pour Sier­ra-Leone : il se pré­pa­rait à se mettre avec eux au tra­vail. L’é­vêque, trois prêtres, deux frères : tel était le per­son­nel de la mis­sion. Au bout d’un mois, hélas ! la fièvre jaune avait déjà mis au tom­beau deux prêtres et un frère ; l’autre frère, très souf­frant, était rapa­trié. Et le pré­lat res­tait seul, avec un prêtre, M. Rey­mond. « Il n’est pas impro­bable, écri­vait- il, que M. Rey­mond et moi sui­vions de près ceux que nous pleu­rons, et la Mis­sion de Sier­ra Leone sera alors aus­si­tôt finie que com­men­cée. » La cruelle pro­ba­bi­li­té se véri­fia. En juillet, tous deux tom­baient malades. M. Rey­mond avait la force d’ad­mi­nis­trer à son évêque mou­rant l’ex­trême-onc­tion, de consom­mer les hos­ties qui res­taient, et de remon­ter dans son lit, pour y mou­rir à son tour. Il ne res­tait plus rien, en Afrique, des Mis­sions Afri­caines de Lyon.

Les missions d'Afrique - Histoire à lire aux enfantsMais déjà, à Lyon même, des novices se for­maient : le Père Augus­tin Planque les éle­vait. Il vou­lait que l’œuvre vécût. Une ligne du pro­phète Isaïe : « J’en­ver­rai quelques-uns d’entre eux en Afrique, Mit­tam ex eis in Afri­cam, » avait été don­née comme devise à la jeune Socié­té par Mgr de Marion-Bré­sillac. Le Père Planque gar­dait pieu­se­ment une lettre, où celui-ci lui avait dit : « Si la mer et ses écueils vou­laient que cette année fût ma der­nière, vous seriez là pour que l’œuvre ne fît pas nau­frage. » Cette lettre était plus qu’un sou­ve­nir, elle demeu­rait une con-signe tes­ta­men­taire, et le Père Planque, d’ac­cord avec le car­di­nal pré­fet de la Pro­pa­gande, vou­lait y obéir.

Dès 1861, la Socié­té des Mis­sions Afri­caines de Lyon s’ins­tal­lait au Daho­mey. Pays de sau­vages, où le roi Glé­glé, chaque année, fai­sait des raz­zias d’hommes pour les sacri­fices humains qu’exi­geaient les litur­gies païennes et les somp­tueuses funé­railles des per­son­nages de la cour. Le Père Bor­ghe­ro, chef de la mis­sion, s’en allait voir Glé­glé : celui-ci l’ho­no­rait en lui offrant une belle fête, où les Ama­zones daho­méennes, com­man­dées par Glé­glé, haran­guées par Glé­glé, cou­raient pieds nus sur des talus épi­neux, sur des toi­tures héris­sées de dards de cac­tus, avec une incom­pa­rable maî­trise. Il faut bien, com­men­tait Glé­glé, accueillir avec éclat l’en­voyé de Napo­léon III. Mais le Père Bor­ghe­ro se défen­dait, rap­pe­lait qu’il était le mes­sa­ger d’un autre sou­ve­rain, d’un sou­ve­rain qui n’é­tait pas de ce monde et qui pour­tant y régnait, Dieu. Glé­glé consen­tait que les mis­sion­naires fussent les hôtes de son pays, mais il pro­hi­bait que ses sujets se lais­sassent bap­ti­ser. On vit ces prêtres se faire méde­cins, culti­va­teurs ; leur ser­viable cha­ri­té, leurs leçons de civi­li­sa­tion, atti­raient cer­taines âmes ; et dans Why­dah, dis­crè­te­ment, une petite chré­tien­té parais­sait se for­mer. Mais, en 1869, les cir­cons­tances for­çaient les Mis­sions Afri­caines à s’exi­ler de cette ville, et lorsque, en sep­tembre 1870, l’é­meute lyon­naise réqui­si­tion­na la mai­son mère, il n’y avait plus, en acti­vi­té de ser­vice afri­cain, que deux toutes petites poi­gnées de mis­sion­naires, à Lagos et à Por­to-Novo. Et mélan­co­li­que­ment le Père Planque son­geait que sur trente et un Pères qu’il avait déjà envoyés aux Mis­sions, cinq étaient morts, et que sept étaient reve­nus à peu près invalides.