De quelques ornements

Auteur : Par un groupe de pères et de mères de familles | Ouvrage : À la découverte de la liturgie avec Bernard et Colette .

Temps de lec­ture : 6 minutes

Chapitre X


Colette ne se dou­tait guère qu’un sur­croît de besogne bien inat­ten­due allait chas­ser très loin le fameux « cafard ».

Ren­trant d’une course à tra­vers bois, à la recherche des pre­mières vio­lettes, elle s’arrête à la porte du petit salon, toute sur­prise d’y voir son bon vieux pas­teur avec André, dis­pa­rais­sant tous les deux sous la charge d’énormes paquets plus ou moins bien fice­lés.

— Bon­jour, mon­sieur le Curé ; qu’est-ce que c’est que tout ça ?

— Bon­jour, ma petite fille. Tout ça, c’est de l’ouvrage pour vous.

— Pour nous ! Faites voir bien vite.

Et Colette, qui n’a jamais su attendre, se pré­ci­pite sur le plus gros colis.

— Dou­ce­ment ! dou­ce­ment ! C’est la chape pour Mon­sei­gneur !

— Pour Mon­sei­gneur ! Vous allez lui don­ner une chape ?…

— Qu’en ferait-il, mon Dieu ? Pauvre Mon­sei­gneur ! Je ne le vois pas rece­vant sem­blable cadeau. C’est déjà bien assez humi­liant de pen­ser qu’il le por­te­ra quelques ins­tants.

— Mais où ?… mais quand ? mon­sieur le Curé ?

— Mais ici, dans mon église. Ce n’est pas une petite affaire, je t’assure. Le curé de Saint-Sau­veur est malade, trans­por­té dans une cli­nique, et la Confir­ma­tion qui devait avoir lieu chez lui sera don­née dans mon église. Il va fal­loir remettre en état tous les orne­ments dont se ser­vi­ra Mon­sei­gneur : chape, sur­plis, rochet, étole, écharpe, que sais-je ? Bri­gitte a com­plè­te­ment per­du la tête ; et je ne suis pas loin d’en faire autant.

— Oh ! elle est solide, votre tête, mon­sieur le Curé, riposte Colette, avec de la malice plein les yeux, et moi je trouve cette affaire très, très amu­sante. Il faut ras­su­rer Bri­gitte. Vous ver­rez si nous allons vous arran­ger tout cela, maman et moi !

Explication de la liturgie pour les jeunes : Cette chape est écrasante, maman.

Le soir même, les deux ouvrières se mettent à la besogne. Colette essaye en vain d’étaler la fameuse chape sur la table.

— Cette chape est écra­sante, maman, elle déborde de par­tout. Pour­quoi est-elle si large ?

— Parce que c’est un « man­teau de digni­té »… Le prêtre la revêt, comme les grands digni­taires d’un pays mettent un man­teau de cour pour aller chez le roi. Elle s’attache sur la poi­trine par des agrafes et se double par der­rière de cette sorte de pèle­rine qu’on appelle cha­pe­ron. Le cha­pe­ron a une frange d’or ou de soie et rap­pelle le capu­chon qui s’ajoutait autre­fois au man­teau.

— Il me semble que la chape ne sert pas très sou­vent.

— A l’aspersion de la Grand’messe, aux pro­ces­sions solen­nelles, aux vêpres, aux saluts du Saint Sacre­ment. C’est pour le salut que Mon­sei­gneur met­tra celle-ci.

— Pas pour don­ner la confir­ma­tion ?

— Non ; habi­tuel­le­ment Mon­sei­gneur porte seule­ment le rochet et l’étole.

— Le rochet, qu’est-ce que c’est que cela ?

— Tiens, en voi­là un.

— Mais c’est un sur­plis.

— Pas tout à fait. Le sur­plis a des manches très larges, il est fait en fin linon de fil uni, que l’on repasse en le plis­sant avec soin. Les prêtres et tous les clercs, c’est-à-dire même les sémi­na­ristes, le portent pen­dant les offices ou lorsqu’ils rem­plissent la plu­part des fonc­tions de leurs minis­tères. Le rochet, au contraire, est sou­vent orné de bro­de­ries ; il a les manches étroites : il est réser­vé aux cha­noines, aux évêques et autres digni­taires de l’Église.

A cet ins­tant, la porte s’ouvre : Pier­rot appa­raît, traî­nant der­nière lui un vieux rideau de soie.

— Pier­rot, d’où viens-tu ? Qui t’a don­né ce rideau ?

— Per­sonne ; je l’ai pris.

— Com­ment, pris ? Tu ne l’as pas décro­ché tout seul ?

— Si.

— C’est impos­sible.

Et maman, deve­nu sévère, ajoute d’un ton ferme :
— Explique-toi.

— Maria­nick lavait les car­reaux dans la chambre de réserve ; elle a lais­sé l’échelle et j’ai enle­vé le rideau.

— Mais pour quoi faire, enfin ?

— Parce que per­sonne ne m’a rien deman­dé, à moi, pour Mon­sei­gneur. Vous cou­riez par­tout avec Colette cher­cher des dou­blures. Celle-ci est belle, elle est en soie ; alors je l’ai décro­chée, et la voi­là.

Maman, explique à petit Pierre qu’on ne fait rien de bien, quand on a sept ans et qu’on agit sans per­mis­sion, et tout bas lui rap­pelle qu’il a de sérieux efforts à faire sur ce point.

Mais on ne se conver­tit pas en un jour ! Décon­fit, Pier­rot se blot­tit dans un coin et boude un peu.

— Avec toutes ses his­toires, maman, Pier­rot nous fait perdre notre temps, dit Colette aga­cée ; nous n’avons pas regar­dé l’écharpe, et elle a l’air en bien mau­vais état.

Coloriage pour les mômes : Voile huméral que le prêtre utilise pour la bénédiction du Saint-Sacrement— Non, elle a seule­ment besoin de quelques points de cou­leur dans la bro­de­rie. Ce sera vite fait. Dis-moi, en pas­sant : tu sais à quoi sert cette écharpe, de son vrai nom, voile humé­ral ?

— Le prêtre la met pour don­ner la béné­dic­tion du Saint Sacre­ment.

— Plus exac­te­ment, il s’enveloppe les mains dedans, par res­pect, pour prendre l’ostensoir, que ce soit pour bénir les fidèles ou pour por­ter le Bon Dieu en pro­ces­sion. Il prend encore le voile humé­ral pour recou­vrir le Saint Sacre­ment, quand il le porte à un malade ou encore d’un autel à un autre. Tu vois que cette écharpe mérite tous nos soins, puisqu’elle approche si près du Bon Dieu.

— Voyons main­te­nant l’étole. Mais elle est encore très belle ! Il n’y a presque rien à lui faire. Te sou­viens-tu que les étoles sont de deux sortes ?

— Pas du tout, maman.

— Il y a l’étole que le prêtre croise sur sa poi­trine pour dire la Messe, et qui est assor­tie aux orne­ments du jour ; nous en repar­le­rons ; et puis l’étole pas­to­rale qu’on laisse pendre sans la croi­ser. Elle sert pour admi­nis­trer les sacre­ments, et dans cer­taines fonc­tions sacrées. C’est celle-ci. L’étole, comme presque tous les objets litur­giques, est un sym­bole des pou­voirs accor­dés à celui qui la porte ; elle a pour but de nous rap­pe­ler l’immortalité que Jésus Notre-Sei­gneur nous a conquise, en nous rache­tant de la faute d’Adam.
Puisque nous tra­vaillons pour Mon­sei­gneur, rap­pelle-toi qu’il porte les insignes spé­ciaux de sa digni­té épis­co­pale. Peux-tu me les citer ?

Colette réflé­chit :
— Peut-être pas tous. Je suis sûre de la croix d’or, qu’il a sur la poi­trine.

— C’est la Croix pec­to­rale, la marque par­ti­cu­lière du carac­tère épis­co­pal. Elle contient sou­vent des reliques enchâs­sées.

— Ça, par exemple, je n’en savais rien. Il y a aus­si l’anneau.

— Signe de l’autorité de l’évêque et de son union avec cette par­tie de l’Église qui s’appelle son dio­cèse, et qui lui a été confiée.

— Et puis la mitre, et puis la crosse.

— La mitre est un orne­ment d’honneur, un signe de puis­sance, et la crosse, tu le com­prends toute seule, sym­bo­lise la hou­lette du pas­teur. L’évêque est le pas­teur de toutes les âmes de son dio­cèse qu’il doit conduire à Dieu. Reste encore le bou­geoir à long manche que l’on tient allu­mé près de l’évêque, quand il lit, en signe d’honneur… Tu devines bien, Colette, que ces insignes, comme le vête­ment, les bas, les gants vio­lets de l’évêque, lui sont don­nés pour révé­ler, aux yeux des fidèles, la gran­deur de son carac­tère épis­co­pal. Mais, ces signes exté­rieurs, si utiles à notre pauvre nature humaine, qui a un tel désir de voir, ne changent rien à la valeur inté­rieure et au carac­tère du prêtre qui en est revê­tu.
Coloriage liturgique catholique - Insignes épiscopaux :  Mitre, Crosse, etc.Au Mexique à l’époque des per­sé­cu­tions, la tête de l’admirable arche­vêque de Gua­da­la­ja­ra, mon­sei­gneur Oroz­co, a été mise à prix. Tu penses qu’il ne s’est pas fait voir en sou­tane vio­lette ?

— Sa tête mise à prix ? Maman, mais ça veut dire qu’on paie­rait celui qui le tue­rait ? C’est hor­rible !

— Oui, c’est hor­rible. Mais je t’assure qu’il n’a pas trem­blé. Il habi­tait une petite hutte, à moi­tié sous terre. Une pre­mière pièce étroite lui ser­vait de bureau et de cha­pelle. Le Saint Sacre­ment était caché là, dans l’enfoncement d’une muraille. A côté, une autre pièce plus petite encore. C’est la chambre à cou­cher. Un Amé­ri­cain catho­lique était arri­vé à péné­trer jusque-là et il y avait ren­con­tré l’archevêque, sous l’apparence d’un homme si pau­vre­ment vêtu que, pour se faire recon­naître, il a dû, en sou­riant, glis­ser à son doigt son anneau. Devant ce signe révé­la­teur, le visi­teur est tom­bé à genoux aux pieds de cet évêque si grand dans sa pau­vre­té. Et c’est de cette cabane que mon­sei­gneur Oroz­co allait, venait et par­tait visi­ter son dio­cèse, pour sou­te­nir la Foi et l’énergie de tous, comme jadis les apôtres aux pre­miers temps de l’Église.

* * *

On entend petit Pierre qui mar­motte, dans son coin, sen­ten­cieu­se­ment, se par­lant à lui-même :

— « C’est » tout de même les cou­ra­geux qui font les plus belles choses !


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