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25 mars 2026L’Annonciation

« L’ange Gabriel, nous dit saint Luc, fut envoyé d’au­près de Dieu dans une ville de Gali­lée, nom­mée Naza­reth, vers une vierge fian­cée à un homme de la mai­son de David, appe­lé Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie. L’ange, étant entré chez elle, lui dit : Je vous salue, pleine de grâce, le Sei­gneur est avec vous. Mais elle, à cette parole, fut trou­blée et se deman­dait ce que pou­vait être cette salu­ta­tion. Et l’ange lui dit : Ne crai­gnez point, Marie, car vous avez trou­vé grâce devant Dieu. Voi­ci que vous conce­vrez et enfan­te­rez un fils et vous lui don­ne­rez le nom de Jésus. Il sera grand et on l’ap­pel­le­ra le Fils du Très-Haut ; le Sei­gneur Dieu lui don­ne­ra le trône de David son père, il régne­ra éter­nel­le­ment sur la mai­son de Jacob et son règne n’au­ra pas de fin. Marie dit à l’ange : Com­ment cela se fera-t-il ? car je ne connais point d’homme. L’ange lui répon­dit : L’Es­prit-Saint sur­vien­dra en vous et la puis­sance du Très-Haut vous cou­vri­ra de son ombre : c’est pour­quoi l’être saint qui naî­tra de vous sera appe­lé Fils de Dieu… Marie dit alors : Je suis la ser­vante du Sei­gneur, qu’il me soit fait selon votre parole ! » Et l’ange la quitta.


Ouvrage : Évangile d’une grand’mère | Auteur : Ségur, Comtesse de

Tout san­glant, tout bri­sé par la dou­leur, le Rédemp­teur du monde fut traî­né devant son juge.

Pilate, mar­chant devant lui hors de la salle du Pré­toire, le mon­tra à la foule en disant : « Voi­là l’Homme. »

Lui-même, juge inique, eut peur de sa cruelle fai­blesse. Il crut qu’en mon­trant au peuple ce corps ensan­glan­té, ce visage déchi­ré, ils auraient pitié de lui.

« Voi­là l’Homme ! » dit Pilate.

Oui, voi­là l’Homme, l’Homme saint, l’Homme-Dieu qu’ils ont mécon­nu, outra­gé, tor­tu­ré. Voi­là l’Homme qui veut souf­frir, qui veut mou­rir pour sau­ver ceux qui le mécon­naissent, qui l’outragent, qui le tor­turent ; voi­là l’Homme-Dieu mou­rant, mais qui veut souf­frir encore jusqu’à ce qu’il ait expié tous les péchés de tous les hommes qu’il appelle ses frères.

Ecce Homo, 1543 par Titian

Et les Juifs n’ont aucune pitié de ses atroces dou­leurs ; ils veulent qu’il souffre encore, ils veulent l’avilir plus encore par le sup­plice igno­mi­nieux de la croix, et tous rugissent de plus fort en plus fort :

« Cru­ci­fiez-le ! crucifiez-le ! »

Pilate, à ces cris, ras­semble son cou­rage : « Pour­quoi le cru­ci­fie­rai-je, deman­da-t-il, puisqu’il est inno­cent ? Cru­ci­fie­rai-je votre Roi ?

— Nous n’avons pas d’autre Roi que César ! crient les Juifs. Nous ne vou­lons pas que celui-ci règne sur nous ! Il s’est dit Fils de Dieu, et selon notre loi il doit mou­rir ! Si vous le relâ­chez, vous êtes enne­mi de César ! »

À ces paroles, Pilate eut peur et cher­cha à étouf­fer la voix de sa conscience. Il mon­ta donc sur son tri­bu­nal, qui, sui­vant l’usage des anciens, était situé en plein air et devant le palais. Il se fit appor­ter de l’eau, et se lavant les mains en pré­sence de la foule :

Ouvrage : Chandeleur | Auteur : Duhamelet, Geneviève

V

Le gong du dîner inter­rom­pit l’oncle Pas­cal. Les enfants se pré­ci­pi­tèrent dans la salle à man­ger, sauf Agnès, qui ne put se tenir d’al­ler à la cui­sine sou­le­ver le linge qui recou­vrait la fameuse terrine :

— Vou­lez-vous bien lais­ser la pâte tran­quille, grom­me­la Julie, secrè­te­ment bles­sée peut-être d’a­voir dû abdi­quer devant la fillette. Vous allez lui faire prendre froid.

Mais à l’heure des crêpes, la gron­deuse Julie elle-même dut conve­nir que la pâte était magni­fique, juste assez épaisse, par­fai­te­ment liée et d’un beau jaune d’or.

Tout le monde était réuni dans la cui­sine. Grand’­mère dans son fau­teuil, oncle Pas­cal, papa, maman et les enfants, sauf le petit Phi­lippe qui était déjà cou­ché, et à qui les crêpes étaient, du reste, bien indifférentes.

Agnès récla­mait l’hon­neur de faire la pre­mière crêpe, mais Julie, déjà, se pré­ci­pi­tait et grand’­mère, atti­rant la petite fille, lui souf­fla dans l’oreille :

— Laisse donc, c’est la plus dif­fi­cile à réus­sir. La poêle n’est pas encore faite et glisse mal. Et puis, cela fait plai­sir à Julie.

La cui­si­nière mon­trait en effet sa dex­té­ri­té : une noi­sette de sain­doux au creux de la poêle, un rapide mou­ve­ment du poi­gnet qui répand la graisse fon­dante, puis la cuille­rée de pâte, bien éga­le­ment. Quelques ins­tants de patience et, hop ! sans que per­sonne ait sai­si le geste rapide, la crêpe est retour­née en un tourne-main.

Sous les excla­ma­tions et les bra­vos, Julie s’in­cline avec un orgueil modeste. Elle peut main­te­nant aban­don­ner sa place. Elle a rem­por­té son petit triomphe. Même, avec magna­ni­mi­té, elle offre ses conseils à Agnès qui lui succède.

Crêpes pour les enfants
La petite fille s’applique.

La petite fille, les sour­cils fron­cés, les lèvres ser­rées, s’ap­plique autant qu’elle peut. La crêpe saute, mais retombe à demi repliée. La pro­chaine sera mieux.

— À mon tour, sup­plie Gilbert.

Agnès ne pré­tend pas céder sa place.

— Tu gardes, comme on dit, la queue de la poêle, remarque iro­ni­que­ment l’oncle Pascal.

Agnès va se fâcher. Mais un mot de sa mère lui fait lâcher prise :

— Tu sais ce que tu m’as promis.

Elle s’en sou­vient. Elle a pro­mis de se cor­ri­ger de son égoïsme. Connaître ses défauts, c’est en être à moi­tié gué­ri. Aus­si cède-t-elle à son petit frère. Gil­bert est si content d’être arri­vé à ses fins qu’il laisse choir sa crêpe dans les cendres.

Ouvrage : Chandeleur | Auteur : Duhamelet, Geneviève

IV

Après une mati­née aus­si aus­tère, les enfants éprou­vaient le besoin de se détendre, et l’oncle Pas­cal pro­po­sa de les emme­ner en pro­me­nade l’après-midi.

Donc, sitôt après le déjeu­ner, la petite bande se trou­va prête. Le temps était superbe, un peu froid, mais la marche réchauffe, fait rou­gir les joues et briller les yeux.

On gagna rapi­de­ment la cam­pagne. Un vigne­ron plan­tait une vigne nou­velle. Le jeune blé poin­tait entre les sillons bruns. Gil­bert, comme un étour­neau, dit :

— Tiens, du gazon !

Mais ce gazon-là, si Dieu le bénit, devien­dra l’é­pi lourd de grains, et l’oncle Pas­cal recom­man­da aux enfants de mar­cher bien au milieu du sen­tier et de ne pas fou­ler aux pieds l’herbe précieuse.

Quel est cet oiseau qui pro­mène sur les che­mins sa digni­té en habit noir ? C’est un merle. Il ne chante pas encore. L’a­louette non plus, la petite alouette grise, amie du labou­reur, ne monte pas encore vers le ciel en lan­çant son tire­li. Les bonnes gens disent qu’elle ne chan­te­ra que dans trois jours, à la Sainte Agathe (le 5 février), mais elle est là, tapie au creux du sillon, rete­nant dans sa gorge gon­flée le chant qu’elle va chan­ter, comme si elle fai­sait retraite avant de s’envoler.

L’eau vive des prés s’é­chappe en bon­dis­sant des pri­sons de cris­tal où le vieil hiver l’a­vait enfer­mée. La neige fond par places et, par places, demeure aux ravins que la bise du nord a pris pour domaines.

— Oncle Pas­cal, dit Agnès qui a de bons yeux, vois donc là-bas ces mor­ceaux de neige, on dirait une les­sive qui sèche.

Au flanc des coteaux de grands arbres se dressent. La sève recom­mence à cir­cu­ler dans les branches. Sur le sol feu­tré de feuilles mortes, un fris­son va pas­ser. Mille petites herbes inco­lores sont prêtes à sou­le­ver l’en­ve­loppe qui les oppresse, à poin­ter, à ver­dir au pro­chain rayon de soleil. Les cor­beaux, les geais et les pies, tristes oiseaux d’hi­ver, tiennent de rauques conci­lia­bules, mais ils savent bien qu’ils vont être dépos­sé­dés du grand silence syl­vestre dès que les vrais chan­teurs seront reve­nus et, dans leurs obs­cures petites pri­sons, les chry­sa­lides rêvent à leurs ailes.

L’oncle Pas­cal, qui est poète, explique toutes ces choses à ses neveux, et de ses lèvres s’é­chappe une vapeur, car il ne fait déci­dé­ment pas chaud.

— Ren­trons, pro­pose-t-il quand le ciel se déco­lore et que le soleil se cache. Nous fini­rons l’a­près-midi chez moi et nous par­le­rons encore de la Chan­de­leur, car j’ai bou­qui­né ce matin à votre inten­tion et j’ai des his­toires plein mon sac.

La chambre de l’oncle est un Para­dis ter­restre. Des livres tout le long des murs, de bons cous­sins pour s’as­seoir par terre, un dra­geoir tou­jours rem­pli, et le plus lumi­neux, le plus écla­tant des feux de bois auquel on a la per­mis­sion de tou­cher avec les lourdes pincettes.

Enfants écoutant les histoires du soir

Ouvrage : Chandeleur | Auteur : Duhamelet, Geneviève

III

Pen­dant ce temps, maman, Agnès et Gil­bert se diri­geaient vers l’é­glise, et maman expli­quait à ses enfants le sens de la céré­mo­nie à laquelle ils allaient assister.

— L’É­glise, leur dit-elle, pro­cède chaque année à trois grandes béné­dic­tions : la béné­dic­tion des cierges à la Puri­fi­ca­tion, la béné­dic­tion des cendres le pre­mier jour de Carême, la béné­dic­tion des palmes ou des buis le Dimanche des Rameaux. Et toutes ces béné­dic­tions sont symboliques.

Et comme Gil­bert levait vers elle son regard inter­ro­ga­teur, maman se hâta d’ajouter :

— C’est-à-dire qu’en plus de leur signi­fi­ca­tion visible, ces béné­dic­tions repré­sentent des choses invi­sibles, quoique réelles, telles que la divi­ni­té du Christ pour les Rameaux, la mor­ti­fi­ca­tion des fidèles pour les Cendres et, pour la fête d’au­jourd’­hui, le triomphe de Notre-Sei­gneur et de sa sainte Mère.

— Com­ment cela ? ques­tion­na Agnès à son tour.

— Sais-tu avec quoi sont fabri­qués les cierges ?

— Avec de la bou­gie, dit triom­pha­le­ment Gilbert.

— Avec de la cire, rétor­qua dou­ce­ment sa mère, tan­dis qu’A­gnès pouf­fait de rire.

— C’est cela que je vou­lais dire, pro­tes­ta Gil­bert vexé, et même, je sais que la cire vient des abeilles.

— Gil­bert n’a­vait pas tort, dit maman, beau­coup de cierges sont faits aujourd’­hui avec de la stéa­rine, matière qui sert à faire les bou­gies. Mais les cierges qui servent aux céré­mo­nies de la litur­gie doivent être obli­ga­toi­re­ment en cire.

— Tu te rap­pelles, maman, les abeilles de grand-papa ? Il nous emme­nait près de leurs ruches, il nous expli­quait leur tra­vail et nous mon­trait les gâteaux de cire dont les cel­lules ruis­se­laient de miel.

Les cierges de l'église expliqués pour le catéchisme
Il nous emme­nait près des ruches.

— Il était bon, le miel de grand-papa, je me rap­pelle… et aus­si qu’un jour on a mis un crêpe aux ruches parce que grand-papa était mort, n’est-ce pas, maman ?

Maman ser­ra la petite main de son fils et continua :

— La cire des abeilles vient des fleurs, comme le miel, et ce sont aus­si les abeilles qui l’é­la­borent. Elle est pure et par­fu­mée. Les Pères de l’É­glise com­parent la cire des cierges à la chair même du Christ, à son corps divin. Au milieu du cierge est la mèche qui brûle haut et droit. Cette mèche, c’est l’âme de Jésus, et la flamme qui la cou­ronne repré­sente la divi­ni­té. C’est ain­si qu’on a vu dans le cierge de la Chan­de­leur, l’i­mage du Sau­veur lui-même. N’a-t-il pas dit : Je suis la lumière du monde ? Le cierge repré­sente aus­si la foi avec les bonnes œuvres, et la mèche cachée serait l’in­ten­tion droite dont saint Gré­goire a dit : Que vos œuvres soient publiques, mais que vos inten­tions demeurent cachées. Ce qui veut dire de faire le bien, mais non par vani­té et avec ostentation.

Ouvrage : Chandeleur | Auteur : Duhamelet, Geneviève

II

C’est le matin de la Chan­de­leur et, par chance, c’est un jeu­di. Maman a pré­ve­nu hier soir qu’elle irait à la messe de huit heures et qu’elle sou­hai­tait emme­ner les deux grands et même Gil­bert, s’il vou­lait s’ar­ran­ger pour être prêt à l’heure.

Pour l’ins­tant, il s’at­tarde au contraire à regar­der par la fenêtre. Le ciel est bleu, d’un bleu tout vif, tout neuf, tout lavé. Mais le gazon du jar­din est fleu­ri d’é­toiles blanches. Il a gelé cette nuit.

Les roses de Noël, au bord des plates-bandes, entr’ouvrent leurs petites corolles fri­leuses. Elles ont un bien joli nom, mais les bota­nistes les appellent sim­ple­ment des ellé­bores. Gil­bert l’a appris l’autre jour en étu­diant la fable du Lièvre et de la Tor­tue :

Ma com­mère, il vous faut purger 
Avec quatre grains d’ellébore.

Par curio­si­té, il aurait bien vou­lu goû­ter à ces fleurs roses et vertes qui pas­saient jadis pour gué­rir la folie. Mais Agnès, sage­ment, l’en dis­sua­da, lui affir­mant que c’é­tait une plante véné­neuse. Ain­si en est-il de beau­coup de choses qui sont à la fois remède ou poi­son, selon qu’on sait ou ne sait pas les employer.

Fir­min, le jar­di­nier, pré­pare la terre pour repi­quer les lai­tues sous cloche. Hier, il a gref­fé deux poi­riers. Pro­messe de fruits. Dans la réserve où les enfants ne doivent pas péné­trer seuls, les pommes et les poires d’hi­ver com­mencent à s’é­pui­ser : poires de Fri­bourg ou du bon chré­tien d’hi­ver, pommes de rai­nette ou de cal­le­ville qu’on fait reluire avant d’y enfon­cer les dents.

Mais, qu’est-ce que cette splen­deur au fond du pota­ger ? C’est l’a­man­dier, le plus pres­sé de tous les arbres frui­tiers, qui a revê­tu hâti­ve­ment sa parure et qui, pour faire un brin de toi­lette, poudre de rose ses sar­ments desséchés.

Histoire du soir - Le jardinier prépare la terre.
Le jar­di­nier pré­pare la terre.

Comme Gil­bert reste en extase à la fenêtre, une chaus­sette d’une main et son peigne dans l’autre, maman, qui est toute prête à par­tir pour la messe, menace de ne pas l’emmener. Agnès, heu­reu­se­ment, est toute prête, elle aus­si, et en deux temps, trois mou­ve­ments, elle chausse, débar­bouille, coiffe et habille le petit rêveur.

Il ne res­te­ra donc à la mai­son que grand’­mère qui a de mau­vaises jambes, Chris­tine et le petit Phi­lippe. Papa et l’oncle Pas­cal n’ont pas de jeu­dis, eux, et la fête de la Chan­de­leur n’est pas fête d’obligation.

Mais, au moment de par­tir, Jean, qui a eu la coque­luche l’au­tomne der­nier, est pris d’une telle quinte de toux que maman décide de le lais­ser à la mai­son et, pour le conso­ler, grand’­mère lui glisse à l’oreille

— Viens dans ma chambre. Nous lirons l’of­fice tous les deux.

Jean qui est très pieux — un jour, peut-être, il sera prêtre — aime beau­coup lire les offices avec grand’­mère qui explique si bien toutes choses et qui, il le sent confu­sé­ment, est si près du bon Dieu.

— La Chan­de­leur, grand’­mère, c’est ce qu’on appelle la Puri­fi­ca­tion, n’est-ce pas ?

— Oui, mon ché­ri. Le récit de cet évé­ne­ment est tout entier dans l’é­van­gile selon saint Luc, celui des quatre évan­gé­listes qui nous a racon­té le plus de choses sur l’en­fance de Jésus. La Sainte Vierge elle-même, sans doute, l’en instruisit.

Grand’­mère s’est ins­tal­lée dans son fau­teuil. Elle a atteint le gros livre dans lequel elle lit si sou­vent et, tan­dis qu’elle ajuste ses lunettes, Jean s’as­sied à ses pieds sur un tabou­ret, comme s’il avait encore l’âge de Chris­tine. Mais on est tou­jours un tout petit pour sa grand’mère.

Grand’­mère ouvre l’É­van­gile et elle lit len­te­ment, ver­set par ver­set, en s’ar­rê­tant pour com­men­ter les paroles sacrées au petit gar­çon qui l’é­coute avec attention.

La Chandeleur pour le catéchisme - Marie et joseph portèrent l'Enfant à Jérusalem.
Marie et Joseph por­tèrent l’En­fant à Jérusalem.

Cha­pitre II, ver­set 22 : Quand les jours de leur puri­fi­ca­tion furent accom­plis selon la loi de Moïse, Marie et Joseph por­tèrent l’En­fant à Jéru­sa­lem pour le pré­sen­ter au Seigneur.

— Quand toi, tes frères et tes sœurs, avez fait votre pre­mière sor­tie avec votre petite maman, elle vous a menés d’a­bord à l’é­glise. Elle vous a posés devant elle comme pour mieux vous offrir, et puis elle a deman­dé à un prêtre de pro­non­cer sur elle de belles prières qu’on appelle les Rele­vailles et qui sont faites pour atti­rer les béné­dic­tions du ciel sur les nou­velles mamans. La loi juive fai­sait une obli­ga­tion aux femmes de venir au Temple après la nais­sance de leurs enfants. La Sainte Vierge, parce qu’elle était la mère de Dieu, n’é­tait pas, comme les autres femmes juives, assu­jet­tie à cette loi. Mais elle était si humble et si obéis­sante qu’elle ne vou­lut pas se sin­gu­la­ri­ser. Aus­si, qua­rante jours après la nais­sance de son fils — pour une fille, le délai eût été de quatre-vingt-dix jours — elle quitte Beth­léem et s’a­che­mine vers le temple de Jéru­sa­lem, avec son petit enfant endor­mi dans ses bras et le bon saint Joseph auprès d’elle.

— Avaient-ils beau­coup de che­min à faire ?