Épiphanie

Auteur : Voirol, Edgar | Ouvrage : Autres textes .

Temps de lec­ture : 3 minutes

Or, la nuit était venue vio­lette et trou­blante.

Récit de l'adoration de l'EpiphanieSur les pas du sacris­tain, la clef grin­ça et le pêne lourd fit dans la cathé­drale un gron­de­ment de ton­nerre. Le bruit por­té de voûte en voûte, d’ogive en ogive par tous ces gestes croi­sés des arcs, emplit la nef et s’évanouit dans les bas-côtés en un mur­mure de voix confuses. La lampe d’autel, balan­cée len­te­ment sur son fil, trem­blait sa flamme rouge et paille­tait de clar­tés fugi­tives, le cuivre des can­dé­labres et le bois poli des stalles.

Dans la rue, quelques fenêtres roses où passent des ombres der­rière les rideaux, un chat noir.

Onze heures a son­né sur la ville assou­pie. Il fait sombre dans l’église et les vitraux ternes dans leur den­telle de pierre semblent des jeux de patience.

Et voi­là, qu’en ce soir des Rois, ils s’irradient, comme si un soleil mer­veilleux les péné­trait, les vivi­fiait ; ils éblouissent, ils aveuglent. Leurs tons cha­toyants ont des nuances exquises, les étoffes sont opu­lentes et dra­pées à grands plis, les visages trans­pa­rents, les yeux exta­tiques.

Conte pour l'EpiphanieIls s’animent. L’Enfant sur les genoux de sa Mère tend les bras. Un cra­que­ment de verre qu’on brise. La Vierge sou­riante se lève, elle quitte sa fenêtre, elle s’avance dia­phane et radieuse por­tée sur des ailes invi­sibles. Un cré­pi­te­ment déchire l’air. Toutes les baies ajou­rées sont vides. Saint Joseph tire le bœuf et l’âne char­gé de la crèche. Les Mages bruissent de soie et de velours : Mel­chior et sa suite nègre char­gée d’or et d’ivoire, les yeux tristes et pâles, comme les landes du Nord. Gas­pard déploie des four­rures bario­lées, et le vieux Bal­tha­zar, ruti­lant de pier­re­ries, égrène des col­liers de dia­mants. À grand’peine, les ser­vi­teurs main­tiennent les cha­meaux ner­veux. La troupe opa­les­cente glisse, des anges chantent à mi-voix accom­pa­gnés par les harpes. Sainte Éli­sa­beth ouvre ses cein­tures closes et sème des roses suaves. Les oiseaux de saint Fran­çois volètent autour de lui. La gorge fleu­rie d’un peu de sang, les onze mille Vierges blondes, aux pau­pières longues. Voi­ci des Mar­tyrs, des Ermites, des Pon­tifes écra­sés sous le poids des chapes et des mitres, la blanche Monique, appuyée sur son fils, les regards loin­tains vers les rivages d’Afrique, et ram­pant, les yeux verts dans les orbites cavées, Hérode est entraî­né par un démon poi­lu.

Dans les trous d’ombre, angois­sants de mys­tère, entre la double che­vau­chée des noirs pignons, le ciel qui char­rie des étoiles, for­mi­dable, ver­ti­gi­neux, infi­ni à rendre fou.

La crèche est sur le maître-autel. Marie berce Jésus. Les encen­soirs fument. L’assemblée se pros­terne en cette Heure sainte, mys­tique. Les bouches s’ouvrent et les cœurs aus­si, vers ce tout petit qui est l’Incommensurable.

Adoration des mages st. Michel Toronto

Quand le jour gris papillo­ta et que l’aube pourpre et blonde trem­bla au bord du ciel, le cor­tège s’ébranla, il pâlit ; les saints et les saintes esca­la­dèrent leur croi­sée et reprirent leur geste plas­tique. La Vierge sou­rit encore, son Fils lui tend la main. Le ciel mou­ton­né est un filet d’azur, et le soleil « passe en revue les petits nuages ». Les vitraux, per­cés de part en part flam­boient.

Edgar Voi­rol, rhét.

Coloriage pour le catéchisme : les rois mages adorant

Source : http://www.digi-archives.org/

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