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(conte normand)

À l’assemblée de Rati­mes­nil qui se tenait dans sa vaste cour, le caba­re­tier Heur­taux, debout dans une car­riole fixée entre deux troncs de pom­miers, fai­sait dan­ser la « jeu­nesse » aux sons de son crin­crin. Il bat­tait lui-​même de tels entre­chats que, mal­adroi­te­ment, il se foula le pied.

Dévotion aux saints populairesDès lors, il passa le plus clair de son temps à jouer aux domi­nos avec quel­ques vieux du pays. Venait se join­dre à eux, dans la soi­rée, le fils Farin César, que le père Heur­taux avait pris en ami­tié et appe­lait fami­liè­re­ment « son bezeau ». Ce jeune cam­pa­gnard n’était pas fâché de pou­voir ainsi « cau­ser un brin » à la belle Léo­nie, la fille de la mai­son […].

Cette Léo­nie, si fié­rote et si froide en appa­rence, aspi­rait de toute son âme au mariage, mais Farin n’ignorait pas que le père s’y oppo­se­rait tant qu’il ne serait pas plus valide. On avait trop besoin d’elle au caba­ret.

Heur­taux, sur les conseils réité­rés de ses clients, s’en fut consul­ter un rebou­teux du vil­lage, qui « tra­vailla » son entorse durant neuf jours, ajou­tant cha­que matin à ses mas­sa­ges vigou­reux, d’incohérentes invo­ca­tions […].

En fin de compte, en plus de son entorse, le caba­re­tier eut des rhu­ma­tis­mes aigus qui l’obligèrent à s’aliter.

« Tu veyes ben, lui dit alors sa femme, que tan rebou­teux est un fei­gnant ; quand j’ te répète qu’il n’ peut point t’ guéri !

Heur­taux répon­dait :

—  Tais-​té, la mé. T’éluges point si vite. Espère un p’ tieu. Mé j’ m’en rap­porte à li ; i n’a sauvé bé d’autres.

—  Eh ben, mé, j’aurais pu d’ confiance dans les Bons Saints.

Sur la place de l’église, le diman­che, les com­mè­res, leur parois­sien à fer­moir à la main, fai­saient cer­cle autour de la mère Heur­taux :

« Pour­qui qu’ vos condui­sez point vot’ homme à la Mare Saint-​Firmin, disait l’une ; faites-​y « tou­cher » l’ Saint qu’est raide bon pour enle­ver l’ mâ, qu’a du « pou­voir » pour les dou­leurs ! Conti­nuez à lire »

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VIII

Le Christ chez les Tartares, le Christ chez les Chinois

Un archevêque à Pékin (XIIIe-​XVIe siècles)

Déployez une carte de l’Europe et de l’Asie : regar­dez, au nord de la Chine, la Mon­go­lie. Les Tar­ta­res, à la fin du XIIe siè­cle, par­ti­rent de là, en vue de deve­nir les maî­tres du monde. Avec Gen­gis­khan, ils conqui­rent d’abord l’Asie, depuis Kam­ba­lik, la grande cité chi­noise, qu’on appelle aujourd’hui Pékin, jusqu’à Tiflis et jusqu’au Cau­case ; et puis une par­tie de la Rus­sie jusqu’au Dnie­per. Quinze ans plus tard, ils pre­naient Kiew, rava­geaient la Silé­sie, la Hon­grie ; la France même trem­blait. Les pêcheurs n’osaient plus se ris­quer sur la côte anglaise. « Les neuf queues blan­ches de l’étendard mon­gol tou­jours vic­to­rieux » allaient, disait-​on, balayer l’Europe. En 1242, on constata qu’ils fai­saient retraite, leur empe­reur étant mort au cœur de l’Asie. Alors sur les rou­tes d’invasion qu’eux-mêmes avaient tra­cées, des reli­gieux s’engagèrent ; ils sui­vi­rent ces rou­tes en sens inverse, péné­trè­rent en Asie comme mis­sion­nai­res. Ces reli­gieux, c’étaient des Moi­nes Men­diants ; ne pos­sé­dant rien sur terre, ils étaient libres, plei­ne­ment libres de cou­rir le monde pour Dieu. Les uns, fils de saint Domi­ni­que, se sou­ve­naient que leur fon­da­teur avait tou­jours rêvé de par­ler du Christ aux païens des bords de la Volga. Les autres, fils de saint Fran­çois d’Assise, se sou­ve­naient que leur fon­da­teur avait prê­ché devant le sul­tan d’Égypte et qu’il s’était offert à pas­ser par un bra­sier pour affir­mer la vérité du chris­tia­nisme ; ils se sou­ve­naient que sept fran­cis­cains s’étaient ren­dus à l’ouest du bas­sin médi­ter­ra­néen, au Maroc, et qu’ayant per­sisté, mal­gré tous les châ­ti­ments, à annon­cer le Christ sur les pla­ces publi­ques, ils avaient fini par être mar­tyrs.

C’est en pleine Asie, main­te­nant, que sur l’ordre de la Papauté, des domi­ni­cains et des fran­cis­cains allaient por­ter la parole chré­tienne, et bien­tôt ils for­me­ront une com­pa­gnie spé­ciale de mis­sion­nai­res, « la Com­pa­gnie des voya­geurs pour le Christ. » Les Tar­ta­res pas­saient pour tolé­rants ; de tels voya­geurs pou­vaient donc les abor­der. Jean de Plan-​Carpin, un fran­cis­cain d’allure mas­sive, dont l’obésité gênait les che­vau­chées, enfour­cha quand même une mon­ture pour s’en aller, en 1246, plus loin que la Cas­pienne, plus loin que le lac Baï­khal, jusqu’à la Horde-d’Or, rési­dence du grand khan Guyuk. Il trouva là des païens, des musul­mans, des boud­dhis­tes, et des gens aussi qui croyaient au Christ, mais dont les ancê­tres s’étaient, huit cents ans plus tôt, déta­chés de l’Église de Rome, parce qu’ils se refu­saient à admet­tre que la Vierge Marie fût Mère de Dieu. On les appe­lait les nes­to­riens. Quel magni­fi­que audi­toire pour un mis­sion­naire ! Mais le khan Guyuk, à qui il remit une let­tre du pape, le ren­voya avec une réponse assez hau­taine, et Plan-​Carpin n’eut qu’à repren­dre la route de l’Europe.

CHINE. — Au Pemen, repas des enfants chez les Franciscaines Missionnaires de Marie.

CHINE. — Au Pemen, repas des enfants chez les Fran­cis­cai­nes Mis­sion­nai­res de Marie.

Celui qui, là-​bas, fit vrai­ment acte de mis­sion­naire, ce fut un autre fran­cis­cain, Guillaume de Rubrouck, expé­dié en 1253 par le roi saint Louis. Il passa six mois à la Horde-d’Or, où le grand khan, alors, avait nom Man­gou. Ce sou­ve­rain sem­ble avoir pensé que tous les « bons dieux » étaient bons, ce qui per­met tou­tes les super­sti­tions, et ce qui n’impose aucune doc­trine ni aucune contrainte. Il s’amusait à faire dis­cu­ter Rubrouck publi­que­ment avec les repré­sen­tants des diver­ses reli­gions. Le moine, en cet étrange monde, ne se sen­tait pas com­plè­te­ment isolé, car il y avait là quel­ques catho­li­ques, un Hon­grois et sa femme, emme­nés cap­tifs, sans doute, lors du pas­sage des Tar­ta­res en Hon­grie, et puis un ancien orfè­vre de Paris, un nommé Guillaume Bou­cher, qui était venu se met­tre au ser­vice du grand khan : le diman­che des Rameaux de 1454, ces Euro­péens, fils spi­ri­tuels du pape de Rome, firent avec le fran­cis­cain un cor­dial dîner. Rubrouck, par­fois, cau­sait per­son­nel­le­ment avec le grand khan, et bien­tôt il écrira, avec une exquise humi­lité : « Peut-​être l’aurais-je converti si j’avais pu opé­rer les mer­veilles de Moïse à la cour de Pha­raon. » Un jour, Man­gou lui remit une let­tre pour saint Louis, et le moine rega­gna l’Europe en por­tant au saint roi, aussi, les com­pli­ments de Guillaume Bou­cher. Il aurait aimé pou­voir annon­cer au roi de France que les Tar­ta­res consen­taient à s’allier aux for­ces mili­tai­res de l’Europe chré­tienne pour enser­rer, comme entre les deux pin­ces d’une tenaille, les musul­mans qui occu­paient la Pales­tine, les musul­mans qui régnaient là où le Christ était mort, et pour les expul­ser ; mais les Tar­ta­res de l’Asie occi­den­tale, quoi­que prê­tant une cer­taine atten­tion à ces pos­si­bi­li­tés d’alliance, n’avaient pu s’y déci­der, et bien­tôt ils embras­se­ront la foi de Maho­met. Conti­nuez à lire »

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VII

Au delà de la Ger­ma­nie, il y avait, au nord, les pays scan­di­na­ves, à l’est et au sud-​est, les pays sla­ves. Saint Anschaire dans les pre­miers, saint Cyrille et saint Méthode dans les seconds, furent, au IXe siè­cle, des mis­sion­nai­res d’avant-garde.

Anschaire, en vieil alle­mand, signi­fie  « jave­lot de Dieu ». Celui qui, il y a onze cents ans, por­tait ce nom ger­ma­ni­que, et qui de ce nom sut faire un sym­bole, était pour­tant de chez nous ; la Picar­die fut son ber­ceau.

C’est du Béarn, terre fran­çaise, que la Suède du IXe siè­cle reçut sa dynas­tie ; c’est de la Picar­die, terre fran­çaise, que la Suède du IXe siè­cle reçut son pre­mier apô­tre. Char­le­ma­gne, chez les Saxons, avait été le four­rier du Christ, un four­rier dont la poi­gne était rude, les rigueurs inflexi­bles. Alcuin sans cesse avait rap­pelé que le Christ ne veut devoir qu’à la per­sua­sion l’accès des âmes. Lors­que, après Char­le­ma­gne, le pres­tige impé­rial subit une éclipse, les métho­des d’apostolat conseillées par les moi­nes com­men­cè­rent de pré­va­loir : le monas­tère de la Nouvelle-​Corbie, en 822, s’installait au cœur de la West­pha­lie, non comme une for­te­resse soup­çon­neuse et dic­ta­to­riale, mais comme une pépi­nière d’apôtres désar­més, qui peu à peu s’en iraient au delà des Mar­ches de l’Empire, por­teurs de la foi chré­tienne et de la culture chré­tienne.

Histoire du Danemark et de la Suède pour les enfantsParmi eux, il y avait le jeune Anschaire ; et lorsqu’un roi de Dane­mark s’en fut deman­der à Louis le Pieux un appui pour son réta­blis­se­ment sur le trône, l’empereur, pour le voyage de retour, lui don­nait Anschaire comme com­pa­gnon. Tout de suite, par les soins du moine, s’ouvrait près de la cour danoise une petite école de chris­tia­nisme. Le fleuve de l’Elbe, où s’étaient arrê­tées, je ne dis pas les ambi­tions, mais du moins les conquê­tes de Char­le­ma­gne, était désor­mais fran­chi par la pro­pa­gande chré­tienne ; au delà du sol ger­ma­ni­que, cette pro­pa­gande visait la Scan­di­na­vie.

On put croire un ins­tant, même, que la Scan­di­na­vie l’attendait. De Suède, une ambas­sade arri­vait au palais impé­rial ; elle pré­ve­nait Louis le Pieux que les Sué­dois vou­laient des mis­sion­nai­res. Anschaire encore était dési­gné. Il fal­lait qu’il semât des ger­mes, qu’il com­men­çât, auda­cieu­se­ment, un peu à l’aventure, la beso­gne de Dieu… Et Dieu lui-​même conti­nue­rait, s’il vou­lait. Conti­nuez à lire »

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VI

Saint Boniface

Il est rare que les grands saints qui ont converti des régions entiè­res soient nés dans ces régions : saint Mar­tin vint des bords du Danube pour ame­ner les Gau­les à la foi du Christ, comme deux cents ans plus tôt saint Iré­née et saint Pothin étaient venus de l’Asie pour fon­der la chré­tienté lyon­naise. On pour­rait, dans l’histoire de l’apostolat, trou­ver d’autres exem­ples qui confir­me­raient la parole de l’Évangile : « Nul n’est pro­phète en son pays, » ce qui veut dire que les habi­tants d’une ville ou d’une contrée écou­tent moins volon­tiers celui qu’ils ont tou­jours connu ou dont ils ont connu les parents. Et si le Christ a voulu que ceux qui l’annonceraient émi­gras­sent ainsi d’un pays dans l’autre, c’est sans doute pour attes­ter que tous les mem­bres de la chré­tienté ne font qu’une même famille, et pour mon­trer aussi, peut-​être, que le mis­sion­naire doit rom­pre tous les liens qui l’attachent à ses parents, à sa cité natale, en vue de mieux se don­ner « aux bre­bis » qui ne sont pas encore dans la ber­ge­rie, en vue d’amener à la vérité ceux qui ne la connais­sent pas.

C’est un Anglais qui fut choisi pour ache­mi­ner vers la foi chré­tienne les païens Alle­mands, un Anglais, ou plu­tôt un Anglo-​Saxon, comme on disait de ceux qui étaient deve­nus les maî­tres de l’Angleterre avant la conquête des Nor­mands. L’Église révère cet apô­tre sous le nom de saint Boni­face ; son nom pri­mi­tif était Win­frid. L’Angleterre est peut-​être le pays où le chris­tia­nisme se pro­pa­gea avec le plus de rapi­dité. Moins d’un siè­cle après que saint Augus­tin de Can­tor­béry eut débar­qué avec ses com­pa­gnons pour évan­gé­li­ser ces païens bar­ba­res, l’Angleterre méri­tait qu’on l’appelât l’île des Saints, tant il y avait déjà de monas­tè­res tout le long des côtes, tant ces nou­veaux conver­tis avaient soif de s’instruire en cho­ses reli­gieu­ses, de culti­ver la poé­sie d’Église et d’apprendre le latin, cette lan­gue des litur­gies. Et ils avaient un plus grand désir encore, c’était d’aller au loin faire par­ta­ger à d’autres peu­ples tous ces tré­sors de la foi que Rome leur avait appor­tés.

Vie de Saint Boniface, l'apôtre de l'AllemagneC’est vers 680 que Win­frid naquit dans le Devon­shire, d’une famille chré­tienne et noble. Il n’y avait pas encore beau­coup d’églises sur ce sol que cou­vraient de nom­breu­ses forêts ; de loin en loin, des mis­sion­nai­res venaient prê­cher l’Évangile et admi­nis­trer les sacre­ments ; ils réunis­saient les fidè­les, cha­que jour, au pied des gran­des croix que les sei­gneurs éle­vaient dans leurs domai­nes, et là, tous ensem­ble priaient. Enfant, Win­frid se fai­sait remar­quer par son ardente piété ; comme sa famille don­nait l’hospitalité aux moi­nes qui pas­saient, Win­frid se tenait près d’eux, ne per­dant pas une parole de ce qu’ils racon­taient de leurs cour­ses apos­to­li­ques, et sans relâ­che il les ques­tion­nait sur les véri­tés reli­gieu­ses. Dès l’âge de qua­tre ou cinq ans, il sup­plia son père de lui per­met­tre de s’en aller dans un monas­tère. Mais le père, qui vou­lait lais­ser son domaine à son enfant, ne consen­tait pas et trai­tait le désir du petit gar­çon d’enfantillage. Win­frid, que Dieu avait choisi, comme dans l’Ancien Tes­ta­ment le petit Samuel, conti­nuait d’affirmer sa voca­tion. Son père, après avoir essayé de la dou­ceur pour le détour­ner de son pro­jet, le menaça, le punit. Rien n’y fit ; et, après une grave mala­die qui faillit empor­ter Win­frid, le père, com­pre­nant enfin que Dieu vou­lait son fils, céda et lui per­mit d’entrer au monas­tère d’Exeter. Win­frid avait alors sept ans, mais était si pieux, si avancé pour son âge en tout ce qui tou­chait à la reli­gion, que l’abbé du monas­tère vou­lut bien rece­voir cet enfant pré­des­tiné. Jamais on n’avait vu un plus jeune éco­lier dans les cho­ses divi­nes ; jamais on n’avait vu, non plus, un éco­lier si zélé à rem­plir tous ses devoirs, — ses devoirs, qui le rap­pro­chaient de Dieu.

Après quel­ques années pas­sées à Exe­ter, il entra au monas­tère de Nurs­ling, en vue de pour­sui­vre ses étu­des, qui le pas­sion­naient. D’écolier, il devint pro­fes­seur, et tous ses élè­ves l’admiraient pour sa science et l’aimaient pour sa bonté. À l’âge de trente ans, il fut ordonné prê­tre. Peu de temps après, le monas­tère le délé­gua au concile qui se réunis­sait au Wes­sex auprès de l’archevêque de Can­tor­béry. Le rôle qu’il joua dans cette assem­blée le ren­dit célè­bre, et la façon dont il avait parlé enchanta non seule­ment tous les évê­ques, mais encore le roi Ina. Win­frid pres­sen­tit à cette épo­que qu’on lui offri­rait d’être évê­que à son tour ; mais il se sen­tait appelé à une tout autre vie, il vou­lait être mis­sion­naire. Il vou­lait por­ter la parole de Dieu chez ceux qui ne la connais­saient pas encore, ou qui l’avaient déjà oubliée, l’ayant reçue depuis peu. Et puis, les hon­neurs, l’ambition, rien n’était plus loin de son cœur. Mal­gré les ins­tan­ces de l’abbé et de ses frè­res, il par­tit.
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V

Saint Amand

Aucun saint du VIIe siè­cle ne fut un plus grand voya­geur que saint Amand : il por­tait le Christ aux Sla­ves, jusqu’au sud du Danube ; il le por­tait aux Bas­ques des Pyré­nées ; mais il fut sur­tout l’apôtre de la Bel­gi­que.

Récit de l'évangélisation de la BelgiqueFils d’une noble famille d’Aquitaine, on l’avait vu, tout jeune, mener à Tours, auprès de la Basi­li­que, une vie de moine, et puis, à Bour­ges, une vie de reclus. Sa piété, aux alen­tours de 620, — il avait alors une tren­taine d’années, — le poussa vers la Ville Éter­nelle : il vou­lait voir la tombe de l’apôtre Pierre, et ce fut là qu’il se sen­tit la voca­tion de mis­sion­naire.

La bour­gade d’Elnone, sur la Scarpe, actuel­le­ment Saint-​Amand-​les-​Eaux, fut le siège du monas­tère qui devint son quar­tier géné­ral. De là, par la Scarpe et l’Escaut, ses moi­nes pou­vaient des­cen­dre en bar­que jusqu’à la mer ; à proxi­mité, pas­saient les gran­des rou­tes romai­nes. À pied, en bar­que, la pré­di­ca­tion du Christ dans les val­lées de l’Escaut et de la Lys voyait s’ouvrir devant elle des voies faci­les ; et le pays de Gand, dix années avant que saint Éloi ne s’en occu­pât, enten­dait la parole de saint Amand. Il recru­tait des moi­nes comme il pou­vait ; il en trou­vait parmi les cap­tifs de guerre, ou parmi les escla­ves que des mar­chands ame­naient en Gaule. Ces moi­nes visaient sur­tout à faire des bap­tê­mes par gran­des mas­ses ; l’éducation chré­tienne vien­drait ensuite. Dès qu’on obte­nait d’une popu­la­tion qu’elle ren­ver­sât elle-​même ses ido­les, on sen­tait que le Christ avait déjà fait un grand pas, le ter­rain pour lui était devenu libre.

Les bords de la Meuse, après ceux de l’Escaut, enten­daient la parole de saint Amand ; trois ans durant, il par­cou­rait le dio­cèse de Maes­tricht, et en devint évê­que. Conti­nuez à lire »

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