Et maintenant une histoire ! Posts


7 mars 2026Saint Thomas d’Aquin, Confesseur

Tho­mas était le fils de Lan­dulphe, comte d’A­quin, et de Théo­do­ra de Naples. Encore ado­les­cent, il entra chez les Domi­ni­cains mal­gré sa mère et ses frères. Ses supé­rieurs l’en­voyèrent à Paris ; mais ses frères s’emparèrent de lui durant le voyage et l’en­fer­mèrent dans un châ­teau, où l’an­gé­lique jeune homme mit en fuite avec un tison ardent une femme venue pour le ten­ter. À Paris, il étu­dia la phi­lo­so­phie et la théo­lo­gie avec tant de zèle qu’à 25 ans il était capable d’in­ter­pré­ter publi­que­ment, avec le plus grand suc­cès, les phi­lo­sophes et les théo­lo­giens. Il priait tou­jours. avant de se mettre à lire ou à écrire. Un jour que Jésus cru­ci­fié lui adres­sait cette parole : « Tu as bien écrit à mon sujet, Tho­mas, quelle récom­pense désires-tu ? », il répon­dit avec amour : « Pas d’autre que vous-même, Sei­gneur. » Saint Tho­mas d’A­quin com­po­sa de nom­breux ouvrages d’une valeur consi­dé­rable, en par­ti­cu­lier la Somme théo­lo­gique, véri­table mine où, de nos jours encore, les théo­lo­giens puisent abon­dam­ment. Appe­lé à Rome par Urbain IV, il com­po­sa sur son ordre un office pour la fête du Saint-Sacre­ment. En allant ensuite au concile de Lyon, il tom­ba malade au monas­tère de Fos­sa­no­va, et occu­pa ce temps d’ar­rêt à com­men­ter le Can­tique des can­tiques. Mais il ne put pour­suivre son voyage et mou­rut le 7 mars 1274, à l’âge de 48 ans. Sa ver­tu sans tache et la péné­tra­tion de son génie lui ont valu le titre de « Doc­teur Angé­lique ». Léon XIII l’a éta­bli patron de toutes les écoles catholiques.


Ouvrage : Et maintenant une histoire II | Auteur : Mainé, Marie-Colette

L’office s’achève.

Légende de Noël - Choeur des moinesDra­pés dans leur chape de bure noire, les moines alternent pai­si­ble­ment les ver­sets sacrés. Pour­tant, au fond de la cha­pelle, une étrange dis­trac­tion a clos les lèvres du prieur : il sou­pire lon­gue­ment en regar­dant sur la muraille une grande éten­due de plâtre blanc qui tranche sur les déco­ra­tions envi­ron­nantes. Tout autour de la nef, d’exquises fresques rap­pellent les épi­sodes de la vie du Christ ; une seule manque, impor­tante cepen­dant : la Nativité.

Encore une fois, le prieur sou­pire ; le frère ima­gier, le bon frère Nor­bert, est mort voi­ci plu­sieurs mois lais­sant son œuvre inache­vée. Le prieur est en grand sou­ci : qui donc ter­mi­ne­ra la déco­ra­tion de l’abbaye ?… Noël est proche (dans huit jours à peine) et le mur reste blanc. Main­te­nant, il faut s’y rési­gner, pas un maître ima­gier ne serait capable de tra­vailler si promptement…

Certes, de nom­breux peintres se sont pré­sen­tés, mais leurs esquisses n’ont pas satis­fait le vieil abbé. Il vou­drait plus beau, plus simple, plus vrai !… Il vou­drait un artiste qui peigne avec son cœur et sa foi. Point ne s’en pré­sen­tant, force est au moine de lais­ser la tache livide dépa­rer la chapelle.

***

Deux par deux, les moines longent le cloître. Sou­dain, des coups sourds ébranlent le por­tail, un frère se détache de la file, va pous­ser le ver­rou. Par l’huis entr’ouvert, une sil­houette chan­ce­lante se glisse, et vient tom­ber aux pieds du prieur…

« Pitié !… Sauvez-moi !… »

Ouvrage : Les contes de la Vierge | Auteur : Tharaud, Jérôme et Jean

Légende de la Vierge - Immaculcée ConceptionTous ceux qui pré­tendent que rien ne vaut la joie de voir, chaque jour, en leur place, les belles choses que Dieu a créées, je répli­que­rai par le cas d’un jeune clerc qui eût don­né sans regret tout ce que les yeux peuvent voir et tout ce que la main peut sai­sir, pour le bon­heur de contem­pler, ne fût-ce qu’un ins­tant, Celle dont on dit à bon escient qu’elle est la gemme, l’églantine, la gloire de la terre et des cieux, Notre-Dame Sainte Marie.

Un jour que pros­ter­né devant son image bénie, il lui disait, une fois après tant d’autres, qu’il ne sou­hai­tait rien tant que la voir, non plus sous la forme impar­faite d’une sta­tue de pierre ou de bois, mais telle qu’elle était en vérité :

– Mon fils, lui répon­dit l’image, je n’annonce l’heure de mou­rir à per­sonne, car tes jours ne sont pas à moi : ils appar­tiennent à mon Fils. Mais si tu tiens tant à me voir, sache que nul au monde n’a obte­nu cette faveur qu’il n’ait per­du la vue aussitôt.

Ouvrage : Autres textes | Auteur : France, Anatole
Chanson enfantine de Saint Nicolas

Saint Nico­las, évêque de Myre en Lycie, vivait à l’époque de Constan­tin le Grand. Les plus anciens et les plus graves auteurs qui aient par­lé de lui célèbrent ses ver­tus, ses tra­vaux, ses mérites ; ils donnent de sa sain­te­té des preuves abon­dantes ; mais aucun d’eux ne rap­porte le miracle du saloir. Il n’en est pas fait men­tion non plus dans La Légende dorée. Ce silence est consi­dé­rable : pour­tant on ne se résout pas volon­tiers à mettre en doute un fait si célèbre, attes­té par la com­plainte uni­ver­sel­le­ment connue :

Il était trois petits enfants qui s’en allaient gla­ner aux champs…

Ce texte fameux dit expres­sé­ment qu’un char­cu­tier cruel mit les inno­cents « au saloir comme pour­ceaux » . C’est-à-dire appa­rem­ment qu’il les conser­va, cou­pés par mor­ceaux, dans un bain de sau­mure. En effet, c’est ain­si que s’opère la salai­son du porc : mais on est sur­pris de lire ensuite que les trois petits enfants res­tèrent sept ans dans la sau­mure, tan­dis qu’à l’ordinaire on com­mence au bout de six semaines envi­ron à reti­rer du baquet, avec une four­chette de bois, les mor­ceaux de chair. Le texte est for­mel : ce fut sept années après le crime que, selon la com­plainte, le grand saint Nico­las entra dans l’auberge mau­dite. Il deman­da à souper.

L’hôte lui offrit un mor­ceau de jambon.

— Je n’en veux pas ; il n’est pas bon.

— Vou­lez-vous un mor­ceau de veau ?

— Je n’en veux pas ; il n’est pas beau.

— Du p’tit salé je veux avoir

— Qu’y a sept ans qu’est dans le saloir.

Quand le bou­cher enten­dit c’la,

Hors de la porte il s’enfuya.

Aus­si­tôt, par l’imposition des mains sur la saloir, l’homme de Dieu res­sus­ci­ta les tendres victimes.

Tel est, en sub­stance, le récit du vieil ano­nyme ; il porte en lui les carac­tères inimi­tables de la can­deur et de la bonne foi. Le scep­ti­cisme semble mal ins­pi­ré quand il s’attaque aux sou­ve­nirs les plus vivants de la conscience popu­laire. Aus­si n’est-ce pas sans une vive satis­fac­tion que j’ai trou­vé moyen de conci­lier l’autorité de la com­plainte avec le silence des anciens bio­graphes du pon­tife lycien. Je suis heu­reux de pro­cla­mer le résul­tat de mes longues médi­ta­tions et de mes savantes recherches. Le miracle du saloir est vrai, du moins en ce qu’il a d’essentiel ; mais ce n’est pas le bien­heu­reux évêque de Myre qui l’a opé­ré ; c’est un autre saint Nico­las, car il y en a deux : l’un, comme nous l’avons dit, évêque de Myre en Lycie ; l’autre, moins ancien, évêque de Trin­que­balle en Ver­vi­gnole. Il m’était réser­vé d’en faire la dis­tinc­tion. C’est l’évêque de Trin­que­balle qui a tiré les trois petits gar­çons du saloir ; je l’établirai sur des docu­ments authen­tiques et l’on n’aura pas à déplo­rer la fin d’une légende.

J’ai été assez heu­reux pour retrou­ver toute l’histoire de l’évêque Nico­las et des enfants res­sus­ci­tés par lui. J’en ai fait un récit qu’on lira, j’espère, avec plai­sir et profit.

I

Nico­las, issu d’une illustre famille de Ver­vi­gnole, don­na dès l’enfance des marques de sain­te­té et fit vœu, à l’âge de qua­torze ans, de se consa­crer au Sei­gneur. Ayant embras­sé l’état ecclé­sias­tique, il fut éle­vé, jeune encore, par l’acclamation popu­laire et le vœu du cha­pitre, sur le siège de saint Cro­ma­daire, apôtre de Ver­vi­gnole et pre­mier évêque de Trin­que­balle. Il exer­çait pieu­se­ment son minis­tère pas­to­ral, gou­ver­nait ses clercs avec sagesse, ensei­gnait le peuple et ne crai­gnait pas de rap­pe­ler les grands à la jus­tice et à la modération.

| Auteur : Carême, Maurice

Il me fau­drait, dit la Vierge Qui fuyait avec Jésus, Il me fau­drait, dit la Vierge, Des sabots pour mes pieds nus. Passe ton che­min, pau­vresse, Lui cria-t-on d’une auberge ; Passe ton che­min, pau­vresse, Et que le diable t’héberge ! Mes pieds sont las, dit la Vierge Qui tra­ver­sait un hameau ; Mes pieds…

Ouvrage : Et maintenant une histoire II | Auteur : Lauriot-Prévost, Suzanne

C’en aurait fait, vrai­ment, une fameuse veillée, si seule­ment le vieux Feine avait été là !

Depuis des années et des années que le ber­ger ser­vait dans la famille, c’était la pre­mière fois qu’il man­quait, et c’est cela qui était grave… Tout le monde y pen­sait : les parents, les voi­sins, les amis réunis chez Jean-Mathias Cabaïre ; et, dans la salle bien chaude et bien éclai­rée, on sen­tait une espèce de gêne. On avait beau rire et par­ler plus fort pour écar­ter cette gêne, mal­gré tout, elle res­tait la maîtresse.

Papa, maman, racontez-moi une histoire - bergerie

Et tout cela, pour­quoi, mon Dieu, pour­quoi ? Pour une bêtise : un dia­logue un peu vif. Jean-Mathias, le Maître, et Feine, le vieux ber­ger, n’étaient pas d’accord sur une répa­ra­tion à faire à la ber­ge­rie. Ils avaient dis­cu­té en s’échauffant.

« Dans les temps d’autrefois, s’entêtait Feine, c’est comme ça qu’on fai­sait et c’était la bonne manière.

– On fait mieux à pré­sent, ripos­tait Jean-Mathias, et c’est le progrès.

– Que tu dis, avait répon­du le ber­ger avec un peu d’aigreur. Ton père, qui s’y connais­sait, n’aurait jamais agi comme ça… »

Alors, Jean-Mathias s’était emporté :

« Mon père était de son temps, c’est-à-dire du tien. Main­te­nant, c’est moi le Maître. Et j’entends faire à mon idée. Tu me brouilles l’esprit avec tes his­toires d’autrefois. Tiens, va‑t’en… »

Deve­nu très rouge, le vieux Feine s’était levé :

« Je m’en vas, avait-il dit d’une voix étran­glée, je m’en vas et je ne revien­drai plus. »

***

On avait pris ça pour des mots. Mais Feine n’était plus reve­nu. On ne le voyait plus, tra­ver­sant les pâtu­rages, sa grande houp­pe­lande volant au vent. Il ne sor­tait plus guère de sa petite chau­mine, en bas du vil­lage, toute seule et iso­lée dans la campagne.

Et, bien que la vieille mère l’eût sup­plié, bien que sa femme l’eût gour­man­dé, bien que les enfants eussent pleu­ré après le ber­ger et ses his­toires, Jean-Mathias n’avait pas vou­lu faire le pre­mier pas :

« Je veux bien qu’il revienne, oui, bien sûr, et je ne lui dirai rien, mais je n’irai pas le chercher… »

***

Contre tous les espoirs, Noël était arri­vé sans ame­ner de détente. Ce soir, pour la pre­mière fois depuis tou­jours, le vieux Feine ferait soli­taire sa veillée de Noël, et ce n’est pas lui qui pré­sen­te­rait à la Messe de Minuit l’agnelet der­nier-né, si soi­gneu­se­ment nour­ri par Maî­tresse Cabaïre, si ten­dre­ment cares­sé par les enfants… Ce soir, pour la pre­mière fois depuis des Noëls et des Noëls, qui remon­taient bien avant la mort du grand-père, la place du vieux Feine demeu­rait vide au coin du feu. Per­sonne n’avait vou­lu la prendre.