Un soir de Noël : Moncada, en Espagne 1392

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C’était le soir de Noël. L’horloge du clo­cher venait de son­ner 23 heures. Peu après, les cloches appe­laient les fidèles. Le vent froid de la nuit ren­voyait la joyeuse invi­ta­tion à la messe, minuit à tra­vers les ruelles du vil­lage de Mon­ca­da, par-delà les rizières et les oran­ge­raies au loin jusqu’à la ville de Valences. Quit­tant, les riches, leurs châ­teaux et les pauvres, leurs chau­mières, ces Espa­gnols habi­tués au soleil sous la bise gla­cée se mire en route. Rien au monde n’aurait pu les chas­ser de leurs logis douillets ; mais par amour de l’Enfant-Jésus, ils mar­chaient sans hési­ta­tion, fris­son­nants dans le noir. Même de petits enfants, force de volon­té, bien emmi­tou­flés dans leurs lai­nages, mar­chaient un peu som­no­lents, mais avec d’autant plus de mérite côté des parents, vers l’église.

Crèche de l'Eglise de San Ginés - Espagne - Miracle eucharistique de NoëlVoi­ci déjà que dans le pre­mier banc s’agenouillait une jolie petite pay­sanne de cinq ans, avec sa maman. Toute ani­mée du désir d’admirer l’Enfant-Jésus avec Marie, Joseph, les anges, crèche, les ber­gers, et toutes les petites lumières, elle avait pres­sé la famille à par­tir vers l’église. Brillants de bon­heur, ses yeux noirs et vifs allaient d’un ber­ger à l’autre, admi­raient Marie et Joseph dans la pauvre étable ins­tal­lée sur l’autel laté­ral de gauche. Tout à coup la petite pous­sa sa maman et deman­da :

« La crèche est vide, où est donc l’Enfant-Jésus ?

– Après la messe, mon­sieur le Curé l’y met­tra. Alors tu le ver­ras. Attends un peu et sois bien sage. »

* * *

Le pas­teur, lui, n’avait pas tel­le­ment le cœur à la fête. C’était un noble prêtre, très conscien­cieux, mais par­fois trop crain­tif. Il était tour­men­té par des incer­ti­tudes sur la vali­di­té de son ordi­na­tion, du fait qu’elle avait eu lieu dans cette période par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile de l’Église qui était alors sous le pon­ti­fi­cat d’un anti­pape. Et il priait Dieu de le déli­vrer de ses doutes. Il se confia à son évêque et alla jusqu’à le prier de l’ordonner une seconde fois s’il le fal­lait, pour en finir avec ses scru­pules.

Alors la messe com­men­ça. Arri­vé à la consé­cra­tion, le prêtre pro­non­ça les paroles consé­cra­toires avec une grande crainte res­pec­tueuse, et pré­sen­ta la blanche hos­tie à l’adoration des fidèles.

Un grand silence régnait dans le lieu saint où tous étaient à genoux et ado­raient dans la foi le Christ pré­sent. Sou­dain on enten­dit une voix enfan­tine :

« Regarde, maman quel bel Enfant. Regarde donc ! »

Mais la brave pay­sanne ne vit rien d’autre que la sainte hos­tie. Effrayée de la per­tur­ba­tion, elle s’efforça de faire taire sa petite Inès : obéis­sante, la petite de cinq ans se retint d expri­mer sa joie, mais son regard émer­veillé res­ta fixé sur l’Enfant qu’elle vit dis­tinc­te­ment dans la main du prêtre et sur l’autel jusqu’à la com­mu­nion. Quand le prêtre consom­ma l’hostie, l’Enfant dis­pa­rut.

Les yeux noirs si vifs de l’enfant le cher­chèrent en vain sur l’autel. Inès vou­lait tou­jours com­mu­ni­quer à sa mère ce qu’elle avait vu, mais celle-ci lui ordon­na de se taire :

Enfant-Jésus dans la crèche - Espagne« Sois tran­quille main­te­nant, car bien­tôt, après la messe, le prêtre dépo­se­ra l’Enfant-Jésus dans la crèche, alors tu le ver­ras ! »

En effet, le prêtre vint dépo­ser une sta­tue de l’Enfant-Jésus dans la crèche, pen­dant que les fidèles chan­taient. Alors que petits et grands consi­dé­raient le bel Enfant-Jésus, Inès se tour­na vers sa mère, toute bou­le­ver­sée :

« Maman, mais ce n’est pas du tout l’Enfant-Jésus vivant que j’ai vu avant sur l’autel ! »

La pay­sanne secoua la tête : quelle sur­pre­nante ima­gi­na­tion a donc cette nuit sa petite fille ? Aupa­ra­vant elle était tou­jours sage à l’église.

« Prie, mon enfant, et sois enfin tran­quille. »

* * *

Inès alors joi­gnit à nou­veau ses petites mains, car aus­si­tôt com­men­ça la deuxième messe de Noël. Mais après les paroles de la consé­cra­tion, le petit index droit d’Inès se poin­ta à nou­veau en l’air :

« Maman, regarde ! là-bas, le petit Enfant-Jésus est de nou­veau sur l’autel dans les mains du prêtre. Oh ! comme il est beau ! Il remue et me sou­rit. Maman, ne le vois-tu donc pas ? »

De fait, la petite Inès vivait pour la deuxième fois le même miracle, jusqu’à ce que l’Enfant-Jésus dis­pa­rût à nou­veau à la com­mu­nion du prêtre. À la troi­sième messe éga­le­ment, elle eut la même grâce. Quelques fidèles avaient eu l’attention atti­rée par les paroles d’Inès, et ils vinrent l’interroger après la messe. Rem­plie de joie, Inès leur détailla l’aspect de l’Enfant-Jésus et com­ment il avait regar­dé et béni les gens.

L'Adoration des mages - Velasquez - musée du Prado à Madrid - Récit d'un miracle de NoëlLa nou­velle de ce mer­veilleux évé­ne­ment se répan­dit bien­tôt dans le vil­lage et dans tous les envi­rons. Le prêtre lui-même l’apprit et fit appe­ler Inès. Elle répon­dit à toutes les ques­tions avec une sim­pli­ci­té can­dide sans se lais­ser démon­ter ni embar­ras­ser par les objec­tions. À tra­vers ses grands yeux inno­cents et ses simples réponses brillait la véri­té irré­cu­sable. Avec bon­heur, le prêtre recon­nut dans cette mer­veilleuse appa­ri­tion pen­dant ses messes un signe plein de ten­dresse de la part de Dieu lui mon­trant ain­si la légi­ti­mi­té de son ordi­na­tion et la vali­di­té de la consé­cra­tion eucha­ris­tique. Pour­tant il ne vou­lut pas être trop impru­dent et cré­dule.

* * *

Dans sa grande per­plexi­té, il médi­ta en silence une épreuve pour Inès. Après quelques jours, alors que la petite, à son habi­tude, vint à nou­veau pour assis­ter à la messe, le prêtre prit trois grandes hos­ties et vint à l’autel. Il ne consa­cra cepen­dant que deux hos­ties, ayant lais­sé dès le début la troi­sième de côté sans la consa­crer. À la com­mu­nion il consom­ma l’une des deux hos­ties consa­crées, et pla­ça l’autre hos­tie devant lui, à côté de celle qui n’avait pas été consa­crée. Puis il fit venir Inès sur les marches de l’autel et, lui mon­trant les deux hos­ties, il lui deman­da :

« Vois-tu encore main­te­nant l’Enfant-Jésus ? »

Aus­si­tôt l’enfant poin­ta son doigt sur l’Hostie consa­crée et s’écria, rayon­nante :

« Oh, oui ! dans cette Hos­tie, je vois l’Enfant-Jésus, mais pas dans l’autre. Oh ! comme c’est beau ! comme c’est beau ! » Alors le prêtre ne put ni ne vou­lut dou­ter encore. Ému, il remer­cia le Sei­gneur Jésus de l’avoir libé­ré de ses scru­pules par un miracle évident. Inès entra plus tard dans un couvent pauvre, et vécut pieu­se­ment et sain­te­ment dans une stricte péni­tence.

 

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Un commentaire

  1. J. Barat a dit :

    Mer­ci pour ce récit mer­veilleux, à la dimen­sion de la fête de l’Enfant-Dieu que nous célé­brons ce soir.

    Bon Noël à tous.

    24 décembre 2011
    Répondre

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