
Bernard a huit ans. C’est un robuste petit campagnard. Il a le teint hâlé, les joues rouges comme les pommes d’api, de grands yeux lumineux. Bien planté, l’air décidé, il se pose là. Comme tout le monde il a ses défauts et ses qualités. Heureusement, son petit cœur généreux sait trouver d’ingénieuses ressources pour réparer les déboires causés par son caractère entier et entêté, comme l’est celui de tout paysan qui se respecte.
C’est un heureux petit garçon, Bernard. Il habite avec sa maman et son petit frère Michel une gentille maison au village de Châtel-Saint-Germain. Une maison qui garde toute l’âme du passé, une vraie maison aux murs épais, aux solives apparentes, au toit de tuiles rouges.
À côté, il y a l’écurie avec les trois chèvres : la grosse Roussette et sa petite fille Biguette, et Blanchette qui est la propriété de Bernard. Pourtant quelque chose manque au bonheur du petit garçon : depuis quinze mois, son papa est parti aux colonies pour exploiter une plantation et permettre ainsi l’amélioration de la situation familiale. Depuis quinze mois, il prie pour son retour, sa maman pleure souvent le soir et l’on se prive de plus en plus dans l’humble demeure. Le petit garçon, déjà bien réfléchi, aide la douce maman à qui il voudrait éviter toute peine, tant la méchante séparation l’a déjà fait souffrir. En l’absence de papa, maman a dit a son petit aîné : « Tout le temps que papa sera en voyage, c’est toi qui seras le chef de famille. »


Je ne sais plus où, mais qu’importe ? Bien que ce ne soit pas la guerre, tous les policiers ont été alertés : des espions sont signalés dans la région. Ils peuvent se présenter d’un moment à l’autre.


Cette grande ville du Mexique possède un lycée et, ce matin-là, Jacques Ferval, treize ans, se tient dans un coin de la cour. C’est le fils du Consul français, récemment arrivé, et c’est la première récréation de Jacques au lycée. Aussi, bien qu’il ne soit pas timide, il éprouve cette appréhension propre aux nouveaux.
