Et maintenant une histoire ! Posts
D’une illustre naissance, riche et belle, Catherine, à 13 ans, avait sollicité son admission dans un couvent de la stricte observance, mais sa jeunesse l’avait fait refuser. Trois ans plus tard, son père la donna en mariage à un jeune noble de mœurs dissolues qui la traita avec tant de rudesse que, poussée à bout par cinq années de cruels tourments, elle abandonna la sévérité de sa vie pour se mêler à la société mondaine de la ville de Gênes. Mais bientôt le dégoût du monde et de ses fautes fut si vif en elle qu’elle manqua défaillir : elle résolut alors de s’adonner pour toujours à la prière et à la plus austère pénitence. Durant de longues années, elle ne put supporter d’autre aliment que la Sainte Hostie, mais, pour n’en laisser rien voir, elle prenait à table quelque nourriture qu’il lui fallait rejeter ensuite. Sur l’inspiration de Notre-Seigneur, elle se livra, quatre ans durant, à des rigueurs extraordinaires. Puis, pendant vingt-cinq ans, ce furent des extases presque continuelles, où elle reçut d’étonnantes révélations. Toutefois, elle conserva un rôle merveilleusement actif. La charité dont elle fit preuve dans les hôpitaux, en se dévouant au service des malades et en remplissant avec joie les plus humbles offices, amena son mari à sortir du péché et à faire une mort édifiante. Elle-même, sur la fin de sa vie, connut les deuils, les chagrins, la maladie ; malgré sa répugnance pour les remèdes, elle fut toujours entièrement soumise à ceux qui la soignaient. Ses derniers moments furent marqués par des peines intérieures et extérieures analogues à celles de Jésus crucifié. Le démon eut la permission de se montrer à ses yeux, mais elle le chassa honteusement. Elle mourut le 15 septembre 1510.
Ouvrage : Au cœur de la Provence |
Auteur : Filloux, H.
Dans la clarté de la lampe, près de la porte ouverte aux parfums du soir, maître Ambroise fume son calumiau, sa courte pipe de terre. Sa grande barbe, ses abondants cheveux gris sous le large feutre lui donnent l’air d’un berger de la montagne. Ses petits yeux bleus étincellent de vie.
Mère-grand. — Eh ! bonsoir, maître Ambroise, ces pichoun viennent voir vos Santons.
Maitre Ambroise. — Té, voisine, c’est le moment. Avec les grands jours, on va les laisser dormir dans l’armoire. Ce soir, on y travaille encore, mes filles surtout qui ont des doigts de fée car mes vieilles mains deviennent maladroites.
Chantal. — Nous aimerions tant savoir comment vous fabriquez ces charmants petits personnages si pleins de vie.
Maitre Ambroise. — Ah ! pichot, c’est tout un art, voyez-vous. Il n’y a plus beaucoup de santonniers aujourd’hui, des vrais j’entends. Il s’en trouve bien encore qui vous font des petits bonshommes de terre cuite, barbouillés de rouge, de jaune, de bleu. Mais on ne peut pas appeler ça des Santons ! Eh ! péchère,
Publié le 27 Décembre 2010
Ouvrage : Et maintenant une histoire II |
Auteur : Falaise, Claude
Tu… uh… uit !… tu… uh… uit !…
Ajax, l’oiseau des îles, aux plumes éclatantes, sautille rageusement d’un perchoir à l’autre dans sa cage trop étroite.
Pourquoi donc, à cette heure tardive, le vieil Anselme n’est-il pas couché ? Ajax s’agrippe aux barreaux de fer de toutes ses minuscules pattes, rendues nerveuses par la colère ; et, la tête penchée, le bec en avant, ses petits yeux ronds bombés par la curiosité, il fixe le cordonnier.
Tu… uh… uit !… tu… uh… uit !…
« La paix, Ajax ! La paix, mon mignon ! Tu dormiras tout ton saoul la nuit prochaine qui sera celle de Noël. Pour l’heure, les marchands de jouets sont sur les dents et les savetiers débordés. »
La voix du père Anselme ne sonne pas clair : elle est assourdie par les clous que le bonhomme mâchonne.
Pan !… pan !… pan !…
« Hum ! cette empeigne est bien fatiguée ! Allez donc faire de la « belle ouvrage » là-dessus… Enfin !… la maman du petit Claude n’est pas riche et elle a toute une nichée de garçons. »
Pan !… pan !… pan !… Encore un clou ici… et un autre là.
Entre les mains du vieil artisan, la chaussure tourne et retourne.
Tu… hu… uit !… tu… uh… uit !… gronde Ajax, dont la colère monte. Tu n’as donc pas fini ? Te coucheras-tu, espèce de vieux toqué ?
Il ne l’a pas dit, mais le ton y était et l’intention. Anselme, avec qui l’oiseau a lié de longue date une solide amitié, ne s’y est pas trompé.
« La paix, la paix, mon mignon ! Tu comprends que
Publié le 26 Décembre 2010
Ouvrage : Au cœur de la Provence |
Auteur : Filloux, H.
Laure. — Puisque nous parlons de Noël, venez tous, les amis, regarder notre crèche.
Michèle. — Le ravissant petit Jésus, blond et rosé, couché sur la paille !
Christine. — Et la Vierge, sa mère, en tunique bleue, avec ce long voile blanc qui descend en plis gracieux sur ses épaules, comme elle est belle !
Jac
ques. — Saint Joseph me plaît dans sa robe violet foncé et son manteau jaune.
Christian. — Mais qui sont tous ces petits personnages rangés au fond de la boîte ?
Clémence, sautant de joie. — Té, ce sont nos Santons ! Vous ne connaissez pas les Santons ?
Dans une boîte de carton,
Sommeillent les petits Santons,
Le berger et le rémouleur
Et l’Enfant Jésus Rédempteur.
Le Ravi qui le vit
Est toujours ravi.
Les moutons En coton,
Sont serrés au fond…
Un soir alors — paraît l’étoile d’or
Et tous les petits Santons
Quittent la boîte de carton.
Naïvement — dévotement,
Ils vont à Dieu — porter leurs vœux,
Et leur chant — est touchant.
Noël ! Joyeux Noël !
Noël joyeux de Provence !
Publié le 25 Décembre 2010
Ouvrage : Et maintenant une histoire II |
Auteur : Bernard, Jean
Le vent souffle fort, ce soir, sur la plaine désolée. Si fort que bêtes et gens, transis jusqu’aux os, se sont réfugiés dans leurs abris bien clos, et que, loin, bien loin à l’horizon, on ne voit plus personne sur les chemins déserts.
Personne ? Si… Deux ombres ombres avancent lentement, là-bas, à demi courbées sous le vent et semblant chercher leur route à tâtons dans la nuit. Deux ombres… Un homme jeune encore et qui soutient de son bras puissant une jeune femme, à demi morte de fatigue.
Celle-ci s’arrête, tout à coup :
« Je n’en peux plus, Jean, murmure-t-elle d’une voix faible, il faudrait nous asseoir… »
L’homme sursaute :
« Nous asseoir, là, en plein vent, par ce froid ? Mais c’est impossible ! Allons, essaie encore… un peu… regarde ! Là-bas, il y a une lumière. »
La jeune femme a levé la tête. C’est vrai ! Une faible lumière brille à quelques mètres, dans l’ombre épaisse. Si on allait enfin pouvoir s’arrêter un peu, s’asseoir, se réchauffer ? L’espoir donne des forces… Lentement, Mariette s’est remise en route tandis que l’appui de son jeune époux se fait, tout près d’elle, plus ferme et plus vigilant.
***
Pan ! Pan ! D’une poigne solide, l’homme a ébranlé la porte de la petite maison basse, à demi cachée sous les arbres. Un bruit à l’intérieur… Une voix de femme, chevrotante derrière la porte close :
« Oui est là ?
– Deux passants qui auraient bien besoin de se réchauffer un peu. »
Un instant d’hésitation, puis une protestation :
Publié le 19 Décembre 2010
Ouvrage : Et maintenant une histoire II |
Auteur : Mainé, Marie-Colette
L’office s’achève.
Drapés dans leur chape de bure noire, les moines alternent paisiblement les versets sacrés. Pourtant, au fond de la chapelle, une étrange distraction a clos les lèvres du prieur : il soupire longuement en regardant sur la muraille une grande étendue de plâtre blanc qui tranche sur les décorations environnantes. Tout autour de la nef, d’exquises fresques rappellent les épisodes de la vie du Christ ; une seule manque, importante cependant : la Nativité.
Encore une fois, le prieur soupire ; le frère imagier, le bon frère Norbert, est mort voici plusieurs mois laissant son œuvre inachevée. Le prieur est en grand souci : qui donc terminera la décoration de l’abbaye ?… Noël est proche (dans huit jours à peine) et le mur reste blanc. Maintenant, il faut s’y résigner, pas un maître imagier ne serait capable de travailler si promptement…
Certes, de nombreux peintres se sont présentés, mais leurs esquisses n’ont pas satisfait le vieil abbé. Il voudrait plus beau, plus simple, plus vrai !… Il voudrait un artiste qui peigne avec son cœur et sa foi. Point ne s’en présentant, force est au moine de laisser la tache livide déparer la chapelle.
***
Deux par deux, les moines longent le cloître. Soudain, des coups sourds ébranlent le portail, un frère se détache de la file, va pousser le verrou. Par l’huis entr’ouvert, une silhouette chancelante se glisse, et vient tomber aux pieds du prieur…
« Pitié !… Sauvez-moi !… »
Publié le 12 Décembre 2010