VII. — Le chant du Soleil

Ouvrage : Bayard | Auteur : Sève, André | Illustration : Hi-Ta

Le Troubadour d’Assise

Saint François chante le Cantique du Soleil

Un matin qu’il souf­frait d’une façon presque into­lé­rable, Fran­çois s’a­che­mi­na péni­ble­ment vers Saint-Damien. Il y avait là sainte Claire, dont j’au­rais vou­lu vous par­ler aus­si, mais ce sera pour une autre fois. Du haut du petit bal­con qui domine la plaine, Fran­çois res­pi­ra lon­gue­ment la fraî­cheur et l’al­lé­gresse de l’au­rore. Puis, sa voix,

qui était deve­nue si faible, retrou­va sou­dain la fer­me­té et le velou­té des années de jeu­nesse, et il chan­ta le Can­tique du Soleil. C’est un des plus beaux chants d’a­mour de Dieu jaillis du cœur d’un homme.

Loué sois-tu, ô mon Dieu ! et toutes tes créa­tures. Et d’a­bord mes­sire notre frère le Soleil ; il nous donne le jour et tu nous éclaires par lui ; il est beau et rayon­nant avec grande splen­deur : il est ton sym­bole, ô Très-Haut !

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur la Lune et nos sœurs les Étoiles, pré­cieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre frère le Vent, pour l’air et les nuages, et le ciel bleu et tous les temps, par les­quels toutes les créa­tures peuvent vivre.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur l’Eau, qui est ser­viable, humble, fraîche et pure.

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux
qui pardonnent par amour pour toi

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre frère le Feu, par qui tu illu­mines nos nuits ; il est beau et riant, intré­pide et fort.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour notre sœur et mère la Terre, elle nous nour­rit et nous porte ; elle donne en abon­dance fleurs et fruits, et la douce verdure.

Oh ! louez et chan­tez le Sei­gneur en grande reconnaissance !

La pre­mière fois que l’on chan­ta ce can­tique en public, Assise était déso­lée par des que­relles entre l’é­vêque et la muni­ci­pa­li­té. Aus­si, Fran­çois ajou­ta une strophe qui fit pleu­rer tout le monde et rame­na la paix.

Loué sois-tu, mon Dieu, pour ceux qui par­donnent par amour pour toi, et sup­portent la peine et la tri­bu­la­tion. Bien­heu­reux ceux qui per­sé­vèrent dans la paix, car c’est toi qui les couronneras.

Le Saint allait bien­tôt ache­ver son can­tique par une der­nière strophe. Un jour, il deman­da brus­que­ment au docteur :

— Je vais bien­tôt mourir ?

— Oui.

Alors, il se tut un long moment, puis, regar­dant le ciel, il chanta : 

Loué sois-tu, mon Dieu, pour

Chant de saint François avant sa mort :
Seigneur, je crie vers toi !
Tu es mon espoir et mon tout,

notre sœur la Mort, à qui aucun homme n’é­chappe. Mal­heur à ceux qui meurent dans le péché mor­tel, mais bénis soient ceux qui ont accom­pli ta volon­té, car la mort éter­nelle ne peut leur faire aucun mal.

Fran­çois vou­lait mou­rir dans son cher couvent de la Por­tion­cule et, pour la der­nière fois, il redes­cen­dit d’As­sise vers la plaine, éten­du sur une civière. À mi-che­min, il deman­da aux por­teurs de

s’ar­rê­ter et il se redres­sa pour regar­der et pour bénir sa ville natale.

En un ins­tant, il revit toute son exis­tence : une jeu­nesse un peu folle, mais noble, l’at­ti­rance de Dieu, le bai­ser au lépreux, Saint-Damien, les pre­miers dis­ciples, les pré­di­ca­tions, les joies, peines… Que c’est mer­veilleux d’a­voir dit oui à Dieu !

Un soir d’au­tomne calme et

doré, dans la cel­lule déjà sombre, Fran­çois ago­nise, mais il retrouve sou­dain sa vigueur pour chanter :

Sei­gneur, je crie vers toi !
Tu es mon espoir et mon tout,
Délivre mon âme de sa pri­son,
Les justes m’at­tendent pour l’é­ter­nelle récompense ! 

Un grand silence. Puis le brusque envol et le chant clair d’une alouette. Saint Fran­çois d’As­sise était entré en paradis.

Le Troubadour d’Assise

VI. — Chez les Sarrasins

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