10 mars 2026Les Quarante saints Martyrs de Sébaste
En l’an 320, sous l’empereur Licinius et le gouverneur Agricola, à Sébaste, en Arménie, quarante soldats d’une même légion manifestèrent un courage inébranlable dans leur attachement à la foi du Christ. Invités à sacrifier aux idoles conformément aux édits impériaux, ils s’y refusèrent et furent exposés sans vêtements sur un étang glacé : tout auprès se trouvait un bain chaud pour ceux qui consentiraient à apostasier. Les quarante soldats passèrent la nuit dans cette épreuve atroce, priant pour leur commune persévérance. À la longue, l’un d’eux fit défection et alla se jeter dans le bain chaud… Or, voici que des anges apparurent, tenant quarante couronnes. Le gardien constata qu’il n’y avait personne pour recevoir la quarantième : il se convertit et, rejetant ses vêtements, alla rejoindre sur la glace les trente-neuf autres. Quand on vint pour recueillir les cadavres afin de les réduire en cendres, l’un de ces martyrs respirait encore les bourreaux le laissèrent sur place, espérant qu’il changerait de résolution ; témoin du stratagème, la mère de ce jeune homme plaça elle-même sur le chariot le corps expirant et l’accompagna jusqu’au bûcher.
Au VIIIe siècle vivait une fille de roi qui s’appelait Walburge, ce qui signifie « Gracieuse ». Cette princesse perdit sa mère de bonne heure, et lorsque le roi décida de se joindre à ses deux fils, dans leur pélerinage aux Lieux Saints, Walburge qui avait alors onze ans, lui dit :
— Mon père, que ferai-je à la Cour sans vous et mes deux frères ? Laissez-moi vous attendre dans un monastère.
Et le roi l’accompagna jusqu’à l’abbaye bénédictine de Winborn.
L’année suivante, ayant appris la mort de son père, la princesse résolut de demeurer dans sa retraite, et quand elle eut dix-huit ans, elle se consacra définitivement à Dieu.
Les années passèrent ; les premiers cheveux blancs apparurent mais le voile cachait ces témoignages du temps. Walburge vivait heureuse et s’apprêtait à terminer ses jours à Winborn lorsque l’évêque Saint Boniface, qui était son oncle et l’apôtre de l’Allemagne, la fit venir, elle et plusieurs de ses compagnes, pour fonder un monastère de femmes dans son diocèse.
C’est ainsi que Walburge, fille de roi, devint abbesse de Heindenheim. Elle avait près de cinquante ans.
Peu après, il se passa un fait extraordinaire… Mais chut !… Écoutez la cloche du soir au monastère de Heindenheim… huit… neuf… dix… onze coups !
Entendez-vous comme la campagne retentit encore de ce bruit d’airain ? Les religieuses ont l’habitude ; elles sont depuis peu endormies et le son familier ne les gêne guère. L’abbesse, agenouillée dans la chapelle, prolonge, selon sa coutume, une prière fervente.
Autrefois — moins souvent de nos jours — les artisans, avant de s’installer, faisaient leur « Tour de France » c’est-à-dire qu’ils allaient de ville en ville travailler chez divers patrons, apprenant ainsi parfaitement leur métier.
L’un de ces « compagnons » (dit « Pignolet » parce qu’il est le fils du père Pignol) futur menuisier, rentre au logis à Grasse et son père lui demande de raconter son voyage.
1. — D’abord, père, vous savez qu’en partant d’ici, de Grasse [1], je filai sur Toulon, où j’entrai à l’arsenal. Pas besoin de relever tout ce qui est là-dedans : vous l’avez vu comme moi.
— Passe, oui, c’est connu.
— En partant de Toulon, j’allai m’embaucher à Marseille, fort belle et grande ville, avantageuse pour l’ouvrier.
— C’est bien.
— De là, ma foi, je remontai sur Aix, où j’admirai les sculptures du portail Saint-Sauveur.
— Nous avons vu tout cela.
— Puis, de là, nous gagnâmes Arles, et nous vîmes la voûte de la commune d’Arles.
— Si bien appareillée qu’on ne peut pas comprendre comment ça tient en l’air.
— Puis, nous nous dirigeâmes de Saint-Gille à Montpellier, et là, on nous montra la célèbre Coquille…
— Oui, qui est dans le Vignole, et que le livre appelle la « trompe de Montpellier ».
— C’est ça… Et, après, nous marchâmes sur Narbonne.
— C’est là que je t’attendais.
— Quoi donc, père ? À Narbonne, j’ai vu les Trois-Nourrices, et puis l’archevêché, ainsi que les boiseries de l’église Saint-Paul.
11 y a bien longtemps, dans un petit village des Hautes-Alpes nommé Saint-Etienne d’Avançon, vivait une famille d’humbles cultivateurs.
Guillaume Rencurel et sa femme Catherine habitaient une chaumière très pauvre et très petite : une chambre basse au-dessus d’une écurie voûtée, une cave, et c’était tout. Une vigne et quelques petits champs sur les pentes raides des montagnes, complétaient leur domaine. À force de travail et de peine, ces terres fournissaient la nourriture nécessaire pour eux et leurs enfants.
Ces ouvriers si pauvres des biens de ce monde, possédaient pourtant un trésor que beaucoup de malheureux ont perdu de nos jours une foi vive qui leur faisait espérer, après leur dure existence, le royaume du ciel que Jésus leur acheta de son sang.
Guillaume et Catherine élevaient déjà une petite fille quand Dieu leur en envoya une seconde qui naquit en l’année 1647, le 29 septembre, fête de l’archange saint Michel.
Très vite, on porta cette petite à l’église pour le saint baptême, et on lui donna le nom de Benoîte qui veut dire bénie. C’était un nom bien trouvé pour l’enfant que la sainte Vierge devait tant aimer.
Benoîte s’élevait facilement et se montrait douce et gentille.
Son éducation se faisait sur les genoux de sa maman et elle était simple : « Sois bien sage, ma petite, répétait Catherine, prie bien le bon Dieu ! »
Elle lui apprit le Pater, l’Ave, le Credo. C’était tout ce qu’elle savait elle-même. Avec cela l’enfant pouvait réciter le chapelet.
Benoîte n’avait que 7 ans quand son père mourut. Catherine restait veuve avec trois enfants, dans une pauvreté proche de la misère. Benoîte comprenait ses peines et essayait de les consoler tout comme si elle avait été plus grande. Voyait-elle sa maman trop triste, elle s’approchait doucement : « Ne vous désolez pas, disait-elle, Dieu et sa sainte Mère nous assisteront. »
La détresse de la famille ne permit pas d’envoyer Benoîte à l’école. Elle ne sut jamais ni lire, ni écrire. Mais elle suivait très régulièrement les catéchismes, écoutait avec grande attention ce que disait M. le Curé. Son intérêt redoublait quand on parlait de la sainte Vierge. Elle écoutait avidement ce qu’on expliquait de sa beauté céleste, de sa tendresse maternelle. Il lui semblait qu’elle aurait été si heureuse de la voir ! — « Mais, ajoutait-elle humblement, comment la Mère de Dieu se montrerait-elle à une pauvre pécheresse ? »
À 7 ans, Benoîte devait déjà se rendre utile et travailler. Elle gardait le petit troupeau de la famille parmi les hautes montagnes qui entourent son village. Tout le jour, exposée au soleil, au vent, à la pluie, elle courait après ses moutons et veillait sur eux. Au moins, le soir, avait-elle la joie de se retrouver près de sa mère et de ses sœurs. Ensemble elles se chauffaient tout en causant autour de l’âtre où cuisait la soupe, et Benoîte se dédommageait de sa longue solitude du jour.
Mais la misère se faisait de plus en plus sentir dans la chaumière de Catherine. Plusieurs années de mauvaises récoltes amenèrent la disette dans le pays. Il fallut se résigner à mettre Benoîte en service. Ce fut un gros sacrifice pour la pauvre petite qui n’avait que 12 ans. Obéissante et résignée, elle ne murmura pas contre cette dure décision. Elle ne demanda qu’une chose à sa mère : c’était de lui acheter un chapelet. Avec cet unique trésor dans sa poche, Benoîte quitta courageusement sa maison, sa chère maman, ses sœurs, pour aller garder le troupeau d’un étranger. Son premier maître était bon et appréciait les qualités de sa petite bergère. Mais elle n’était pas depuis un an à son service, qu’il mourut. Sa veuve restée avec six enfants et peu de ressources, ne pouvait qu’avec peine leur procurer le pain nécessaire. Elle aimait mieux se priver et priver ses enfants que de diminuer le morceau de Benoîte. Celle-ci recevait sans mot dire sa part de la miche, mais son cœur délicat ne pouvait voir souffrir les enfants de la maison. Dès que sa maîtresse s’éloignait, elle distribuait son pain aux petits qui l’entouraient. Puis, elle partait avec son troupeau, et si la faim devenait trop criante, elle tirait son chapelet de sa poche et le récitait pour reprendre courage.
Benoîte partage son pain avec des enfants.
Benoîte ne se contentait pas de se priver de pain pour les enfants de sa maîtresse, elle en donnait encore aux pauvres affamés qu’elle rencontrait dans la montagne.
Ce n’était pas seulement son pain qu’elle donnait, mais aussi sa compassion et sa prière à toutes les misères qu’elle trouvait sur son chemin et qu’elle n’avait pas d’autre moyen de soulager.
Un jour, elle apprend qu’une femme gravement malade a perdu la parole avant l’arrivée du prêtre. Désolée de ce malheur, Benoîte appelle ses compagnes : « Venez, dit-elle, allons dire le rosaire pour cette malade. » Et voilà tous les enfants récitant le chapelet avec un entrain qu’anime la ferveur de Benoîte. La prière n’est pas terminée que la malade retrouve la parole. Ses premiers mots sont pour remercier la troupe des enfants qui l’entourent. Benoîte parlait du bon Dieu, du paradis, de l’enfer, avec une foi qui touchait ceux qui l’écoutaient.
Un de ses maîtres, Jean Rolland, était un homme violent et emporté. La petite bergère lui reprocha doucement ses colères, lui rappela ses devoirs de telle façon que cet homme n’osa jamais se fâcher contre cette petite fille. Bien plus, ému par ses paroles, il finit par rentrer en lui-même et se convertir.
Benoîte, au milieu des champs, était exposée à bien des dangers. Mais elle avait le mal en horreur et veillait sans cesse sur la pureté de son âme qu’elle voulait limpide comme l’eau des sources. Elle vivait sous le regard de Dieu et sous sa protection.
Aussi, chassait-elle les moindres tentations de mal faire. Un été, un petit berger qui maraudait dans les vergers, voulut partager avec Benoîte les fruits qu’il avait cueillis. Mais elle refusa énergiquement et ne garda plus ses moutons avec ce petit garçon.
Plusieurs fois la sainte Vierge la défendit d’une façon merveilleuse contre de graves périls.
La grande force de Benoîte, c’était la prière, le recours à la sainte Vierge, surtout. Elle priait très souvent, soit dans l’église de son village, soit au pied des croix qui se dressent dans les champs.
« Benoîte aime bien à prier », disaient ses maîtres. Sa prière favorite était le chapelet. Nous allons voir comment la sainte Vierge répondit à l’amour si fidèle de sa petite bergère.
La Sainte Vierge et Benoîte
Benoîte atteint 17 ans. Au printemps de 1664, par un clair matin de mai, elle conduit gaîment ses moutons à travers la fraîche verdure des montagnes, si belles en cette saison. Les moutons se hâtent comme poussés par une invisible main. Au fond du vallon vers lequel ils courent, une roche se dresse au bord d’un torrent. Une grotte se creuse dans la roche. Benoîte a l’habitude de venir y réciter son chapelet.
À peine arrivée en face de la grotte, la bergère toute saisie aperçoit une Dame d’une beauté merveilleuse, tenant par la main un ravissant petit enfant. Une grâce céleste enveloppe cette Dame, de ses yeux sortent comme des rayons de lumière. Ses vêtements exhalent un parfum si suave que l’on croirait le vallon tout entier remplir de fleurs.
Benoîte, émerveillée, contemple la belle Dame… Pourtant il ne lui vient pas à l’idée qu’elle puisse être la sainte Vierge.
Elle essaie de lui parler, l’interroge naïvement, mais l’apparition sourit sans mot dire.
Il était le dernier de la première table du côté du jardin. Et je le revois très bien malgré les années… Oh ! mon Dieu, des années qui ne sont pas tellement nombreuses, c’était tout aussitôt après la guerre, en 1919 – 1920. Je le revois très bien : un petit homme, peu poussé en chair, musclé, nerveux et racé à plaisir. Ne croyez pas que j’emploie ce mot pour faire du genre, par mode ; oh ! non, mais bien parce que je me plaisais à reconnaître en lui un descendant authentique de cette race de Gaulois mâtinés de Latins, conservés sans mélange, malgré les flux et les reflux des peuples. Un bon enfant, au demeurant, franc, loyal, sincère, si vous le voulez, en donnant à ce mot son sens premier de candeur et de simplicité. Fort en thème ? À dire vrai je le retrouve peu souvent nommé aux palmarès de cette époque. Peut-être ne prenait-il qu’un intérêt secondaire aux savantes explications que la pédante abondance des programmes universitaires nous oblige de verser à des moutards de quinze ans : « Et remarquez bien, s’il vous plaît, que la peukên qu’Agamemnon tient en main d’abord, et qu’il jette à terre ensuite, n’est pas sa tablette, comme le dit la note de votre texte, mais sa torche, une torche de résine, c’est la nuit et… Suivez Jean Demaison ! » — « Mon Père, il y a un nid de chardonnerets dans le pommier », et, Dieu nous pardonne, maître et élèves laissaient, quelques minutes, Euripide et Klutaimnestra pour suivre les jeux rapides du couple de chardonnerets.
Et la vie vous emporta chacun de notre bord, mon pauvre Jean Demaison, vous près de Paris pour de plus hautes études, et votre professeur loin de la France. Mais pour loin que vous fussiez de mes yeux, jamais je ne vous chassai de la pensée de mon esprit. Chaque fois que, dans ma vie, je rencontrai ces si jolis petits oiseaux qui nichent dans un rideau de vigne vierge, dans une fourche de pommier feuillu, ou qui, aux jours où l’automne tend sur les champs humides le réseau d’argent de ses fils de la vierge, font courber à peine sous le poids de leurs ailes de bure et d’or la tige des chardons qu’ils becquètent, je ne sais par quelle gracieuse alliance d’idées, j’ai songé à ce passage d’Euripide et à Jean Demaison, mon élève de Seconde.
J’appris votre élévation au sacerdoce. Votre bonheur fut le mien, votre joie la mienne. Je m’agenouillai sous votre bénédiction et j’assistai, plus ému que je ne voulais le laisser paraître, à votre première, grand’messe.
Et je vous vis partir.
Partir pour des pays où ma pensée ne pouvait vous suivre, car la terre est vaste, quoique petite, et, si nombreux que soient les pays que j’ai visités, ils sont bien plus nombreux encore ceux que je ne connais pas. De temps en temps vous nous donniez de vos nouvelles. Elles étaient bonnes. Vous abattiez de la besogne et vous étiez heureux. Que désirer de plus pour les prêtres qu’on aime ? Vous construisiez des églises, où les chrétiens se pressaient de jour en jour plus nombreux. Sur des pistes à peine tracées, vous faisiez de la motocyclette, moderne moyen dont se sert le Bon Pasteur pour courir après la brebis perdue ou captiver la sauvage. Et quand les lettres se faisaient rares, un chardonneret de passage vous replaçait dans mon souvenir.
Un jour l’on frappa à ma porte trois coups espacés que je n’avais pas accoutumé d’entendre : « Entrez ! » C’était vous !
Depuis de longs mois, messire Guillaume de Beuves était parti pour la terre sainte à la suite de Godefroy de Bouillon, et dans son château comtal, bâti sur les rives fleuries de la Durance, personne n’avait plus entendu parler de lui. Ses vassaux, qui l’aimaient parce qu’il était juste et bon, secourable aux malheureux et peu regardant sur les impôts, pleuraient en lui le meilleur des maîtres.
Chaque jour, le veilleur, placé en sentinelle au plus haut du donjon, examinait la plaine, afin d’essayer d’y découvrir, au travers des brumes claires, la silhouette d’un messager du suzerain ; mais aucun voyageur ne se montrait à l’horizon lointain.
La vallée, qui demeurait solitaire et paisible, n’était visitée que par les toucheurs de bœufs et les pâtres de la Camargue, et nul galop de cheval ne faisait retentir le sol de son pas nettement martelé.
Et les paysans du bourg étaient tristes, tristes. Chaque soir, leur journée de travail terminée, ils se réunissaient chez Balthazar, le vieux portier, et là, au coin de l’âtre fumant, ils se confiaient leurs inquiétudes, essayant de calmer l’angoisse qui les étreignait, par leurs prières ferventes et le chant des cantiques.
Une nuit que le mistral soufflait avec rage, menaçant de tout emporter sur son passage, les braves gens étaient groupés comme de coutume autour du tabouret de buis taillé du vieillard, lorsque deux coups frappés aux volets de la masure retentirent brusquement.
— Qui va là ? interrogea le maître du logis.
— Moi, bon père, moi, Maguelonne, la petite fileuse du manoir. J’ai une grave nouvelle à vous confier.
— Toi, ma fille ! dit le portier, en ouvrant sa porte. Que fais-tu dehors à pareille heure et comment as-tu osé abandonner la maison ?…
— Il vient de nous arriver une telle visite que je n’ai pas eu le courage d’attendre jusqu’au jour pour vous l’annoncer. Cet après-midi, comme j’étais fort occupée à ma besogne habituelle, un guerrier au sombre visage, enveloppé d’un ample manteau blanc, et monté sur un superbe destrier de guerre, sonna à la porte du pont-levis. J’étais seule dans la vaste demeure, et, n’ayant pas assez de force pour faire manœuvrer les chaînes qui retiennent les portes, je criai, de ma fenêtre, à l’étranger de me dire ce qui l’amenait.