Étiquette : Abbaye

Auteur : Alençon, M. d’ | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles .

Premier Mai

 

Il fai­sait un temps affreux, ce soir-là, dans la val­lée d’Alpenrose. Dès la nuit venue, le vent était tom­bé des mon­tagnes envi­ron­nantes, s’abattant avec des rafales de pluie et de grêle sur les bâti­ments du couvent.

Par bon­heur, ceux-ci étaient solides, bâtis de bon gra­nit de la mon­tagne ; ils avaient vu bien d’autres tem­pêtes mais les hur­le­ments du vent dans les cou­loirs, les sif­fle­ments dans les che­mi­nées, le fra­cas d’une ardoise ou d’une branche qui s’écrasait, étaient vrai­ment impres­sion­nants.

Récit du muguet du 1er maiEt l’on pen­sait au voya­geur per­du dans la mon­tagne, au ber­ger attar­dé, au pauvre sans logis.

« Que Dieu les conduise jusqu’à la porte du couvent, mur­mu­ra le bon frère hôte­lier qui, un impo­sant trous­seau de clés à la main, reve­nait de la tour­née qu’il fai­sait chaque soir dans le monas­tère. Que Dieu les conduise ici : ils trou­ve­ront cha­leur, bon gîte et récon­fort. »

« Quel temps ! quel temps ! dit-il encore, est-ce un temps de mars ? L’hiver ne veut point lais­ser la place… »

Et il s’attrista en pen­sant à son jar­din — car frère Bona­ven­ture était jar­di­nier en même temps qu’hôtelier du couvent. La semaine pas­sée, encou­ra­gé par un rayon prin­ta­nier, il avait sor­ti de leur abri d’hiver des fleurs, des plants que cette tem­pête était en train d’anéantir. Quel mal­heur ! Quel mal­heur ! Il en avait beau­coup de peine car, grâce à ses soins et à ses capa­ci­tés, les jar­dins du monas­tère étaient magni­fiques ; on venait de loin pour les admi­rer…

* * *

Sou­dain, un violent coup de cloche à la por­te­rie le fit sur­sau­ter, l’arrachant à ses regrets.

« Quoi ? Serait-ce un voya­geur ? »

Il se

Auteur : Mainé, Marie-Colette | Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Fêtes de l'année liturgique .

L’office s’achève.

Légende de Noël - Choeur des moinesDra­pés dans leur chape de bure noire, les moines alternent pai­si­ble­ment les ver­sets sacrés. Pour­tant, au fond de la cha­pelle, une étrange dis­trac­tion a clos les lèvres du prieur : il sou­pire lon­gue­ment en regar­dant sur la muraille une grande éten­due de plâtre blanc qui tranche sur les déco­ra­tions envi­ron­nantes. Tout autour de la nef, d’exquises fresques rap­pellent les épi­sodes de la vie du Christ ; une seule manque, impor­tante cepen­dant : la Nati­vi­té.

Encore une fois, le prieur sou­pire ; le frère ima­gier, le bon frère Nor­bert, est mort voi­ci plu­sieurs mois lais­sant son œuvre inache­vée. Le prieur est en grand sou­ci : qui donc ter­mi­ne­ra la déco­ra­tion de l’abbaye ?… Noël est proche (dans huit jours à peine) et le mur reste blanc. Main­te­nant, il faut s’y rési­gner, pas un maître ima­gier ne serait capable de tra­vailler si promp­te­ment…

Certes, de nom­breux peintres se sont pré­sen­tés, mais leurs esquisses n’ont pas satis­fait le vieil abbé. Il vou­drait plus beau, plus simple, plus vrai !… Il vou­drait un artiste qui peigne avec son cœur et sa foi. Point ne s’en pré­sen­tant, force est au moine de lais­ser la tache livide dépa­rer la cha­pelle.

***

Deux par deux, les moines longent le cloître. Sou­dain, des coups sourds ébranlent le por­tail, un frère se détache de la file, va pous­ser le ver­rou. Par l’huis entr’ouvert, une sil­houette chan­ce­lante se glisse, et vient tom­ber aux pieds du prieur…

« Pitié !… Sau­vez-moi !… »

Auteur : Amien, Henri | Ouvrage : À l'ombre du clocher - 1. Les sacrements | Ouvrage : Et maintenant une histoire I, Les sacrements à recevoir .

Récit pour la jeunesse, un miracle - Nef de l'église FaverneyFaver­ney est un petit vil­lage dans la Haute-Saône. Le visi­teur qui l’aborde ne peut man­quer de remar­quer l’immense bâtisse de l’ancienne abbaye béné­dic­tine, actuel­le­ment sec­tion de phi­lo­so­phie du grand sémi­naire de Besan­çon. Tout près du sémi­naire nous trou­vons la Basi­lique de Faver­ney… église célèbre de Notre-Dame-la-Blanche, célèbre aus­si par un grand miracle que Jésus y fit pour mon­trer sa pré­sence dans l’Hostie.

Repor­tons-nous plus de trois cents ans en arrière. En ce 24 mai 1608, nous trou­vons les reli­gieux très occu­pés. Ils vont, ils viennent, sous les cloîtres, por­tant des fleurs, des ten­tures, des cierges. C’est que nous sommes à la veille de la Pen­te­côte ; et, en cette fête, de par la per­mis­sion du Pape, les reli­gieux de Faver­ney ont l’autorisation d’exposer pen­dant trois jours la Sainte Hos­tie à la véné­ra­tion des fidèles.

A l’entrée du sanc­tuaire, le frère sacris­tain est occu­pé à dres­ser le repo­soir qui ser­vi­ra de trône à Jésus, tan­dis que les autres moines sus­pendent des guir­landes aux ten­tures et aux piliers de l’église. Le jour de la Pen­te­côte, les ado­ra­teurs se suc­cèdent jusqu’au déclin du jour. Cha­cun rentre alors chez lui ; les béné­dic­tins eux-mêmes songent à prendre leur repos.

Ils n’étaient pas très fer­vents car, au lieu de se relayer pour mon­ter la garde devant Jésus, ils rega­gnèrent tous leur cel­lule après avoir lais­sé seule­ment au repo­soir quelques cierges allu­més. Le lun­di 26 mai, à trois heures du matin, le sacris­tain vient ouvrir les portes de l’église et son­ner l’office. Une âcre odeur de fumée le sai­sit à la gorge ; il se pré­ci­pite dans la nef enté­né­brée, n’osant croire l’horrible véri­té. Et cepen­dant oui, c’est bien cela : du beau repo­soir, il ne reste plus qu’un petit tas de choses informes qui achèvent de se consu­mer. Affo­lé, il court au dehors, il appelle au secours, ne pou­vant que répé­ter en mots inar­ti­cu­lés, cou­pés de san­glots : « Mon repo­soir, ma cha­pelle ! »Les reli­gieux, les habi­tants accourent. Il faut bien se rendre à l’évidence, le mal­heur n’est que trop réel. Des braises encore rouges, on retire quelques mor­ceaux cal­ci­nés. C’est tout ce qui reste de la table d’autel. Voi­ci un chan­de­lier, tor­du par la vio­lence des flammes. Voi­ci la plaque de marbre qui sup­por­tait le repo­soir, gisant bri­sée en trois mor­ceaux. Atter­rés les reli­gieux écartent avec des pinces les débris, remuent les char­bons, cher­chant à retrou­ver quelque chose de l’ostensoir qui a dû, avec son pré­cieux dépôt, être la proie des flammes. Tout à coup, alors que le jour nais­sant éclaire l’église, la voix du plus jeune s’élève :