IV. L’autel

Auteur : Roguet, A.-M., O.P. | Ouvrage : Jacques et Françoise découvrent la messe .

Le Père — Aujourd’hui, mes enfants, notre expli­ca­tion de la messe se dérou­le­ra dans l’église. J’en ai besoin pour vous mon­trer quelque chose… qui est indis­pen­sable pour dire la messe. Savez-vous quoi ?

Fran­çoise — C’est l’église !

Jacques — Pas du tout, voyons. En sor­tie de patrouille, nous avons sou­vent la messe en forêt ou en mon­tagne.

Le Père — Dans l’église de pierres il y a un objet qui est en pierre aus­si — et qui est abso­lu­ment indis­pen­sable pour célé­brer la messe, même en plein air. Voyons, je vous ai dit quelque chose qui peut vous aider à trou­ver… Regar­dez autour de vous.

Fran­çoise — La lampe du Saint-Sacre­ment.

Jacques — Que tu es bête ! Pour qu’il y ait le Saint-Sacre­ment, il faut qu’il y ait eu une messe avant. Et à la messe en plein air, il n’y a pas le Saint-Sacre­ment.

Réflexion sur la messe pour les enfants - l'autel à colorier

Le Père — Quelque chose qui repré­sente Jésus-Christ.

Jacques — Encore ! Le prêtre repré­sente Jésus-Christ, les fidèles repré­sentent Jésus-Christ — enfin, son Corps — le pain et le vin repré­sentent Jésus-Christ…

Le Père — Ils font même beau­coup plus que le repré­sen­ter : ils le rendent pré­sent. Jésus est pré­sent là où étaient aupa­ra­vant le pain et le vin… Vous ne trou­vez pas ?

Fran­çoise — Je donne ma langue au chat.

Les enfants suivent les explications du pretre - Pierre d'autel contenant les reliques

Le Père — Eh bien, c’est l’autel.

Jacques — Mon Père, ça n’est pas pos­sible. Vous avez dit que c’était en pierre : voi­là l’autel de la Sainte Vierge qui est en bois. Et com­ment un autel pour­rait-il repré­sen­ter Jésus-Christ ?

Qu’est-ce qu’un autel ?

Le Père — Qu’est-ce que c’est, pour toi, qu’un autel ?

Jacques — Euh…, c’est dif­fi­cile à dire. C’est une espèce de meuble, comme un buf­fet ou un bahut, sur lequel on met tout ce qu’il faut pour dire la messe : le mis­sel, le calice…

Fran­çoise — … des nappes, des vases de fleurs, des chan­de­liers…

Jacques — le livre des annonces, les lunettes de Mon­sieur le Curé…

Le Père — Eh oui, on y trouve tout cela — et dans cette liste plu­sieurs choses qui ne devraient pas y être, sinon un moment. — Mais reve­nons à la pierre. Je dis bien que tout autel est en pierre. Il est vrai que l’autel de la Sainte Vierge a l’air d’être en bois.

Fran­çoise — Il res­semble tout à fait à une com­mode que grand-mère a dans son salon.

Le Père — C’est le même style : un très beau Louis XV. Mais écarte ce vase de fleurs — qui ne devrait pas être à cet endroit, Fran­çoise, la table de l’autel n’est pas une éta­gère —, lève les nappes. Qu’est-ce que tu vois ?

La pierre

Fran­çoise — Oh ! une pierre car­rée, encas­trée dans le bois.

Le Père — C’est elle qui est le véri­table autel, ce qu’on appelle un autel por­ta­tif, ou une pierre d’autel. Le bâti, le sup­port, est en bois, mais le véri­table autel est en pierre. Parce que « la pierre, c’est le Christ ».

Jacques — Qu’est-ce que cela veut dire ?

Le Père — Saint Paul, et aus­si saint Pierre, com­parent sou­vent l’Église à un édi­fice, à une construc­tion. Ses pierres, des pierres vivantes, ce sont les chré­tiens. Mais la pierre prin­ci­pale, la pierre d’angle, « pierre choi­sie et pré­cieuse » c’est le Christ. Jésus lui-même s’est appli­qué une vieille pro­phé­tie disant : « La pierre reje­tée par les bâtis­seurs est deve­nue la pierre d’angle. » C’est-à-dire qu’après avoir été reje­té par son peuple et mis à mort, Jésus est deve­nu le chef d’un peuple nou­veau.

Rele­vons main­te­nant les nappes du maître-autel.

Fran­çoise — Le des­sus est tout entier en pierre.

Coloriage de la messe : Durant la messe, le prêtre embrasse l'autelJacques — Et on y voit, comme sur la petite pierre, cinq croix gra­vées.

Le Père — Elles nous rap­pellent les cinq plaies creu­sées dans le corps du Christ par les clous et la lance. Si vous assis­tez un jour à la belle céré­mo­nie de la consé­cra­tion d’un autel, vous ver­rez l’évêque faire sur ces croix des onc­tions avec le saint chrême, l’huile qui sert à consa­crer les prêtres et les rois. Et lorsque tu appren­dras le grec — qui est la langue de l’évangile — tu sau­ras que chrême se dit chris­ma, et que ce qui a reçu l’onction du chrême se dit chris­tos, dont nous avons fait « Christ ». Quand l’évêque ordonne de nou­veaux sous-diacres, il leur dit : « Vous serez désor­mais au ser­vice de l’autel, qui est le Christ. »

Jacques — C’est pour cela que vous l’embrassez quand vous y mon­tez, au début de la messe, et aus­si à la fin avant de don­ner la béné­dic­tion ?

Fran­çoise — Moi, je croyais que le prêtre bai­sait l’autel à cause des reliques des saints !

Les reliques

Jacques — Quelles reliques ?

Le Père — Regarde, dans la petite pierre d’autel comme dans la grande, ce petit car­ré : c’est le cou­vercle du sépulcre, une cavi­té où, en consa­crant l’autel, l’évêque a enfer­mé des reliques de mar­tyrs. Sans doute, le plus sou­vent, lorsque le prêtre baise l’autel, c’est à l’endroit du sépulcre. Mais, en réa­li­té, ce qu’il baise c’est l’autel consa­cré, parce qu’il repré­sente le Christ.

Jacques — Et pour­quoi y met-on des reliques de mar­tyrs ?

Le Père — Vous sou­ve­nez-vous de ce que nous avons dit il y a quelques jours ? Depuis que Jésus est mort tout seul sur la croix, il n’est plus seul quand on accom­plit son sacri­fice. Au sacri­fice de Jésus se joint le sacri­fice de tous ses dis­ciples, de tous ceux qui ont « pris leur croix à sa suite », comme il l’a deman­dé. Et ceux qui ont le mieux sui­vi Jésus dans son sacri­fice, ce sont les mar­tyrs.

Fran­çoise — L’autel, c’est un tom­beau.

Le Père — On le dit quel­que­fois, mais ce n’est pas juste. L’autel contient un tom­beau de mar­tyrs. En outre, il a par­fois la forme d’un tom­beau. Mais Jésus-Christ n’est plus un mort : il est res­sus­ci­té. La messe n’est pas l’enterrement du Christ, elle est la fête de son sacri­fice.

Jacques — Mais un sacri­fice, c’est triste. Se sacri­fier, c’est mou­rir. On dit que les sol­dats ont fait le sacri­fice de leur vie.

Fran­çoise — Et je fais un petit sacri­fice quand je me prive de quelque chose de bon.

Le Père — Ce sont là des sens déri­vés du mot sacri­fice. Mais un sacri­fice, ce n’est pas cela.

Jacques — Qu’est-ce que c’est alors ?

Le Père — Nous allons le décou­vrir peu à peu. Réflé­chis­sons davan­tage à ce qu’est l’autel, et nous com­pren­drons mieux com­ment la messe est un sacri­fice.

La table

Cet autel, à quoi sert-il prin­ci­pa­le­ment ?

Jacques — On pose des­sus le pain et le vin.

Le Père — C’est donc une table, la table d’un repas ; on y met l’assiette : la patène, et le verre : le calice.

Fran­çoise — Et puis il y a des nappes, comme sur la table d’un ban­quet.

Le Père — C’est là que le prêtre consomme le pain et le vin consa­crés.

Pour les petits : Autel durant la messe avec calice, pale, corporal, hostie, patène, manuterge

Jacques — Mais la « sainte table », c’est la table de com­mu­nion ?

Le Père — En réa­li­té, c’est l’autel, dont l’appui de com­mu­nion — qui doit lui aus­si por­ter une nappe — est une dépen­dance et un pro­lon­ge­ment. Peut-on dire que la messe est un repas ordi­naire ?

Jacques — Oh ! non. On y mange le pain consa­cré, qui n’est pas du pain ordi­naire.

Le Père — C’est bien pour cela que l’autel doit être en pierre : il ne doit pas res­sem­bler à une table de cui­sine ou de salle à man­ger. C’est une table majes­tueuse. Et regar­dez la gar­ni­ture de cette table.

Fran­çoise — Le cru­ci­fix, et les cierges.

Le sacrifice

Le Père — Le cru­ci­fix nous dit que cette table est la table d’un sacri­fice le sacri­fice de la croix. Et les cierges nous rap­pellent encore que Jésus cru­ci­fié jadis est aujourd’hui Jésus res­sus­ci­té, la lumière du monde. Voi­là bien des dif­fé­rences avec une table ordi­naire !

Il y en a encore une autre. Est-ce que, dans votre salle à man­ger, la table est posée sur une estrade ?

Fran­çoise — Oh non. Tan­dis que celle-ci, on y monte par trois… non, cinq marches.

Le Père — C’est pour mon­trer que l’autel nous rap­proche de Dieu, que nous nous ima­gi­nons, tout natu­rel­le­ment, comme au-des­sus de nous. L’autel, voyez-vous, c’est le point de ren­contre entre le ciel et la terre, entre l’homme et Dieu.

Jacques — Comme Jésus-Christ, qui est à la fois homme et Dieu.

La messe : sacrifice et repas

Le Père — La messe est un sacri­fice parce qu’elle nous fait ren­con­trer Dieu à l’autel ; parce qu’elle nous fait man­ger du pain et boire à un calice qui contiennent réel­le­ment le sacri­fice du Christ au Cal­vaire.

Quand on dit que la messe est un repas, il faut tou­jours ajou­ter que c’est la repro­duc­tion du repas de la Cène. D’ailleurs « Cène » veut dire repas. Et le repas de la Cène était un sacri­fice puisque Jésus y a offert son corps et son sang, et qu’il est sor­ti du Cénacle — la salle à man­ger — pour aller au-devant de sa pas­sion.

Fran­çoise — Tout cela est bien dif­fi­cile.

La Cène, institution de la messe. Image pour les jeunes.

Le Père — Parce que nous essayons de l’expliquer avec des rai­son­ne­ments et des mots. Mais ce sont des choses dont n’importe quel bon chré­tien vit tout sim­ple­ment. Celui qui par­ti­cipe avec foi à la messe, qui s’approche de l’autel où l’on ren­contre Dieu, où nos simples offrandes de pain et de vin deviennent le sacri­fice de Jésus-Christ ; celui qui suit les actions du prêtre et les rati­fie en disant Amen ; celui qui com­mu­nie en s’offrant à Dieu de tout son cœur, celui-là sait bien, sans avoir besoin de l’expliquer, que la messe est un sacri­fice.

 


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