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24 mars 2026Saint Gabriel, Archange

Gabriel, dont le nom signi­fie « force de Dieu », est appe­lé l’Ange de l’In­car­na­tion. C’est lui, en effet, qui fut char­gé d’in­di­quer au pro­phète Daniel que le Mes­sie naî­trait au bout de soixante-dix semaines d’an­nées. C’est lui qui se pré­sen­ta devant Zacha­rie pour lui annon­cer la nais­sance du Pré­cur­seur Jean-Bap­tiste, comme le rap­porte l’É­van­gile de saint Luc : « Un ange du Sei­gneur lui appa­rut, debout à droite de l’au­tel de l’en­cens. Zacha­rie fut trou­blé à cette vue. Mais l’ange lui dit : Ne crains pas, Zacha­rie, car ta prière a été exau­cée et ta femme Eli­sa­beth te don­ne­ra un fils que tu appel­le­ras Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d’al­lé­gresse, et beau­coup se réjoui­ront de sa nais­sance ; car il sera grand devant le Sei­gneur. Il ne boi­ra ni vin ni rien qui enivre, et il sera rem­pli de l’Es­prit-Saint dès le sein de sa mère. Il ramè­ne­ra beau­coup de fils d’Is­raël au Sei­gneur leur Dieu et lui-même mar­che­ra devant lui dans l’es­prit et la puis­sance d’É­lie, pour rame­ner les cœurs des pères vers les enfants et les indo­ciles à la sagesse des justes, afin de pré­pa­rer au Sei­gneur un peuple par­fait… Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te par­ler et t’an­non­cer cette bonne nou­velle… » Enfin, c’est encore Gabriel qui reçut la sublime mis­sion de pré­ve­nir la Vierge Marie de sa future mater­ni­té divine, comme nous le rap­pel­le­ra demain la fête de l’Annonciation.


Ouvrage : Légende dorée de mes filleuls | Auteur : Daniel-Rops

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Celui dont il va être main­te­nant ques­tion n’est pas un saint. L’his­toire l’a presque oublié ; rares sont les livres où les éco­liers pour­raient lire sa vie exem­plaire. L’Église n’a pas consi­dé­ré que ses ver­tus fussent suf­fi­santes pour le pla­cer sur les autels. Pour­tant, par ses longues souf­frances héroï­que­ment sup­por­tées, par son éner­gie à rem­plir, mal­gré tout, ses devoirs, par sa tran­quilli­té en face de la mort ne méri­te­rait-il pas d’être pla­cé, non loin de saint Louis, dans la belle gale­rie de ces princes du Moyen Age qui sur­ent être de grands rois en demeu­rant de grands chré­tiens ? Et quand vous aurez lu ce que fut sa brève exis­tence tra­gique, sans doute pen­se­rez-vous que Celui qui connaît le plus pro­fond des cœurs et pèse au juste poids les actions des hommes, l’au­ra accueilli dans son amour, au Paradis…

* * *

Baudouin IV sur le champ de bataille Croisade

Il se nom­mait Bau­douin. Il avait treize ans lorsque son père mou­rut, le puis­sant Amau­ry, roi de Jéru­sa­lem, qui tant avait lut­té vaillam­ment contre l’in­fi­dèle, et mené jus­qu’en Égypte l’of­fen­sive des armées franques. C’é­tait un bel enfant, remar­qua­ble­ment doué ; char­mant de corps et de visage, prompt et ouvert, aus­si habile aux exer­cices phy­siques qu’ap­pli­qué à ceux de l’in­tel­li­gence. Son esprit était vif, sa mémoire excel­lente et, dès son plus jeune âge, il avait com­pris com­bien il est utile, pour un prince, d’être très culti­vé. En même temps, cava­lier émé­rite, aus­si habile à mon­ter, sans selle, un fou­gueux petit che­val arabe qu’à mener un lourd des­trier de Bou­logne, capa­ra­çon­né de fer, aus­si expert en la chasse au fau­con qu’à la nage dans les eaux du lac de Tibé­riade. Vrai­ment, un magni­fique garçon.

Depuis son plus jeune âge, son pré­cep­teur, Mes­sire Guillaume de Tyr, qui écri­vait alors un énorme livre sur l’his­toire des Croi­sades, lui en avait racon­té tous les évé­ne­ments ; Bau­douin n’i­gno­rait rien de la gloire de ses ancêtres, ni des condi­tions où était né le royaume dont il héri­te­rait un jour. Et l’en­fant, quand il che­vau­chait à tra­vers la cam­pagne de la Terre Sainte aimait à évo­quer l’é­po­pée de ces hommes admi­rables qu’a­vaient été les pre­miers croisés.

Ce n’é­tait pas à lui qu’il eût fal­lu apprendre com­ment, pour déli­vrer de l’oc­cu­pa­tion des Turcs musul­mans le Saint-Sépulcre où dor­mit, après la cru­ci­fixion, le corps de Notre-Sei­gneur, le grand Pape Urbain II, en 1095, dans la cathé­drale de Cler­mont-Fer­rand en France, avait appe­lé le monde à la croi­sade et com­ment, aus­si­tôt, des mil­liers d’as­sis­tants avaient fixé sur leur man­teau une croix d’é­toffe rouge en jurant de par­tir pour la Pales­tine ! Ce n’é­tait pas à lui qu’il eût fal­lu apprendre les noms des glo­rieux chefs qui avaient mené à la vic­toire la pre­mière croi­sade ; Gode­froy de Bouillon, le par­fait che­va­lier du Christ ; Hugues de Ver­man­dois, frère du roi de France ; Robert Cour­te­heuse, duc de Nor­man­die ; et les ducs de Sicile et les comtes de Tou­louse, et les évêques, et les légats du Pape, tous éga­le­ment pieux, tous éga­le­ment croyants.

Il se répé­tait sou­vent les phrases que son maître Guillaume lui avait lues, où il racon­tait com­ment les croi­sés, exté­nués, déci­més, presque à bout de cou­rage, étaient arri­vés en juin 1099 devant Jéru­sa­lem, la ville Sainte entre toutes.… « Lors­qu’ils enten­dirent que cette ville était Jéru­sa­lem, lors, ils com­men­cèrent à pleu­rer d’é­mo­tion. Tous se mirent à genoux et ren­dirent grâces à Dieu, parce qu’ils tou­chaient au but de leur pèle­ri­nage, et qu’ils allaient entrer dans cette ville que tant aima Notre-Sei­gneur durant qu’il vivait, homme, pour sau­ver les hommes. C’é­tait grande émo­tion de voir et d’ouïr leurs larmes et leurs san­glots. Et lors­qu’ils furent appro­chés des murailles, en vue des tours de la cité, ils levèrent les mains au ciel dans une fer­vente prière, puis se mirent pieds nus, par humi­li­té de cœur, et bai­sèrent la terre qu’a­vait fou­lée Jésus. »

C’é­tait de leurs efforts, de leurs sacri­fices, qu’é­tait né ce royaume, le beau royaume chré­tien de Pales­tine, dont Bau­douin aurait la charge. Il pen­sait aux puis­sants châ­teaux, qu’on appe­lait les kraks, copiés des châ­teaux forts de France ou de Bel­gique, qui sur­veillaient tous les pas­sages par où le Musul­man aurait pu atta­quer de nou­veau. Il pen­sait aus­si aux solides milices des Che­va­liers moines, les Tem­pliers, les Hos­pi­ta­liers, qui consa­craient toute leur exis­tence à défendre la Terre Sainte contre les Turcs. Avec de tels hommes, avec de telles for­te­resses, qu’a­vait-on à craindre ? Et lui, Bau­douin, deve­nu à la mort de son père Bau­douin IV, il savait bien que, Dieu aidant, il com­bat­trait de toutes ses forces pour la sau­ve­garde du Sépulcre, la défense de son royaume et la sûre­té de tous les chré­tiens en Orient. Fidèle ! Il serait fidèle ! Et il pen­sait qu’un magni­fique ave­nir s’ou­vrait devant lui.

Ouvrage : Lorsque les saints de France étaient petits garçons | Auteur : Berthon, Maurice

L'enfance de Saint Jean-François RégisSaint Jean-Fran­çois Régis naquit le 31 jan­vier 1597 à Font­cou­verte, à égale dis­tance de Nar­bonne et de Car­cas­sonne. Font­cou­verte, Fon­taine cou­verte, source cachée, est une place forte de modèle réduit : trente mai­sons pro­té­gées par un châ­te­let appar­te­nant au sei­gneur abbé de La Grasse.

Aujourd’­hui, c’est saint Jean-Fran­çois Régis qui pro­tège Font­cou­verte et la pré­cieuse source est décou­verte : le vil­lage allait don­ner nais­sance à un saint !

Jean de Régis, père du bébé, a noté sur son livre de rai­son, d’une belle écri­ture mou­lée par la plume d’oie : « L’an mil-cinq-cent-nonante-sept, le der­nier jour de jan­vier, un diven­drès (dies vene­ris : ven­dre­di) es nas­qut notre enfant, Jean-Fran­çois. Et fut par­rin noble Fran­cis de Turin, dit de Brè­tés, sei­gneur et baron de Péchei­riq, la mar­rine damoi­selle Clare Daban, famé à mon frère Régis. »

C’est là l’acte de nais­sance du Saint. Jean-Fran­çois Régis naquit le même jour à la vie de l’âme, puisque son père ajou­ta sur son livre de famille : « Et fut bap­ti­sé à l’é­glise de Font­cou­verte. » Encore un saint qui a été bap­ti­sé le jour même de sa nais­sance. Remar­quons le fait, sans pré­tendre cepen­dant en tirer une conclu­sion caté­go­rique, car, à cette époque, pré­sen­ter un enfant du jour au bap­tême était une pieuse cou­tume géné­ra­le­ment obser­vée dans les familles catholiques.

Le père et l’oncle du Saint tiraient quelque gloire de leur titre de « capi­taine et gen­darme de la com­pa­gnie de Mon­sei­gneur le Maré­chal de Joyeuse. » Mais il s’a­gis­sait de gens d’armes de réserve ! La foi de ces deux braves leur fai­sait un devoir de répondre immé­dia­te­ment à tout appel des chefs ligueurs pour com­battre les troupes hugue­notes. Les deux sei­gneurs de Régis étaient plu­tôt, à la véri­té, des gen­tils­hommes ter­riens, de modestes gen­tils­hommes qui ne négli­geaient point d’ai­der de leurs propres mains les quelques domes­tiques qui semaient, cou­paient, bat­taient et engran­geaient les blés, récol­taient les fruits dorés au chaud soleil de Pro­vence. On voyait même les deux « gens d’armes » mettre la main aux man­che­rons de la charrue.

La demeure des Régis est éloi­gnée de tout luxe, elle ne montre point les pro­por­tions d’une gen­til­hom­mière. Com­po­sée d’un rez-de-chaus­sée et d’un étage cou­vert d’un gre­nier, son seul orgueil est de ren­fer­mer deux grandes pièces de six mètres de côté, dans les­quelles les Régis reçoivent, mais bien rare­ment, les hobe­reaux du voisinage.

Rude à la guerre, rude au tra­vail de ses champs, le père de Jean-Fran­çois est cepen­dant un homme de manières douces qui ne contra­rie­rait en rien sa jeune femme, Made­leine d’Arse. Celle-ci est mal­heu­reu­se­ment de san­té si déli­cate qu’elle doit renon­cer à nour­rir elle-même son bébé, qui est son second enfant. La mar­raine, Cla­ra Daban, demande à se char­ger de son filleul. Elle lui trou­ve­ra bien une nour­rice sur ses terres. Et c’est ain­si que Jean-Fran­çois devien­dra pour long­temps « le nour­ris­son de Moux », loca­li­té proche de Fontcouverte.

Cette nour­rice est entrée dans la légende, sinon dans l’His­toire. S’é­tant absen­tée, elle retrouve le bébé sous le ber­ceau, « déve­lop­pé de ses langes, sain et gaillard ». La bonne femme, qui a eu fort peur, accuse les sor­ciers d’a­voir vou­lu du mal au fils des Régis ; elle ne peut son­ger à accu­ser le démon qui aurait cer­tai­ne­ment aimé se débar­ras­ser, dès le ber­ceau, d’un grand saint qui allait lui cau­ser un tort consi­dé­rable en lui ravis­sant des mil­liers d’âmes.

Et l’en­fant gran­dit aux côtés de son frère aîné Charles, car Made­leine d’Arse a reti­ré son fils de Moux dès qu’il a pu sup­por­ter le lait de vache. La jeune femme a une trop belle idée de l’é­du­ca­tion pour aban­don­ner la for­ma­tion de l’en­fant au seul bon vou­loir d’une nour­rice pay­sanne. La brave femme ne lui ensei­gne­rait que le bien, mais elle se serait vite trou­vée débor­dée par l’in­tel­li­gence pré­coce de Jean-Fran­çois, dont les innom­brables ques­tions ne lais­saient pas un ins­tant de répit à sa maman. C’é­tait évi­dem­ment les habi­tuels : « Maman, qu’est-ce que c’est que cela ?… Maman, ça sert à quoi, cela ?… Et pour­quoi dit-on cela ?… » Par­fois, l’en­fant ne posait pas suf­fi­sam­ment de qes­tions pour conten­ter son insa­tiable curio­si­té, puis­qu’il lui arri­vait de se for­mer un dic­tion­naire à lui, un voca­bu­laire qui attri­buait aux mots un sens qu’ils n’a­vaient point !

Pour exemple, jugeons de l’é­ton­ne­ment et de la frayeur de Made­leine d’Arse lorsque, pro­me­nant par la main son Jean-Fran­çois de cinq ans, celui-ci lui décla­ra « sau­te­lant » à son côté, joyeux :

— Ma mère, je serai damné !…

La maman s’ar­rête, regarde son fils dans ses yeux rieurs et si vifs :

— Mon petit, voyons, tu ne sais pas le sens ter­rible du mot dam­né ! Dieu te garde d’un tel malheur !…

Et, à Jean-Fran­çois très atten­tif, Made­leine d’Arse donne une leçon de caté­chisme, que l’en­fant clô­ture par cette pro­messe joyeuse :

— Alors, au Ciel ! ma mère ! au Ciel !

Enfant, Jean-Fran­çois fai­sait déjà preuve de nom­breuses qua­li­tés de base, telles que la modes­tie, la rete­nue, la bien­séance. Mais il ne fau­drait point son­ger à trou­ver de la tris­tesse chez ce bam­bin méri­dio­nal ! Non, Jean-Fran­çois, ses heures de classe ter­mi­nées, se pré­ci­pi­tait de toute la vitesse de ses petites jambes pour jouer avec ses cama­rades sous les pla­tanes du mail de Font­cou­verte. Il était par­fois pré­cé­dé de Charles, son aîné, mais il avait la gen­tillesse d’en­traî­ner par la main ses deux petits frères, Jean et François.

Il est amu­sant de consta­ter que la maman aime­ra don­ner à nou­veau à ses deux autres enfants les mêmes pré­noms qu’à son cher Jean-Fran­çois. Autre curio­si­té : le nom de famille du saint, Régis, devien­dra un pré­nom habi­tuel, même très sou­vent don­né au bap­tême des gar­çons. Cette cou­tume est rela­ti­ve­ment rare, et on ne peut citer que quelques saints dont les noms de famille ont été ain­si trans­for­més en pré­noms usuels : sainte Jeanne de Chan­tal, saint Louis de Gon­zague, saint Fran­çois Xavier.

Et voi­ci l’âge de l’é­cole. Jean-Fran­çois fré­quen­te­ra l’é­cole du vil­lage, mêlé aux petits cama­rades, mêlé aux enfants des ser­vi­teurs de son père. Il étu­die comme les autres, mieux que les autres, et puis, brus­que­ment, moins bien que les autres.

Cet enfant pos­sé­dait une sen­si­bi­li­té extra­or­di­naire. « On pou­vait le châ­tier avec les yeux, et toutes les fautes étaient tou­jours trop punies par une mine un peu sévère. » Les parents avaient l’in­tel­li­gence de ne point abu­ser de cette faci­li­té de cor­rec­tion, mais il advint qu’un des pre­miers maîtres de l’en­fant crut pou­voir se per­mettre d’u­ser envers lui « d’un peu de rigueur ». Le résul­tat fut à ce point pitoyable que « ses parents déses­pé­raient déjà de le voir jamais capable de bonnes lettres. »

Par bon­heur, rap­portent les pre­miers his­to­riens du saint, « sa mère, qui l’é­tu­diait tous les jours, s’a­per­çut que la sévé­ri­té de son maître étouf­fait les lumières de son esprit. Elle le pria donc de chan­ger de bat­te­rie et de le conduire avec dou­ceur, ce qui lui réus­sit si heu­reu­se­ment que, se voyant cares­sé, il com­men­ça à s’é­pa­nouir en sorte qu’il appre­nait plus qu’on ne voulait ».

Jean-Fran­çois étu­diait la langue fran­çaise tout en conti­nuant à par­ler cou­ram­ment le lan­gue­do­cien avec ses parents et ses cama­rades de classe et de jeux. Peut-être était-ce la Pro­vi­dence qui pré­pa­rait ain­si le futur saint à ses mis­sions dans les mon­tagnes céve­noles, où il ne par­le­ra que le lan­gue­do­cien à ces bonnes gens, qui n’au­raient pas sai­si grand’­chose d’un ser­mon en pur fran­çais. Nous ne sommes qu’au XVIIe siècle.

Ouvrage : Et maintenant une histoire I | Auteur : Bourron, M.

Non, il ne vou­lait pas quit­ter la mai­son pour aller là-bas, dans cette ferme comme petit ber­ger. Depuis huit jours on ne par­lait que de cela.

Georges n’a­vait plus que sa maman et sa grande sœur qui était repasseuse.

Cette année, la vie deve­nant plus dif­fi­cile, la maman de Georges s’in­quié­tait pour son fils, assez déli­cat de san­té ; le doc­teur du dis­pen­saire et les infir­mières consul­tés avaient répondu :

Le prêtre, le berger des chrétiens

« Il faut envoyer cet enfant à la cam­pagne. Met­tez-le petit ber­ger dans une bonne famille de culti­va­teurs, vous ver­rez comme cela lui fera du bien ; l’âme et le corps y gagneront.

Quand sa maman lui avait rap­por­té ces paroles, en venant l’at­tendre avec sa sœur à la sor­tie du patro (on était un jeu­di), Georges s’é­tait mis à pleurer :

« Non, je ne veux pas par­tir ! Tant pis si je suis malade, je ne veux pas être berger !

— Tu n’es pas rai­son­nable, mon petit Georges, avait dit sa sœur Mar­celle ; pense au sou­la­ge­ment que nous aurons, maman et moi, de te savoir bien nour­ri et au bon air ; tu devrais être fier de pen­ser que tu vas pou­voir nous déchar­ger et gagner ta nour­ri­ture. Tiens, voi­là jus­te­ment Mon­sieur l’Ab­bé qui passe, nous allons lui deman­der son avis.

— Com­ment ! Georges, tu ne veux pas être ber­ger, tu ne veux pas quit­ter ta maman ? Mais un grand gar­çon de dix ans doit savoir faire un sacri­fice. Les sol­dats ont bien lais­sé leur maman quand ils sont par­tis à la guerre. Toi aus­si tu lais­se­ras ta maman pour par­tir ber­ger, parce que c’est ton devoir. Puis — et l’ab­bé se mit à rire — tu pen­se­ras que je te tiens com­pa­gnie car, moi aus­si, je suis ber­ger (Georges ouvrit de grands yeux). Eh ! oui, je suis ber­ger, regarde mon trou­peau (Mon­sieur l’Ab­bé éten­dit le bras vers le flot d’en­fants sor­tis du patro et qui se dis­per­saient dans la rue) ; tu es aus­si l’un de mes agneaux, Georges, et je ne veux pas que tu t’é­gares dans le bois épi­neux de ton égoïsme et de ton mau­vais carac­tère… Allons, allons, tu par­ti­ras de bon cœur, mon enfant. »

Mais Georges avait bais­sé la tête, et son air buté ne lais­sait pré­sa­ger rien de bon.

Ouvrage : À la conquête du monde païen | Auteur : Goyau, Georges

Il y a sur terre un mil­liard sept cent vingt-six mil­lions d’hommes.

Sur ce nombre, un mil­liard qua­rante-trois mil­lions ne sont pas encore chrétiens.

Sur les six cent quatre-vingt-trois mil­lions de chré­tiens, les catho­liques sont trois cent cinq millions.

Donc, dans l’en­semble du monde, sur cent hommes vivants, il n’y en a pas plus de dix-sept ou dix-huit qui aient été bap­ti­sés catholiques.

En Afrique, sur cent hommes vivants, la pro­por­tion des catho­liques est de deux, plus trois dixièmes.

En Asie, sur cent hommes vivants, la pro­por­tion des catho­liques est de un, plus six dixièmes.

Histoire des missions pour les jeunes et le catéchisme
MADAGASCAR. — Une leçon de musique chez les Fran­cis­caines Mis­sion­naires de Marie.

Ces chiffres montrent quel immense champ de tra­vail s’offre encore à l’É­glise ; ces chiffres font com­prendre tout ce qu’il y a de pres­sant, tout ce qu’il y a d’im­pé­rieux dans les accents du pape Pie XI, lors­qu’il demande que tous les évêques, que tous les prêtres, que tous les catho­liques, hommes et femmes, prêtent aux mis­sion­naires le genre d’aide qu’ils peuvent, cha­cun dans sa sphère, leur apporter.

Les tout jeunes aus­si, ceux à qui ce livre s’a­dresse, peuvent beau­coup pour les mis­sions. Ils peuvent les ser­vir par leur prière, cette prière des cœurs purs, que Dieu accueille volontiers.

Ils peuvent les ser­vir par leurs géné­ro­si­tés, en s’ins­cri­vant à l’Œuvre de la Pro­pa­ga­tion de la Foi, qui assure au Pape les res­sources néces­saires pour l’en­tre­tien des mis­sions sur la sur­face de la terre ; à l’Œuvre de la Sainte-Enfance, qui sauve de la mort, en pays païens, les enfants aban­don­nés, et qui fait d’eux des chré­tiens ; à l’Œuvre de Saint-Pierre Apôtre, qui fonde des sémi­naires pour la for­ma­tion des cler­gés jaunes ou des cler­gés noirs ; à l’Œuvre des Écoles d’O­rient, qui, par­tout sur les rives de la Médi­ter­ra­née orien­tale, entre­tient des écoles catho­liques au milieu des popu­la­tions chré­tiennes encore sépa­rées de Rome ; à l’Œuvre Apos­to­lique, qui four­nit aux Mis­sion­naires les objets litur­giques et pour­voit à leurs autres besoins.

Ouvrage : À la conquête du monde païen | Auteur : Goyau, Georges

XXVII

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Une femme, sainte Thé­rèse de l’En­fant-Jésus, a été don­née comme patronne, par Pie XI, aux mis­sion­naires du monde entier. Elle avait dit, toute jeune, en son car­mel de Lisieux : « Je vou­drais être mis­sion­naire, non seule­ment pen­dant quelques années, mais je vou­drais l’a­voir été depuis la créa­tion du monde, et conti­nuer de l’être jus­qu’à la consom­ma­tion des siècles. »

Sainte Thérèse de Lisiseux, patronne des missions
Cha­pelle de car­mel de Saïgon

Ce car­mel auquel elle appar­te­nait avait eu l’hon­neur, aux alen­tours de 1860, d’en­voyer en Indo-Chine quelques reli­gieuses, pour y fon­der un car­mel à Saï­gon. Mère Gene­viève de Sainte-Thé­rèse, prieure de Lisieux, avait défé­ré, tout de suite, aux dési­rs d’un grand mis­sion­naire, Mgr Lefebvre, des Mis­sions Étran­gères, et vou­lu que plu­sieurs de ses Sœurs par­tissent pour la Cochin­chine, afin de prier, là-bas, pour les apôtres qui tra­vaillaient. Et l’on avait vu d’autres car­mels se créer en Indo-Chine, à l’exemple de Saïgon.

L’i­ma­gi­na­tion de sainte Thé­rèse de l’En­fant-Jésus s’é­va­dait vers ces races jaunes, où l’on avait, par­fois, le goût de la vie contem­pla­tive : pour­quoi ne pas leur mon­trer qu’au lieu de cher­cher dans la reli­gion de Boud­dha une satis­fac­tion pour cet attrait, elles pou­vaient la trou­ver dans la reli­gion du Christ ? Mais il était dans les des­ti­nées de sainte Thé­rèse de l’En­fant-Jésus de ne point quit­ter son monas­tère de Lisieux. Elle aidait les mis­sion­naires, certes, mais elle les aidait en sacri­fiant à la volon­té de Dieu, — son Dieu et le leur, — l’ardent désir qu’elle aurait eu d’être auprès d’eux.

Dieu enten­dait son désir, et un peu plus de trente ans après sa mort, le pape Pie XI l’exauça.

Sainte Thé­rèse de l’En­fant-Jésus est aujourd’­hui auprès de tous les mis­sion­naires, pour la suite des siècles : elle les assiste, elle les pro­tège ; elle est, de par la parole du Pape, leur bien­fai­trice tou­jours pré­sente ; le rêve qu’elle fai­sait d’être mis­sion­naire elle-même jus­qu’à la consom­ma­tion des temps est ain­si réalisé.